En chemin, conception et mise en scène de Gustavo Giacosa
©Amandine Nandrin

En chemin, conception et mise en scène de Gustavo Giacosa

En Chemin, une plongée poétique dans les profondeurs où s’estompent nos différences Rien de ce qui est humain ne doit nous être étranger. On ne sort pas de ce spectacle transformé, mais on en sort peut-être avec un regard différent sur la différence. En ayant pour un instant oublié les «pourquoi» au profit des «comment». C’est beau, c’est émouvant, c’est effrayant, c’est drôle parfois. Mais dans ce cas le rire est donné en partage. Ce n’est pas un rire qui exclut mais un rire qui rassemble. La réalité a parfois besoin des masques du théâtre pour mieux se révéler à nous. Un spectacle bouleversant et nécessaire. À ne manquer sous aucun prétexte.

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14 juillet de Fabrice Adde et Olivier Lopez

Libre Théâtre vous recommande « 14 juillet », du potache au potlatch, une réflexion humoristique sur la fonction du langage. C’est l’histoire d’un spectacle qui n’aura pas lieu, et qui pourtant se déroule sous nos yeux. L’histoire d’un spectacle impossible, et de son ratage magnifique. Une histoire qui, d’acte manqué en acte manqué, et de digressions en esquives, nous tient en haleine jusqu’au noir final. Démarrant sur un ton potache, ce « seul en scène » (au sens propre du terme) est finalement une réflexion profonde sur le langage et la solitude. Un peu à la manière de Raymond Devos, Fabrice Adde (Belge d’adoption) nous parle de ce moment où sur la scène il s’appelle Jacky (hommage à Brel, vrai Belge celui-là, comme Devos), sorte de conseiller en communication entièrement occupé à éviter son sujet (l’art de la prise de parole en public). Bref, c’est l’histoire d’un type qui n’a rien à dire, mais qui en le disant nous en dit beaucoup sur son vrai sujet : l’incommunicabilité.

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Interview de Nadjette Boughalem, Compagnie On joue aussi de l’autre côté
Nadjette Boughalem dans le foyer du Théâtre des Halles (Photo Libre Théâtre)

Interview de Nadjette Boughalem, Compagnie On joue aussi de l’autre côté

A l'occasion des représentations de Paroles de Gonz au Théâtre des Halles à Avignon les 26 et 27 octobre, Libre Théâtre a rencontré Nadjette Boughalem responsable de la Compagnie On joue aussi de l'autre côté. Elle revient sur la genèse de ce projet et ses perspectives.

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Paroles de Gonz par la Cie On joue aussi de l’autre côté
Paroles de Gonz - © C. Raynaud de Lage - Festival d'Avignon

Paroles de Gonz par la Cie On joue aussi de l’autre côté

Libre Théâtre vous recommande « Paroles de Gonz » par la Compagnie « On joue aussi de l’autre côté » Tous les mots sont importants dans le titre de ce spectacle, et dans le nom de la compagnie qui l’a créé et qui, en le jouant, en fait à chaque représentation une performance. Avec ce titre et avec ce nom, donc, tout est déjà dit. Le théâtre est un art de la parole. Dans la vie comme au théâtre, la parole n’est souvent qu’un récit ou un commentaire, même si dans le meilleur des cas ce récit est signifiant et ce commentaire engagé. Mais il arrive aussi qu’au théâtre, comme dans la vie, la parole soit un acte en soi. Quand dire, c’est faire, prendre la parole est un acte de résistance et un combat pour la liberté. « On joue aussi de l’autre côté ». De l’autre côté du périphérique. De l’autre côté des remparts. Et le fait même de jouer transforme ces « comédiens de l’autre côté » en acteurs de leur propre vie, afin de se libérer non seulement des chaînes que leur impose ce monde qui les exclut trop souvent, mais aussi de celles, tout aussi solides, de cet autre monde qui leur est assigné. Aller voir ce spectacle est donc également un acte politique, au sens noble du terme, qui participe à rendre à la cité une certaine unité en luttant contre toutes les formes de ghettos, notamment culturels. Certes, il y aura sans doute toujours des remparts, mais on peut rêver d’y percer portes et fenêtres, afin que la lumière passe des deux côtés. On joue aussi de l’autre côté. Et parfois même, de l’autre côté, on va au théâtre.

