Danny and the deep blue sea de John Patrick Shanley

Quelque chose de Tennessee pour cette pièce typiquement américaine de John Patrick Shanley, mise en scène par Sylvy Ferrus, axée sur le thème de la culpabilité. La rencontre mouvementée d’un jeune homme asocial et violent avec une femme encore plus folle que lui, rongée par le remords d’un inceste volontaire. Ces deux paumés semblant voués à la prison ou au suicide trouveront-ils une rédemption dans l’amour ? A-t-on encore droit au bonheur quand un destin tragique vous a déjà condamné à mort ? Peut-on se pardonner à soi-même ? Au-delà de ce canevas dramatique très américain donc, on assiste surtout à une formidable performance de comédiens façon Actor's Studio, qui pendant une heure nous déclinent toutes les nuances psychologiques de ces deux âmes tourmentées, mais finalement si profondément humaines. Un intense moment de théâtre. À voir absolument.

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Pêcheurs de Rêves par la Compagnie Les Monsieur Monsieur

Avec « Ni Brel ni Barbara » (spectacle également à l’affiche de ce OFF 2019, également recommandé par Libre Théâtre), « Les Monsieur Monsieur » se demandaient s’il fallait continuer à imiter leurs modèles ou prendre le risque de la création. Laurent Brunetti et Mario Pacchioli nous invitent cette fois à un récital de chansons originales, plein de tendresse mais aussi de poésie et de malice. Dans l’ambiance feutrée et intime du petit théâtre du Chapeau Rouge, ils  nous content quelques instantanés d’une vie en chansons. Ils savent aussi bien nous émouvoir, en évoquant un père absent, que nous faire rire en évoquant de façon très personnelle le péché de gourmandise et la volupté d’y succomber. Et ces pêcheurs de rêves nous attrapent dans leurs filets. Notre esprit s’envole, tel un papillon de papier, emporté par les textes de Laurent Brunetti et la musique de Mario Pacchioli. Ces « Monsieur Monsieur »  nous ouvrent leur univers, et nous invitent à jouer avec eux, pour partager ensemble la nostalgie des petits et grands bonheurs enfouis dans nos souvenirs. Une parenthèse enchantée. Un spectacle tout public, à ne pas manquer.

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Betún par la Compagnie Teatro Strappato

Que des adultes vivent aujourd’hui dans nos rues est un fait difficile à admettre. Que des enfants doivent partager le sort terrible de leurs parents sans domicile est une réalité inacceptable. Mais que des enfants doivent vivre seuls, livrés à eux-mêmes et à la merci des adultes, dans les jungles urbaines les plus misérables du monde est une vérité effroyable qu’on préfère ignorer tant elle est difficile à concevoir dans toute son horreur. Il n’y a pas de pire violence que celle qui s’exerce sur des êtres sans défense, qui n’ont ni toit, ni biens, ni famille. Des êtres qui souvent n’ont même pas d’état civil. Des êtres donc qui officiellement n’existent pas. Des êtres sans nom qui ne sont rien. Que peut-on encore voler à un orphelin qui n’a rien ? Son intégrité même. Ses derniers espoirs. Son innocence. Son corps. Ses organes. Et finalement son âme. C’est cette inconcevable réalité qui nous est décrite dans ce spectacle muet, par la seule puissance du geste et du masque. Car il n’y a pas de mots assez forts pour décrire la négation de l’humain à travers le martyre d’un enfant. Soyons clairs, Betún est un spectacle sur les enfants. Pas un spectacle pour enfant. Même si c’est aussi un très beau spectacle, c’est avant tout un spectacle bouleversant, engagé et courageux, appelant à une prise de conscience. Le théâtre n’est pas que cela. Mais le théâtre c’est aussi ça. Plus qu’un spectacle à ne pas manquer, Betún est un spectacle nécessaire. Plus qu’un coup de cœur, c’est un coup au cœur. Allez-y. De toute urgence.

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Foyer par la Compagnie Papierthéâtre

Foyer par la Compagnie Papierthéâtre ***Libre Théâtre vous recommande ce spectacle Comment sensibiliser les enfants au thème de l’émigration et de l’exil. Comment parler de la répression politique et de la guerre sans les effrayer ?  Le défi est brillamment relevé par la compagnie PAPIERTHEATRE, qui remet à hauteur d’enfant ces histoires de départs. Nargues Majd nous conte avec poésie l’histoire de Tara, de sa famille et de son village. Les personnages de papier, qu’elle manipule avec Rébecca Forster prennent vie dans un espace coloré et un univers sonore enveloppant et joyeux. Nous nous attachons à chacun des membres de cette famille réunie à l’occasion de l’anniversaire de Tara, que l’on accompagne ensuite quand le pouvoir décide d’obliger au port de chaussettes rouges… Ce sont autant de destins ballotés par l’Histoire, autant de personnages qui se posent tous la même question : partir, rester…

