Naïs de Marcel Pagnol par la Compagnie Les Fautes de Frappe

Théâtre de l’Oriflamme, 3-5 rue du portail Matheron, Avignon
du 7 au 30 juillet à 10h – Relâches : 12, 19, 26 juillet

Naïs de Marcel Pagnol, une ode à l’amour sous le bleu du ciel de Provence

De Pagnol, on connaît surtout sa célèbre trilogie, pour ne pas dire sa Sainte Trinité (Marius, Fanny, César). Avec Naïs, le Théâtre de l’Oriflamme nous permet de découvrir une œuvre beaucoup moins familière de cet immense auteur provençal. Naïs est à l’origine une nouvelle de Zola, adaptée au cinéma par Marcel Pagnol. Arthur Cachia nous en propose ici une brillante transposition pour le théâtre, sublimée par une mise en scène élégante et rythmée de Thierry Harcourt. Ce spectacle a donc une paternité multiple, mais au final, c’est bien cet univers si particulier et si attachant de Pagnol qui s’offre à nous tout au long de la pièce.

Pagnol est parfois regardé avec quelque condescendance par les tenants d’un théâtre plus abscons. Pourtant, n’en déplaisent à ces fâcheux, il restera à jamais aux côtés des plus grands au Panthéon des dramaturges français. Car Pagnol, justement, c’est un théâtre de la clarté et de l’évidence. Pas une réplique de trop dans cette extraordinaire adaptation de Naïs. Et dans chaque réplique, pas un mot en excès. Nous sommes à l’essence même du théâtre : une histoire forte dans son universalité, des personnages attachants jusque dans leur cruauté en raison de leur humanité même, et des dialogues qui ont la pudeur de cacher le tragique sous une apparence de drôlerie.

Aucun décor pour cette mise en scène épurée de Thierry Harcourt, mais des déplacements orchestrés comme sur du papier à musique, et des comédiens qui tous ont su revêtir avec aisance les habits de Pagnol, sans nous laisser entrevoir aucune couture. On nous permettra cependant une mention spécifique pour Marie Wauquier, interprète du rôle titre, qui incarne une Naïs aussi limpide et lumineuse que l’eau des sources sous le soleil de Provence. Mais tous les autres comédiens sont également formidables de justesse dans leurs rôles de composition, et suscitent l’empathie du public dès les premières répliques et jusqu’au dénouement final.

Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver, disait Alfred Hitchcock. Inutile de chercher un message politique ou philosophique dans cette pièce qui ne nous parle que d’amours contrariés et de grandes espérances. Un sujet finalement inépuisable, et donc indémodable, comme le théâtre de Pagnol. Le théâtre ne peut exister qu’en empruntant à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sans oublier ce bleu profond du ciel de Provence, immortalisé par Van Gogh et célébré par Pagnol.

Une ode à l’amour et à la vie. Courrez voir ce spectacle. Un vrai coup de cœur de Libre Théâtre.

Critique de Jean-Pierre Martinez

Auteur : Marcel Pagnol
Adaptation : Arthur Cachia
Mise en scène : Thierry Harcourt
Chorégraphie : Bénédicte Charpiat
Interprètes : Arthur Cachia, Kévin Coquard, Etienne Ménard, Clément Pellerin, Lydie Tison, Marie Wauquier
Régisseur : Max Moro
Compositeur : Tazio Caputo
Costumière : Françoise Berger, Yamna Tison

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