Author Archives Ruth Martinez

Biographie de Jules Renard

24 février 2017
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Biographie de Jules Renard

Jules Renard, de son véritable nom Pierre-Jules Renard, est né le 22 février 1864, à Châlons-du-Maine (Mayenne). Il a une sœur, Amélie et un frère, Maurice de deux ans son aîné. Lorsqu’il a deux ans, la famille retourne dans le pays de son père, à Chitry-les-Mines, dans la Nièvre. Son père, entrepreneur de travaux publics, est républicain, franc-maçon et anticlérical. Il devient maire de Chitry. Sa mère est une catholique dévote qui ne supporte plus ni son mari, ni le jeune  Jules, un enfant non désiré. Le roman Poil de Carotte est très largement autobiographique et décrit cette enfance difficile, sans amour.

Jules est pensionnaire à Nevers. Il est reçu bachelier ès lettres en 1883 après des études au lycée Charlemagne à Paris. Il prépare le concours de l’École normale supérieure, mais renonce rapidement. Il écrit, lit énormément, fréquente les cafés littéraires et les théâtres. Il rencontre Danièle Davyle pensionnaire de la Comédie-Française qui lui inspirera le personnage de Blanche dans Le Plaisir de rompre. Il fréquente alors assidument le théâtre. Il commence à écrire pour quelques revues. Le 28 avril 1888, il épouse Marie Morneau, âgée de 17 ans qui apporte une belle dot. Le couple s’installe 44 rue du Rocher à Paris.

Jules Renard participe à la fondation du Mercure de France en 1889 : il est à la fois critique théâtral, rédacteur en chef et administrateur. Il publie en 1890, Sourires pincés, recueil de ses textes parus dans le Mercure de France. Jules Renard fréquente Alphonse Allais, Edmond Rostand, Courteline, Huysmans, Marcel Schwob, Alphonse Daudet, les Goncourt, Tristan Bernard, Lucien Guitry et Sarah Bernhardt. Le succès arrive avec L’Écornifleur, publié en 1892, qui raconte l’histoire d’un littérateur parasite. Jules Renard commence à publier des textes dans le Figaro, l’Écho de Paris, Gil Blas. En 1893, il publie Coquecigrues et La lanterne sourde et achève l’écriture de sa première pièce, La Demande, qui sera montée en 1895. En 1894, il entre à la Société des gens de lettres et publie Poil de Carotte, qui obtient immédiatement un grand succès.

À partir de 1895, Jules Renard passe plusieurs mois par an à Chaumot, proche de Chitry-les-Mines.  Entre le 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896,  Jules Renard fait paraître les scènes de La Maîtresse, illustrées par Valloton dans la revue Le Rire. 1896 est marquée par la parution des Histoires naturelles et de La Demande.
Sa pièce Le Plaisir de rompre est créée aux Bouffes-Parisiens en 1997. La même année son père, malade depuis quelque temps et se sachant incurable, se suicide d’un coup de fusil de chasse en plein cœur.
Jules Renard commence la rédaction de son Journal en 1897, qui sera publié de façon posthume, de 1925 à 1927.

En 1898, Jules Renard prend position en faveur du Capitaine Dreyfus. La même année, Jules Renard connaît un nouveau succès au théâtre avec Le Pain de ménage, pièce dans laquelle joue Lucien Guitry. L’année suivante, Jules Renard rédige l’adaptation théâtrale de Poil de Carotte, qui connaît un véritable triomphe au Théâtre-Antoine.

En 1900, Jules Renard reçoit la Légion d’honneur et devient conseiller municipal de Chaumot. Entre 1901 et 1903, il rédige de nombreux articles politiques, anticléricaux et républicains, pour le journal L’Écho de Clamecy. Succédant à son père, il devient maire de Chitry en 1904 ; il restera maire jusqu’à sa mort en 1910. Élu sur une liste républicaine, il s’engage dans la lutte contre l’ignorance.

En 1901, la pièce Le Plaisir de rompre est représentée à la Comédie-Française. Jules Renard travaille à l’adaptation de l’Écornifleur au théâtre : Monsieur Vernet.  La pièce sera représentée  sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903.

Jules Renard est élu membre de l’académie Goncourt le 31 octobre 1907, au fauteuil de Huysmans grâce à Octave Mirbeau, qui a dû menacer de démissionner pour assurer son succès.

Sa mère, ayant perdu la raison, décède en 1909 en tombant dans le puits de la maison familiale. La même année, la pièce La Bigote est créée à l’Odéon.

Le 22 mai 1910 Renard meurt à Paris. Il est enterré civilement le 24 mai à Chitry-les-Mines.
Il est enterré civilement le 27 mai 1910 à Chitry-les-Mines dans le tombeau en forme de livre ouvert qu’il a fait construire après la mort de son frère en 1900.

Certaines pièces sont crées à la Comédie-française après sa disparition :
1912 : Poil de Carotte
1927 : Le pain de ménage
1933 : Monsieur Vernet.

Lien vers le Théâtre de Jules Renard sur Libre Théâtre

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k273598k/f1.item

Jules Renard par Sacha Guitry. Extrait du Figaro Littéraire du 1août 1925. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8432962q/f17.item

Jules Renard. Nos contemporains chez eux / Dornac. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k442299f/f1.item

Les Hommes du jour / dessins de A. Delannoy ; texte de Flax. 3 avril 1909. Source : BnF/Gallica


Portrait de Jules Renard par Paul Acker

Paul Acker,  Petites confessions (visites et portraits). première série.  Editions A. Fontemoing, 1905 (Paris) . Source : Gallica

