La tirade des coqs – Chantecler d’Edmond Rostand
Guitry en Chantecler par Sem, dans Modes de mars 1910. Source : BnF/Gallica

La tirade des coqs – Chantecler d’Edmond Rostand

La tirade des coqs – Chantecler d’Edmond Rostand

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5725929c
Guitry en Chantecler par Sem, dans Modes de mars 1910. Source : BnF/Gallica

Extrait de l’Acte III, Scène 4.
Lien vers le texte intégral de la pièce Chantecler sur Libre Théâtre

Célèbre pour ses allitérations, cette tirade est très utilisée dans les cours de théâtre et les exercices pour la prise de parole en public.

 

 

 

 

 

 


Chantecler, allant maintenant de l’un à l’autre.
Oui, Coqs affectant des formes incongrues,
Coquemars, Cauchemars, Coqs et Coquecigrues,
Coiffés de cocotiers supercoquentieux…
– La fureur comme un Paon me fait parler, Messieurs ! J’allitère !… –
Et s’amusant à les étourdir d’une volubilité caquetante et gutturale
Oui, Coquards cocardés de coquilles,
Coquardeaux Coquebins, Coquelets, Cocodrilles,
Au lieu d’être coquets de vos cocoricos,
Vous rêviez d’être, ô Coqs ! de drôles de cocos !
Oui, Mode ! pour que d’eux tu t’emberlucoquasses,
Coquine ! ils n’ont voulu, ces Coqs, qu’être cocasses !
Mais, Coquins ! le cocasse exige un Nicolet !
On n’est jamais assez cocasse quand on l’est !
Mais qu’un Coq, au coccyx, ait plus que vous de ruches,
Vous passez, Cocodès, comme des coqueluches !
Mais songez que demain, Coquefredouilles ! mais
Songez qu’après-demain, malgré, Coqueplumets !
Tous ces coqueluchons dont on s’emberlucoque,
Un plus cocasse Coq peut sortir d’une coque,
– Puisque le Cocassier, pour varier ses stocks,
Peut plus cocassement cocufier des Coqs !
– Et vous ne serez plus, vieux Cocâtres qu’on casse,
Que des coqs rococos pour ce coq plus cocasse !

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L’hymne au soleil – Chantecler d’Edmond Rostand
Les Animaux de Chantecler : Le chat (Chabat), la pintade (Augustine Leriche), la poule faisane (Simone), le coq superbe (Lucien Guitry) etc... : affiche de Daniel de Losques en 1910. Source : BnF/Gallica

L’hymne au soleil – Chantecler d’Edmond Rostand

L’hymne au soleil – Chantecler d’Edmond Rostand

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9005237k
Les Animaux de Chantecler. Affiche de Daniel de Losques en 1910. Source : BnF/Gallica

Acte II, scène 3
Chantecler dévoile à la faisane le secret de son chant…

 

 

 


