Les Lionnes pauvres d’Emile Augier
Lionnes (Sortie de la messe d'1 heure) : estampe de Gustave Doré. Source BnF/ Gallica

Les Lionnes pauvres d’Emile Augier

Les Lionnes pauvres d’Emile Augier

Les Lionnes pauvres est une pièce en 5 actes et en prose, d’Emile Augier, écrite en collaboration avec Edouard Foussier et représentée pour la première fois le 22 mai 1858 au Théâtre du Vaudeville. C’est une  comédie de mœurs qui évolue au fil des scènes vers le drame car Augier choisit de privilégier le point de vue du mari trompé et déshonoré. La censure a tenté d’interdire la pièce qui a été finalement autorisée après l’intervention du prince Napoléon-Jérôme. De nombreuses pièces d’Augier figurent au Répertoire de la Comédie Française : c’est l’un des dix auteurs les plus joués en nombre de représentations (données de septembre 2009), avec 3304 représentations. L’oeuvre d’Emile Augier est aujourd’hui un témoignage intéressant sur la vie sociale et les mœurs de la petite et moyenne bourgeoisie, dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Distribution : 7 hommes, 5 femmes
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L’argument

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Mme Réjane dans les Lionnes Pauvres.   Source BnF/ Gallica

Séraphine Pommeau est une jeune femme, belle et coquette, épouse d’un maître clerc plus âgé, honnête et modeste.  Leur appartement est très richement décoré et les toilettes de Séraphine, très élégantes :  c’est grâce à son ingéniosité pour dénicher de bonnes affaires pense son mari. Thérèse Lecarnier, pupille élevée par Pommeau, craint que les dépenses de Séraphine ne ruinent le clerc. En réalité, Séraphine se fait entretenir par son amant, qui n’est autre que Léon Lecarnier, le mari de Thérèse. Thérèse découvre la vérité et garde le silence, malgré les rumeurs qui commencent à circuler dans les salons. La situation s’aggrave pour Séraphine qui doit dix mille francs à Mme Charlot, la « marchande à la toilette ». Son amant ne les a pas, et il perd l’argent qui lui reste à une table de jeu. Alors que Séraphine est au Mont-de-Piété pour tenter de réunir l’argent, Pommeau se trouve face à Mme Charlot qui lui démontre au vu de la richesse de son intérieur que Séraphine a dépensé largement plus que son revenu. Pommeau s’engage à payer toutes les dettes de Séraphine, mais à son retour celle-ci lui affirme qu’elle n’a pas d’autres dettes et avoue avoir un amant. Pommeau se réfugie chez Thérèse où il découvre, terrassé par la douleur, que l’amant n’est autre que le mari de sa pupille. Séraphine, quant à elle, est partie au théâtre vers d’autres conquêtes.

Extrait de la préface d’Emile Augier

« La peinture de la dépravation graduelle de Séraphine nous a paru aussi dangereuse que tentante. Nous avons craint que le public ne se fâchât tout rouge à la transition de l’adultère simple à l’adultère payé. Cette peinture ne présentant d’ailleurs qu’un intérêt psychologique, il nous a semblé que ce côté de notre sujet pouvait être traité suffisamment en récit, et nous l’avons placé dans la bouche de Bordognon, le théoricien de la pièce. Une donnée aussi scabreuse ne pouvait passer que par l’émotion ; et l’émotion ne pouvait être obtenue que par la situation du mari ; c’est donc là que nous avons cherché la pièce. »

Les Lionnes pauvres

Lionnes (Sortie de la messe d'1 heure) : estampe de Gustave Doré
Lionnes (Sortie de la messe d’1 heure) : estampe de Gustave Doré. Source BnF/ Gallica

La formulation du titre est expliquée par l’ami de la famille, Bordognon, qui porte sur l’ensemble des personnages de la pièce un regard ironique et critique : « Qu’est-ce qu’une lionne dans cet argot qu’on nomme le langage du monde ? Une femme à la mode, n’est-ce pas ? c’est-à-dire un de ces dandys femelles qu’on rencontre invariablement où il est de bon ton de se montrer, aux courses, au bois de Boulogne, aux premières représentations, partout enfin où les sots tâchent de persuader qu’ils ont trop d’argent aux envieux qui n’en ont pas assez. Ajoute une pointe d’excentricité, tu as la lionne : supprime la fortune, tu as la lionne pauvre. »


Emile Augier

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Emile Augier par Félix Nadar

Emile Augier débute avec des comédies en vers qui se déroulent dans le monde antique puis se tourne vers des comédies « sérieuses » dénonçant l’hypocrisie et les excès des milieux bourgeois de la monarchie de Juillet, puis du Second Empire. Il reste principalement connu pour ses comédies de mœurs.