Un crâne pointu, aux cheveux jaunes et clairs, une tête ronde et grosse, deux oreilles écartées, un front large et haut, des yeux gris au regard aigu et froid ; près de la fenêtre, le veston ouvert sur un gilet de tricot, penché sur une table, M. Jules Renard lisait. Derrière lui, des livres ; à côté de lui, des livres, partout des livres, jaunes, blancs, verts, rouges, reliés, brochés, alignés, entassés, solitaires. Une lumière éblouissante baignait le cabinet de travail, et comme un parfum de silence flottait dans l’air. Un instant, je contemplai, piqués au mur par une épingle, les portraits d’Eugénie Nau et de Gertrude Eliott, dans le rôle de Poil-de-Carotte. M. Jules Renard leva la tête, me serra les doigts, et, du coupe-papier qu’il tenait à la main, désigna un fauteuil.
Il y a cinq ans, j’étais arrivé ainsi, un matin, chez l’auteur des Histoires naturelles. Je ne le connaissais pas, je l’aimais seulement, et, à peine échappé des bancs de l’Université, riche de puériles et littéraires ambitions, je lui avais rendu visite pour le voir, lui parler, et peut-être conquérir sa sympathie. Avec quelle émotion je l’avais écouté ! Maintenant, de nouveau, à la veille de la première représentation de Monsieur Vernet au Théâtre-Antoine, je venais le trouver, le cœur rempli toujours de la même admiration. Rien n’avait changé, ni le décor, ni lui-même : il n’y avait à sa boutonnière qu’un étroit ruban écarlate de plus. Il me sembla que, soudain, j’avais rajeuni, et, d’avoir éprouvé une si originale sensation, des mots reconnaissants montèrent à mes lèvres. Hélas ! ils ne parvinrent pas à s’échapper ! Je m’aperçus soudain que je ne savais presque rien de la vie d’un écrivain que je chérissais, et ce furent d’autres phrases que je prononçai, tout rougissant de mon ignorance. M. Jules Renard les entendit en souriant, il les attendait, il les salua au passage, et sans bouger, lentement, éveillant de lointains souvenirs, il leur répondit :
— Comme tout le monde, j’ai préparé l’École normale, mais j’ai rencontré au lycée Charlemagne, où j’étais, un professeur ridicule et fameux en ce temps-là — on le nommait La Coulonghe. — Ah ! il m’a trop ennuyé, j’ai renoncé à l’École. À cette époque, j’écrivais des vers sans cesse, des vers partout, des vers toujours. Je n’avais pas d’emploi, j’en cherchai un, je subis un examen pour entrer à la Compagnie de l’Est, je fus reçu, mais jamais placé… Voyons, voyons, c’est si loin, tout ça, je ne me rappelle plus très bien… Je présente à La Revue indépendante un article, et Félix Fenéon, qui la dirige, me le refuse sans barguigner. J’en présente encore avec le même succès à La Vogue. Je deviens membre d’un cercle de poètes, les « Zutistes », qu’avait fondé Charles Croze, et là on me sacre grand homme. Déjà ! et je n’avais pas le sou, je donnais des leçons, quelques jours même je fus employé dans une maison où l’on vendait du charbon, mais le patron me congédia en me prédisant d’autres destinées, prédiction qui, en attendant qu’elle se réalisât, me mit sur le pavé. Je récitais aussi des vers dans le sous-sol d’un café de la place Saint-Michel, c’était Goudeau qui présidait… La première fois que je montai sur l’estrade, on me hua… J’avais récité, sans m’en douter, des vers qui, parait-il, étaient inconvenants. Enfin, tout s’arrange, je me marie, je fonde avec Valette Le Mercure de France… Un matin, Marcel Schwob frappe à ma porte, j’étais au lit, je me lève, il me demande un conte pour le supplément de L’Echo de Paris, et je me vois encore, en chemise, fouillant en vain les tiroirs, puis obligé de promettre que j’écrirais une nouvelle tout de suite ; voilà comment j’entrai dans la presse.
Souple et nonchalant, un chat blanc, la queue en l’air, glissa par la porte de la chambre entr’ouverte, avança de quelques pas, leva son nez rose vers mes doigts qui se tendaient pour une caresse, puis, dédaigneux, se détourna et regagna l’asile un instant abandonné. Est-ce une comparaison trop familière ? Il me parut, par une de ces bizarres associations d’idées qui naissent en nous, on ne sait ni pourquoi ni comment, que M. Jules Renard, après avoir ainsi désiré et goûté le charme de la notoriété parisienne, en était revenu à souhaiter les éloges des compagnons de ses premières années. Tout jeune, je n’avais voulu voir en lui que l’homme de lettres, ignorant le peintre amoureux de la nature, que ravissaient les campagnes blondes, les bois verts et les paysans simples. Comment avais-je pu séparer du Parisien ironiste et âpre le Nivernais ému et attendri ? Comme s’il devinait mes pensées, il murmura :
— Je suis né en Mayenne, par hasard, mais je n’ai qu’un pays, Chitry-les-Mines, dans la Nièvre. C’est là que mon père demeurait, et c’est là qu’il mourut. Ce petit coin de terre contient toute ma vie…
Ah ! comme les yeux froids de M. Jules Renard s’adoucissaient subitement ! Ils ne regardaient plus ce qui les entourait, ils regardaient par delà les murs, très loin, très loin, la maison à un étage, avec la cour, la cage aux lapins, la barrière fermée sur le chemin, tout ce décor rustique où Poil-de-Carotte vécut son enfance douloureuse et que nous vîmes reproduit avec une si étonnante exactitude sur la scène de M. Antoine… Peut-être, comme au temps jadis, apercevait-il la terrible Mme Lepic, sa mère, penchée à la fenêtre, M. Lepic, son père, poussant la porte pour sortir, le grand frère Félix prêt à le battre. Tout l’émouvant tableau des années lointaines de ce gamin amer et philosophe, qui furent les siennes, se déroulait devant lui.
— Oui, comme tous les enfants, soupira M. Renard, un beau jour j’ai eu envie de me pendre… C’est bien mon enfance que j’ai racontée… Mme Lepic vit encore, Étiennette aussi. Félix est mort.
Un sourire indulgent et charmant flotta sur ses lèvres : aujourd’hui, il n’attachait plus grande importance à ce suicide manqué, c’était un souvenir qui l’amusait, d’autres soucis occupaient son cœur et son esprit.
— Je ne connais que ce petit coin de terre, car je ne voyage jamais. Comme ma mère habite toujours Chitry, j’ai loué une maisonnette à Chaumot, tout près, j’en suis conseiller municipal, et non seulement j’y vais aux vacances, mais aussi souvent dans l’année pour les réunions du conseil. J’écris des articles dans L’Écho de Clamecy, où je traite des questions morales et pédagogiques ; je suis délégué cantonal, je fais des conférences populaires, où je parle de Hugo, de Michelet, de Molière…
Un instant, la voix se tut, puis M. Renard ajouta :
— Eh bien ! je suis vingt fois moins connu chez moi qu’à Paris. Les gens ne peuvent pas admettre qu’un homme qu’ils ont vu enfant ait acquis, loin d’eux, une certaine célébrité. Je n’ai aucune influence comme conseiller. D’ailleurs, j’ai une détestable réputation : je suis « le socialiste et le païen ». Quand je fais une conférence, on écoute très attentivement, puis on s’en retourne avec défiance :
« Qu’est-ce qu’il veut ? pense-t-on. Qu’est-ce qu’il va nous demander ? » Et quand on voit que je ne veux rien, que je ne demande rien, on est alors tout à fait troublé, on est sûr que je médite quelque mauvais coup. Et puis, la Nièvre a ses grands hommes, qui ne la quittent pas, qui vivent toujours à l’ombre de ses bois, au bord de sa rivière… Ceux-là, personne ne les ignore. Vous pouvez citer le nom de Claude Tiller, de Milien, de Courmont et de plusieurs autres Nivernais, chacun a lu leurs proses ou leurs vers. La revue qui paraît à Nevers ne laisse dans l’oubli aucune de ses gloires locales, mais elle ne m’a jamais consacré un article. Tenez ! Poil-de-Carotte avait beaucoup accru ma réputation ; du moins naïvement je l’imaginais. Quand on le joua à Nevers, l’imprésario annonça que l’auteur était un enfant de la contrée et qu’il parlerait lui-même de sa pièce avant la représentation. Eh bien ! il n’y eut pas un chat, ce fut la soirée la plus désastreuse de la tournée.
M. Renard pencha la tête un peu. Il jouait toujours avec son coupe-papier, machinalement, et machinalement aussi les mots quittaient ses lèvres, sans se presser, sans s’ordonner, sans se grouper en un beau paragraphe solide et nerveux, pareils simplement à des gouttes paresseuses qui tombent une à une d’un robinet entr’ouvert. Je crus démêler des regrets, des illusions perdues, des rêves trop pleurés, mais, une fois encore, je me trompais.
— Non, non, ne croyez point que j’en veuille à mes compatriotes. Ils ne savent pas, ils ne pensent pas, ils vivent sans se soucier de rien. Quand je retournai à Chaumot, après ma décoration, je me figurais avec ingénuité que mes collègues du conseil me féliciteraient, et j’avais déjà tout arrangé pour les traiter au restaurant de la petite ville. Ah bien oui ! pas un ne m’en a parlé ; non pas qu’ils fussent jaloux, mais ils étaient impuissants à exprimer leur stupeur devant ce phénomène : un homme jeune décoré ! Ils sont si simples, qu’ils m’échappent. L’an dernier, je fis nommer Philippe, mon jardinier, adjoint au maire : quatre jours après, sa femme l’ignorait encore, il ne lui avait rien dit. Pourquoi s’intéresseraient-ils à moi, alors qu’ils s’intéressent si peu à eux-mêmes ? Et, d’ailleurs, c’est ce qui me passionne, cette lutte continuelle et silencieuse avec ces natures frustes et primitives ; je leur devrai encore, je le sens, tout ce que j’écrirai.
— Alors, la pièce qu’on va jouer, Monsieur Vernet…
Je n’eus pas le temps d’achever. D’un geste vif, M. Renard m’interrompait :
— Non, celle-là ne doit rien aux Nivernais. J’imagine, dans un milieu bourgeois, un poète ; l’entrée de ce poète dans ce milieu et son départ, voilà toute ma pièce. On a dit que c’était le sujet de mon roman : L’Écornifleur, porté sur le théâtre ; c’est une erreur.
Des minutes s’écoulèrent, le silence régna, puis douze coups retentirent. Si bien que je fusse dans mon fauteuil, tout près d’un maître cher, je ne pouvais trop retarder l’heure de son déjeuner. Je me levai, M. Renard aussi, je marchai sur la queue du chat qui revenait et s’enfuit, et je trébuchai quelques pas. Paternel, M. Renard ouvrit la porte :
— On me reprochait, dit-il, de ne pouvoir écrire une pièce en cinq actes. Voilà maintenant que j’ai écrit trois pièces d’un acte, et une autre de deux. N’est-ce pas la même chose ?…