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Repentance de Carmen Ching Man Lo et Owen Kwok Ka Hei

Pour clore cette édition 2019 du Festival d’Avignon, pendant laquelle Libre Théâtre aura assisté à près de 80 représentations, et aura publié une cinquantaine de recommandations, nous avons pris part hier à un « spectacle » hors du commun. Car pour désigner cette performance à laquelle le public était appelé à participer au Pixel d’Avignon, il faudrait inventer un nouveau terme. « Spectacte », peut-être. On appelle performatif, en linguistique, les discours qui constituent en eux-mêmes un acte (je vous autorise ou je vous interdis, par exemple). Alors que le théâtre qui se veut politique, en France, n’est souvent qu’un commentaire quand il n’est pas un bavardage, « Repentance » est un acte de résistance. Présenté par des Hongkongais, ce spectacle (en chinois sous-titré en français et en anglais) a pour sujet la résistance qui s’organise à Hong Kong contre la « loi d’extradition », qui consiste à autoriser les autorités locales à extrader vers la Chine pour y être jugés les contrevenants aux lois de la « République Populaire ». Autant dire l’autorisation de livrer à la police politique d’une dictature les citoyens d’un territoire minuscule jusque-là protégés par le principe de « un pays, deux systèmes », mis en avant par la Chine à la seule fin de reprendre aux Anglais en douceur un îlot de prospérité et de démocratie. Hong Kong, c’est un peu le village d’Astérix, se battant sans armes pour ne pas être absorbé par un empire dictatorial, avec pour seule potion magique le courage et la foi en la liberté. Combat dérisoire mais sublime. Le titre du spectacle, « Repentance », fait référence aux actes de contrition que la police politique chinoise contraint ses citoyens (ou même les étrangers) à signer, après les avoir enlevés et mis au secret, pour abjurer leurs fautes imaginaires, consistant seulement à ne pas se soumettre corps et âmes aux lois de la dictature chinoise. Ce courageux spectacle ne suffira évidemment pas à mettre à bas ce régime d’oppression, mais il servira au moins à nous alerter un peu plus, et d’une autre manière, sur ce qui se joue actuellement à Hong Kong : la défense des libertés civiques et de la liberté tout court. Une liberté même imparfaite qui vue d’ici nous paraît un acquis, mais dont il est bon de rappeler qu’il ne faut pas cesser de se battre pour la conserver et la parfaire. La liberté, c’est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas elle tombe. Merci au Pixel d’avoir programmé ce spectacle sans concession, et de nous avoir permis ainsi de participer très modestement à cet acte de résistance. Hong Kong est venu à Avignon pour nous parler. Parlons de Hong Kong, avant que la Chine ne lui coupe définitivement la parole. Et la langue avec. Curieusement, nous n’étions que deux Français dans cette salle peu nombreuse, où les latino-américains étaient majoritaires. Sans doute parce qu’ils ont un souvenir plus récents de ce qu’est la dictature. Merci à cette troupe courageuse d’être venue à Avignon et de redonner ainsi un sens à un festival qui en manque parfois. C’est en défendant aussi ce genre de spectacles que Libre Théâtre justifie son nom. Liberté, écrivons ton nom. Dans toutes les langues et aussi en chinois. Il n’est pas certain que ce spectacle se rejoue après le festival. Mais en parler est déjà un acte de résistance.

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Et si on ne se mentait plus ? d’Emmanuel Gaury, Mathieu Rannou

Ce spectacle, c’est l’histoire de l’amitié fidèle, mais parfois émaillée de disputes, entre Lucien Guitry, Jules Renard, Tristan Bernard, Alfred Capus et Alphonse Allais. Pour ces cinq personnalités hors normes, le salon où ils se réunissaient régulièrement autour d’un dîner devenait le théâtre de brillantes joutes verbales, mais aussi de débats plutôt vifs qui auraient pu mettre à mal cette belle amitié. Les comédiens parviennent avec brio  à donner corps et âme à ces grands esprits, avec leur verve légendaire, mais aussi leurs menus défauts. Alphonse Allais, l’amateur d’absinthe qui inventa aussi le café instantané. Tristan Bernard, le joueur invétéré également passionné de sports. Alfred Capus, journaliste et dramaturge de talent mais un peu vaniteux, rêvant d’entrer à l’Académie Française. Jules Renard, oscillant comme son théâtre entre ironie et mélancolie. Et enfin Lucien Guitry, le comédien mettant son talent au service de ses amis auteurs. Rien ne manque dans ce spectacle (beaux décors, costumes d’époque, vraies barbes ou moustaches, et surtout bons mots) pour faire revivre devant nous la Belle Époque ! Une comédie très divertissante mais aussi émouvante parfois. À ne pas manquer. Critique de Ruth Martinez