Chantecler
Je ne chante jamais que lorsque mes huit griffes
Ont trouvé, sarclant l’herbe et chassant les cailloux,
La place où je parviens jusqu’au tuf noir et doux !
Alors, mis en contact avec la bonne terre,
Je chante !… et c’est déjà la moitié du mystère,
Faisane, la moitié du secret de mon chant…
Qui n’est pas de ces chants qu’on chante en les cherchant,
Mais qu’on reçoit du sol natal, comme une sève !
Et l’heure où cette sève, en moi, surtout, s’élève,
L’heure où j’ai du génie, enfin, où j’en suis sûr,
C’est l’heure où l’aube hésite au bord du ciel obscur.
Alors, plein d’un frisson de feuilles et de tiges
Qui se prolonge jusqu’au bout de mes rémiges,
Je me sens nécessaire, et j’accentue encor
Ma cambrure de trompe et ma courbe de cor ;
La Terre parle en moi comme dans une conque ;
Et je deviens, cessant d’être un oiseau quelconque,
Le porte-voix en quelque sorte officiel
Par quoi le cri du sol s’échappe vers le ciel !
La faisane.
Chantecler !
Chantecler.
                    Et ce cri qui monte de la Terre,
Ce cri, c’est un tel cri d’amour pour la lumière,
C’est un si furieux et grondant cri d’amour
Pour cette chose d’or qui s’appelle le Jour,
Et que tout veut ravoir : le pin sur ses écorces,
Les sentiers soulevés par des racines torses
Sur leurs mousses, l’avoine en ses brins délicats
Et les moindres cailloux dans leurs moindres micas ;
C’est tellement le cri de tout ce qui regrette
Sa couleur, son reflet, sa flamme, son aigrette
Ou sa perle ; le cri suppliant par lequel
Le pré mouillé demande un petit arc-en-ciel
À chaque pointe verte, et la forêt mendie
Au bout de chaque allée obscure un incendie ;
Ce cri, qui vers l’azur monte en me traversant,
C’est tellement le cri de tout ce qui se sent
Comme mis en disgrâce au fond d’un vague abîme
Et puni de soleil sans savoir pour quel crime ;
Le cri de froid, le cri de peur, le cri d’ennui
De tout ce que désarme ou désœuvre la Nuit ;
De la rose tremblant, dans le noir, toute seule ;
Du foin qui veut sécher pour aller dans la meule ;
Des outils oubliés dehors par les faucheurs
Et qui vont se rouiller dans l’herbe ; des blancheurs
Qui sont lasses de ne pas être éblouissantes ;
C’est tellement le cri des Bêtes innocentes
Qui n’ont pas à cacher les choses qu’elles font,
Et du ruisseau qui veut être vu jusqu’au fond ;
Et même – car ton œuvre, ô Nuit ! te désavoue –
De la flaque qui veut miroiter, de la boue
Qui veut redevenir de la terre en séchant ;
C’est tellement le cri magnifique du champ
Qui veut sentir pousser son orge ou ses épeautres ;
De l’arbre ayant des fleurs qui veut en avoir d’autres ;
Du raisin vert qui veut avoir un côté brun ;
Du pont tremblant qui veut sentir passer quelqu’un
Et remuer encor doucement sur ses planches
Les ombres des oiseaux dans les ombres des branches ;
De tout ce qui voudrait chanter, quitter le deuil,
Revivre, resservir, être une berge, un seuil,
Un banc tiède, une pierre heureuse d’être chaude
Pour la main qui s’appuie ou la fourmi qui rôde ;
Enfin, c’est tellement le cri vers la clarté
De toute la Beauté, de toute la Santé,
Et de tout ce qui veut, au soleil, dans la joie,
Faire son oeuvre en la voyant, pour qu’on la voie ;
Et, lorsque monte en moi ce vaste appel au jour,
J’agrandis tellement toute mon âme pour
Qu’étant plus spacieuse elle soit plus sonore
Et que le large cri s’y élargisse encore ;
Avant de le jeter, c’est si pieusement
Que je retiens ce cri dans mon âme, un moment ;
Puis, quand, pour l’en chasser enfin, je la contracte,
Je suis si convaincu que j’accomplis un acte ;
J’ai tellement la foi que mon cocorico
Fera crouler la Nuit comme une Jéricho…
La faisane, épouvantée.
Chantecler !
Chantecler.
                   Et sonnant d’avance sa victoire,
Mon chant jaillit si net, si fier, si péremptoire,
Que l’horizon, saisi d’un rose tremblement,
M’obéit !
La faisane.
                Chantecler !
Chantecler.
                                   Je chante ! Vainement
La Nuit, pour transiger, m’offre le crépuscule ;
Je chante ! Et tout à coup…
La faisane.
                                    Chantecler !
Chantecler.
                                                          Je recule,
Ébloui de me voir moi-même tout vermeil,
Et d’avoir, moi, le coq, fait lever le soleil !
La faisane.
Alors, tout le secret de ton chant ?…
Chantecler.
                                                   C’est que j’ose
Avoir peur que sans moi l’Orient se repose !
Je ne fais pas : « Cocorico ! » pour que l’écho
Répète un peu moins fort, au loin : « Cocorico ! »
Je pense à la lumière et non pas à la gloire.
Chanter, c’est ma façon de me battre et de croire ;
Et si de tous les chants mon chant est le plus fier,
C’est que je chante clair afin qu’il fasse clair !

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Tirade des Non, merci – Cyrano de Bergerac
Constant Coquelin dit aîné créateur de Cyrano. Source : BnF/ Gallica

Tirade des Non, merci – Cyrano de Bergerac

Tirade des Non, merci – Cyrano de Bergerac

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528775g
Constant Coquelin dit aîné créateur de Cyrano. Source : BnF/ Gallica

Extrait de l’Acte II, scène 8
Lien vers le texte intégral de Cyrano de Bergerac sur Libre Théâtre 

 

Le Comte De Guiche propose à Cyrano de devenir son poète officiel. Il refuse avec force et ses amis sont dépités.