À propos de Jules Renard : 

Blog amoureux de Jules Renard
Blog Pour Jules Renard
Emission Concordance des Temps, France Culture, 27/02/2016 

 

 

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La Bigote de Jules Renard

21 février 2017
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La Bigote de Jules Renard

Comédie en deux actes, représentée pour la première fois le 21 octobre 1909 sur la scène du Théâtre de l’Odéon.
Distribution : 5 hommes et 6 femmes
Texte à intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531299620/f1.item

Léon Bernard dans « La bigote » de Jules Renard / dessin de Yves Marevéry. 1909. Source : BnF/Gallica

M. Lepic, maire d’une petite commune du Nivernais est un libre-penseur alors que sa femme est bigote. Lorsque Paul Roland vient demander la main de leur fille, M. Lepic le met en garde contre l’influence nocive des curés dans la vie des couples.

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Extrait de l’article de G de Pawlowski,  journal Comœdia illustré. 11 novembre 1909.   Source: BnF/Gallica

« Ce sont deux actes qui mettent en scène quelques épisodes de la vie de cette famille Lepic, que les chefs d’œuvre de M. Jules Renard ont rendue populaire dans le monde des lettres.

Il s’agit de nous montrer comment l’intervention du curé dans une famille provinciale honnête, peut aboutir à un véritable ménage à trois.
Le premier acte expose quels sont, dans la vie courante de la famille, les résultats d’une pareille intervention.
Le second acte est consacré à une exposition de principes plus directe, et se termine d’une façon décourageante par la mainmise d’un curé sur les générations nouvelles que l’on espérait voir échapper à son action.
Au premier acte, la famille Lepic, dans un intérieur bourgeois que vous devinez, est à table. M. Lepic, déjà vieux, a renoncé à la lutte ; définitivement, il s’est renfermé dans sa coquille, passe ses journées à la chasse, fume sa pipe et ne répond plus rien lorsqu’on lui adresse la parole. Ce silence obstiné d’un brave homme épouvante tout le monde ; on craint M. Lepic car on ne discerne même plus quelles peuvent être les causes véritables de l’éternelle bouderie de ce bourru bienfaisant.
Mme Lepic est une bigote, c’est-à-dire que le côté extérieur seul de la religion l’intéresse. Ce n’est point une mystique, car elle garde le paradis pour elle toute seule et ne cherche point à convertir son entourage. Elle trouve toute sa force dans l’appui moral que lui prête le curé ; elle garde égoïstement cet appui pour elle toute seule : le curé n’est pour elle qu’une belle relation céleste.
Le respect de Mme Lepic pour le curé n’est en somme que la manifestation la plus vive du respect qu’elle a pour toutes les traditions sociales. Cela, est si vrai que Mme Lepic, en toute circonstance, tient à sauvegarder la dignité extérieure de son ménage et ne tarit point en éloges sur son mari. Elle dissimule ses gronderies, transforme ses violences continuelles en attentions charmantes ; Mme Lepic est une provinciale dans toute la force du terme.
M. Lepic a un allié : c’est son fils, qui vient de passer son baccalauréat. Son intelligence ne nous apparaît pas clairement, mais surtout son désir d’être avec son papa, d’aller à la chasse plutôt qu’à l’église, et de fumer la pipe parce que l’on aime bien prendre des allures d’homme alors qu’on n’est encore qu’un enfant. Son indépendance n’est qu’une dépendance déguisée.
Mme Lepic a pour alliée passive sa fille Henriette, qui souffre en silence de la mésintelligence familiale, redoute son père, le plaint parfois sans oser le lui dire, et qui, en qualité de fille bien élevée, ne peut faire cependant que ce que sa mère lui dit de faire. C’est un caractère faible que l’éducation traditionnelle n’a fait qu’assouplir encore et qu’aucune initiative ne saurait libérer.
Cette fille Henriette, il s’agit de la marier à tout prix, et c’est aujourd’hui que doit venir un nouveau prétendant, le jeune Paul Roland. L’anxiété est grande. Déjà, M. Lepic, à la suite d’un entretien mystérieux, a mis en fuite un premier candidat. Que se passera-t-il aujourd’hui !
Une amie d’Henriette, plus confiante et aussi plus émancipée, interrogera hardiment M. Lepic qui, contrairement à la crainte générale, ne paraîtra point s’opposer au mariage.
Mme Bache, la mère du fiancé, qu’épouvante aussi M. Lepic, n’osera point lui faire sa demande, et c’est M. Paul Roland lui-même qui, au second acte, devra aborder le terrible maire anticlérical pour lui demander la main de sa fille. C’est une occasion pour M. Lepic d’exposer quel fut le désastre de sa vie et de mettre le jeune homme en garde contre les manœuvres du curé.
M. Lepic, lorsqu’il s’est marié, aimait sa femme. Il a tout fait pour la conserver ; le curé la lui a prise. Que Paul Roland fasse bien attention : la fille de Mme Lepic a été élevée par sa mère, elle lui ressemble. Que Paul Roland ne recommence point la triste aventure de M. Lepic !
M. Paul Roland est un brave jeune homme : il ne craint rien ; Henriette l’aime, et puis c’est un esprit libre, il est au-dessus de tous les vieux préjugés. M. Lepic lui accorde la main de sa fille et part pour la chasse. Et, dès qu’il est sorti, le curé s’assied dans son fauteuil. Entouré par toute la famille triomphante, il bénit les nouveaux fiancés.
Paul Roland a l’esprit trop libre pour ne point lui faire bon accueil dès le premier jour. Nous sentons que le curé prendra dans le nouveau ménage la même place qu’il occupe dans l’ancien. L’Eglise est patiente parce qu’elle est éternelle, et son histoire est un perpétuel recommencement. »





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La Maîtresse de Jules Renard

19 février 2017
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La Maîtresse de Jules Renard

Comédie parue en plusieurs épisodes dans le Rire, du 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896, illustrés par Valloton. Editée en un volume en 1896.
Distribution: 3 hommes, 1 femme
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Série de courtes scènes entre un jeune homme et sa maîtresse, de la séduction à la rupture, réelle ou supposée.
Sommaire des scènes: 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172961r/f2.item

Source : Gallica

Pour Parler 
– Réticences,
– Le Nez du Gouvernement,
– Phénomènes connus
La Veille
– Le Cocher
– Le Cocher, le même
– Echange de petits noms
– Avant tout, la Paix
– Le Passé
– D’où vient l’argent

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172961r/f2.item

Source : Gallica

– La question des enfants
– Scrupules
– L’Alerte
Le Contact
– Inventaire
– La Patronne
– La Toilette
– L’Ami Osoir
Cris dans la Nuit
La Mise au point de leur amour
Les Manœuvres du Gouvernement dévoilées
L’Inévitable Lettre
Dénouement possible

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11729640

Source : Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172961r

Source : Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172965d/

source : Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172966t

Source : Gallica


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Poil de Carotte de Jules Renard

17 février 2017
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Poil de Carotte de Jules Renard

Comédie en un acte, représentée pour la première fois le 2 mars 1900, au théâtre Antoine.
Distribution : 2 hommes, 2 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Comme à son habitude, alors que son frère est à la pêche, Poil de Carotte, âgé de 16 ans travaille dans la cour. Annette la nouvelle servante de la famille Lepic arrive. Poil de Carotte la met au courant des habitudes de la maison et Annette découvre la triste condition du fils  détesté de sa mère et délaissé par son père. Elle provoque un échange entre le père et son fils, qui se parlent enfin et dévoilent leurs sentiments.