Dans L’Habit vert,  proverbe en un acte et en prose, écrit avec Alfred de Musset, il décrit la vie du quartier latin. Il fut élu à l’Académie française en 1857.

Emile Augier est avec François Ponsard un des représentants de l' »Ecole du bon sens », qui s’oppose au mouvement romantique. Augier défend la morale bourgeoise, dénonçant le mauvais usage de l’argent l’appétit de luxe, la spéculation (Les Effrontés), le matérialisme (La Contagion), l’hypocrisie des Jésuites (Le Fils de Giboyer, Lions et renards).


Les Lionnes pauvres à la Comédie-Française

En 1917, René Doumic dans la Revue des deux mondes écrit un article sévère, mais drôle, à l’occasion de l’entrée des Lionnes Pauvres dans le répertoire de la Comédie-Française en mars 1917 (période 6, tome 38)

« Les Lionnes pauvres ont fait leur entrée à la Comédie-Française. Ce n’a pas été une entrée triomphale. La pièce a paru vieillote et falote. Il est vrai qu’elle n’est guère bien jouée et que la mise en scène en est sans agrément. Mais la faute n’est pas seulement aux interprètes et au metteur en scène, elle est bien à la pièce elle-même, qui a cessé de porter sur le public. Retrouvera-t-elle quelque jour son action sur lui, et, avec le temps, éveillera-t-elle de nouveau cet intérêt de curiosité qui s’attache aux choses d’autrefois ? Pour l’instant, elle n’est que démodée. On l’a écoutée avec une attention déférente : à vrai dire, sans plaisir et sans émotion. La plupart des mots font long feu, presque tous les effets ratent, et on n’a aucune envie de pleurer aux endroits pathétiques. Il faut un effort pour se représenter que l’œuvre est loin d’être négligeable, qu’elle a eu du succès et qu’elle le méritait, — mieux encore : qu’elle a fait scandale !

Car les Lionnes pauvres sont un des ouvrages les plus réputés d’Emile Augier, un des spécimens les plus caractéristiques de la comédie de mœurs telle qu’on la pratiquait sous le Second Empire. La formule a cessé de plaire : ce n’est nullement la preuve qu’elle valût moins qu’une autre. L’auteur dramatique, d’après cette conception, était d’abord un moraliste qui, venant de découvrir une plaie sociale, la révélait à ses contemporains et s’arrangeait pour que sa découverte ne passât pas inaperçue. »

La suite de l’article de René Doumic sur Wikisource ou sur Gallica

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La Dame de chez Maxim de Feydeau
Photographie de programme. Théâtre des Bouffes-Parisiens, 27-06-1910

La Dame de chez Maxim de Feydeau

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau

Illustration de Marevéry
Joseph Torin.  Théâtre des Nouveautés 21 mars 1906.  dessin de Yves Marevéry. Source BnF/ Gallica

La Dame de chez Maxim est un vaudeville en trois actes de Georges Feydeau, représentée, pour la première fois, le 17 janvier 1899 au Théâtre des Nouveautés.  dans une mise en scène de l’auteur. C’est la plus longue pièce de Feydeau  (moyenne de 3 heures de représentation pour la mise en scène du texte intégral), avec vingt-neuf rôles (certains comédiens peuvent jouer plusieurs rôles). C’est aussi un de ses plus grands succès : après avoir obtenu les faveurs de la critique, la pièce est jouée plus de 500 fois.

Son succès est tel que Feydeau lui donne une suite, en 1902, La Duchesse des Folies-Bergère.
Distribution : 17 hommes – 12 femmes

Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Le Docteur Petypon, entraîné par son collègue Mongicourt, a fait la fête jusqu’au petit matin chez Maxim. Mongicourt le découvre endormi à midi sous un canapé renversé. De la chambre sort la Môme Crevette, une danseuse du Moulin-Rouge.

