Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo

Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo

6 septembre 2016
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Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo

Drame en prose, divisé en trois journées, représenté pour la première fois au Théâtre-Français le 28 avril 1835. Traitement par Libre Théâtre à partir des Oeuvres complètes de Victor Hugo, disponibles sur Gallica.
Distribution : 9 hommes, 4 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Padoue, 1549. Angelo, le podestat de Padoue, fait régner la terreur sur la ville. Par stratégie, il a épousé  Catarina Bragidini et a pour maîtresse la comédienne Tisbe. Tisbe est amoureuse de Rodolfo, qu’elle fait passer pour son frère. Mais Rodolfo est en réalité amoureux de Catarina, qu’il a rencontré à Venise, avant qu’elle ne disparaisse pour épouser Angelo. Il est à sa recherche. Tisbe, quant à elle, est à la recherche de la femme qui a sauvé la vie de sa mère alors qu’elle était enfant.

Homodei, un espion du Conseil des Dix, va cristalliser l’action : il apprend à Rodolfo que Catarina n’est autre que la femme du podestat, il dénonce à Tisbe l’amour de Rodolfo pour Catarina et fait savoir à Angelo que sa femme aime un autre homme. Angelo décide de tuer sa femme et demande l’aide de Tisbe, qui veut également se venger. Mais lorsque que Tisbe découvre que c’est Catarina qui a sauvé sa mère des années auparavant, elle décide d’aider les deux amants.

Une pièce féministe ?

Extrait de la préface de Victor Hugo :

« Mettre en présence, dans une action toute résultante du coeur, deux graves et douloureuses figures, la femme dans la société, la femme hors de la société ; c’est-à-dire, en deux types vivants, toutes les femmes, toute la femme. Montrer ces deux femmes, qui résument tout en elles, généreuses souvent, malheureuses toujours. Défendre l’une contre le despotisme, l’autre contre le mépris. Enseigner à quelles épreuves résiste la vertu de l’une, à quelles larmes se lave la souillure de l’autre. Rendre la faute à qui est la faute, c’est-à-dire à l’homme, qui est fort, et au fait social, qui est absurde. »

Extraits

Catarina
Parlons simplement. Tenez, il n’est pas question des Bragadini. Vous êtes infâme ! Ainsi vous venez froidement là, avec le poison dans les mains ! Coupable ? Non, je ne le suis pas. Pas comme vous le croyez, du moins. Mais je ne descendrai pas à me justifier. Et puis, comme vous mentez toujours, vous ne me croiriez pas. Tenez, vraiment, je vous méprise ! Vous m’avez épousée pour mon argent, parce que j’étais riche, parce que ma famille a un droit sur l’eau des citernes de Venise. Vous avez dit : Cela rapporte cent mille ducats par an, prenons cette fille. Et quelle vie ai-je eue avec vous depuis cinq ans ? dites ! Vous ne m’aimez pas. Vous êtes jaloux cependant. Vous me tenez en prison. Vous, vous avez des maîtresses, cela vous est permis. Tout est permis aux hommes. Toujours dur, toujours sombre avec moi. Jamais une bonne parole. Parlant sans cesse de vos pères, des doges qui ont été de votre famille. M’humiliant dans la mienne. Si vous croyez que c’est là ce qui rend une femme heureuse ! Oh ! il faut avoir souffert ce que j’ai souffert pour savoir ce que c’est que le sort des femmes. Eh bien, oui, monsieur, j’ai aimé avant de vous connaître un homme que j’aime encore. Vous me tuez pour cela. Si vous avez ce droit-là, il faut convenir que c’est un horrible temps que le nôtre. Ah ! vous êtes bien heureux, n’est-ce pas ? d’avoir une lettre, un chiffon de papier, un prétexte ! Fort bien. Vous me jugez, vous me condamnez, et vous m’exécutez. Dans l’ombre. En secret. Par le poison. Vous avez la force. — C’est lâche !

….

