Vole Eddie, vole ! 

"Vole, Eddie, vole" : là où il y a une volonté, il y a une piste d'envol. Ce spectacle est inspiré d'une histoire vraie, celle de Michael Edwards. À l'âge de douze ans, en voyant à la télévision une retransmission des Jeux Olympiques d'hiver, ce jeune Anglais décide qu'il y participera un jour en portant les couleurs de son pays. Rien, cependant, ne le prédispose à cela. Les sports d'hiver n'existent pas en Grande-Bretagne, et son père le destine à prendre sa succession en tant que plâtrier. Mais Eddie ne doute de rien. Sans dispositions particulières hormis son incroyable culot, sans aucun soutien et sans argent, il parviendra à réaliser son rêve. On connaît tous la maxime "Là où il y a une volonté, il y a un chemin". Pour Eddie, au bout du chemin, il y aura une piste d'envol, celle du saut à ski des JO de Calgary, en 1988. C'est donc ce destin extraordinaire que Léonard Prain a adapté pour le théâtre dans une mise en scène de Sophie Accard. Et la réussite est totale. Benjamin Lhommas interprète avec brio ce héros ordinaire qu'est Eddie, ses deux compères incarnent tour à tour à eux seuls les divers autres protagonistes de cette incroyable histoire. Eddie ne remportera jamais aucune médaille, mais il deviendra vite la coqueluche des médias, qui adorent comme nous les contes de fées. Eddie, c'est Cendrillon qui, faute d'un physique agréable et d'une bonne fée pour transformer une citrouille en carrosse, décide de se démerder tout seul pour aller au bal de la vie par ses propres moyens, et par la seule force de sa volonté. On sort donc de ce spectacle ragaillardi. Car nous avons tous en nous quelque chose d'Eddie. Et il est réconfortant de penser qu'à cœur vaillant, rien n'est impossible. On sait tous que les poncifs ont leurs limites, et que la vie n'est pas toujours un conte de fée. Mais le temps d'une représentation, rêvons un peu, avec cette histoire par ailleurs absolument authentique. Allez voir ce spectacle, vous en ressortirez avec le sourire, et sans doute avec un peu plus de foi en vous et en l'humanité. Un coup de cœur de Libre Théâtre.

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Danton, les derniers jours du lion d’Étienne Ménard

Danton, les derniers jours du lion d'Étienne Ménard Essaïon Avignon, 33 rue de la Carreterie - Avignondu 7 au 30 juillet à 20h00 - Relâches : 11, 18, 25 juillet L’ultime affrontement entre Danton et Robespierre, en novembre 1793, constitue…

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Mademoiselle, Gabrielle Chanel

"Mademoiselle, Gabrielle Chanel" une femme et une créatrice d'exception La mode est généralement considérée comme futile. De fait, le plus souvent, elle se contente d'exprimer l'air du temps. C'est pourquoi, dans l'univers de la couture, Chanel restera à jamais comme une créatrice à part. Chanel ne se contente pas d'habiller son époque. Par ses créations, elle contribue à la révolutionner. Ses vêtements libèrent les femmes du carcan dans lequel la société des hommes prétendait les maintenir, en leur donnant ainsi la possibilité de bouger avec aisance et donc de travailler. Mais cette liberté que Chanel offre aux femmes par la haute couture, elle a dû auparavant la conquérir de haute lutte. Chez Coco, la femme et la créatrice se confondent. L'histoire de Chanel est étroitement liée à l'Histoire de la première partie du XXème siècle, qu'elle contribue à écrire, tout en côtoyant les grandes personnalités qui l'ont façonnée avec elle. Pour évoquer le destin de cette grande dame, qui restera à jamais Mademoiselle Chanel, la Cie Croc-en-Jambe a choisi la comédie musicale. En interprétant tour à tour les différents personnages qui ont marqué sa vie, les trois comédiennes et les deux comédiens sur scène, sans oublier le pianiste, nous font revivre les moments clés qui ont scellé ce destin extraordinaire. Sans occulter en rien les aspects plus sombres de cette personnalité hors du commun. Les parties chantées alternent ainsi harmonieusement avec les scènes jouées, nous permettant de redécouvrir l'histoire de Gabrielle Chanel, qui est aussi celle de la France. Un spectacle théâtral et musical à la fois divertissant et plein d'enseignements. À ne pas manquer.

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Fòs a kaz la de Myriam Baldus

Foz A Kaz La, la force de ma case au cœur de la cité. C'est une histoire très singulière, celle du déracinement des Guadeloupéens. Et c'est une histoire universelle, car nous sommes tous en quête de nos racines. C'est une histoire qui nous parle de l'exil. L'exil de ces habitants de la Guadeloupe incités à quitter leur île dans les années 70 pour travailler en métropole. C'est une histoire du décasement, celui des Guadeloupéens poussés à quitter leurs cases aux toits de tôle pour habiter dans les cités, qu'elles se trouvent en métropole ou en Guadeloupe. C'est une histoire qui nous parle de culture et d'identité, d'acculturation et de perte d'identité, mais aussi d'invention de nouvelles cultures et de diversité. C'est une histoire de dignité et de fierté. C'est un spectacle sur l'exil, mais c'est aussi un spectacle sur la nostalgie, qui est la version temporelle de l'exil. Car le temps qui passe, tout simplement, est aussi un déracinement. En entremêlant documentaire et musique live, ce spectacle évoque donc avec force mais aussi avec délicatesse la quête d'identité de la jeunesse guadeloupéenne, entre nostalgie d'un passé pourtant très dur lié à l'esclavage, difficulté d'un présent toujours difficile dans le cadre de la cité, et espoir d'un avenir meilleur. Un spectacle qui nous parle tout simplement de la culture, qui se nourrit de la tradition, mais qui pour continuer à vivre se doit en permanence d'inventer de nouvelles formes, comme le graphisme mural ou le slam. La culture, on le sait, est un palimpseste, et cette idée est brillamment évoquée dans la mise en scène par un jeu sur la profondeur, les comédiens et musiciens apparaissant tour à tour derrière ou devant l'écran sur lequel sont projetées les images d'un passé à la fois douloureux et merveilleux. Un spectacle tout public, donc, tant son sujet touche à l'universel. Un vrai coup de cœur de Libre Théâtre.

