Les Ritals d’après le roman de François Cavanna

Les Ritals, c’est d’abord une histoire d’amour, l’amour d’un fils pour son papa, telle que nous la raconte un enfant né d’une mère française et d’un père italien émigré en France. Le Rital, avant guerre, c’est l’Arabe d’aujourd’hui. L’histoire de François Cavanna, c’est celle de beaucoup d’entre nous : Italiens, Portugais, Espagnols, Algériens... mais aussi Bretons ou Auvergnat. Avant-guerre ou après-guerre, ou encore entre deux guerres, l’histoire de l’exil, de l’immigration et de la difficile assimilation reste à peu près la même. Ce spectacle magistralement interprété par Bruno Putzulu à partir de son adaptation du roman de Cavanna, n’a cependant rien de tristement nostalgique. Comme Yves Montand (un Rital comme lui), ce comédien sait tout faire : raconter, jouer, mimer, danser, chanter... Mis en scène par Mario Putzulu (encore une histoire de famille) et accompagné à l’accordéon par Grégory Daltin, Bruno Putzulu captive son public de bout en bout. Il nous fait rire souvent. Il nous émeut aux larmes souvent aussi, tant chacun peut se reconnaître dans cette tranche d’humanité qu’il nous livre avec une totale sincérité et une empathie naturelle. Si ce spectacle ne cache rien des déchirements liés à l’immigration et des misères qui l’accompagnent, on en sort un peu réconciliés avec nous-mêmes, avec les autres et avec notre histoire commune. Oui, ce spectacle fait du bien. Et c’est notre plus gros coup de cœur depuis le début de ce festival. Critique de Jean-Pierre Martinez

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Les Romanesques d’Edmond Rostand mis en scène par Marion Bierry

*** Libre Théâtre vous recommande ce spectacle Si les amours tièdes et les mariages de raison peuvent se satisfaire de la compatibilité des humeurs, il n’existe pas de grande passion sans obstacles majeurs. Tel un « rideau de fer », un mur sépare les jardins de deux notables qui apparemment se détestent, Bergamin et Pasquinot. Leur attirance réciproque étant attisée par l’impossibilité de leur union, Percinet et Sylvette, tels Romeo et Juliette, se voient en cachette pour se jurer un amour sans bornes. Rostand, qui sait nous émouvoir aux larmes avec Cyrano, nous livre avec Les Romanesques une pure parodie de la comédie classique et du drame romantique. Cette pièce nous étonne par sa facture très moderne, liée à l’ironie du ton et du propos. À l’inverse des comédies de Molière, ce sont les parents qui manipulent leurs enfants, un peu benêts, afin de parvenir au mariage souhaité. Et à l’inverse du drame romantique, ce sont les avantages de l’amour bourgeois qui sont vantés contre la dangerosité et l’inconfort des passions destructrices. Rostand est, on le sait, un génie de la versification. Sa virtuosité est ici au service du rire. Associant dans un même alexandrin le trivial et le sublime, Rostand cultive les rimes les plus improbables, et donc les plus drôles. Marion Bierry, qui signe la mise en scène, s’est emparée avec malice de cette joyeuse farce, œuvre précoce de Rostand rarement présentée, qui rend un bel hommage au théâtre en se moquant de ses codes.  Un spectacle réjouissant à ne pas manquer, servi par quatre comédiens remarquables, également musiciens et chanteurs.

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Le Dindon de Feydeau par la Compagnie Viva

Chez Feydeau, l’adultère est un sport de combat. On ne se risquera pas à résumer l’intrigue de cette comédie de boulevard menée tambour battant par les comédiens survoltés de la Compagnie Viva. Telle une marche militaire, une comédie de Feydeau ne peut tenir le public en haleine que lorsqu’elle est parfaitement exécutée par des virtuoses. C’est bien le cas avec ce Dindon, qui semble avoir mangé du lion. Loin de l’atmosphère surannée de « Au théâtre ce soir », le spectacle qui nous est offert tient plutôt du show de Broadway. On sort presqu’aussi épuisés que les comédiens de ce vaudeville conduit au rythme d’un match de boxe, et dans lequel même les petites anglaises aiment la castagne. Épuisés, mais ravis. Un spectacle tout public, à voir absolument.

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Deux euros vingt de Marc Fayet

D’où vient l’argent ? Comment circule-t-il ? Où va-t-il ? Et finalement à qui appartient-il ? Cette comédie pas si légère qu’il n’y paraît est conduite comme une « expérience ». Celui qui en tire les ficelles introduit quelques grains de sable en forme de menue monnaie dans la belle mécanique des relations très convenues qui régissent les relations d’amitié, afin de voir si le mécanisme va se gripper, ou même si le moteur va exploser. Une « pièce » menée un peu comme une démonstration un peu cruelle, qui nous parle d’une certaine arithmétique absurde de l’argent et de l’amitié. Au final une comédie de situation bien ficelée, pour les amateurs du genre. 

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L’Amant de Harold Pinter par la Compagnie Oléa

Cette splendide mise en scène de L’Amant souligne la dimension absurde de la pièce de Pinter, et sa filiation avec le théâtre de Ionesco. Les comédiens interprètent à la perfection ces personnages un peu mécaniques, pauvres marionnettes perdues dans un monde de conventions dans lequel ils se débattent pour essayer d’exister en réinventant le désir. On est au cœur de qui fait l’essence même du théâtre en tant que critique sociale. Et c’est un de nos coups de cœur pour ce OFF 2019.