Le général Petypon, l’oncle, arrive inopinément. Il prend la Môme pour l’épouse de celui-ci qui ne le dément pas. Le général  invite son neveu au mariage de la nièce Clémentine, dans son château en Touraine. Le Docteur se voit contraint d’emmener la danseuse avec lui…

Programme 1910
Photographie de programme. Théâtre des Bouffes-Parisiens, 27 juin 1910. Source BnF/ Gallica

Gabrielle, la femme du Docteur, reçoit tardivement la lettre qui lui annonce le mariage. Elle part à son tour pour la Touraine. Mongicourt, apprenant le départ de Gabrielle, y part lui aussi.

Tous se retrouvent au château. Les dames de province, prenant la Môme pour une Parisienne, se mettent, par snobisme, à l’imiter dans son allure et dans son parler truculent : « Et allez donc, c’est pas mon père ! ».

Un pur vaudeville.

Le début de la pièce n’est pas sans rappeler L’Affaire de la rue de Lourcine de  Labiche. Les quiproquos se succèdent dans un rythme effréné.  Les bons mots fusent.

Il est aussi beaucoup question d’esprits : la Môme Crevette puis Petypon se déguisent en séraphin ou en ange pour duper Gabrielle, très crédule.  Autre ressort comique : un fauteuil extatique que le docteur Petypon veut utiliser pour opérer ses patients et qui provoque un profond sommeil lorsque l’on s’y assoit.

Le manuscrit de l’auteur

La Bibliothèque nationale de France détient la version primitive de la pièce, comportant de très importantes variantes par rapport à l’édition originale de 1914. Les f. 67-70 sont un remaniement des scènes 18-19 de l’acte I.

Source : Manuscrit de La Dame de chez Maxim, Bibliothèque nationale de France, sur Gallica

Les mises en scène

Cette pièce est très souvent mise en scène, parfois avec des coupes pour réduire sa durée. Libre Théâtre propose quelques illustrations de mises en scène marquantes.

1965 : mise en scène de Jacques Charon au Palais-Royal (plus de 600 représentations) avec Zizi Jeanmaire ( la Môme Crevette), Pierre Mondy, Jean le Poulain et Claude Gensac.

1981 : Mise en scène par Jean Paul Roussillon à la Comédie Française avec 24 sociétaires, dont Jean Le Poulain, Françoise Seigner, Catherine Samie

Extrait sur le site de l’INA et interview de Jean-Paul Roussillon.

1998 : mise en scène de Roger Planchon à l’Opéra Comique avec Hervé Pierre (dans le rôle de Petypon) et Vanessa Guedj (dans le rôle de la Môme Crevette)

Extraits de la pièce et interviews sur le site de l’INA

2009 : mise en scène de Jean-François Sivadier au Théâtre national de Bretagne, puis à l’Odéon avec Nicolas Bouchaud (Lucien Petypon),  Norah Krief (La Môme Crevette), Gilles Privat (le général Petypon du Grêlé)…
Reportage sur Culture Box
Dossier pédagogique du Théâtre de l’Odéon  (20 mai – 25 juin 2009)

Vous pouvez explorer l’univers de Feydeau à travers les articles suivants :

– Le Théâtre de Georges Feydeau
– Biographie de Georges Feydeau
– Les ressorts comiques du langage chez Feydeau
– La politique dans les pièces de Feydeau
– Les progrès techniques dans les pièces de Feydeau
– Le vaudeville et Feydeau (à travers deux articles de Feydeau).

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Le théâtre de Georges Feydeau
Portrait de Georges Feydeau, auteur dramatique, par Carolus-Duran (1837-1917). Musée des Beaux-Arts de Lille

Le théâtre de Georges Feydeau

Le théâtre de Georges Feydeau

Téléchargement gratuit de l’ensemble des pièces de Feydeau. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049803x
Portrait d’acteurs / dessin de Yves Marevéry 1907 . Source : BnF/ Gallica

Accès ci-dessous aux pièces :
– les grandes pièces (3 actes ou plus)
– les courtes pièces
– les monologues

Si vous recherchez des pièces avec des distributions précises, vous pouvez utiliser le moteur de recherche sur data.libretheatre.fr en faisant varier les distributions hommes/femmes sur la colonne de droite.

Vous pouvez également explorer l’univers de Feydeau à travers les articles suivants :

Biographie de Georges Feydeau
Les ressorts comiques du langage chez Feydeau
La politique dans les pièces de Feydeau
Les progrès techniques dans les pièces de Feydeau
Le vaudeville et Feydeau (à travers deux articles de Feydeau).