 

 

 

 

 


Le Bret.
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire
La fortune et la gloire…
Cyrano.
                                          Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ? »…
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

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La tirade du nez, Cyrano de Bergerac
Sarah Bernhardt dans "Cyrano de Bergerac", comédie d'Edmond Rostand en 1909. Source : Bnf/Gallica

La tirade du nez, Cyrano de Bergerac

La tirade du nez, Cyrano de Bergerac

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438886n
Sarah Bernhardt dans « Cyrano de Bergerac », comédie d’Edmond Rostand en 1909. Source : Bnf/Gallica

Extrait de l’acte I, scène 4.
Cyrano répond au Vicomte de Valvert qui le provoque en lui disant : « Vous…. vous avez un nez… heu… un nez… très grand. »

Lien vers le texte intégral de Cyrano de Bergerac sur Libre Théâtre 

À découvrir sur le site de l’INA, la « tirade du nez » par Daniel Sorano, dans une version théâtrale filmée par Claude Barma en 1960, où l’on peut apercevoir, parmi les seconds rôles, Jean Topart, Michel Galabru et Philippe Noiret.

 


Cyrano.
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! »
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

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La Dernière Nuit de Don Juan d’Edmond Rostand

La Dernière Nuit de Don Juan d’Edmond Rostand

Poème dramatique en deux parties et un prologue, écrite en 1911. Publié de façon posthume en 1921 et créé en mars 1922 au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Distribution : 5 hommes, 5 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Don Juan est emmené par la statue du Commandeur aux Enfers mais négocie avec le Diable. Celui-ci lui accorde un sursis de dix ans. Dix ans après, le Diable revient chercher Don Juan sous les traits d’un marionnettiste. Don Juan défend l’œuvre de sa vie, mais dans une cruelle joute oratoire, le Diable va montrer à Don Juan l’échec de son existence. Don Juan croit avoir «possédé» et «connu» 1003 femmes, les ombres des femmes viennent lui prouver le contraire. Toutes arrivent masquées et lui disent quelques mots : si le séducteur en peut appeler une seule par son prénom, il sera libre. Il échoue. Don Juan affirme ensuite qu’il les a fait pleurer : si une larme est sincère et que Don Juan s’en souvient, il sera sauvé. Il échoue une nouvelle fois. Don Juan affirme ensuite avoir « fait l’aumône » mais « le pauvre » vient lui jeter l’or de l’aumône à la figure, avec mépris. Don Juan à bout d’arguments est envoyé dans la boîte à marionnettes, car il n’est même pas digne des feux de l’Enfer.

La création

Cette pièce posthume a été éditée en 1921. L’éditeur Fasquelle  précise en avant-propos : « Les deux parties de cette pièce étaient entièrement écrites avant la guerre. Le prologue, reconstitué sur des brouillons fragmentaires très raturés, ne peut être considéré que comme une ébauche. On a dû pour l’intelligence du drame, compléter les indications de scène du texte original. Celles de ces indications qui ne sont pas de la main de l’auteur ont été mises entre deux crochets. »
La création de cette pièce a eu lieu en mars 1922 au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6538653x/f41.item
Extrait de Vogue du 01 avril 1922. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6538653x/f40.item
Extrait de Vogue du 01 avril 1922. Source : BnF/Gallica

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La Princesse lointaine d’Edmond Rostand
Sarah Bernhardt dans le rôle de Mélissinde. Source : Bnf/Gallica

La Princesse lointaine d’Edmond Rostand

La Princesse lointaine d’Edmond Rostand

Drame en quatre actes et en vers représenté pour la première fois à Paris le 5 avril 1895 sur le théâtre de la Renaissance.
Distribution : 21 hommes, 2 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Joffroy Rudel,  un troubadour aquitain, a tant chanté la beauté légendaire de la princesse de Tripoli, Mélissinde, qu’il en est tombé amoureux. Sentant sa dernière heure venir, il veut enfin la rencontrer et organise une expédition, accompagné de son fidèle ami Bertrand d’Alamanon, troubadour de Provence. Le navire arrive près de Tripoli mais Joffroy est trop faible pour aller à la rencontre de Mélissinde. Il charge Bertrand de la convaincre de venir à son chevet. Bertrand réussit à pénétrer dans le palais. Mélissinde en le voyant est persuadée qu’il est Joffroy Rudel, dont elle connaît les poèmes et la chanson de la Princesse lointaine. Elle en tombe follement amoureuse. Bertrand, également sous le charme, lui transmet le message de Joffroy Rudel mais Mélissinde refuse d’aller le voir et persuade Bertrand de rester avec elle. Le remords peu à peu les ronge et ils décident de se rendre auprès du mourant. Mélissinde se rend compte que c’est Joffroy Rudel qu’elle aime.

Edmond Rostand s’inspire de la vida de Jaufre Rudel. De la famille des princes de Blaye (Gironde), il tomba amoureux de la comtesse de Tripoli sans l’avoir jamais vue et lui a consacré de nombreux vers. Pour la connaître il fit le voyage d’Orient mais tomba malade (voir la notice sur le site de la Médiathèque interrégionale occitane). Avant Rostand, Pétrarque a également évoqué cette figure (Trionfi III) de Giaufrè Rudel, ch’usò la vela e’l remo a cercar la sua morte (Jaufré Rudel, avec la voile et la rame à la recherche de sa mort).