Extrait : 

Poil de Carotte
Et la famille, papa ? Quelle blague !… Quelle drôle d’invention !

M. Lepic
Elle n’est pas de moi.

Poil de Carotte
Sais-tu comment je la définis, la famille ? Une réunion forcée… sous le même toit… de quelques personnes qui ne peuvent pas se sentir.

M. Lepic
Ce n’est peut-être pas vrai dans toutes les familles, mais il y a, dans l’espèce humaine, plus de quatre familles comme la nôtre, sans compter celles qui ne s’en vantent pas.

Poil de Carotte
Et tu es mal tombé.

M. Lepic
Toi aussi.

Poil de Carotte
Notre famille, ce devrait être, à notre choix, ceux que nous aimons et qui nous aiment.

M. Lepic
Le difficile est de les trouver… Tâche d’avoir cette chance plus tard. Sois l’ami de tes enfants. J’avoue que je n’ai pas su être le tien.

Poil de Carotte
Je ne t’en veux pas.

 

Pour aller plus loin

À propos de Poil de Carotte

Jules Renard a rappelé la genèse de la création de la pièce dans une conférence donnée aux adhérents de l’ Amicale des Instituteurs de la Nièvre  le 29 octobre 1904 à Nevers.
«  Annette existe déjà dans un chapitre du livre. Sur scène, c’est elle qui a tiré toutes les ficelles. Etrangère, elle arrive, elle entre en place. Elle ne connaît pas la famille Lepic. Elle interroge Poil de Carotte. Poil de Carotte la renseigne et, du même coup renseigne le public.  »
Il raconte également la première lecture de Poil de Carotte à Tristan Bernard. «  C’est injouable, dans cet état, me dit-il. (…) Je failli me brouiller, pour quelques heures, avec ce vieil ami de 15 ans. (…) L’inspiration, c’est de travailler, a dit Baudelaire. C’est ce que je fis, et incorrigible, je lus la pièce dans son texte neuf, à un autre ami, l’acteur Lucien Guitry. (…) La première partie de la pièce l’émut. Je le vis au picotement de ses yeux. La seconde partie lui parut beaucoup trop longue. (…) Mais justement, moi, je préférais cette seconde partie.
— Ma foi, me dis-je, flûte pour les amis  ! Si on les écoutait, on démolirait tout ce qu’on a bâti. Je ne touche plus à ma pièce.
Cependant j’avais reçu ce télégramme d’Antoine  : «  on me dit que vous avez un Poil de Carotte. Le Théâtre Antoine vous est ouvert tout grand  » La lecture à Antoine marcha bien, et le rôle de M. Lepic lui plut. Qui allait jouer le rôle de Poil de Carotte  ? Ce ne pouvait pas être un homme. Les acteurs, comme les actrices, se rajeunissent volontiers, mais un acteur capable de retourner à l’âge de 12 à 14 ans, ça n’existe pas. Il fallait une femme en travesti, un femme qui eût beaucoup de talent et pas de hanches. »
C’est Suzanne Desprès qui obtint le rôle.
«  Oh ! ces répétitions de Poil de Carotte, je ne les oubleirai jamais. Jamais je n’ai vu pleurer dans la vie comme sur la scène du Théâtre Antoine. Les trois femmes de ma pièces Suzanne Desprès (Poil de Carotte), Ellen Andrée (Mme Lepic), Renée Maupin (Annette) pleuraient chacune leur tour, souvent toutes les trois ensemble.
Ne vous y trompez pas. Elles pleuraient non d’émotion à l’étude de leurs rôles, mais parce qu’Antoine était terrible  »

Illustrations extraites des Editions Fayard, 1911

D’après les dessins de Maillaud, et Dudouyt. Editions Fayard 1911. Souce : BnF/Gallica


 

 

 

Affiche, estampe et dessin dans Gallica

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52504050s/f1.item

Suzanne Desprès dans Poil de carotte : [estampe] / Müller. 1900. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9017084f/f1.item

Poil de Carotte [avec] Miss Suzie Dorlans : [affiche] / Maurice Neumont. 1905. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53130023k/f1.item

[Marie Leconte dans « Poil de carotte » de Jules Renard / dessin de Yves Marevéry] . 1912. Source : BnF/Gallica


 


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Le Domino à quatre de Henry Becque

14 février 2017
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Le Domino à quatre de Henry Becque

Comédie en un acte, publiée en 1897 dans la revue La Vie Parisienne, représentée en 1908, après la mort de Becque.
Distribution : 6 hommes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr.

L’argument

Dans un café, trois joueurs attendent le quatrième partenaire de leur partie de domino, Blanchard, mais ils redoutent sa mort car il est mal en point. Blanchard apparaît, souffreteux. Au fil des scènes, ce sont les trois joueurs qui décèdent un à un. Blanchard reste seul…

 

L’univers de la pièce à travers les illustrations présentes sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55009192s/f1.item

Groupe jouant aux dominos sur une terrasse : Auguste Mestral, Auguste Clésinger et un homme non identifié. Photographie de 1847. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9014982s/f1.item

Absinthe Ducros fils… Affiche de Leonetto Cappiello. 1901. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9014961m

Quina Excelsior. Chaque jour un verre de Quina Excelsior et vous aurez la santé… Massardier et Granjon, distillateurs St Etienne… Affiche de 1898. Source : BnF/ Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9003761b/f1.item

  Lait de vaches bretonnes. Laiterie normale… Bornibus Aîné & Cie… : affiche de Jules Chéret. 1879. Source : BnF/Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Lien vers la Biographie de Henry Becque sur Libre Théâtre
Lien vers le Théâtre de Henry Becque sur Libre Théâtre

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Lettre d’information de Libre Théâtre n°18

12 février 2017
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Lettre d’information de Libre Théâtre n°18

12 février 2017

Le Théâtre de Henry Becque

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.93967.html

Les Honnêtes femmes; Conférence, Poésies inédites d’Henry Becque; La Parisienne, 1904, halftone on wove paper, Gift of The Atlas Foundation 1995.76.8. Source : NGA Image

Henry Becque est principalement connu pour deux pièces, Les Corbeaux et La Parisienne, mais nous vous invitons à découvrir l’ensemble de son œuvre : la causticité et le mordant dans la description de la petite-bourgeoisie du XIXème siècle gardent encore aujourd’hui toute leur force.

Présenté comme le dernier des classiques ou le premier des modernes, Henry Becque a exploré différents genres : vaudeville (L’Enfant Prodigue, La Navette), mélodrame (Michel Pauper), drame bourgeois (Les Corbeaux), comédie (La Parisienne, Veuve !) … Il n’a jamais voulu être rattaché à une école littéraire même si certaines de ces pièces ont été rapprochées du courant naturalisme. On a parlé également du précurseur des comédies «  rosses  » ou «  cruelles  », créées sur la scène du Théâtre-Libre.

On soulignera les effets comiques présents dans toutes ces pièces, y compris les plus noires, permettant une certaine distanciation (Michel Pauper, Les Corbeaux). Certaines pièces débutent comme des drames et finissent comme des comédies (L’Exécution, L’Enlèvement), d’autres commencent comme des comédies et finissent comme des tragédies (Les Corbeaux). La construction des pièces est également remarquable avec des jeux de miroir, très élaborés entre les premières et les dernières scènes.

Dans toutes les pièces, la profondeur psychologique des personnages permet de dépasser la caricature, tout en explorant des contextes sociaux variés et en révélant notamment la cruauté du monde petit-bourgeois grâce à  des dialogues ciselés. De nombreuses pièces mettent en scène des femmes qui prennent en main leur destin, en faisant fi des conventions sociales et des préjugés.  Lire la suite.

