Un soir chez Renoir de Cliff Paillé

Renoir, Monet, Degas, Morisot... Ces grands noms de l’impressionnisme sont aujourd’hui des icônes. Mais avant de devenir des idoles dont les œuvres s’arrachent à prix d’or et même des marques permettant de vendre toutes sortes de produits dérivés, ces peintres ont douté, ils ont souffert d’un manque de reconnaissance, et ils se sont révoltés contre la bourgeoisie qui les rejetait à l’époque et qui aujourd’hui porte leur cote à des niveaux stratosphérique. Ce spectacle nous raconte comment et à quel prix Auguste, Claude, Edgar et Berthe sont devenus Renoir, Monet, Degas et Morisot. Un soir, Renoir réunit chez lui ses trois amis impressionnistes pour discuter de l’organisation du prochain Salon des Indépendants. La discussion va vite tourner autour de l’opportunité ou non de réintégrer aussi le Salon Officiel. C’est l’heure des choix qui détermineront le destin de chacun. Le débat est arbitré par un invité surprise et quelque peu donneur de leçons : Émile Zola. Lors de cette soirée de bohème (même si certains sont mieux lotis que d’autres), il est question de savoir s’il faut s’en tenir à l’intransigeance au risque d’être marginalisé et vite oublié, ou d’accepter le compromis (vu par certains comme une compromission) pour se faire connaître voire pour passer à la postérité. Rien d’ennuyeux cependant dans cette joute verbale. On ne décroche pas une seconde de cette passionnante dispute mettant aux prises des artistes qui s’admirent l’un l’autre autant qu’ils se détestent. Chacun des personnages est parfaitement caractérisé, et les dialogues servent habilement ce débat de fond sur la question de l’art en l’habillant d’humour et de sensualité. Rabelais n’est pas loin non plus... Les six comédiens (car une jeune modèle figure aussi dans le tableau) nous tiennent en haleine de bout en bout, et on ressort de la salle avec la sensation d’avoir vraiment passé... une soirée chez Renoir. À ne pas manquer.

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Ma famille de Carlos Liscano mise en scène de Ariane Dumont-Lewi

Comment créer du lien et de l’amour dans une famille malgré les difficultés de la vie ? Carlos Liscano choisit délibérément l’absurde et l’humour noir pour nous conter l’histoire d’une famille où les parents vendent les enfants, qui à leur tour vendront leurs parents âgés pour les placer dans des dépôts. À partir de ce récit amoral, cruel mais drôle, la Compagnie Bouquet de chardons nous emporte dans un voyage musical à travers l’Europe et ses chansons traditionnelles, superbement interprétées par quatre comédiens aux talents multiples. Au son du violon, du violoncelle et de l’accordéon, ces danses ou berceuses du folklore yiddish, tzigane, russe et catalan, que l’on connaît surtout dans leurs versions originales, sont interprétées en français et enrichissent le récit, plongeant le spectateur dans ses propres souvenirs d’enfance. Un beau spectacle musical à découvrir.

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Aux deux colombes de Sacha Guitry mise en scène de Thomas le Douarec

« Aux deux colombes » n’est pas la pièce la plus connue de Sacha Guitry. Ce spectacle très bien ficelé nous propose de redécouvrir cette réjouissante comédie. Comme souvent dans le théâtre de ce grand séducteur qu’était Guitry, un homme pense tout d’abord manipuler les femmes, avant de se rendre compte qu’il est finalement le jouet de leurs caprices. Thomas le Douarec, le metteur en scène, qui incarne aussi le personnage principal, nous propose un spectacle de très bonne facture, mené tambour battant. On saluera surtout la performance des comédiens, qui ne s’économisent pas pour composer ces personnages hauts en couleur impliqués dans un inextricable imbroglio amoureux. Un agréable vaudeville, pour les amateurs du genre.

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After the end de Dennis Kelly mise en scène d’Antonin Chalon

Dennis Kelly sait saisir les angoisses de notre époque : violence, racisme, attentat terroriste, risque d’apocalypse nucléaire… Ces  psychoses servent de toile de fond à un huis-clos angoissant entre un jeune homme asocial, amateur de jeux de rôles et une jeune fille, qu’il a sauvé.  Mais quelle est la réalité, où est la vérité ? La mise en scène d’Antonin Chalon, et notamment le travail sur les lumières, nous plonge au cœur de ce drame, où les jeux de domination s’exercent tour à tour et où la violence psychologique laisse peu à peu la place à la violence physique. Un texte fort servi par deux jeunes comédiens qui donnent humanité et fragilité à ces deux personnages très contemporains.

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Fin de service d’Yves Garnier par la Compagnie Cavalcade

Décor délicieusement désuet, lumière tamisée et atmosphère surannée pour ce huis-clos façon « Boulevard du crépuscule », en forme de confrontation entre deux êtres peinant à exister entre un glorieux passé plus ou moins imaginaire, un présent tout aussi fantasmatique, et un avenir très incertain. Les dialogues sont savoureux et les deux comédiens interprètent à la perfection ces personnages en quête d’une existence, par la parole elle-même, entre la triste réalité qui tue le désir et la vanité des passions illusoires. Un beau moment de théâtre.