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Jouliks de Marie-Christine Lê-Huu mise en scène de Clémence Carayol

Jouliks est une histoire d’amour, celle de Véra et Zak, racontée à hauteur d'enfant par leur fille, la Petite, au moment où les parents de Véra viennent leur rendre visite après une très longue absence. La communication entre les adultes est impossible et c’est la Petite, avec ses associations maladroites et ses raccourcis, qui exprime le mieux les sentiments et les émotions de chacun. La langue de Marie-Christine Lê-Huu est poétique, inventive et drôle, même pour décrire le drame qui se noue. Marginalité, sensualité, passion amoureuse : nous ne sommes pas très loin de Tennessee Williams, impression renforcée par la mise en scène de Clémence Carayol et l'excellent jeu des comédiens qui entourent la Petite. Eva Dumont donne à ce personnage candeur, fraîcheur et profondeur : une prestation qui nous marquera durablement. Un spectacle à ne pas manquer.

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Maria Dolores y Habibi Starlight

On avait beaucoup aimé Maria en diva du tango passablement déjantée (dans Maria Dolores y Amapola Quartet), on a adoré la retrouver dans ce cabaret comique mêlant à nouveau humour décapant et musique du monde, en l’occurrence du monde oriental. Maria, c’est un peu l’esprit rebelle de Brigitte Fontaine, avec le physique de rêve d’une Monica Bellucci qui aurait pris quelques kilos en trop (douze d’après elle), qui chanterait comme Oum Kalsoum et qui sortirait d’un film d’Almodovar. Bref, une femme du monde, comme sa musique. Accompagné par les merveilleux musiciens de l’orchestre Habibi Starlight, Maria nous entraîne en musique dans un périple délirant autour de la Méditerranée, à la recherche de ses amours fantasmatiques. On pourrait passer mille et une nuit avec ce diable de femme. Vous devrez vous contenter d’une soirée. Un spectacle à ne pas manquer.

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Un soir chez Renoir de Cliff Paillé

Renoir, Monet, Degas, Morisot... Ces grands noms de l’impressionnisme sont aujourd’hui des icônes. Mais avant de devenir des idoles dont les œuvres s’arrachent à prix d’or et même des marques permettant de vendre toutes sortes de produits dérivés, ces peintres ont douté, ils ont souffert d’un manque de reconnaissance, et ils se sont révoltés contre la bourgeoisie qui les rejetait à l’époque et qui aujourd’hui porte leur cote à des niveaux stratosphérique. Ce spectacle nous raconte comment et à quel prix Auguste, Claude, Edgar et Berthe sont devenus Renoir, Monet, Degas et Morisot. Un soir, Renoir réunit chez lui ses trois amis impressionnistes pour discuter de l’organisation du prochain Salon des Indépendants. La discussion va vite tourner autour de l’opportunité ou non de réintégrer aussi le Salon Officiel. C’est l’heure des choix qui détermineront le destin de chacun. Le débat est arbitré par un invité surprise et quelque peu donneur de leçons : Émile Zola. Lors de cette soirée de bohème (même si certains sont mieux lotis que d’autres), il est question de savoir s’il faut s’en tenir à l’intransigeance au risque d’être marginalisé et vite oublié, ou d’accepter le compromis (vu par certains comme une compromission) pour se faire connaître voire pour passer à la postérité. Rien d’ennuyeux cependant dans cette joute verbale. On ne décroche pas une seconde de cette passionnante dispute mettant aux prises des artistes qui s’admirent l’un l’autre autant qu’ils se détestent. Chacun des personnages est parfaitement caractérisé, et les dialogues servent habilement ce débat de fond sur la question de l’art en l’habillant d’humour et de sensualité. Rabelais n’est pas loin non plus... Les six comédiens (car une jeune modèle figure aussi dans le tableau) nous tiennent en haleine de bout en bout, et on ressort de la salle avec la sensation d’avoir vraiment passé... une soirée chez Renoir. À ne pas manquer.

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