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On connaît la célèbre tirade de Perdican dans "On ne badine pas avec l'amour" de Musset, par laquelle le jeune homme prétend convaincre sa bien-aimée de renoncer à entrer au couvent, et de prendre malgré tout le risque de vivre, en pariant sur la possibilité d'un amour pur sur une Terre décrite comme un cloaque. C'est l'une des plus belles et des plus tragiques odes à la vie, et c'est aussi le propos de cette pièce poignante écrite et mise en scène par Cliff Paillé : un hommage à cette jeunesse d'aujourd'hui qui, entre pessimisme absolu et totale insouciance, a le courage de choisir la vie, dans un monde semblant plus que jamais courir à sa perte.

Dans une société où l'impossible quête de la conformité à une norme est devenue une impitoyable tyrannie, il était plus que nécessaire de faire l'éloge de la singularité et de la fragilité. C'est ce que nous propose ce magnifique spectacle, mettant en scène quelques jeunes gens qui, en nous racontant avec poésie et humour leurs différences que la société leur renvoie en son miroir comme des handicaps, nous apprennent à apprivoiser nos propres singularités et nos propres faiblesses pour en faire si ce n'est des alliées du moins des compagnons de route.

Un vagabond arrive dans un village où il trouvera asile. Malgré cette chaleureuse hospitalité, cependant, cette âme en peine sera rattrapée par ses démons. Ainsi pourrait-on résumer l'intrigue du dernier jour de Pierre, défini par la compagnie elle-même comme une poétique du désespoir. Imaginé par Baptiste Zsilina, assisté par de nombreux autres membres de cette compagnie avignonnaise, ce spectacle de marionnettes, sans parole, constitue une expérience sensorielle et émotionnelle unique, dans la lignée des précédentes créations de la Compagnie Deraïdenz (Les souffrances de Job, InKarnè ou Byba Youv) qui, en convoquant des univers très singuliers et des sujets très forts, ont durablement marqué tous les spectateurs. L’aspect serein et lumineux des décors et des marionnettes, rappelant l’univers hivernal des santons de Provence, contraste avec l’univers sombre et torturé constituant la marque de fabrique de la Compagnie Deraïdenz, prenant toujours un malin plaisir à nous faire peur pour nous faire réfléchir, en nous donnant à voir la « matière noire » qui nous entoure… On s’attendait donc à ce que ce conte sans histoire tourne au cauchemar. Et ce fut bien le cas avec le surgissement saisissant des « brèches noires » dans ce paysage lumineux exhalant déjà une infinie tristesse.

Paru en 1945, Black Boy, de Richard Wright, est le premier roman écrit par un afro-américain pour décrire de l'intérieur la machine infernale du ségrégationnisme. Refusant de se laisser réduire au statut de victime, cependant, ce jeune homme révolté et héroïque expérimentera une forme de résilience par la lecture, puis par l'écriture, en devenant ainsi, par le pouvoir de la littérature, l'auteur et l'acteur de sa propre vie. Cet étonnant spectacle rassemble sur scène un comédien, un musicien et un illustrateur. Jérôme Imard incarne à la perfection Richard Wright pour nous conter avec malice l'histoire terrifiante de ce jeune Noir dans l'Amérique ségrégationniste de la première moitié du XXème siècle. Olivier Gotti, une guitare posée à plat sur ses genoux et un bottleneck dans la main gauche, nous livre un blues habité, venu tout droit du Mississippi. Tandis que Jules Stromboni illustre ce récit poignant en projetant sur un écran les dessins presqu'animés qu'il effectue en direct avant de les effacer pour faire place à d'autres.

Ouvrir l’opéra à tous les publics, telle est la généreuse ambition de l’Opéra Grand Avignon. L’adaptation de la Flûte enchantée de Mozart en opéra participatif et inclusif en est une des plus belles concrétisations.L’opéra de Mozart s’adresse à tous les âges et son message est universel : en racontant le parcours initiatique du jeune Tamino et de la jeune Pamina, aidés par le personnage comique de Papageno, il dénonce le mensonge et l’ignorance, pour faire triompher la connaissance et la justice. Caroline Leboutte, dans cette adaptation dramaturgique et musicale de l’œuvre, associe le public à cette quête de la vérité et, modifiant un peu le livret, choisit de faire triompher la Paix.Le public est ainsi invité à chanter des extraits de la Flûte enchantée. Des ateliers musicaux proposés à l’Opéra mais aussi dans des écoles d’Avignon et des environs, ainsi que des tutoriels sur le site de l’Opéra ont permis de préparer ces interventions musicales, car interpréter Mozart n’est pas une tâche facile... Sous la conduite précise et bienveillante de la cheffe d’orchestre Débora Waldman, et avec l’aide indispensable de la Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon, l’audience a participé avec enthousiasme à cette aventure musicale et surtout humaine. L’émotion, suscitée par la musique de Mozart interprétée par l’orchestre national Avignon-Provence et par des solistes d’exception, est décuplée lorsque le public est invité à interpréter en langue des signes un air de Tamino, ou lors du final quand les enfants sortent des banderoles et chantent de tout leur cœur pour que cesse la guerre et le mal et que vienne la paix.Lorsque l’art permet une telle communion, on se prend à espérer comme Mozart que l’homme sage triomphera.

Actualité du répertoire de Jean-Pierre Martinez

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