 

Biographie de Henry Becque

http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/estampes/henry-becque

Henry Becque par Rodin. 1885. Source : Musée Rodin

Henry Becque est né le 18 avril 1837 à Paris dans une famille modeste. Son oncle Michel Lubize, dramaturge, dirige le Théâtre du Vaudeville à partir de 1844. A la fin de ses études au lycée Bonaparte (devenu lycée Condorcet), le père d’Henry Becque lui trouve un emploi dans un bureau du Chemin de fer du Nord. Il quitte rapidement ce poste et travaille dans différentes administrations. Il va beaucoup au théâtre grâce à son oncle et fréquente les gens de lettres. Il rencontre le comte Potocki dont il devient le secrétaire. Grâce aux relations du comte, Henry Becque rédige le livret d’un opéra Sardanapale. Lire la suite.

 

 

Les Corbeaux de Henry Becque

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105019625/f54.item

Les Corbeaux. Coupure de presse. 21 avril 1937. Source : BnF/Gallica

La pièce commence comme une comédie bourgeoise dans un salon où règnent la joie et l’harmonie, mais la mort brutale du père déchaîne les appétits des corbeaux qui vont tout faire pour spolier et ruiner la famille. Une pièce cynique et cruelle remarquablement construite.
Sur la page Libre Théâtre : liens vers des représentations sur le site de l’INA, dossier pédagogique, études… Lire la suite.

Michel Pauper d’Henry Becque

Drame en cinq actes et sept tableaux, représenté pour la première fois à Paris. L’histoire de l’ascension sociale d’un simple ouvrier, chimiste autodidacte un peu frustre qui devient un patron respecté. Amoureux d’une jeune bourgeoise, son mariage marque le début de sa déchéance.    Lire la suite.

La Navette de Henry Becque

Chassés-croisés autour d’une femme entretenue, qui gère avec méthode ses ressources et ses amours. Lire la suite.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405554w/f1.item

La Parisienne. Illustration de la représentation du 11-11-1890 à la Comédie-Française. Source : BnF/Gallica

La Parisienne de Henry Becque

Comédie en trois actes. Clotilde du Mesnil est une Parisienne, avec un mari complaisant et un amant. Féroce avec les personnages masculins, Henry Becque dessine avec finesse le portrait d’une femme libre. Lire la suite.

L’enlèvement de Henry Becque

L’histoire d’une femme trompée qui prend son destin en main, après une tentative ratée de réconciliation.Lire la suite.

Les Honnêtes Femmes de Henry Becque

Les tentatives de séduction d’un jeune célibataire auprès d’une mère de famille, alors qu’une jeune fille vient d’arriver. Dans un face à face savoureux, la sage épouse, qui ne manque pas de réparties, va convaincre le jeune passionné d’épouser la jeune fille. Lire la suite.

Le Départ de Henry Becque

C’est encore un destin de femme qui est évoqué par Henry Becque, cette fois dans un atelier de couture. Blanche est une ouvrière intègre et ambitieuse qui est courtisée par le fils du patron. Elle lui demande d’en parler à ses parents. Si la mère est ravie, le père interdit cette union. Il propose en revanche à Blanche de la prendre pour maîtresse ; elle refuse, il la renvoie. Lorsqu’Auguste, un simple magasinier, la demande en mariage, elle décide de céder aux avances du baron de Saint-Étienne qui lui écrit depuis longtemps. Lire la suite.

Une exécution d’Henry Becque

Le titre et les premières scènes annoncent une situation de crise : à cause des terribles méfaits qu’il a commis, Justin doit partir pour Paris. Le maire s’occupe de prendre son billet de train et évoque la situation avec l’employé de la gare, le cafetier, le tailleur et le garde-champêtre. Le maire redoute l’émeute sur le passage de Justin. La tension monte tout au long de la pièce… mais il ne se passe rien. Cette pièce, très drôle, n’a jamais été représentée à notre connaissance. Lire la suite.

 

A l’affiche à Paris

Florilège Molière par La Fabrique à théâtre

Florilège Molière par La Fabrique à théâtre. Du 16 février au 4 mars 2017, Salle en Pierre Théâtre de l’Épée de Bois Cartoucherie.  Les samedis à 16.

La Fabrique à théâtre, avec l’esthétique qui lui est propre, offre ici un réjouissant parcours parmi les scènes fameuses des comédies de Jean-Baptiste.
Monsieur Jourdain, Agnès, Scapin, Dom Juan, Tartuffe ou Harpagon sont accompagnés des musiques de Lully, Beauchamp et Charpentier, fidèles compagnons de Molière. Lire la suite.

 

 

 


Le Mariage forcé, mise en scène Jean-Denis Monory

Le Mariage forcé, mise en scène Jean-Denis Monory Comédie-ballet de Molière et Lully Théâtre de l’Épée de Bois – Cartoucherie. Du 14 février au 5 mars 2017, Salle en Pierre Du mardi au samedi à 20h30 Dimanche à 16h. Théâtre, farce, danse, musique et chant se mêlent en un jubilatoire divertissement baroque, dont la forme flamboyante et virtuose emporte immédiatement les spectateurs. Les décors en trompe-l’œil, les costumes, l’éclairage aux bougies et les odeurs de cire, les accents jouissifs et charnels de la langue ancienne, nous transporte à la cour de Louis XIV et donnent à cette comédie ballet une magie toute nouvelle et, pourtant, originelle.

 

 


Racine par la racine de Serge Bourhis

Tous les mercredis à 19h45 , jusqu’au 5 juillet 2017 Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris. La Compagnie Alcandre vous donne rendez-vous avec Racine : une introduction ludique à l’œuvre de ce maître de la tragédie à travers 11 tableaux évoquant ses 11 pièces.
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Ubu Roi par la Troupe de l’Epée de Bois

Ubu Roi par la Troupe de l’Epée de Bois Tous les lundis jusqu’au 27 mars Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie. La Troupe de l’Épée de Bois nous propose dans son superbe et chaleureux théâtre à La Cartoucherie de Vincennes une interprétation très originale d’Ubu. La pochade d’Alfred Jarry est ici épurée pour en faire ressortir la dimension politique et esthétique. Cinq comédiens seulement interprètent tour à tour les innombrables personnages de cette comédie, et les extravagants décors de la pièce (palais royal, champs de bataille, grotte, navire…) sont suggérés en ombres chinoises derrière un drap blanc. Une poésie cruelle naît de cette atmosphère à la fois enfantine et bouffonne. Lire la suite.

 

 


Les Deux Timides à l’affiche

Les deux timidesÀ la Comédie Saint-Michel jusqu’au 30 avril 2017 Le mardi à 19h45 et le dimanche à 20h à la Comédie Saint-Michel, 95 boulevard Saint-Michel, 75005 Paris.  
Un père d’une timidité maladive a accordé la main de sa fille à un opportuniste, par crainte de le contrarier. La fille, amoureuse d’un autre homme, attend que ce dernier se déclare, et la sauve de ce mariage non désiré. Mais hélas, son prince charmant est tout aussi timide que son père…  La mise en scène de la Compagnie Hisse et Eau nous invite à pénétrer dans le salon de la famille Thibaudier, en créant une proximité avec le public et une complicité avec quelques clins d’oeil en chansons. Lire la suite.

 

 

 

 

 

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Le Théâtre de Jules Renard

12 février 2017
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Le Théâtre de Jules Renard

Jules Renard, dans son théâtre, s’intéresse au couple et à la famille, en mettant en scène des personnages ordinaires, mais sensibles, dans des situation de la vie quotidienne. Ce sont des pièces courtes,  qui oscillent entre l’humour et la mélancolie.   L’écriture est ramassée et précise. La pièce Monsieur Vernet se conclut par un superbe :  » il était temps ! ». Dans Poil de Carotte, au milieu de la scène entre le père et l’enfant, Monsieur Lepic lâche malgré lui  « Et moi, crois-tu donc que je l’aime ? », phrase qu’il répète ensuite « fortement ».