Télécharger gratuitement les pièces de Feydeau

Les grandes pièces

À qui ma femme ? vaudeville en trois actes

Cent millions qui tombent – pièce inachevée

Champignol malgré lui – vaudeville en 3 actes

Chat en poche , vaudeville en trois actes

Je ne trompe pas mon mari, vaudeville en trois actes

L’Affaire Edouard, vaudeville en trois actes

L’Âge d’or, comédie musicale en trois actes et neuf tableaux

L’Hôtel du libre échange , vaudeville en trois actes

La Dame de chez Maxim , vaudeville en trois actes

La Duchesse des Folies-Bergère, comédie en cinq actes

La Lycéenne, vaudeville-opérette en trois actes

La Main passe !, comédie en quatre actes

La Puce à l’oreille, vaudeville en trois actes

Le Bourgeon, comédie de moeurs en trois actes

Le Circuit, comédie en trois actes et quatre tableaux

Le Dindon, comédie en trois actes

Le Mariage de Barillon, vaudeville en trois actes

Le Ruban, vaudeville en trois actes

Le Système Ribadier, vaudeville en trois actes

Les Fiancés de Loches, vaudeville en trois actes

Monsieur chasse !, comédie en trois actes

Occupe-toi d’Amélie !, comédie en trois actes

Tailleur pour dames, comédie en trois actes

Un fil à la patte, vaudeville en trois actes

 

 

Les courtes pièces

Amour et piano comédie en un acte

C’est une femme du monde comédie en un acte

Deux coqs pour une poule, comédie en un acte

Dormez, je le veux !, vaudeville en un acte

Feu la mère de Madame, vaudeville en un acte

Fiancés en herbe, comédie enfantine en un acte

Hortense a dit : « je m’en fous ! », comédie en un acte

Gibier de potence, comédie-bouffe en un acte

L’Amour doit se taire, drame en un acte

L’Homme de paille, comédie-bouffe en un acte

Léonie est en avance ou le mal joli, comédie en un acte

Les Pavés de l’ours, comédie en un acte

Mais n’te promène donc pas toute nue !, comédie en un acte

Monsieur Nounou, pochade en un acte

Notre futur, comédie en un acte

On purge bébé !, comédie en un acte

On va faire la cocotte – comédie en un acte (pièce inachevée mais qui peut être jouée en l’état)

Par la fenêtre, comédie en un acte

Séance de nuit, comédie en un acte

Un bain de ménage, vaudeville en un acte

Les monologues

Aux antipodes, monologue provenço-comique (femme)

Complainte du pauv’ propriétaire, monologue (homme)

L’Homme économe, monologue (homme)

L’Homme intègre, monologue (homme)

La Petite Révoltée, monologue (femme)

Le Colis, monologue (homme)

Le Volontaire, monologue (homme)

Le Billet de mille, monologue (homme)

Le Juré, monologue (homme)

Le Mouchoir, monologue (homme)

Le Petit Ménage, monologue (homme)

Le Potache, monologue (homme)

Les Célèbres, monologue (homme)

Les Enfants, monologue (homme)

Les Réformes, monologue (homme)

L’Homme économe, monologue (homme)

J’ai mal aux dents, monologue (homme)

Patte en l’air, monologue (homme)

Tout à Brown-Séquard  !, Monologue (homme)

Trop vieux, monologue (homme)

Un coup de tête, monologue (femme)

Un monsieur qui est condamné à mort, monologue (homme)

Un monsieur qui n’aime pas les monologues, monologue (homme)

———

Textes à saisir :
Eglantine d’Amboise, pièce historique en deux actes et trois tableaux
La bulle d’amour, ballet à grand spectacle en deux actes et dix tableaux; musique de Francis Thomé, créé le 11 mai 1898 au théâtre Marigny (Edité en 1898). (lien vers des coupures de presse sur Gallica).
Le ballet de Joséphine, opéra-comique à grand spectacle en trois actes et quatre tableaux, écrit avec Jules Méry, musique d’Alfred Kaiser, créé le 23 février 1902 au théâtre de la Gaîté
Madame Sganarelle, saynète-monologue, créée le 31 août 1891 au casino de Spa (Belgique)

 

Emissions radiophoniques pour en savoir plus :

Georges Feydeau, le maître du vaudeville, Ça peut pas faire de mal (France Inter) émission du samedi 8 décembre 2012 , sur le site de France Inter

Georges Feydeau à la radio, sélection d’adaptations radiophoniques à la distribution prestigieuse sur le site de l’INA

Les nouveaux chemins de la connaissance consacrés à La jalousie (4/4): Feydeau : « Ciel, mon mari ! » sur le site de France Culture