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Pelléas et Mélinsande de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Julie Duclos

Pelléas et Mélinsande de Maurice Maeterlinck, mise en scène de Julie Duclos Considérée comme la première pièce symboliste, Pelléas et Mélisande est l’histoire d’un amour pur, interdit et tragique. En utilisant habilement un décor mobile, et toutes les technologies offertes par le cinéma, Julie Duclos relève avec brio le défi impliqué par les ambitieuses didascalies de Maurice Maeterlinck. Les multiples décors évoqués dans le texte (la forêt, la grotte souterraine, la fontaine, la mer, le château...) sont autant d’écrins symboliques dans lesquels évoluent les personnages qui jouent « en rêve autour des pièges de la destinée ». Bien plus que les paroles elles-mêmes, la beauté des images cinématographiques et le superbe travail sur le clair-obscur renforcent l’atmosphère magique et révèlent les sentiments des protagonistes. Les comédiens incarnent avec justesse et retenue ces pauvres âmes, jouets d’un amour cruel et implacable : « Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes » soupire Arkël, le grand-père. Un spectacle envoûtant.

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Echos ruraux de Mélanie Charvy et Millie Duyé Compagnie Les Entichés

Echos ruraux de Mélanie Charvy et Millie Duyé Compagnie Les Entichés Rester, partir, revenir... Même si l’exode rural en France est aujourd’hui presque achevé, la situation des jeunes qui, par obligation, par conviction ou par défi, reprennent l’exploitation familiale reste très précaire, quand elle ne devient pas tragiquement désespérée. Ceux qui décident de s’exiler à la ville sont remplacés par des rurbains, c’est-à-dire des gens vivant à la campagne sans vivre de la terre, et qui bien entendu, tout en contribuant à redonner vie à nos campagnes, n’ont pas la même « culture » que les paysans qui y sont nés. C’est cette situation dramatique que nous décrit avec gravité mais aussi avec humour ce spectacle reprenant habilement les codes d’une série chorale, sans exclure une touche de romance. Le rythme est enlevé, et le jeu tout en fraîcheur de ces jeunes comédiens est porté par une mise en scène créative et notamment de très belles lumières. Avec en prime une partie musicale en live remarquablement orchestrée. Un spectacle tout public à la fois instructif, engagé et divertissant.

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Nous, l’Europe, Banquet des peuples de Laurent Gaudé, mise en scène de Roland Auzet
Nous, l’Europe, Banquet des peuples © Christophe Raynaud de Lage

Nous, l’Europe, Banquet des peuples de Laurent Gaudé, mise en scène de Roland Auzet

Nous, l'Europe, Banquet des peuples de Laurent Gaudé, mise en scène de Roland Auzet Comment un « non » a été transformé en « oui » par de petits arrangements d’arrière-cour ? Pourquoi nous autres, Européens, sommes-nous une foule plutôt qu’un peuple ? L’Europe est née de drames que l’on a voulu dédramatiser. La prudence et l’ennui sont à l’œuvre. Laurent Gaudé, tel un aède, nous conte l’odyssée de la construction européenne afin que notre passé devienne notre boussole, que nous construisions ensemble ce que nous voulons être, que nous retrouvions un langage commun, une éthique propre. Il cherche d’abord l’origine de l’Europe. Et dire d’où vient l’Europe n’est pas innocent : naît-elle en 1848 quand Palerme se soulève, en 1830 avec le début de la révolution industrielle ? La superbe mise en scène de Roland Auzet, qui signe aussi la partition musicale, donne corps au poème de Laurent Gaudé avec onze comédiens, danseurs et chanteurs de nationalités différentes, onze voix européennes incarnant les protagonistes de ce récit des origines. Comme dans les tragédies antiques, le Chœur et la Maîtrise de l’Opéra du Grand Avignon donnent des respirations au spectacle, et commentent l’action, tout en symbolisant sa dimension collective et fraternelle. Et quand la rage est là, quand sont évoqués les cataclysmes qui ont précédé la naissance de cette belle idée, quand sont cités les noms de ceux qui ont pillé l’Afrique ou décidé de la solution finale («crachez sur leurs noms !»), ces chœurs font place aux hurlements d’une guitare et au tonnerre d’une batterie d’un duo de métal en fusion, nécessaire exutoire pour évacuer la colère. Un spectacle lyrique et politique indispensable.