Dans son Journal à la date du 20 janvier 1900, Jules Renard donne quelques indications sur ce que le théâtre doit être ou non selon lui, en commentant une conférence de Franc-Nohain, un célèbre écrivain et librettiste : « Il distribue des prix à ses confrères, me donne le prix d’honneur, à Bernard, le prix de littérature anglaise. Sa pièce, la Grenouille et le Capucin, c’est neuf, plein de choses plus judicieuses que jolies. Manque un peu de proportions et de clarté. Phrase trop littéraires, je veux dire : trop serpentine. Au théâtre, le sujet, le verbe et l’attribut suffisent ; plus, c’est trop. » (Source : BnF/Gallica)


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172961r/f2.item

Source : Gallica

La Maîtresse (1895-1896):  Série de courtes scènes entre un jeune homme et sa maîtresse, de la séduction à la rupture, réelle ou supposée. Ces scènes ont paru entre le 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896 dans la revue Le Rire, illustrées par Valloton. 

 

 


La Demande (1895) : Comédie en un acte, écrite en collaboration avec Georges Docquois. Représentée pour la première fois à Paris, sur la scène du Théâtre national de l’Odéon, le 9 novembre 1895. 
Ripois a deux filles, Henriette et Marie qu’il veut marier. Marie est vive et jolie, mais Ripois veut d’abord marier Henriette, l’aînée, un peu disgracieuse. Alors que Gaillardon vient acheter un de ses taureaux, il fait sa demande en mariage. Ripois l’invite à déjeuner et informe sa femme et ses filles de la bonne nouvelle. Mais il y a une erreur sur la promise : Gaillardon souhaite épouser Marie, alors que Ripois pense qu’il s’agit d’Henriette… 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136700j

Illustration de Maillaud extraite de l’édition Fayard, 1911. Source : BnF/Gallica

Le Plaisir de rompre  (1897): Comédie en un acte, représentée pour la première fois le 16 mars 1897, au Cercle des Escholiers, reprise le 12 mars 1902, au Théâtre-Français. Cette pièce rencontre un vif succès.

Maurice rend une dernière visite à Blanche, son ancienne maîtresse. Il prépare son mariage avec une jeune fille qui a les manières  « d’une chaise sous sa housse ». Blanche va également se caser avec « un adorateur frugal ». Ils semblent toujours s’aimer, avec autant de passion. 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136700j

Illustration de Maillaud
extraites de l’édition Fayard, 1911. Source : BnF/Gallica

Le Pain de ménage  (1898) : Comédie en un acte représentée pour la première fois le 14 mars 1898, dans les salons du Figaro, à Paris, avec Lucien Guitry  et Marthe Brandès. Elle est dédiée à Tristan Bernard.

Deux couples sont réunis en vacances. Marthe et Pierre, dont les conjoints respectifs se sont retirés après le dîner, évoquent leur vie de couple, les qualités de leurs conjoints, la question de la fidélité. La conversation se transforme rapidement en marivaudage.

 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52504050s/f1.item

Suzanne Desprès dans Poil de carotte : [estampe] / Müller. 1900. Source : BnF/Gallica

Poil de Carotte  (1900) : Comédie en un acte, représentée pour la première fois le 2 mars 1900, au théâtre Antoine. Adaptation du roman autobiographique paru en 1894. 

Comme à son habitude, alors que son frère est à la pêche, Poil de Carotte, âgé de 16 ans travaille dans la cour. Annette la nouvelle servante de la famille Lepic arrive. Poil de Carotte la met au courant des habitudes de la maison et Annette découvre la triste condition de cet enfant, détesté par sa mère et délaissé par son père. Elle provoque un échange entre le père et son fils, qui se parlent enfin et dévoilent leurs sentiments.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136700j

Illustrations de Maillaud extraites de l’édition Fayard de 1911. Source : BnF/Gallica

Monsieur Vernet (1903): Comédie en deux actes représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903. 

M. Vernet est un brave homme qui aime l’escrime et les artistes. Il invite un soir Henri Gérard, un jeune homme avec lequel il s’entraîne à l’épée et découvre qu’il est poète. La famille Vernet doit partir pour deux mois à la mer et M. Vernet propose au jeune homme de partir avec eux, pour donner des leçons à leur jeune nièce, Marguerite, qui les accompagne. L’entourage est conquis par ce beau jeune homme, qui s’éprend de Mme Vernet et lui déclare sa flamme, alors même que M. Vernet lui propose d’épouser Marguerite…


L’Invité ou Huit jours à la campagne (1906) : comédie en un acte, représentée pour la première fois au Théâtre de la Renaissance, le 5 février 1906.

Un jeune Parisien, Georges Rigal, veut passer huit jours à la campagne chez son ami, Maurice Perrier. Il arrive dans la maison familiale, mais il n’est pas attendu et son ami est absent. Il reçoit un accueil glacial de la part de la grand-mère, Maman Perrier.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531299620/f1.item

Léon Bernard dans « La bigote » de Jules Renard / dessin de Yves Marevéry. 1909. Source : BnF/Gallica

La Bigote (1909) : Comédie en deux actes, représentée pour la première fois le 21 octobre 1909 sur la scène du Théâtre de l’Odéon.

M. Lepic, maire d’une petite commune du Nivernais est un libre-penseur alors que sa femme est bigote. Lorsque Paul Roland vient demander la main de leur fille, M. Lepic le met en garde contre l’influence nocive des curés dans la vie des couples.

 

 

 

 

 


Le Cousin de Rose  : comédie en un acte écrite en 1908, jamais représentée du vivant de l’auteur.

À la campagne, Bargette vient rendre visite à son amie Rose. Elle lui apprend que son cousin Jacques vient d’être chassé violemment par Morin, son logeur, qui l’a surpris avec sa femme. Jacques était auparavant hébergé chez Rose et on comprend que Rose a un faible pour son cousin, comme Bargette d’ailleurs. Arrive Jacques, suivi peu après par le terrible Morin et par le mari de Rose, Polyte…


Pour en savoir plus sur Jules Renard

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Blog amoureux de Jules Renard
Blog Pour Jules Renard
Emission Concordance des TempsFrance Culture, 27/02/2016 

 

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Le Théâtre de Henry Becque

11 février 2017
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Le Théâtre de Henry Becque

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Henry Becque par Rodin.
Gravure à la pointe sèche. 1885. Source : Musée Rodin

Henry Becque est principalement connu pour deux pièces, Les Corbeaux et La Parisienne, mais nous vous invitons à découvrir l’ensemble de son œuvre : la causticité et le mordant dans la description de la petite-bourgeoisie du XIXème siècle gardent encore aujourd’hui toute leur force. 

Présenté comme le dernier des classiques ou le premier des modernes, Henry Becque a exploré différents genres : vaudeville (L’enfant Prodigue, La Navette), mélodrame (Michel Pauper), drame bourgeois (Les Corbeaux), comédie (La Parisienne, Veuve !) … Il n’a jamais voulu être rattaché à une école littéraire même si certaines de ces pièces ont été rapprochées du courant naturalisme. On a parlé également du précurseur des comédies «  rosses  » ou «  cruelles  », créées sur la scène du Théâtre-Libre.

Octave Mirbeau écrit dans un article en 1886, à propos de Michel Pauper 

M Becque lui, a des mots terribles, des motifs qui troublent, qui vous forcent à penser, à réfléchir, qui ouvrent, tout d’un coup, sur les caractères, des gouffres abominables… Avec lui, je ne me sens pas à l’aise ; il me secoue violemment sur mon fauteuil, me prend à la gorge, me crie : « Regarde-toi dans ce personnage. Voilà pourtant comment vous êtes faits, tous ! » Est-ce humain, je vous le demande ?… Il a des raccourcis qui terrifient, des sensations impitoyables sur les êtres et sur les choses, il vous oblige à descendre avec lui dans le mystère de la vie profonde.