 

 

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L’Hôtel du Libre-Echange de Feydeau et Desvallières

L’Hôtel du Libre-Echange de Feydeau et Desvallières

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Programme du Théâtre de la Gaîté en 1906 (source Gallica)

Pièce en trois actes de Georges Feydeau, écrite en collaboration avec Maurice Desvallières, représentée pour la première fois à Paris le 5 décembre 1894, au théâtre des Nouveautés.  Très vif succès : 371 représentations. Première édition en 1928.
Distribution : 10 hommes – 8 femmes

Pièce à télécharger  gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr


L’argument

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Carte Postale – Théâtre de la Gaîté en 1906 (source Gallica)

Pinglet, entrepreneur en bâtiment marié à une femme acariâtre, est épris de l’épouse de son ami et associé, l’architecte Paillardin. Celui-ci devant s’absenter pour une expertise, madame Paillardin, lassée de la froideur de son mari, accepte le rendez-vous secret que lui fixe Pinglet. Les deux terminent leur soirée dans un « hôtel borgne », l’hôtel du Libre-Échange. Ce qu’ils ignorent, c’est que Paillardin s’y trouve également. L’hôtel est aussi le lieu de rendez-vous de la bonne de Pinglet et du neveu de Paillardin. Enfin, Mathieu, un ami de province descendu à Paris avec ses quatre filles, y loge lui aussi…

Sécurité et discrétion ! Hôtel du Libre Echange, 220, rue de Provence ! Recommandé aux gens mariés… ensemble ou séparément !…


Le succès d’un vaudeville particulièrement réussi

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Carte Postale – Théâtre de la Gaîté en 1906 (source Gallica)

Saluée par la critique, la pièce se joue 375 fois, jusqu’à la fin de 1895. Malgré ce triomphe, L’Hôtel du Libre-Échange ne sera publiée qu’en 1928, soit 7 ans après le décès de Georges Feydeau et 2 ans après celui de Maurice Desvallières.

Les décors et la mise en scène sont extrêmement complexes. Pour le deuxième acte, le décor est divisé en trois : à droite, une grande chambre à cinq lits, à gauche une petite chambre à un lit, au milieu, le palier du premier étage de l’hôtel avec son escalier. Les portes s’ouvrent, se referment. Neuf personnages se croisent, s’évitent et se rencontrent finalement. Les péripéties se succèdent. Il y a dans l’ensemble de la pièce 279 entrées et sorties !

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Carte Postale – Théâtre de la Gaîté en 1906 (source Gallica)

Chaque accessoire, décrit dans les didascalies et évoqué dans le texte, a son importance et sera utilisé dans le récit : le chapeau, le vilebrequin, la boule d’eau chaude, la robe puce, la clé… mais aussi la pluie et l’orage.

Tous les ingrédients du vaudeville sont réunis et habillement combinés, aussi bien les jeux de situation (péripétie, quiproquo, face-à-face impromptu, méprise) que les jeux au niveau de la langue : bégaiement de Mathieu ou répétition de l’expression « Quelle nuit, mon Dieu, quelle nuit ! », répétée par 5 personnages dans le troisième acte.


Mise en scène d’Alain Françon

A lire l’excellent dossier accompagnant la mise en scène d’Alain Françon, au Théâtre de la Colline avec Clovis Cornillac  sur le site du théâtre.

Voir aussi sur le site de l’INA, un extrait de cette mise en scène

Mise en scène d’Isabelle Nanty à la Comédie-Française (2017)

Dossier de presse à télécharger sur le site de la Comédie-Française


Vous pouvez explorer l’univers de Feydeau à travers les articles suivants :

– Le Théâtre de Georges Feydeau
– Biographie de Georges Feydeau
– Les ressorts comiques du langage chez Feydeau
– La politique dans les pièces de Feydeau
– Les progrès techniques dans les pièces de Feydeau
– Le vaudeville et Feydeau (à travers deux articles de Feydeau).