La création

Le succès des Romanesques à la Comédie-Française permet à Edmond Rostand de rencontrer Sarah Bernhardt, alors en pleine gloire et à la recherche de nouveaux talents et d’argent pour son théâtre. Elle  lui commande le rôle de Mélissinde. Mucha, ami et sous contrat d’exclusivité avec Sarah Bernhardt, co-produisit la pièce et réalisa des dessins des costumes, bijoux, décors, programme du spectacle… La pièce est créée le 5 avril 1895 dans le Théâtre Sarah Bernhardt (Théâtre de la Renaissance). Elle connaît un grand succès mais se solde par un désastre financier pour l’actrice. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8406054g
Scène de la Princesse lointaine dans le Théâtre Illustré, avril 1895. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387261/f6.item
Sarah Bernhardt dans la Princesse lointaine. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387261/f57.item
Sarah Bernhardt dans le rôle de Mélissinde. Etude pour le panneau décoratif du foyer du théâtre Sarah Bernhardt à Paris par Mucha.Source : Bnf/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Pour en savoir plus

Bourgeois Jean, « Une trilogie d’Edmond Rostand : La Princesse lointaine, La Samaritaine, Cyrano de Bergerac », L’information littéraire, 2008/2 (Vol. 60), p. 27-38. URL : http://www.cairn.info/revue-l-information-litteraire-2008-2-page-27.htm

La critique impitoyable de GB Shaw La Princesse lointaine d’Edmond Rostand, au Daly’s Théâtre, le 17 juin 1895 (22 juin 1895) dans BRENNAN, Paul (dir.) ; DUBOST, Thierry (dir.). G. B. Shaw : un dramaturge engagé.Nouvelle édition [en ligne]. Caen : Presses universitaires de Caen, 1998 (généré le 01 mai 2017). Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/puc/986

La critique de Jules Lemaitre dans Impressions de théâtre, 9ème série sur le site de l’OBVIL.

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Les Romanesques d’Edmond Rostand
Les romanesques : une maquette de costume par Marcel Mültze. Source : BnF/Gallica

Les Romanesques d’Edmond Rostand

Les Romanesques d’Edmond Rostand

Comédie en trois actes et en vers représentée pour la première fois sur la scène de la Comédie-Française le 21 mai 1894.
Distribution : 5 hommes et 1 femme.
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Un mur sépare les jardins de deux hommes qui se détestent, Bergamin et Pasquinot.  Mais Percinet et Sylvette, leurs enfants s’aiment, tels Romeo et Juliette, et se retrouvent chaque jour près du mur en cachette. En réalité, la haine entre les deux pères est un subterfuge pour que les jeunes gens, à l’esprit trop « romanesque », tombent amoureux et se marient permettant la réunion des deux propriétés. Les deux pères imaginent un faux enlèvement pour rendre possible la réconciliation entre eux. Tout se passe comme prévu, mais quand ils avouent aux deux jeunes gens leur machination, le mariage est alors compromis…

La création

Les Romanesques sont joués le 21 mai 1894 à la Comédie-Française avec deux autres pièces Le Bandeau de Marsolleau et Le Voile de Rodenbach.

La critique est très favorable. Extraits :
« Les Romanesques sont la première œuvre dramatique d’un poète évidemment bien doué. C’est une comédie d’imitation et cependant originale, grâce à une adresse remarquable, qui perce à travers les souvenirs classiques et romantiques à la fois de Regnard et de Musset. Et tandis que la langue est très montée de ton, pittoresque et picaresque, le thème est simple et bon enfant. La chose se passe dans le pays du bleu, en un temps indéterminé, car on y parle de Watteau, dont les amoureux portent le costume préféré on y trouve aussi un spadassin à allures du seizième siècle. » Le Figaro, 22/05/1894 (sur Gallica)

« Je ne vous dis pas que l’idée de cette comédie soit neuve de tout point ; mais l’exécution en a paru supérieure. C’est très brillant, tout pétillant d’esprit et, par endroit, tout éclatant d’une gaieté large et aisée. On vous prie de ne point confondre cela avec la petite chose jolie, mais grêle, qu’est le traditionnel bijou odéonien. Il y a, déjà, dans Les Romanesques, de la maîtrise. L’alliance y est naturelle et heureuse du comique et du lyrisme.
Autant que j’en puis juger à la simple audition, la versification est remarquable de souplesse et d’adresse, avec tout plein de consonances imprévues et amusantes et de jeux de rythme drôlement expressifs, mais sans vaines mièvreries livresques. Cela fait songer, on l’a dit, à Regnard, à Musset (A quoi rêvent les jeunes filles) et à Théodore de Banville ; mais cela fait surtout songer, au bout du compte, que l’auteur est un habile homme qui s’inspire avec indépendance des maîtres du rire et de la rime et qui sait nous donner à la fois, — chose devenue rare chez nous, où la beauté semble la sœur de plus en plus inséparable de la tristesse, — une impression de franche gaieté et de grâce plastique. » Jules Lemaître dans Impressions de théâtre. 8e série (Source BnF/Gallica)

