Une évasion de Latude de Georges Courteline

Une évasion de Latude de Georges Courteline

28 février 2016
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Une évasion de Latude de Georges Courteline

Courte pièce en un acte et trois scènes, parue  dans la Lanterne (28/10/1899) puis dans le recueil les Facéties de Jean de la Butte en 1904.
Distribution : 3 hommes
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 Une du journal Le XIXe siècle du 05 septembre 1894 consacrée à une exposition au musée Carnavalet consacré aux objets du maître de l'évasion Latude. Source : BnF/ Gallica

Une du journal Le XIXe siècle du 05 septembre 1894 consacrée à une exposition au musée Carnavalet consacré aux objets du maître de l’évasion Latude. Source : BnF/ Gallica

Argument

Un homme qui croupit en prison prépare son évasion, en se dissimulant dans le matelas de son co-détenu qui vient de mourir.

Latude

Georges Courteline s’inspire de l’histoire d’un célèbre évadé. Jean Henry, dit Danry, dit Masers de Latude (né le 23 mars 1725 à Montagnac et mort le 1er janvier 1805 à Paris) est un prisonnier français, célèbre par ses nombreuses évasions, qui a publié en 1787 des Mémoires, qui connurent un grand succès pendant la Révolution. Emprisonné au donjon de Vincennes, il réussit trois évasions, en 1750, 1755 et 1765, dont la plus fameuse le 25 février 1755, en se laissant glisser par la cheminée avec un complice grâce à une échelle de corde, celle-ci tressée avec du fil tiré de vêtements qu’il conserve dans une malle, et les échelons de bois taillés dans des bûches de chauffage.

Son personnage a inspiré de nombreux dramaturges, romanciers et cinéastes. Voir la notice sur wikipedia.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8410743h

Henri Masers de Latude : détenu pendant 35 ans dans diverses prisons d’Etat. Instruit par ses malheurs, et sa captivité, il apprit aux Français comment le vrai courage à vaincre des tyrans les efforts et la rage peut conquérir la liberté. Estampe peinte et gravée par Vestier 1789. Source : BnF/ Gallica

Lien audio

Lien vers l’enregistrement audio réalisé par le site  courteline.org

Un extrait

Latude.

Personne ? (Il jette un coup d’oeil autour de lui.) Personne ! (Il se hisse sur les poignets et pénètre dans la cellule.) Je suis Laté, j’ai trente-cinq ans de captivitude. (Il se reprend.) Heu… Je suis Latude, veux-je dire ; j’ai trente-cinq ans de viticapté ; heu… de tivécapti ; pardon !… Flûte, je ne trouve plus mes mots. C’est le manque d’oxygène. Saleté de Pompadour qui me laisse pourrir sur la paille humide des cachots ! Si jamais… Mais patience ! patience ! l’heure est proche ! (Solennel 🙂 Voici la cellule où le vidame de Proutrépéto, victime comme moi des haines de la favorite, gémit durant tant d’années ; et voici le lit où ce digne vieillard rendit, hier, le dernier soupir. (Il soulève sa casquette.) Salut, demeure chaste et pure ! – Cristi, que ça sent le renfermé. (Il va à la lucarne, qu’il ouvre ; puis revient à l’avant-scène.) Or, M. de Proutrépéto ayant dévissé son billard, l’administration a conçu le dessein de faire carder son matelas. Ceci m’a donné une idée. J’ai enlevé une partie de la laine, je l’ai fait disparaître de la façon suivante. (Il indique qu’il l’a boulottée.) Et à cette heure, je vais prendre sa place. Une fois dans le matelas, qu’est-ce que je fais ? Je ramène la toile sur moi et je la recouds à l’intérieur. Arrivent les cardeurs qui n’y voient que du feu et me descendent ingénument devant la porte de la prison. C’est très bien. Je tire mon couteau, je crève la toile au matelas, je crève la paillasse aux cardeurs, après quoi, à nous l’oxygène ! C’est extrêmement ingénieux. — Mais, me direz-vous, mon ami, tu t’es donc procuré du fil, une aiguille et un couteau ?

Chut !… (Mystérieux 🙂 J’ai improvisé moi-même ces divers objets mobiliers. Le couteau, je l’ai fabriqué avec un manche de côtelette ; l’aiguille, avec une arête de merlan ; et le fil… – Devinez un peu ? Non, devinez un peu, pour voir ? – … Avec du boeuf ! ! ! Tous les jours, depuis trente-cinq ans, je prenais sur ma portion un petit filament de gîte à la noix que je dissimulais avec soin dans le creux de ma main, et qui venait s’ajouter à la masse. Résultat : ceci (Il tire de sa poche une pelote de couleur brune.)… c’est-à-dire la liberté ! ! Ah ! l’ingéniosité des prisonniers défie toute comparaison ! – Avec tout ça, je bavarde, moi. Quelle heure est-il ? (Il regarde par la lucarne.) Il est précisément, au soleil, onze heures quarante-quatre minutes ; dans un quart d’heure, mes deux gaillards seront ici. Deux cardeurs de matelas et un quart d’heure d’horloge, ça fait trois quarts d’heure ; j’ai le temps. (Il va au matelas et l’éventre. Suffoqué 🙂 Crebleu ! quelle poussière ! Pourvu que je n’aille pas éternuer !

Il plonge les pieds en avant, dans le matelas, qu’il referme et recoud sur lui, conformément à son petit programme.

Un temps. Au dehors, l’horloge de la prison sonne les douze coups de midi. Re-tremolo à l’orchestre. Grincement de clef dans la serrure.

La porte s’ouvre. Apparition des deux cardeurs de matelas.

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

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