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Thérèse Raquin, Emile Zola

Thérèse Raquin d’Emile Zola

Drame en quatre actes, représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre de la Renaissance, le 11 juillet 1873.  L’adaptation du roman par Émile Zola lui-même offre aux acteurs des rôles poignants et aux metteurs en scène un univers original, entre naturalisme et fantastique.
Distribution : 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

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Mariée à Camille, un homme souffreteux, Thérèse s’est prise de passion pour Laurent, un ami d’enfance de son époux. Les deux amants décident de supprimer le mari gênant, mais une fois le crime commis, ils sont hantés par le remords. Les deux complices sont poursuivis par le regard accusateur du portrait de Camille, que Laurent a peint autrefois. En outre la mère du défunt, frappée de paralysie et incapable de parler après avoir entendu fortuitement les aveux de sa belle-fille et de son nouvel époux, continue de vivre sous leur toit sans pouvoir dénoncer leur crime…

Le naturalisme au théâtre

Extrait de la préface rédigée par Emile Zola.

« C’est sous l’influence de ces idées que j’ai tiré un drame de Thérèse Raquin. Comme je l’ai dit, il y avait là un sujet, des personnages et un milieu, qui constituaient, selon moi, des éléments excellents pour la tentative que je rêvais. J’allais pouvoir faire une étude purement humaine, dégagée de tout intérêt étranger, allant droit à son but; l’action n’était plus dans une histoire quelconque, mais dans les combats intérieurs des personnages il n’y avait plus une logique de faits, mais une logique de sensations et de sentiments et le dénouement devenait un résultat arithmétique du problème posé. Alors, j’ai suivi le roman pas à pas j’ai enfermé le drame dans la même chambre, humide et noire, afin de ne rien lui ôter de son relief, ni de sa fatalité ; j’ai choisi des comparses sots et inutiles, pour mettre, sous les angoisses atroces de mes héros, la banalité de la vie de tous les jours; j’ai tenté de ramener continuellement la mise en scène aux occupations ordinaires de mes personnages, de façon à ce qu’ils ne « jouent » pas mais à ce qu’ils vivent » devant le public. »

Les conditions de la création

Extrait de Emile Zola, Notes d’un ami par Paul Alexis, Editions Charpentier, 1882, sur Gallica.

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Marie Laurent dans le rôle de Madame Raquin

Exécutée assez vite, la pièce était primitivement en cinq actes.

« M. Hostein, directeur de la Renaissance (…) était le seul directeur qui pût recevoir, et monter tout de suite, une œuvre osée, exceptionnelle, contenant une tentative littéraire. (…) Il ne se décida que lorsqu’une grande artiste, madame Marie Laurent, voulut bien prendre le rôle de « madame Raquin, » en se contentant d’appointements proportionnés aux recettes, c’est-à-dire problématiques. La saison était très avancée. Il fallait que Marie Laurent eût bien foi dans l’œuvre et dans son rôle.

— Ah ! soupirait-elle, que n’ai-je dix ans de moins !… Au lieu de faire madame Raquin, je ferais Thérèse, et je voudrais passionner tout Paris.

Le 11 juillet 1873, eut lieu la première. Une belle salle, pour la saison. La presse au grand complet, naturellement. L’impression de ces quatre actes, se passant dans la même chambre triste, fut très forte, très poignante. Certes, il n’y avait pas là un grand régal pour le public boulevardier des premières. Plus d’un gommeux, dans les couloirs, crut bon genre de trouver cela crevant. Plus d’une cocodette poussa de petits cris pudibonds. Mais, la part faite à ces dissidences inévitables, la salle entière resta saisie et palpitante devant ce drame si peu compliqué, mais si puissant, qui vous serrait le cœur comme une catastrophe personnelle.

— Moi, je suis malade ! Ce Zola me rend positivement malade ! disait ce soir-là dans les couloirs M. Sarcey, lui qui, au théâtre, veut s’amuser.

Une partie du public était donc très malade, si malade même qu’au commencement de la nuit de noces, on tenta quelques protestations, afin de réagir et d’échapper au cauchemar. Au moment où Thérèse ôte sa robe de mariée, la salle risqua quelques « hem ! hem ! » comme pour se persuader qu’il allait se passer des choses très risquées, ce qu’elle désirait sans doute. On feignit même de ne pas comprendre l’intention, banale à dessein, de quelques phrases sur la pluie et le beau temps, que Laurent et Thérèse échangent, une fois seuls, dans la chambre nuptiale. Mais plus fort que ces mauvais vouloirs et ces hypocrisies, le drame emporta bientôt tout, étreignant les cœurs et bouleversant les âmes. Je crois pouvoir constater, en témoin impartial, que la pièce, à deux doigts de sa chute, au commencement du troisième acte, se redressa tout à coup par un tour de reins, lors de cette minute critique, à partir de laquelle le succès définitivement obtenu ne fit que grandir.