On soulignera les effets comiques présents dans toutes ces pièces, y compris les pièces les plus noires permettant une certaine distanciation (Michel Pauper, Les Corbeaux). Certaines pièces débutent comme des drames et finissent comme des comédies (L’Exécution, L’Enlèvement), d’autres commencent comme des comédies et finissent comme des tragédies (Les Corbeaux). La construction des pièces est également remarquable avec des jeux de miroir, très élaborés entre les premières et les dernières scènes.

Dans toutes les pièces, la profondeur psychologique des personnages permet de dépasser la caricature, tout en explorant des contextes sociaux variés et en révélant notamment la cruauté du monde petit-bourgeois grâce à  des dialogues ciselés.

De nombreuses pièces mettent en scène des femmes qui prennent en main leur destin, en dehors des conventions sociales et des préjugés. 

Résumé des pièces

L’Enfant Prodigue : vaudeville de 1868. Le jeune Théodore est envoyé à Paris où il tombe amoureux de Clarisse, l’ancienne maîtresse du notaire Delaunay, ami de son père. Les quiproquos s’enchaînent quand Théodore veut épouser Clarisse alors que le notaire Delaunay puis son père viennent à Paris. Lien vers le texte sur Gallica.


Michel Pauper : drame représenté en 1870. M de la Roseraye, un industriel, exploite les découvertes de Michel Pauper, un simple ouvrier, chimiste autodidacte un peu frustre, qui boit pour se donner du courage. Michel tombe amoureux d’Hélène, la fille de l’industriel, et la demande en mariage. Mais celle-ci, romantique et exaltée, s’est éprise du comte de Rivailles, un jeune homme cynique et amoral, qui ne veut pas l’épouser. M. de la Roseraye apprend qu’il est ruiné et se suicide. Michel, transformé par sa rencontre avec Hélène ne boit plus, se consacre à son travail et dirige une fabrique. Mme De la Roseraye apprécie son intelligence et sa bonté, mais il est toujours méprisé par sa fille. Hélène révèle à l’oncle du comte de Rivailles que celui-ci a abusé d’elle. Le vieil oncle lui propose de l’épouser. Poussée par sa mère, Hélène épouse Michel, qui est devenu un patron très respecté. Le soir de ses noces, Hélène lui avoue qu’elle a aimé avant lui. Dévasté, Michel est pris d’un accès de violence. Hélène s’enfuit et se réfugie chez le comte. Michel retombe dans la boisson et sombre dans la folie.


L’Enlèvement : comédie représentée en 1871. La jeune Emma, choquée par la conduite de son mari Raoul De Sainte-Croix, a quitté Paris et s’est installée dans leur maison de campagne, accompagnée de sa belle-mère. Antonin De la Rouvre vient souvent lui tenir compagnie. Raoul, pressée par sa mère, tente une réconciliation, mais Emma ne le supporte plus et n’a pas l’espoir de le voir changer. Antonin annonce son départ pour les Indes. Arrive alors Antoinette, comtesse Bordogni, la maîtresse de Raoul, qui se trouve être la femme d’Antonin, qu’elle a trompé et dont il s’est séparé. Après une ultime dispute, Raoul retourne à Paris. Emma décide de partir avec Antonin pour les Indes.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53126898h/f1.item

Dinelli, interprète d’Antonia lors de la création. Photographie, tirage de démonstration. Atelier Nadar. 1900. Source : BnF/Gallica

La Navette : comédie représentée en 1878. Antonia est entretenue par Alfred qui couvre ses besoins et ceux de son amant, Arthur. Mais Arthur en a assez de cette situation humiliante, qui l’oblige à se cacher quand Alfred vient rendre visite à Antonia. À la faveur d’un héritage, Arthur propose à la jeune femme de devenir son amant unique, mais a en contrepartie des exigences qui deviennent vite insupportables à cette dernière. Arrive alors Armand, un tout jeune homme qui aime Antonia et lui écrit des vers. Mais Alfred revient piteusement : Armand reprend son rôle d’amant de cœur…

 

 

 

 

 


Les Honnêtes Femmes : comédie représentée en 1880. À Fontainebleau, Lambert, un célibataire de trente ans un peu désœuvré, multiplie ses visites chez Mme Chevalier, une mère de famille bourgeoise. Il tente en vain de la séduire, quand arrive Geneviève, une jeune fille qui vient passer quelques jours chez Mme Chevalier. Dans un face à face savoureux, Mme Chevalier va convaincre Lambert d’épouser Geneviève.


http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.93967.html

Les Honnêtes femmes; Conférence, Poésies inédites d’Henry Becque; La Parisienne, 1904, halftone on wove paper, Gift of The Atlas Foundation 1995.76.8. Source : NGA Image

Les Corbeaux : drame représenté en 1882. Vigneron, un industriel prospère, coule des jours heureux, entouré de sa femme, de leurs trois filles, Blanche, Marie et Judith, et de son fils. Hélas, Vigneron meurt brusquement. Teissier, l’ancien associé, Bourdon, le notaire, et Lefort, l’architecte, s’entendent pour spolier et ruiner la famille. Le fils s’engage dans l’armée et les quatre femmes se retrouvent totalement démunies. Aucune aide ne viendra, ni du fiancé de Blanche, qui rompt toute relation sous la pression de sa mère, ni du jeune professeur de musique de Judith. La seule issue sera le sacrifice de Marie, qui accepte d’épouser Teissier : le vieux corbeau protégera désormais la famille des rapaces qui continuent à rôder.
Une pièce cynique et cruelle remarquablement construite.

 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84363602/f432.item

Réjane dans le rôle de Clotilde, Théâtre du Vaudeville, 1885. Source : BnF/Gallica

La Parisienne : comédie représentée en 1885.  Clotilde du Mesnil est une parisienne libre, avec un mari complaisant, et un amant, Lafont. Mais Lafont est jaloux. Clotilde trompe mari et amant avec Simpson, un jeune homme qui favorise la nomination de Du Mesnil au poste dont il rêvait. La liaison dure quelques mois, puis Simpson s’éloigne et l’amant en titre reprend sa place.

La courte pièce Veuve ! (publiée en 1897) est souvent présentée comme le quatrième acte de La Parisienne.  
Clotilde vient de perdre son mari et reçoit un courrier abondant qu’elle commente. Arrive Lafont qui vient présenter ses condoléances…

Féroce avec les personnages masculins, Henry Becque dessine avec finesse le portrait d’une femme libre.

 


Une exécution : Comédie en un acte, jamais représentée. Le maire d’une petite ville achète un billet pour Paris à la gare. Le billet n’est pas pour lui mais pour Justin qui est banni de la ville.  Le maire évoque avec l’employé de la gare, le cafetier, le tailleur et le garde-champêtre les terribles méfaits commis par le fameux Justin : séduction de femmes mariées, braconnage et emprunts non remboursés… Le maire redoute l’émeute sur le passage de Justin. La tension monte tout au long de la pièce… mais il ne se passe rien. 

Le Domino à quatre : comédie en un acte, représentée en 1908, après la mort de Becque. Dans un café, trois joueurs attendent le quatrième partenaire de leur partie de domino, Blanchard, mais ils redoutent sa mort car il est mal en point. Blanchard apparaît, souffreteux. Au fil des scènes, ce sont les trois joueurs qui décèdent un à un. Blanchard reste seul… 

Le Départ : comédie en un acte, représentée en 1924, après la mort de Becque. Un atelier de couture à Paris un dimanche matin. Les ouvrières s’affairent autour de la finition d’une robe. Blanche est une ouvrière intègre et ambitieuse qui est courtisée par le fils du patron. Elle lui demande d’en parler à ses parents. Si la mère est ravie, le père interdit cette union. Il propose en revanche à Blanche de la prendre pour maîtresse ; elle refuse, il la renvoie. Lorsqu’Auguste, un simple magasinier, la demande en mariage, elle décide de céder aux avances du baron de Saint-Étienne qui lui écrit depuis longtemps.