Voir aussi Gil Blas, du 23 mai 1894, sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105204380/f1.item
Les romanesques : une maquette de costume par Marcel Mültze. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405567h
Photo de presse de la création à la Comédie-Française, le 21-05-1894. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’humour en vers

                                  Alors, restons-en là !
Et, jusques à demain refermant notre livre,
Laissons, puisqu’il vous plaît, le doux Roméo vivre.
Il ferme le livre et regarde tout autour de lui.
Quel adorable endroit, fait exprès, semble-t-il,
Pour s’y venir bercer aux beaux vers du grand Will !

Percinet est surpris près du mur par son père

Bergamin.
Ta ! ta ! ta ! Voudrais-tu, blanc-bec, me faire accroire
Que tu viens ici pour les beaux yeux du mur ?
Percinet.
Voire,
Pour les beaux yeux du mur !…
Tourné vers le mur.
qui sont de bien beaux yeux
Frais sourires d’azur, doux étonnements bleus,
Fleurs profondes, clairs yeux, vous êtes nos délices,
Et si jamais des pleurs emperlent vos calices,
D’un seul baiser nous les volatiliserons !…
Bergamin.
Mais le mur n’a pas d’yeux !
Percinet.
Il a les liserons.

Au deuxième acte, Bergamin et Pasquinot se souviennent du bon temps où ils se cachaient de leurs enfants pour parler ensemble.

Bergamin.
Il fallait dépister Percinet ou Sylvette
Chaque fois qu’on venait tailler une bavette !
Pasquinot.
On risquait, chaque fois qu’on grimpait sur le mur,
La casse d’une côte, ou le bris d’un fémur.
Bergamin.
Nos conversations monoquotidiennes
Ne se pouvaient qu’au prix de ruses indiennes !
Pasquinot.
Il fallait se glisser sous les buissons épais…
C’était très amusant !
Bergamin.
Quelquefois, je rampais…
Et, le soir, aux genoux, ma culotte était verte !
Pasquinot.
L’un de l’autre il fallait, sans fin, jurer la perte.


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Biographie d’Edmond Rostand sur Libre Théâtre


Publication aux Editions La Comédiathèque

Un mur sépare les jardins de deux hommes qui se détestent, Bergamin et Pasquinot. Mais Percinet et Sylvette, leurs enfants s’aiment, tels Romeo et Juliette, et se retrouvent chaque jour près du mur en cachette. En réalité, la haine entre les deux pères est un subterfuge pour que les jeunes gens, à l’esprit trop « romanesque », tombent amoureux et se marient permettant la réunion des deux propriétés. Les deux pères imaginent un faux enlèvement pour rendre possible la réconciliation entre eux. Tout se passe comme prévu, mais quand ils avouent aux deux jeunes gens leur machination, le mariage est alors compromis…
Une comédie charmante et pleine d’humour.

ISBN : 978-23-77050-92-5
Mai 2017
79 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

Disponible dans votre librairie et sur les sites :

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La Samaritaine d’Edmond Rostand
Sarah Bernhardt dans le rôle de Photine. Source : BnF/Gallica

La Samaritaine d’Edmond Rostand

La Samaritaine d’Edmond Rostand

Évangile en trois tableaux et en vers, représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre de la Renaissance le 14 avril 1897.
Distribution : 21 hommes, 13 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90163348/f1.item
Affiche de Mucha pour le Théâtre de La Renaissance avec Sarah Bernhardt. Source : BnF/Gallica

Premier tableau : le puits de Jacob
Les apôtres quittent Jésus pour se rendre à Sichem, afin d’acheter des vivres. Le Christ reste assis sur la margelle du puits de Jacob. Photine vient puiser de l’eau, son amphore sur l’épaule. Jésus lui demande à boire. Elle refuse parce qu’il est juif. S’engage un long dialogue tiré des Evangiles.

Deuxième tableau : la Porte de Sichem
Pierre et les disciples tentent d’acheter des vivres mais ils sont raillés par les marchands. Les apôtres s’éloignent sous les huées. Ariel est inquiet de ne pas voir revenir Photine. Elle arrive transformée et s’exprime en citation. Elle convainc petit à petit la foule.

Troisième tableau : Salvator Mundi
Jésus est sur la margelle du puits. Les apôtres s’étonnent de la discussion avec Photine. On entend alors la foule des Samaritains qui approche menée par Photine.