Le succès de Thérèse Raquin fut sans lendemain. La critique se montra très dure pour le nouvel auteur ; on subissait les chaleurs caniculaires de juillet : la pièce ne fit pas d’argent. Au bout de neuf représentations, non seulement Thérèse Raquin disparut de l’affiche, mais la Renaissance ferma ses portes — pour ne les rouvrir qu’à l’hiver, et avec un genre nouveau, l’opérette ! »

Source des illustrations :  Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola. 31, Editions Fasquelle (Paris).  Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 4-Y2-3550 (31) sur Gallica.

Pour en savoir plus :

Lien vers le Théâtre de Zola sur Libre Théâtre
Lien vers la Biographie de Zola sur Libre Théâtre
Lien vers le théâtre de Zola et le naturalisme sur Libre Théâtre


Publications aux Editions La Comédiathèque

Mariée à Camille, un homme souffreteux, Thérèse s’est prise de passion pour Laurent, un ami d’enfance de son époux. Les deux amants décident de supprimer le mari gênant, mais une fois le crime commis, ils sont hantés par le remords. Les deux complices sont poursuivis par le regard accusateur du portrait de Camille, que Laurent a peint autrefois. En outre la mère du défunt, frappée de paralysie et incapable de parler après avoir entendu fortuitement les aveux de sa belle-fille et de son nouvel époux, continue de vivre sous leur toit sans pouvoir dénoncer leur crime…
En adaptant son roman à succès au théâtre, Zola expérimente dans ce drame les principes du mouvement naturaliste.

Distribution : 5 hommes, 3 femmes
ISBN 978-2-3770-5102-1
Juillet 2017
85 pages ; 18 x 12 cm ; broché.

Disponible dans votre librairie ou sur les sites :

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Le Faiseur (Mercadet) de Balzac
Le Faiseur (Mercadet) d'Honoré de Balzac

Le Faiseur (Mercadet) de Balzac

Le Faiseur (Mercadet) d’Honoré de Balzac

Mercadet

Comédie d’Honoré de Balzac en trois actes et en prose, écrite en 1840, créée en 1851.

La pièce Mercadet a été écrite en 1840 (sous le titre Le Faiseur), mais on ne manquera pas d’être frappé par l’étonnante résonance de ce texte illustrant les dérives de la bourgeoisie financière sous la Monarchie de Juillet : lancement de rumeurs, manipulation de l’information, spéculation, délit d’initié… Mercadet  utilise toutes ces ficelles pour duper ses créanciers et arrive à les convaincre de sa bonne fortune, même lorsqu’il se trouve au bord de la faillite. Les bons mots et les traits d’esprit rythment cette comédie économique où l’on perçoit aussi le talent de Balzac moraliste. 

Le lecteur ou le spectateur sera également surpris par le personnage de l’associé dont Mercadet ne cesse de parler et que l’on ne verra pas… Godeau ! (extrait de la scène 7 de l’acte I)


MME MERCADET
Je m’imagine toujours que Godeau peut revenir.
MERCADET
Après huit ans sans nouvelles, vous espérez encore Godeau !.. Vous me faites l’effet de ces vieux soldats qui attendent toujours Napoléon.

Godeau

Plus de cent ans avant Beckett, Balzac met en scène l’absence, qui n’est pas encore un vide existentiel, à travers le personnage de Godeau. Barthes y a consacré dans ses Essais critiques quelques pages éclairantes :

Le grand thème du Faiseur, c’est donc le vide. Ce vide est incarné : c’est Godeau, l’associé-fantôme qu’on attend toujours, qu’on ne voit jamais, et qui finit par créer la fortune à partir de son seul vide. Godeau est une invention hallucinante ; Godeau n’est pas une créature, c’est une absence, mais cette absence existe, parce que Godeau est une fonction : tout le nouveau monde est peut-être dans ce passage de l’être à l’acte, de l’objet à la fonction ; il n’est plus besoin que les choses existent, il suffit qu’elles fonctionnent ; ou plutôt, elles peuvent fonctionner sans exister. Balzac a vu la modernité qui s’annonçait, non plus comme le monde des biens et des personnes (catégories du Code napoléonien, mais comme celui des fonctions et des valeurs : ce qui existe, ce n’est plus ce qui est, c’est ce qui se tient. Dans Le Faiseur, tous les personnages sont vides (sauf les femmes), mais ils existent parce que, précisément, leur vide est contigu : ils se tiennent les uns par les autres. »

Une critique politique

Dans ce vaudeville, la critique politique n’est jamais très loin et Balzac dresse un portrait sans concession d’un arriviste :  le personnage De la Brive, une sorte de double de Mercadet, annonce ainsi son projet de devenir homme politique, après son mariage avec la fille de Mercadet. Nul doute que la lecture du passage de la scène 4 de l’acte II vous fera réagir…

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Quelques représentations remarquables

La pièce a fait l’objet d’une lecture par la Comédie-Française en 1848, sous le titre Le Faiseur.

