Les Gueux de Victor Hugo

Les Gueux de Victor Hugo

6 juillet 2016
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Les Gueux de Victor Hugo

Drame en un acte et en vers, edité en 1886 dans le recueil Théâtre en Liberté. Texte retraité par Libre Théâtre à partir de l’édition de 1886  (Source : Gallica )
Distribution : 2 hommes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Leçon sur la religion et l’amour donné par un mendiant philosophe, en haillons, prénommé Mouffetard au Marquis Gédéon

 

Deux extraits

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/victor-hugo_justitia_crayon-graphite_plume-dessin_pinceau-dessin_encre-brune_lavis_lavis-d-encre-de-chine_fusain_rehauts-de-gouache?force-download=411122

Justicia par Victor Hugo. (C) RMN-Grand Palais / Agence Bulloz. Source : RMN

Eh bien, apprends ceci, moi qui suis de l’étoffe
De Zoroastre, moi l’unique philosophe,
Moi qui dus être prêtre et fus galérien,
Moi qui sais tout, et plus que tout, je n’en sais rien.
L’homme, ce monstre, a l’âme avec lui dans sa niche ;
Si l’âme existe, elle est à peu près ce caniche
Qu’on donne au lion fauve en son noir cabanon.
Maintenant, l’âme est-elle? Oui, certe ! Ah ! pardieu non!
Elle est ! Elle n’est pas ! Et là-dessus les sages
Se prennent aux cheveux, quand ils en ont. Leurs âges,
Ne les empêchent pas de se montrer le poing.
L’âme, est-ce une ombre? Non. Est-ce une flamme ? Point.
Qu’est l’âme ? Psitt ! Voilà ce que pensait sur l’âme
La belle Allyrhoé qui prouva qu’une femme
Peut être, au pays grec comme au pays latin,
Un sage d’autant plus qu’elle est une catin.
Cette Allyrhoé-là buvait de l’or potable,
Se baignait dans du lait divin trait dans l’étable
D’Apis et d’Io même, et donnait au larbin
Sacré qui l’essuyait trente drachmes par bain ;
Aussi je ne puis dire en quel trouble me laisse
Le décret qu’a sur nous lancé cette drôlesse.
Point d’âme, c’est fort dur. Et peu de Dieu. Si peu
Que le diable s’en sert pour allumer son feu.
Tout est doute, marquis, tout. De là le marasme
De Kant et de Voltaire, et la maigreur d’Érasme.
Moi, je plains Dieu. Peut-être on le calomnia.
Je voudrais l’opérer ; il a pour ténia
La religion ; Rome exploite son mystère.
Pauvre Dieu dont le pape est le vers solitaire.
Sous un nain parasite un colosse a langui ;
Le chêne est quelquefois dévoré par le gui ;
O marquis, si Dieu meurt, c’est tué par le prêtre.

….

Et tu n’en sauras pas plus long, si tu t’écartes
Jusqu’à Bacon, jusqu’à Pascal, jusqu’à Descartes.
Mais tu dis : Quelque chose existe. J’en conviens.
Quoi ? Le sexe. Eve, aux temps antédiluviens,
Daphnis suivant Chloé, Jean pourchassant Jeannette,
L’emportement énorme et noir de la planète
Tournant terrible autour d’un effrayant soleil,
La marquise agitant son éventail vermeil,
Les vers que pour Javotte un lycéen rédige,
L’arbre en fleur, tout cela c’est le même prodige,
L’amour. Quand Bossuet restaure Montespan,
Ce prêtre du dieu Christ obéit au dieu Pan.
Quand monsieur le curé dénonce dans sa chaire
L’idylle d’un bouvier avec une vachère,
Quand, farouche, il foudroie au prône la façon
Dont une belle fille accoste un beau garçon,
Et la bouche cherchant la bouche et non la joue,
Il ne se doute pas, pauvre homme, qu’il secoue
Un mystère, l’amour, entre ses poings brutaux.
Les saints de pierre, droits sur leurs vieux piédestaux,
Cachent des nids qu’avril peuple, et ces bons apôtres,
Quand l’oiseau vient, se font signe les uns aux autres.
Hors ma chatte et mon chat, Manon et Desgrieux,
Lise et Jacquot. rien n’est sur terre sérieux ;
Tout le reste, vois-tu, marquis plein de promesses,
Manque à ce qu’on attend, et les brelans, les messes,
Les savants, les banquiers, l’amour vaut mieux que ça,
Et, Jésus l’ayant dit, j’en crois Sancho Pança.
Ce qui fait les bouquins sacrés fort authentiques,
C’est que nous t’y trouvons, Cantique des Cantiques,
C’est qu’on voit Cupidon gambader dans le coin
Le plus sombre d’Esdras, de Stéphane et d’Alcuin.
Faire les roses, c’est l’emploi des stercoraires.
Marquis, j’ai découvert cette loi des contraires :
Pour début se haïr et pour fin s’adorer.
Quoique ne possédant que des yeux pour pleurer,
Je suis gai. Le motif, c’est que je vois qu’on s’aime,
Le dieu Kiss règne. Ah ! certe, encor plus qu’on ne sème,
On extermine, on broie, on massacre; ô marquis,
Sur les trônes les rois, les gueux dans les makis,
César régnant, Mandrin poussant son estocade,
Le genre humain subit cette double embuscade ;
Le monde a pour cocher ce Dieu que nous cherchons
Sous les chapeaux de fleurs et sous les capuchons ;
Hélas ! la providence étant une haridelle,
Tout va mal ; l’ouragan souffle notre chandelle ;
La mer tue, et l’étang est pestilentiel ;
La constellation est blanche, mais le ciel
Est noir, et l’on a peur pour elle en ce’t abîme ;
La nuit a toujours l’air de venir faire un crime ;
Et souvent on se dit, voyant tout se ternir.
Est-ce que par hasard l’univers va finir ?
La lumière en ce puits semble bien malheureuse !
Que la roue est fragile et que l’ornière est creuse !
Oui, mais sais-tu pourquoi, malgré tous les cahots
De ce vieux coche-là, je crains peu le chaos,
Et pourquoi le sourire à mes terreurs se mêle?
C’est que le gouffre est mâle et l’étoile est femelle.
On s’épousera. Dieu ne serait qu’un faquin
S’il n’eût fait Colombine exprès pour Arlequin.
Voir sous un canezou de gaze ou de barége
Un sein blanc se gonfler, c’est rassurant. J’abrège.

 

Pour en savoir plus sur Libre Théâtre :
Le Théâtre de Victor Hugo
Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

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