La création

 C’est après le succès des Romanesques à la Comédie-Française que Sarah Bernhardt a demandé à Edmond Rostand de lui écrire une pièce. Cette pièce religieuse s’est jouée le Mercredi Saint, 14 avril 1897.

Sur YouTube est disponible à l’écoute l’enregistrement d’un extrait de la pièce dit par Sarah Bernhardt de 1903.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438731b/f34.item
Tableau lors de la création avec Sarah Bernhardt. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438731b/f20.item
Sarah Bernhardt dans le rôle de Photine. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438731b/f1.item
Sarah Bernhardt dans le rôle de Photine. Source : BNF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97739489/f28.item
Monsieur Brémont (Jésus). Extrait de L’Art du Théâtre, 09/1903. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

Numéro de L’illustré théâtral du 24 avril 1897. Source : BnF/Gallica
 

Très belle édition illustrée par Georges Rochegrosse, sur archive.org (Edition 1910 Paris : P. Lafitte)


Max d’Ollone a proposé une adaptation lyrique du texte d’Edmond Rostand, créée à l’Opéra de Paris en juin 1937 avec Germaine Hoerner dans le rôle de Photine. Documents sur cette création sur Gallica

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Chantecler d’Edmond Rostand
Les Animaux de Chantecler : Le chat (Chabat), la pintade (Augustine Leriche), la poule faisane (Simone), le coq superbe (Lucien Guitry) etc... : affiche de Daniel de Losques en 1910. Source : BnF/Gallica

Chantecler d’Edmond Rostand

Chantecler d’Edmond Rostand

Pièce en quatre actes et en vers représentée pour la première fois au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 7 février 1910.
Distribution : 54 hommes, 15 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argumentaire

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5725929c
Guitry en Chantecler par Sem, dans Modes de mars 1910. Source : BnF/Gallica

Chantecler, un fier coq règne sur la basse-cour. Son chant est tellement puissant qu’il est persuadé qu’il fait se lever le soleil chaque jour. Il est détesté des animaux nocturnes et subit les jalousies des autres animaux de la basse-cour. Chantecler tombe amoureux d’une faisane. Il se rend dans le salon littéraire de la Pintade où il tombe dans un guet-apens : il est contraint de se battre jusqu’à la mort avec un autre coq. Il sort vainqueur de cette épreuve et défend la basse-cour contre les menaces d’un épervier. Il part avec la faisane pour la forêt ; jalouse, elle lui demande de ne plus chanter, mais elle se sacrifiera par amour lorsqu’un chasseur arrivera ; mais c’est le rossignol à la voix d’or qui sera touché par les balles. 

Une très belle fable poétique, lyrique et allégorique où par le truchement des animaux, tous les défauts humains sont raillés : la vanité, l’ambition, la jalousie, le cynisme, la prétention…
On croise, entre autres,  un vieux chat Matousalem, un gymkhanard, « une vieille insensible aux problèmes moraux et qui fait du footing en costume à carreaux », un paon modern-style, le Prince de l’Adjectif Inopiné… dans une  garden-potager-party.  La pièce offre de multiples morceaux de bravoure : l’hymne au soleil, le chœur des oiseaux, le chant du rossignol ou la tirade du coq célèbre pour ses allitérations.  

    Oui, Coqs affectant des formes incongrues, 
Coquemars, Cauchemars, Coqs et Coquecigrues,
Coiffés de cocotiers supercoquentieux… 
– La fureur comme un Paon me fait parler, Messieurs ! J’allitère !… –
Et s’amusant à les étourdir d’une volubilité caquetante et gutturale
Oui, Coquards cocardés de coquilles, 
Coquardeaux Coquebins, Coquelets, Cocodrilles, 
Au lieu d’être coquets de vos cocoricos, 
Vous rêviez d’être, ô Coqs ! de drôles de cocos ! 
Oui, Mode ! pour que d’eux tu t’emberlucoquasses, 
Coquine ! ils n’ont voulu, ces Coqs, qu’être cocasses ! 
Mais, Coquins ! le cocasse exige un Nicolet ! 
On n’est jamais assez cocasse quand on l’est ! 
Mais qu’un Coq, au coccyx, ait plus que vous de ruches, 
Vous passez, Cocodès, comme des coqueluches ! 
Mais songez que demain, Coquefredouilles ! mais 
Songez qu’après-demain, malgré, Coqueplumets ! 
Tous ces coqueluchons dont on s’emberlucoque, 
Un plus cocasse Coq peut sortir d’une coque, 
– Puisque le Cocassier, pour varier ses stocks,
Peut plus cocassement cocufier des Coqs ! 
– Et vous ne serez plus, vieux Cocâtres qu’on casse,
Que des coqs rococos pour ce coq plus cocasse !