La Tisbe
Je vais te dire. Écoute-moi seulement un instant. J’ai toujours été bien à plaindre, va. Ce ne sont pas là des mots, c’est un pauvre coeur gonflé qui déborde. On n’a pas beaucoup de pitié de nous autres, on a tort. On ne sait pas tout ce que nous avons souvent de vertu et de courage. Crois-tu que je doive tenir beaucoup à la vie ? Songe donc que je mendiais tout enfant, moi. Et puis, à seize ans, je me suis trouvée sans pain. J’ai été ramassée dans la rue par des grands seigneurs. Je suis tombée d’une fange dans l’autre. La faim ou l’orgie. Je sais bien qu’on vous dit : mourez de faim ! mais j’ai bien souffert, va ! Oh ! oui, toute la pitié est pour les grandes dames nobles. Si elles pleurent, on les console. Si elles font mal, on les excuse. Et puis, elles se plaignent ! Mais nous, tout est trop bon pour nous. On nous accable. Va, pauvre femme ! marche toujours. De quoi te plains-tu ? Tous sont contre toi. Eh bien, est-ce que tu n’es pas faite pour souffrir, fille de joie ? — Rodolfo, dans ma position, est-ce que tu ne sens pas que j’avais besoin d’un cœur qui comprît le mien ? Si je n’ai pas quelqu’un qui m’aime, qu’est-ce que tu veux que je devienne, là, vraiment ? Je ne dis pas cela pour t’attendrir, à quoi bon ? II n’y a plus rien de possible maintenant. Mais je t’aime, moi ! O Rodolfo ! à quel point cette pauvre fille qui te parle t’a aimé, tu ne le sauras qu’après ma mort ! quand je n’y serai plus ! Tiens, voilà six mois que je te connais, n’est-ce pas ? six mois que je fais de ton regard ma vie, de ton sourire ma joie, de ton souffle mon âme ! Eh bien, juge ! depuis six mois je n’ai pas eu un seul instant l’idée, l’idée nécessaire à ma vie, que tu m’aimais. Tu sais que je t’ennuyais toujours de ma jalousie, j’avais mille indices qui me troublaient. Maintenant cela m’est expliqué. Je ne t’en veux pas, ce n’est pas ta faute. Je sais que ta pensée était à cette femme depuis sept ans. Moi, j’étais pour toi une distraction, un passe-temps. C’est tout simple. Je ne t’en veux pas. Mais que veux-tu que je fasse ? Aller devant moi comme cela, vivre sans ton amour, je ne le peux pas. Enfin il faut bien respirer. Moi, c’est par toi que je respire ! Vois, tu ne m’écoutes seulement pas ! Est-ce que cela te fatigue que je te parle ! Ah ! je suis si malheureuse, vraiment, que je crois que quelqu’un qui me verrait aurait pitié de moi !


Pour aller plus loin

Illustrations de la création en 1835 au Théâtre-Français

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385

Mlle Mars dans le rôle de la Tisbe, lors de la création. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385/f2.item

M. Beauvallet dans le rôle d’Angelo, lors de la création. Source :  Bnf/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385/f3.item

Mme Dorval dans le rôle de Catarina lors de la création. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405470n/f2.item

Estampe extraite des documents d’accompagnement de la création au Théâtre-Français. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405470n/f4.item

« Ah!, c’est une clef ! » Estampe extraite des documents d’accompagnement de la création au Théâtre-Français. Source BnF/Gallica


Illustrations de la reprise d’Angelo en 1905 au Théâtre Sarah Bernhardt

Avec Sarah Bernhardt dans le rôle de la Tisbe (Source : BnF/Gallica)

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Dossiers pédagogiques

Mise en scène de Christophe Honoré (2009, 2010) : lien vers le dossier pédagogique de l’Inspection académique des Yvelines, lien vers un reportage sur le site de l’INA (reportage et interview d’Emmanuel Devos et de Marcial Di Fonzo Bo lors du Festival d’Avignon 2009).

Mise en scène de Paulo Correia au Théâtre National de Nice en janvier 2014. Dossier Pièce (dé)montée. Lien vers le site

 

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