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Issue de secours de Hadrien Berthaut, Benjamin Isel

Le commandant de bord (Benjamin Isel) et son copilote (Hadrien Berthaut) vous embarquent dans un voyage délirant jusqu’au bout de l’absurde. Beaucoup de créativité pour ce duo comique maîtrisant à la perfection toutes les ficelles de l’humour verbal et gestuel. Le spectacle est porté par l’énergie, la complicité et la générosité de deux comédiens extrêmement sympathiques, qui nous offrent un divertissement évitant les facilités et sans aucune vulgarité. On ne s’ennuie pas une seule seconde, et on rit de bout en bout. À voir absolument, seul, en couple ou en famille, pour passer un moment très agréable en compagnie de cet irrésistible tandem d’humoristes.

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Fool for love de Sam Shepard par la Compagnie du Vingt-Trois

En un huis-clos orageux, un homme et une femme n’en finissent plus de se séparer, enchaînés qu’ils sont l’un à l’autre par un amour dont la fin nous dira pourquoi il est impossible. Cette pièce singulière décline l’un des thèmes récurrents de la dramaturgie américaine : la culpabilité fantasmatique empêchant tout amour charnel. Le péché originel qui interdit le bonheur ici-bas. Pour perpétrer l’espèce, les enfants d’Adam et Ève n’ont-ils pas forcément commis l’inceste ? Tout le monde connaît le film de Robert Altman, adapté de cette pièce de Sam Shepard. La version scénique étant moins connue, et la pièce étant donnée en version originale surtitrée en français, ce sont les personnages de ce film mythique qu’on a l’impression de voir surgir sur le plateau, après avoir crevé l’écran. D’autant que ces cowboys et cette cowgirl s’expriment avec un accent du Far West plus vrai que nature. Merci à ces comédiens d’exception, parfaitement francophones par ailleurs, de nous offrir le privilège de découvrir cette œuvre dans sa langue originale, ce qui lui donne une saveur toute particulière. À voir absolument. Critique de Jean-Pierre Martinez

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Le Titre est provisoire de Christophe Corsand

Deux amis comédiens ont rendez-vous pour la lecture d’une comédie qu’ils pourraient jouer ensemble. Le premier, d’un naturel optimiste, trouve la pièce acceptable. Le second, du genre intransigeant, la trouve complètement nulle. L’arrivée de la jeune femme qui est l’auteure du texte va forcer l’un et l’autre à se révéler et à prendre parti. Cette histoire, donc, c’est un peu celle du Misanthrope. S’il n’est pas très glorieux, pour avoir la paix et pour gagner sa vie, de cultiver en permanence le compromis voire la compromission, peut-on vraiment vivre et conserver une vie sociale sans faire aucune concession ? Si cette pièce parle d’un texte très mal écrit, celui de Christophe Corsand, auteur de cette réjouissante comédie, est fort bien ficelé. On ne vous racontera pas la fin, évidemment. Grâce à ces dialogues savoureux, à la fois fins et drôles, les trois comédiens nous offrent une comédie à la française, légère et distrayante, mais non dénuée de fond, comme on aimerait en voir plus souvent. On ne s’ennuie pas une seule seconde, on rit beaucoup, et on en sort avec le sourire. C’est aussi ça le théâtre. Une comédie tout public, à ne pas manquer.

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Batman contre Robespierre par Le Grand Colossal Théâtre

Ils sont quatre sur scène, mais c’est l’histoire de Jean-Claude. Jean-Claude, c’est vous, c’est moi, c’est un type comme tout le monde. Cela pourrait être un spectateur choisi dans le public. À moins que ce ne soit un comédien. Et Jean-Claude n’a rien d’un superman. Ni d’un Batman. Pas grand chose non plus d’un Robespierre, d’ailleurs. La terreur imposée par ce monde déshumanisé, il la subirait plutôt. Jean-Claude, c’est un peu Charlot qui se mettrait à parler comme Devos. Un spectacle burlesque, donc, mais aussi porté par un texte apparemment foutraque mais en réalité très bien écrit, qui nous raconte avec humour les tribulations d’un homme ordinaire confronté à l’absurdité d’un système où l’homme n’a plus sa place. Mieux vaut en rire. En attendant peut-être la prochaine révolution... À voir absolument.

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Music-hall de Jean-Luc Lagarce par la Compagnie Arène Théâtre

Une artiste de music-hall, accompagnée de ses deux acolytes, nous raconte sa lente et cruelle déchéance : des glorieuses tournées internationales de sa jeunesse aux quelques engagements dans les campagnes les plus sordides de France, devant un public de plus en plus hostile, sans aucune garantie de rémunération. La vérité sans fard apparaît cruelle et pathétique.  Le metteur en scène Eric Sanjou, qui est aussi un des « boys »,  choisit d’ancrer la pièce dans l’univers poétique et politique du New Burlesque, et construit sous nos yeux cet imaginaire grâce au maquillage, aux costumes et aux lumières. Les trois comédiens, Céline Pique, Christophe Champlain et Eric Sanjou sont touchants de fragilité, jamais ridicules. Le texte de Jean-Luc Lagarce, poétique et parfois absurde, est un très bel hommage aux comédiens et dès la première scène, on songe au fantastique miroir que représente ce spectacle, dans l’univers foisonnant du OFF Avignon : un spectacle que l’on apprécie dans des conditions confortables à l’Espace Alya mais qui évoque les conditions précaires dans lesquelles jouent de très nombreux comédiens à Avignon et qui malgré tout, jour après jour, jouent avec l’énergie du désespoir, pour que le spectacle continue. Music-Hall est un spectacle complet, à ne pas manquer.

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