La création

La pièce devait être originellement jouée par Coquelin qui décéda avant la première. Lucien Guitry le remplaça dans le rôle titre. Après le succès de Cyrano et de L’Aiglon, les critiques et spectateurs attendaient avec impatience la nouvelle création d’Edmond Rostand. Mais la forme de Chantecler déconcerte.  Malgré certaines critiques haineuses (notamment du côté de la presse nationaliste) ou dubitatives, le public se presse nombreux. La pièce part ensuite en tournée dans toute la France et à l’étranger. 

Léon Blum raconte la création de Chantecler dans Comœdia (numéro complet ci-dessous)

« Je ne m’amuserai pas à ruser avec la curiosité du public. Des circonstances de tout ordre, et dont le concours ne se retrouvera peut-être plus, ont fait de Chantecler l’événement dramatique le plus extraordinaire, le plus passionnément attendu dont l’histoire du théâtre ait connaissance. Ni le Mariage de Figaro, ni même Hernani ne provoquèrent une telle attente, un tel espoir, une telle fièvre. Ce qu’on réclame du critique, dans cette occasion, ce sont moins des considérations nuancées et balancées qu’une constatation franche du fait. On veut savoir « ce que ça vaut » et « comment ça a marché. » Ce n’est pas une opinion qu’on exige, c’est un verdict.

Pour moi, je déclare sans hésiter que Chantecler a grandi l’idée que je me faisais de M. Edmond Rostand. J’admire d’abord qu’au lieu de s’assurer, avec quelque nouveau Cyrano, la certitude tranquille d’un nouveau triomphe, il ait intrépidement couru une aventure, un risque, un péril. J’admire qu’il ait non seulement cherché du nouveau, mais tenté de l’extraordinaire, qu’il se soit engagé, livré tout entier dans la plus difficile partie. J’ajoute qu’à mon avis, Chantecler est, par sa valeur littéraire intrinsèque, l’œuvre la plus belle que M. Rostand ait encore donnée. Jamais encore il n’avait fourni de façon plus convaincante la preuve de ses dons d’artiste et de poète. Ni Cyrano ni même l’Aiglon ne s’égalent aux meilleures parties de Chantecler. Maintenant, je dois reconnaître, avec la même netteté, que l’accueil fait à Chantecler ne fut pas ce triomphe incontesté, continu, unanime que les amis de l’auteur espéraient, et que le public entier escomptait joyeusement avec eux. 

Le prologue et les deux premiers actes ne furent qu’une longue acclamation. Dès le commencement du troisième acte, au contraire, on sentait sourdre un malaise, on sentait se former une résistance. Résistance dont finalement M. Rostand est venu à bout, et qui ne fait peut-être qu’ajouter au prix du succès, mais qui en a cependant modifié le caractère. Ce n’est pas que personne fût insensible aux beautés certaines du poème. Elles étaient accueillies avec joie, ou même avec une sorte d’avidité et marquées aussitôt par des transports enthousiastes. Pourtant un sentiment confus avertissait les spectateurs que le développement de l’œuvre n’était pas précisément ce qu’il pouvait être, ce qu’il devait être. Et ce serait forcer les choses que de dire qu’il y eut une déception ; mais il y eut certainement un malaise. Je supplie qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ces termes. Je ne procède pas ici par circonlocution ou par atténuation polie et l’on se méprendrait gravement si l’on essayait de « lire entre les lignes ». Je dis toute la vérité. Grossir l’expression de ma pensée ne serait pas la rétablir mais la trahir.

Comment expliquer cependant ce sentiment de malaise, d’incertitude ? Je ne crois pas, pour ma part, qu’il procède dans une mesure quelconque de la forme qu’a donnée M. Rostand à l’affabulation dramatique de son œuvre. »

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9005237k
Les Animaux de Chantecler : Le chat (Chabat), la pintade (Augustine Leriche), la poule faisane (Simone), le coq superbe (Lucien Guitry) etc… : affiche de Daniel de Losques en 1910. Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53130084h
Lucien Guitry dans « Chantecler » d’Edmond Rostand / dessin de Yves Marevéry, 1910. Source : BnF/Gallica

 

Lien vers quelques articles lors de la création :  

  • Revue illustrée  du 25 février 1910. Source : BnF/Gallica
  • Article enthousiaste dans Modes, de mars 1910. Source : BnF/Gallica
  • Numéro spécial de Comœdia illustré consacré à Chanteclerc, 19 février 1910.

 


Autres mises en scène

Du fait du nombre d’acteurs et de costumes nécessaires, cette pièce est rarement mise en scène.

Chantecler a été mis en scène par Jérôme Savary en 1994.

