La Double Inconstance de Marivaux

La Double Inconstance de Marivaux

Comédie en trois actes et en prose de Marivaux créée le 6 avril 1723 à l’hôtel de Bourgogne par les Comédiens italiens.
Suite à la fusion du Théâtre-Italien avec l’Opéra-Comique, la pièce n’a été rejouée à la Comédie-Française qu’en 1934.
Distribution : 4 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Silvia et Arlequin se portent un amour pur et réciproque, mais le Prince a jeté son dévolu sur la jeune villageoise. Il la fait enlever, la garde en son palais, et livre les amants à Flaminia pour qu’elle mette en oeuvre la machination de la double inconstance. Pas à pas, les amoureux sont pris au piège d’une mise en scène habilement menée sans jamais s’apercevoir qu’ils en sont les acteurs, ou les marionnettes. Silvia se laisse séduire par un officier qui se révélera être le Prince tandis qu’Arlequin tombe sous le charme des paroles de Flaminia. Un couple défait en donne deux. L’amour qu’on pensait éternel cède le pas au temps du plaisir éphémère. Le monde rural, rustique, pauvre et impuissant ne résiste pas à la corruption de la cour, de la coquetterie, de la richesse et des honneurs. L’inconstance du monde, son instabilité, contamine qui croit être fidèle à ses émotions et pense n’être que le spectateur de ce déséquilibre sans y participer. (résumé de la Comédie-Française)

Un extrait

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MarivauxDoubleInconstancy.jpg
Théâtre complet de Marivaux avec illustrations de Bertall. Source : wikimedia

Acte III, Scène 5
Le Prince. 

Tu te plains donc bien de moi, Arlequin ?
Arlequin.
Que voulez-vous, monseigneur ? il y a une fille qui m’aime ; vous, vous en avez plein votre maison, et cependant vous m’ôtez la mienne. Prenez que je suis pauvre et que tout mon bien est un liard ; vous qui êtes riche de plus de mille écus, vous vous jetez sur ma pauvreté et vous m’arrachez mon liard ; cela n’est-il pas bien triste ?
Le Prince, à part.
Il a raison, et ses plaintes me touchent.
Arlequin. Je sais bien que vous êtes un bon prince, tout le monde le dit dans le pays ; il n’y aura que moi qui n’aurai pas le plaisir de dire comme les autres.
Le Prince.
Je te prive de Silvia, il est vrai ; mais demande-moi ce que tu voudras ; je t’offre tous les biens que tu pourras souhaiter, et laisse-moi cette seule personne que j’aime.
Arlequin. Qu’il ne soit pas question de ce marché-là, vous gagneriez trop sur moi. Parlons en conscience ; si un autre que vous me l’avait prise, est-ce que vous ne me la feriez pas remettre ? Eh bien ! personne ne me l’a prise que vous ; voyez la belle occasion de montrer que la justice est pour tout le monde !

La Double Inconstance sur le site de l’INA

Adaptations télévisées

Cette pièce a fait l’objet de plusieurs adaptations télévisées dont certaines sont disponibles sur le site de l’INA

  • Marcel Bluwal en 1968 (avec Daniel Lebrun, Judith Magre, Jean-Pierre Cassel et Claude Brasseur). Lien vers un extrait sur le site de l’INA ;
  • Jean-Roger Cadet en 1982 (avec Patrice Kerbrat, Jean-Paul Roussillon, Françoise Seigner, Dominique Constanza) ; Lien vers un extrait sur le site de l’INA
  • Carole Giacobbi en 2009 (avec Clément Sibony, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius et Jean-Hugues Anglade).Lien vers un extrait sur le site de l’INA.

Extrait du site de l’INA
C’est sans aucun doute celle de Marcel Bluwal en 1968 qui a le plus marqué la mémoire collective.

http://fresques.ina.fr/en-scenes/fiche-media/Scenes00354/la-double-inconstance-de-marivaux.html
Extrait du téléfilm réalisé par Marcel Bluwal en 1968. Source : INA

Bluwal en effet, dans son adaptation, cherche à inscrire le plus fidèlement possible l’action dans un cadre naturel – celui du château de Vic sur Aisne (près de Soissons), réaménagé au XVIIIe siècle pour le cardinal de Bernis. Ce choix, avec les plans en extérieur et la musique baroque qui accompagnent l’ouverture du téléfilm, ajoute du sens et un plan descriptif intéressants pour renforcer les effets de narration nécessaires à l’encadrement d’une pièce filmée hors studio ou hors plateau de théâtre. Cette volonté de vraisemblance s’accorde de plus avec les esthétiques propres aux dramaturgies et à la littérature des Lumières, qui s’attachent à mettre en scène, grâce à des éléments réalistes, la nature, les sentiments vrais et une peinture de la société d’alors. Bluwal est connu pour la qualité de ses adaptations théâtrales et notamment pour son travail sur les auteurs du XVIIIe siècle. On lui doit un Mariage de Figaro d’après Beaumarchais et la réalisation, en particulier, d’une autre pièce de Marivaux, Les Jeux de l’amour et du hasard dans laquelle on retrouve les mêmes acteurs que dans La Double inconstance.

Avec La Double inconstance en 1968, Bluwal offre aux spectateurs, habitués aux fictions et aux séries historiques en costume, un bel exemple des productions prestigieuses réunissant des acteurs importants et populaires, qui étaient réalisées pour la télévision. Ce téléfilm est d’autant plus important dans l’histoire de la télévision qu’avec l’arrivée en 1967 de la deuxième chaîne couleur, Bluwal peut donner pleine mesure à son goût pour le décor naturel et la prise de vue en extérieur. Et l’on voit bien, dans La Double inconstance, cette attention si particulière pour les ambiances lumineuses, les couleurs, la facture et l’évolution des costumes au fil de la fiction qui, dans une perspective symbolique, prennent en charge le statut social du personnage, éclairent les relations qu’il entretient avec les autres protagonistes, disent quelque chose de l’état et de la transformation psychologique des personnages. En d’autres mots, Bluwal transpose le matériau théâtral en fiction cinématographique en composant, à la manière d’un peintre, un point de vue double sur l’univers spatial et psychologique qui organise les tensions dramatiques chez Marivaux ; tensions dont le réalisateur cherche à rendre compte en alternant le « plan général » pour traduire la « froideur » et le plan serré qui, au contraire, « donne une impression d’humanité ».
(Lien vers le site de l’INA).
Voir aussi la page Jalons du site de l’INA qui propose  un extrait de l’ acte II, Scène 12.

Extraits de mises en scène sur le site de l’INA

Mise en scène par Jean Luc Boutte à la Comédie-Française, juin 1981.
Reportage : Lever de rideau. Interview de Jean Luc Boutte sur la langue de Marivaux et la modernité de la pièce. Différents extraits avec Dominique Constanza, Françoise Seigner, Richard Fontana et Patrice Kerbrat en scène. Lien vers le site de l’INA

Mise en scène de Jean-Pierre Miquel, à la Comédie-Française (Théâtre du Vieux Colombier), janvier 1995
Extrait de la pièce – Le livre « La double inconstance » dans la collection Classiques Larousse – Interview de Coraly Zahonero qui interprète le rôle de Sylvia – Extrait de la pièce – Interview de Jean Pierre Miquel, le metteur en scène. Lien vers le site de l’INA

Lien vers la pièce à l’Affiche

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