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Risas de Papel par la Compagnie Circonciente

Risas de Papel par la Compagnie Circonciente Pure poésie visuelle et gestuelle pour ce spectacle burlesque et graphique, à la fois drôle et émouvant, mettant en scène une sorte de clochard céleste échoué sur la dalle d’une cité bétonnée et déshumanisée, s’efforçant d’y maintenir en vie la pauvre plante lui tenant lieu de seule compagne. Un clown qui tient donc à la fois du SDF et d’un Petit Prince prêt à tout lui aussi pour protéger sa « rose ». Chacun pourra tirer le message qu’il voudra de cette fable politique et écologique, mais aussi romantique et surtout poétique, où il est quoi qu’il en soit question de l’impérieuse nécessité de réenchanter un monde devenu absurde et stérile. Un pas tout à fait seul en scène, puisqu’une manipulatrice sur le bord du plateau accompagne le clown dans ses mouvements en projetant en live sur le décor de cartons divers objets avec lesquels l’artiste entre en interaction. Un spectacle merveilleux, au sens propre du terme, proposé aux petits comme aux grands par une compagnie qui nous vient du Mexique. Aucun problème de langue, cependant, puisqu’il s’agit d’un spectacle sans paroles, instaurant néanmoins un véritable dialogue avec le public par l’entremise de ce langage universel qu’est le visuel (sans oublier la musique). Un spectacle à ne pas manquer et à voir en famille. Critique de Jean-Pierre Martinez

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Beaucoup de bruit pour rien, adaptation et mise en scène de Salomé Villiers et Pierre Hélie

Beaucoup de bruit pour rien, adaptation et mise en scène de Salomé Villiers et Pierre Hélie Léonato, gouverneur de Messine, accueille le prince Don Pedro d’Aragon et ses soldats, après une bataille victorieuse. Dans une apparente insouciance, soldats et jeunes filles de la maison se côtoient, se séduisent et multiplient les joutes verbales, se livrant à une nouvelle guerre, la guerre des sentiments : jalousie, trahison, calomnie, mensonge, rumeurs… Située dans une époque indéfinie, entre le monde de Shakespeare et les années folles, la mise en scène de Salomé Villiers et Pierre Hélie rend particulièrement vivant le texte de Shakespeare, d’une étonnante modernité à l’heure des réseaux sociaux et des fake news. La langue shakespearienne est admirablement servie par une belle troupe de jeunes comédiens fougueux et très talentueux, autour de Salomé Villiers qui compose une Béatrice,tout d’abord espiègle puis solaire. Un spectacle tout public à ne pas manquer.

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Madame Van Gogh de Cliff Paillé

Madame Van Gogh de Cliff Paillé L’homme. L’œuvre. Au-delà du mythe, où est la vérité de Van Gogh ? Dans ses lettres ? Dans ses toiles ? Ou encore dans le monument que ceux qui ne l’ont pas connu ont érigé après sa mort pour déifier l’artiste et enrichir les marchands du temple ? Où est la vraie valeur de cet « artiste maudit » ? Dans les tréfonds de son âme tourmentée qui resteront à jamais un mystère, ou dans les envolées délirantes des enchères quand par miracle une de ses toiles est encore à vendre ? Ce texte écrit et mis en scène par Cliff Paillé évite tous les pièges qui guettent ce genre de spectacles façon "biopic". Van Gogh n’est à aucun moment incarné sur la scène, et cette absence même est le sujet de la pièce. Le mystère Van Gogh est ici abordé à travers l’échange entre sa belle-sœur d’une part, héritière de l’œuvre et exécutrice testamentaire du peintre, et d’autre part un jeune admirateur du (pas encore très) cher disparu, qui voudrait faire reconnaître l’artiste et rendre ses toiles monnayables. Le débat tourne au conflit. Johanna Van Gogh cherche avant tout à découvrir, à travers les lettres de Vincent à son frère Théo, quelle était la volonté de l’artiste, afin de ne pas trahir sa mémoire. Voulait-il vraiment, comme le pense d’abord Johanna, que ses toiles soient détruites ou en tout cas escamotées après sa mort pour éviter à l’artiste le cirque indécent de la marchandisation et la dispersion de son œuvre ? Au contraire, comme le prétend Émile Bernard, ne serait ce pas tuer une deuxième fois Vincent que de l’empêcher de devenir Van Gogh ? Lyne Lebreton et Romain Arnaud-Kneisky, les deux comédiens qui incarnent ces personnages écorchés, et tous deux fascinés chacun à leur manière par la personnalité et la peinture de Van Gogh, sont touchants de sincérité, parfois de naïveté et même à l’occasion de drôlerie. Le mystère Van Gogh reste entier, mais il est clair que dans son cas, l’homme a fini par se fondre dans son œuvre, jusqu’à en mourir. Un spectacle qui donne à la fois à penser, à voir et à ressentir. À ne pas manquer.

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