 
Jean-Christophe Averty a réalisé une adaptation pour la télévision en 1976 avec Jean Piat dans le rôle titre (extrait sur le site de l’INA, version intégrale payante sur le site de l’INA).
 
Pour aller plus loin
Géraldine Vogel, « Les didascalies dans le théâtre d’Edmond Rostand : entre verbe et action poétique », Coulisses [En ligne], 39 | Automne 2009, mis en ligne le 30 novembre 2016, consulté le 16 avril 2017. URL : http://coulisses.revues.org/979
 
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L’Aiglon d’Edmond Rostand

L’Aiglon d’Edmond Rostand

Drame en six actes et en vers, représenté pour la première fois au Théâtre Sarah-Bernhardt, le 15 mars 1900.
Distribution : 35 hommes, 17 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531420904/f115.item
M. Rostand et son Aiglon. Dessin de A. Rouveyre. Source : BnF/Gallica

L’action débute  en septembre 1830, au palais de Schoenbrünn en Autriche. L’Aiglon est le fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise d’Autriche, appelé à sa naissance roi de Rome et maintenant duc de Reichstadt. Il a été élevé à la cour de son grand-père autrichien, l’Empereur Frantz, après l’abdication de Napoléon en 1815. L’Aiglon a 19 ans.  Autour de lui, et malgré la vigilance du Prince de Metternich, des alliances se nouent, des complots s’organisent pour le ramener en France afin qu’il succède à son père. Mais le spectre héroïque de Napoléon hante et écrase le jeune homme, idéaliste et rêveur. Il a une santé fragile et ne se sent pas prêt : il craint de ne pas être à la hauteur. Quand il est enfin convaincu par Flambeau, un ancien grognard de l’armée napoléonienne, de fuir l’Autriche pour rejoindre Paris, il est arrêté. Malade et affaibli par l’échec, il meurt à vingt-et-un ans, au Palais de Schönbrunn.

Les 6 actes ont des titres symboliques : Les ailes qui poussent – Les ailes qui battent –Les ailes qui s’ouvrent – Les ailes meurtries – Les ailes brisées – Les ailes fermées.

Rostand précise son projet dans le quatrain placé en épigraphe au drame : 

Grand Dieu ! ce n’est pas une cause
Que j’attaque ou que je défend,
Et ceci n’est pas autre chose
Que l’histoire d’un pauvre enfant.

 


La création

La pièce a originellement été créée le 15 mars 1900 au Théâtre Sarah-Bernhardt avec, dans le rôle de l’Aiglon, Sarah Bernhardt (costumée en homme),  Lucien Guitry puis Coquelin l’Ainé dans le rôle de Flambeau. La pièce fut jouée sans interruption du 15 mars au 30 octobre 1900 et partit en tournée en France et à l’étranger, notamment aux Etats-Unis.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438752h/f74.item
Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438752h/f3.item
Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438752h/f93.item
Source : BnF/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438752h/f239.item
Dessin de Z. Bakbio. Source : Bnf/Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528775g/f362.item
Constantin Coquelin dit aîné dans le rôle de Flambeau, carte postale de la tournée à New-York. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’Aiglon au Châtelet en 1945

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10520766g/f9.item
Article de la revue Opéra du 01/08/1945 annonçant les répétitions au Théâtre du Châtelet. Source : BnF/Gallica

L’Aiglon a été interdit pendant l’Occupation avant d’être repris et de triompher comme une œuvre patriotique pendant 2 ans au Théâtre du Châtelet, au moment de la Libération.

La première eût lieu le 3 août 1945 en présence de quatre ministres et au profit des orphelins de la Résistance, dans une mise en scène de Maurice Lehmann.  Deux « Aiglon » jouaient en alternance : Jeanne Boitel et Pierre Cresson.

Le journal Résistance du 6 juin 1945 titrait « Mozart sera l’Aiglon », Mozart étant le nom de la comédienne Jeanne Boitel lorsqu’elle était dans la clandestinité. Source Gallica.

A lire aussi l’article « le sillage des Conquérants » par Georges Duhamel, dans Témoignage chrétien du 3 août 1945 sur Gallica 

 


Jacques Sereys au Théâtre du Châtelet en 1969

Un reportage sur Jacques Seyres, metteur en scène et acteur principal de L’Aiglon d’Edmond Rostand, créé au théâtre du Châtelet en 1969. Extraits de la pièce et interview sur le site de l’INA

 

 

Pour en savoir plus

Le mythe de Napoléon dans l’Aiglon d’Edmond Rostand par Madeleine Roussel, Conférence du 15 juin 2009,  Académie des Sciences et Lettres de Montpellier

La légende picturale napoléonienne dans L’Aiglon d’Edmond Rostand par Philippe Bulinge, sur le site edmond-rostand.com


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