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Les Romanesques d’Edmond Rostand mis en scène par Marion Bierry

*** Libre Théâtre vous recommande ce spectacle Si les amours tièdes et les mariages de raison peuvent se satisfaire de la compatibilité des humeurs, il n’existe pas de grande passion sans obstacles majeurs. Tel un « rideau de fer », un mur sépare les jardins de deux notables qui apparemment se détestent, Bergamin et Pasquinot. Leur attirance réciproque étant attisée par l’impossibilité de leur union, Percinet et Sylvette, tels Romeo et Juliette, se voient en cachette pour se jurer un amour sans bornes. Rostand, qui sait nous émouvoir aux larmes avec Cyrano, nous livre avec Les Romanesques une pure parodie de la comédie classique et du drame romantique. Cette pièce nous étonne par sa facture très moderne, liée à l’ironie du ton et du propos. À l’inverse des comédies de Molière, ce sont les parents qui manipulent leurs enfants, un peu benêts, afin de parvenir au mariage souhaité. Et à l’inverse du drame romantique, ce sont les avantages de l’amour bourgeois qui sont vantés contre la dangerosité et l’inconfort des passions destructrices. Rostand est, on le sait, un génie de la versification. Sa virtuosité est ici au service du rire. Associant dans un même alexandrin le trivial et le sublime, Rostand cultive les rimes les plus improbables, et donc les plus drôles. Marion Bierry, qui signe la mise en scène, s’est emparée avec malice de cette joyeuse farce, œuvre précoce de Rostand rarement présentée, qui rend un bel hommage au théâtre en se moquant de ses codes.  Un spectacle réjouissant à ne pas manquer, servi par quatre comédiens remarquables, également musiciens et chanteurs.

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Le Dindon de Feydeau par la Compagnie Viva

Chez Feydeau, l’adultère est un sport de combat. On ne se risquera pas à résumer l’intrigue de cette comédie de boulevard menée tambour battant par les comédiens survoltés de la Compagnie Viva. Telle une marche militaire, une comédie de Feydeau ne peut tenir le public en haleine que lorsqu’elle est parfaitement exécutée par des virtuoses. C’est bien le cas avec ce Dindon, qui semble avoir mangé du lion. Loin de l’atmosphère surannée de « Au théâtre ce soir », le spectacle qui nous est offert tient plutôt du show de Broadway. On sort presqu’aussi épuisés que les comédiens de ce vaudeville conduit au rythme d’un match de boxe, et dans lequel même les petites anglaises aiment la castagne. Épuisés, mais ravis. Un spectacle tout public, à voir absolument.

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Deux euros vingt de Marc Fayet

D’où vient l’argent ? Comment circule-t-il ? Où va-t-il ? Et finalement à qui appartient-il ? Cette comédie pas si légère qu’il n’y paraît est conduite comme une « expérience ». Celui qui en tire les ficelles introduit quelques grains de sable en forme de menue monnaie dans la belle mécanique des relations très convenues qui régissent les relations d’amitié, afin de voir si le mécanisme va se gripper, ou même si le moteur va exploser. Une « pièce » menée un peu comme une démonstration un peu cruelle, qui nous parle d’une certaine arithmétique absurde de l’argent et de l’amitié. Au final une comédie de situation bien ficelée, pour les amateurs du genre. 

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Issue de secours de Hadrien Berthaut, Benjamin Isel

Le commandant de bord (Benjamin Isel) et son copilote (Hadrien Berthaut) vous embarquent dans un voyage délirant jusqu’au bout de l’absurde. Beaucoup de créativité pour ce duo comique maîtrisant à la perfection toutes les ficelles de l’humour verbal et gestuel. Le spectacle est porté par l’énergie, la complicité et la générosité de deux comédiens extrêmement sympathiques, qui nous offrent un divertissement évitant les facilités et sans aucune vulgarité. On ne s’ennuie pas une seule seconde, et on rit de bout en bout. À voir absolument, seul, en couple ou en famille, pour passer un moment très agréable en compagnie de cet irrésistible tandem d’humoristes.

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Fool for love de Sam Shepard par la Compagnie du Vingt-Trois

En un huis-clos orageux, un homme et une femme n’en finissent plus de se séparer, enchaînés qu’ils sont l’un à l’autre par un amour dont la fin nous dira pourquoi il est impossible. Cette pièce singulière décline l’un des thèmes récurrents de la dramaturgie américaine : la culpabilité fantasmatique empêchant tout amour charnel. Le péché originel qui interdit le bonheur ici-bas. Pour perpétrer l’espèce, les enfants d’Adam et Ève n’ont-ils pas forcément commis l’inceste ? Tout le monde connaît le film de Robert Altman, adapté de cette pièce de Sam Shepard. La version scénique étant moins connue, et la pièce étant donnée en version originale surtitrée en français, ce sont les personnages de ce film mythique qu’on a l’impression de voir surgir sur le plateau, après avoir crevé l’écran. D’autant que ces cowboys et cette cowgirl s’expriment avec un accent du Far West plus vrai que nature. Merci à ces comédiens d’exception, parfaitement francophones par ailleurs, de nous offrir le privilège de découvrir cette œuvre dans sa langue originale, ce qui lui donne une saveur toute particulière. À voir absolument. Critique de Jean-Pierre Martinez

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