Elle sera créée trois ans plus tard, en 1851, au Théâtre du Gymnase, sous le titre de Mercadet. La pièce est jouée pour la première fois à la Comédie Française en 1868.

En 1934, sous le titre Mercadet ou Le Faiseur, adaptée par Simone Jollivet, la pièce est montée par Charles Dullin qui joue le rôle-titre. Darius Milhaud compose la musique de scène.

Faiseur_FilmEn 1936, André Hugon réalise un film à partir de la pièce (informations complètes sur le site d’Unifrance et sur le site de Jacqueline Waechter).

En 1957, pour le TNP, Jean Vilar l’adapte, la met en scène et joue le rôle-titre (notice sur data.bnf.fr).

La pièce fait l’objet d’une adaptation pour la célèbre émission télévisée d’Au Théâtre ce soir, lors des fêtes de fin d’année en 1977
Lien vers l’adaptation sur le site de l’INA

En 2014, Emmanuel Demarcy-Mota met en scène la pièce au Théâtre de la Ville à Paris. Il en transpose l’action dans les années 1970 (Lien vers différentes émissions de France Inter où Emmanuel Demarcy-Mota évoque le texte et sa mise en scène).

"Le faiseur" de Balzac par la troupe des TrŽéteaux de France  Crédit photo : Eric Facon
« Le faiseur » de Balzac par la troupe des TrŽéteaux de France. Crédit photo : Eric Facon

La pièce est actuellement à l’affiche au Théâtre de l’Épée de Bois, produite par les Tréteaux de France,  mise en scène de Robin Renucci. Lien vers la pièce à l’affiche

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Le Pauvre Bougre et le bon génie

Le Pauvre Bougre et le bon génie d’Alphonse Allais

Bougre1Féérie en un acte d’Alphonse Allais, représentée pour la première fois au Théâtre des Mathurins le 24 mai 1899.
Distribution : 2 hommes, 1 femme.
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr


Les dernières répliques, chantées sur l’air de Faust, sont un hommage à une boisson anisée et alcoolisée du sud de la France (à consommer avec modération):

Pernod pur, Pernod radieux,
Porte ton Ame au sein des cieux.
Emporte-le sur tes deux ailes
Vers les extases éternelles.

Un seul décor

La terrasse d’un « modeste » café où le garçon servira successivement de la bière, de l’absinthe et une liqueur anisée… L’occasion de rappeler qu’Alphonse Allais fréquentait assidument les cafés : « j’ai toujours eu l’amour des terrasses de café, et la conception la plus flatteuse du Paradis serait, pour moi, une terrasse de café, d’où l’on ne partirait plus jamais.  » (Les Pensées). Pour lui, comme de nombreux auteurs du XIXème et du XXème siècle, les cafés sont des lieux d’inspiration. Il n’y buvait pas que de l’eau, ni du café… bien qu’Alphonse Allais, ancien pharmacien, soit l’inventeur du café lyophilisé (brevet du 7 mars 1881 sous le numéro n°141530).

Côté vocabulaire, on notera la première apparition de l’adjectif « puréeiforme » pour qualifier un costume et l’utilisation par le « bon génie » d’une expression argotique toujours employée aujourd’hui : « Comme j’ai autre chose à faire qu’à t’apporter une thune chaque matin, je vais te remettre tout ton compte en bloc. »

Illustrations

Il y a peu de témoignages de représentations de cette courte pièce. On peut noter qu’elle a été jouée par Michel Aumont et Jean-Pierre Barlier dans une production de la Comédie-Française pour la télévision, intitulée « La Quête du Bonheur » (réalisation scénique de Paul-Emile Deiber ; réalisation TV de Maurice Beuchey, quelques images sur le site du cinéma français TOUT EN IMAGES).

Source des illustrations : Collection : Les Pièces à succès, 32. Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-YF-1477 (32) . http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5567390g
(Les similis gravures ont été reproduites d’après les photographies de MM. Cautin et Berger)

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