Les Babouches de Georges Courteline

Les Babouches de Georges Courteline

3 mars 2016
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Les Babouches de Georges Courteline

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1158111d

Illustration de Barrère dans l’édition Coco, Coco et Toto de 1910. Source : BnF/ Gallica

Saynète éditée dans Coco, Coco et Toto (1910).
Il existe une autre version de cette saynète dans Potiron, édition Marpon et Flammarion (Paris 1890, sur Gallica). Dans cette version, les personnages s’appellent Cassius et Chichinette (il n’est pas du tout question de gigolo). La première scène est également un monologue mais avec un sujet différent : Cassius raconte que Chichinette souhaitait aller au Havre. Cassius l’emmène à Saint-Lazare et lui fait faire le tour de Paris en train. Ils dorment au Bel-Air et le lendemain Cassius lui révèle sa supercherie. Pour se faire pardonner, il décide d’offir des babouches à Chichinette à l’occasion de sa fête.
Distribution : 1 homme et 1 femme
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

Résumé

Oscar de Proutrépéto est un gigolo. Pour la fête d’Isabeau, il décide de lui  faire un cadeau : il lui achète des babouches.

Un extrait

Oscar de Proutrépéto, seul
Tandis qu’Isabeau est dans le bain, contemplons une dernière fois les babouches que je lui ai achetées pour sa fête.
Il tire les babouches du papier où elles étaient enveloppées.
A vrai dire, j’étais assez embarrassé. Laisser passer cette solennité avec l’air de ne m’en pas être aperçu et sans offrir à Isabeau le petit cadeau que son amitié est en droit d’attendre de la mienne, eût été un peu trop cochon.
Brusque effarement du monsieur qui a lâché une inconvenance par mégarde.
Oh !…
Coup d’œil anxieux, jeté à droite et à gauche.
Non. Personne !
Il continue.
D’autre part, me mettre eu dépense… ce n’est guère dans mes habitudes… — oh ! de grâce, pas de fausses interprétations : je ne suis pas ce que vous pourriez croire. Je suis…
Confidentiel.
Je suis ce que ces dames appellent : le gigolo.
Sourire satisfait.
Parfaitement, je suis le gigolo, c’est-à-dire le jeune homme pauvre mais aimable, sachant faire oublier les torts de son humble condition par des qualités supérieures, physiques et intellectuelles.
Ma mission consiste en ceci :
– Récréer doucement Isabeau par la diversité heureuse et toujours imprévue de mes saillies ;
– La consoler à l’occasion ;
– La tenir au courant du mouvement littéraire ;
– Lui rappeler qu’elle a un bon cœur ;
– Et lui jouer un peu de piano.
A la rigueur, quand le charbonnier se permet de venir réclamer sur un ton insuffisamment correct le paiement de ses fournitures, je lui donne du pied au cul…
— Oh !
Même jeu que plus haut, nouveau regard inquiet, promené autour de soi.
Non, personne.
Il reprend.
En revanche, j’ai mes petits profits : Isabeau, dans l’intimité, m’appelle volontiers son petit Proute-proute… et ça ne se borne pas là…; à beaucoup près. — Pour en revenir à ce que je vous disais, j’étais assez embarrassé. En fait, l’emploi de « gigolo » demande à être tenu avec un tact exquis. Personnage mixte, homme de demi-teinte, ni chair ni poisson (si j’ose m’exprimer ainsi), il ne saurait conduire sa barque d’une main trop légère et trop souple, sous peine pour lui de verser dans le… oui… (ce qui créerait de fameux précédents), ou dans le… horrible hypothèse sur laquelle je rougirais de m’étendre une seule minute !… J’ai donc pris un moyen terme : je lui ai acheté des chaussures.

….

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