 

 Lien vers la Biographie d’Henry Becque sur Libre Théâtre

 

 

 

 
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Biographie de Henry Becque

9 février 2017
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Biographie de Henry Becque

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53123929d/f1.item

Becque. Tirage de démonstration de l’ Atelier Nadar. Source : BnF/Gallica

Henry Becque est né le 18 avril 1837 à Paris dans une famille modeste. Son oncle Michel Lubize, dramaturge, dirige le Théâtre du Vaudeville à partir de 1844. A la fin de ses études au lycée Bonaparte (devenu lycée Condorcet), le père d’Henry Becque lui trouve un emploi dans un bureau du Chemin de fer du Nord. Il quitte rapidement ce poste et travaille dans différentes administrations. Il va beaucoup au théâtre grâce à son oncle et fréquente les gens de lettres. Il rencontre le comte Potocki dont il devient le secrétaire. Grâce aux relations du comte, Henry Becque rédige le livret d’un opéra Sardanapale.

Il écrit ensuite L’Enfant Prodigue, un vaudeville, accueilli fraîchement. En 1870, il fait jouer Michel Pauper en payant la salle et les comédiens. La guerre met un terme au projet. En novembre 1871, il fait représenter au Théâtre du Vaudeville une comédie de caractère L’Enlèvement. C’est un nouvel échec. Henry Becque est obligé de chercher un nouvel emploi et travaille à la Bourse. En parallèle, il participe activement aux réunions de la Sociétés des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, et rédige des chroniques et des critiques dramatiques à partir de 1876 dans le journal Le Peuple.

Il écrit à cette période Les Corbeaux. Il tente de les faire représenter sans succès. Entre-temps, il écrit la Navette et Les Honnêtes Femmes. La pièce Les Corbeaux est représentée cinq ans après à la Comédie-Française le 14 septembre 1882. Becque traverse ensuite une période difficile avec le décès de ses deux parents. Il a des problèmes d’argent et est contraint de déménager dans une modeste chambre d’hôtel dans laquelle il termine La Parisienne. La pièce est représentée au Théâtre de la Renaissance le 7 février 1885 et rencontre un certain succès : Henry Becque est enfin reconnu comme un dramaturge majeur. Becque écrit à partir de 1886 dans La Revue illustrée et donne des conférences. Il est décoré le 28 décembre 1886 de la Légion d’honneur. Le 11 novembre 1890, la pièce La Parisienne est représentée à la Comédie-Française mais reçoit un accueil désastreux. Sarcey écrit un article assassin qui alimentera une longue polémique avec Becque.

http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/estampes/henry-becque

Henry Becque par Rodin. Gravure à la pointe sèche. 1885. Source : Musée Rodin

En 1893, Becque est invité par l’écrivain italien Sabatino Lopez à faire une tournée de conférences et de représentations en Italie. L’année suivante, il intervient en Belgique mais également au Théâtre de l’Odéon. En 1895, il publie les Souvenirs d’un auteur dramatique (disponible sur Gallica). Il publie en 1897 quatre courtes pièces : L’Exécution, Le Départ, Veuve ! et Le Domino à quatre. Il commence une nouvelle pièce Les Polichinelles qu’il ne terminera pas. André Antoine, le fondateur du Théâtre-Libre, et Octave Mirbeau rendent régulièrement visite à Henry Becque pendant cette période.

Il décède le 12 mai 1899 dans une extrême pauvreté, qui ne permet pas de payer ses obsèques. La SACD lance une souscription pour assurer à Henry Becque une concession à perpétuité au cimetière du Père-Lachaise.

Sources  : 
Eric Allen Dawson, Henry Becque, sa vie et son théâtre, 1923 sur archive.org
André Antoine, Mes souvenirs du Théâtre-Libre, 1921 sur archive.org
Articles sur les 100 ans de la naissance de Becque dans Le Journal du 17/04/137, sur Gallica

 

Lien vers l’article de Libre Théâtre sur Le Théâtre de Henry Becque.

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L’enlèvement de Henry Becque

9 février 2017
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L’enlèvement de Henry Becque

Comédie en trois actes représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Vaudeville le 18 novembre 1871.
Distribution : 3 hommes, 4 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

La jeune Emma choquée par la conduite de son mari Raoul De Sainte-Croix a quitté Paris et s’est installée dans leur maison de campagne, accompagnée de sa belle-mère. Antonin De la Rouvre vient souvent lui tenir compagnie. Raoul, pressée par sa mère, tente une réconciliation mais Emma ne le supporte plus et n’a pas l’espoir de le voir changer.  Antonin annonce son départ pour les Indes. Arrive alors Antoinette, comtesse Bordogni, la maîtresse de Raoul, qui se trouve être la femme d’Antonin, qu’elle a trompé et dont il s’est séparé. Après une ultime dispute, Raoul retourne à Paris. Emma décide partir avec Antonin pour les Indes.

Une pièce féministe ?

Même si certaines tirades sont assez verbeuses, Becque campe avec talent les différents personnages de cette pièce et notamment Emma, la jeune épouse qui refuse d’accepter la conduite de son mari et sa condition d’épouse. Alors que Henry Becque est décrit comme misogyne à son époque, certaines tirades ont fait scandale lors de sa représentation, alors que la question du divorce faisait l’objet de débats.
Le monologue de la scène 5 de l’acte III suit une discussion d’orageuse qu’Emma a eu avec sa belle-mère.

Femme vulgaire, diseuse de futilités et de lieux communs, oui, tu es bien la mère de ton fils, et tu lui es supérieure encore. Ton existence au moins ne manque pas d’harmonie ; elle a la grandeur des choses régulières. Tu as été loyale, dévouée, charitable ; tu as été frivole aussi et bornée, c’est le lot des femmes, à ce qu’il paraît, tu l’as accepté. Mais ton misérable fils, cet homme nul et malfaisant, comblé jusqu’à l’injustice des faveurs de ce monde, et qui ne rend au monde que des exactions !

Il faut prendre un parti où je ne compte plus qu’avec moi-même, après m’être sacrifiée trop longtemps. Honneur, devoir, considération, j’ai respecté ces grands mots autant qu’une autre, et j’aurais voulu donner le spectacle d’une intelligence libre soumise à des règles déterminées. Mon mari ne me l’a pas permis. Il n’est plus, à mes yeux, qu’un pavillon neutre dont il faut se couvrir ou se dégager.

Ce que je préférerais, je le sais. Me séparer, dignement, sans éclat ; mais mon mari, ou plutôt sa mère, n’y consentira jamais. Un procès m’épouvante ; que d’histoires, pour le perdre peut-être. Partir alors ! Ah! partir! que de choses dans ce mot ! Amour, épanouissement, fantaisie ! Mais c’est se déshonorer en s’affranchissant !

Ah ! que les hommes sont heureux ! Leur destinée est libre ; leurs forces indépendantes ! Ils ont tous les privilèges, ceux de la pensée et ceux de l’action ! Ils ne s’épuisent pas comme nous dans des combats intérieurs où notre vie entière est engagée et qui n’ont pour objet que l’amour. L’amour, une déchéance pour nous et pour eux un titre de plus ! Art, science, philosophie, politique, toutes les voies leur sont ouvertes. Ils écrivent, ils parlent, ils enseignent. Ils conduisent de grandes affaires ou soutiennent de grandes luttes. Ils donnent leur sang pour leur pays, et ce sacrifice à certaines heures est si solennel que les plus humbles, en tombant héroïquement, sauvent l’honneur d’une nation!

 

Henri Becque décrit ainsi l’accueil de cette pièce dans la préface qu’il rédige 25 ans après la première représentation : « Elle a été jouée au Théâtre du Vaudeville le dix-huit novembre mil huit cent soixante et onze. Elle a été sifflée et huée le premier soir, massacrée le lendemain par toute la critique elle a eu cinq représentations. »

Lien vers la Biographie de Henry Becque sur Libre Théâtre
Lien vers le Théâtre de Henry Becque sur Libre Théâtre

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