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Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon?

Le titre sonne volontairement comme une accroche de mauvais soap américain. Et bien sûr, répondre à la question posée par ce titre serait spoiler l'ensemble du spectacle, dont il n'est donc pas facile de parler, même pour en dire tout le bien qu'on en pense. Disons seulement qu'il s'agit une sorte de thriller virtuel, et que la réponse à cette banale question, plus angoissante qu'il n'y paraît d'abord, ne sera apportée qu'à l'issue de ce long conte à rebours d'une heure et vingt-sept minutes très précisément. Le spectacle démarre par une évocation des tout premiers jeux vidéos très rudimentaires, du type Pong ou Pac Man, qui évolueront peu à peu vers les jeux de guerre les plus sophistiqués que nous connaissons aujourd'hui. L'ensemble de la pièce est une réflexion, inspirée de faits réels, sur les dangers du progrès quand il conduit à l'appréhension de la réalité comme une simple virtualité, et quand cette déréalisation entraîne la déshumanisation et la déresponsabilisation. Ce spectacle interactif en forme de conférence, porté par deux comédiens très engagés dans leurs rôles, n'est donc en rien un soap américain. Encore que... Un spectacle haletant et porteur de sens. À ne pas manquer.

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Barber Shop Quartet : Opus et Chapitre

"Barber Shop Quartet" un cabaret musical et burlesque très réussi Né dans les échoppes de barbiers en Amérique au début du XXème, le Barber Shop est devenu un style musical à part entière, principalement basé sur des chants a capella et des paroles simples. Le très français Barber Shop Quartet s'empare de ce genre populaire anglo-saxon pour nous concocter un numéro de cabaret musical et burlesque jubilatoire, entremêlant chanson et humour. Malgré l'apparente décontraction semblant laisser place à l'improvisation, il faut d'abord saluer l'extrême virtuosité et la précision de la performance de ces quatre artistes de talent. Tout aussi bons chanteurs que comédiens, par leurs seules voix, ils parviennent à créer, avec beaucoup d'élégance, tout un univers musical et sonore d'une parfaite harmonie et d'une drôlerie absolue. Un vrai coup de cœur de Libre Théâtre, qui vous recommande ce spectacle. À noter que le Barber Shop Quartet nous propose en alternance, les jours pairs et impairs, deux spectacles différents mais dans la même veine : L'Opus et Le Chapitre.

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Salvador et Monsieur Henri

Henri Salvador nous a quittés il y a une quinzaine d'années, mais son souvenir reste ancré dans la mémoire collective. Et on a du mal à savoir qui de l'artiste si talentueux ou de l'homme tellement attachant a le plus nourri sa légende. Salvador fait partie de nos vies, tout simplement, et ses chansons ont marqué nos histoires personnelles. Sans doute aussi parce que derrière le clown qu'il se plaisait à jouer, se cachait un crooner extraordinaire. Salvador savait nous faire rire aux éclats mais aussi nous émouvoir jusqu'aux larmes. C'est à cet artiste et cet homme d'exception que rendent hommage à leur manière, drôlement irrévérencieuse, ces deux comédiennes et chanteuses dans un cabaret musical et un peu foutraque, alternant chansons et évocations du destin si particulier de Salvador. Nulle imitation, cependant, dans ces reprises. Ces deux artistes revisitent à leur manière, complètement loufoque, le répertoire de Salvador, en nous permettant ainsi de le redécouvrir. Un spectacle complet et tout public, qu'apprécieront les fans de Salvador, mais qui plaira aussi aux autres.

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Glenn : naissance d’un prodige, d’Ivan Calbérac

Glenn Gould, le destin tragique d'un pianiste hors norme Pour tous les passionnés de musique classique, Glenn Gould s'est imposé à jamais comme une figure mythique. Raconter au théâtre, en une heure et demie, la vie de ce pianiste prodige du XXème siècle était un défi. Yvan Calbérac, en signant le texte et la mise en scène de ce spectacle, réussit ce pari. Derrière l'immense succès de cette star du piano, il nous révèle les souffrances endurées par l'artiste pour arriver à cette consécration. Véritable génie de la musique, Glenn Gould est aussi le héros malheureux d'une tragédie. L'artiste extraordinaire qu'il est devenu en grandissant nous apparaît avant tout comme la créature sous influence d'une mère abusive. Il paiera son succès programmé au prix de nombreux renoncements. À commencer par le renoncement à l'amour. Hypocondriaque et dépressif, dépendant des médicaments, il mourra prématurément en 1982 à l'âge de 50 ans. Thomas Gendronneau incarne à lui seul Glenn Gould aux différents âges de sa vie. Sans jamais verser dans la caricature, il endosse avec beaucoup de vraisemblance le costume mal ajusté de cet artiste timide et fragile, en reproduisant fidèlement sa démarche, sa gestuelle et sa position de jeu si particulière. Mais ce remarquable comédien nous impressionne aussi lorsqu’il se met au piano et qu'il joue. Il est entouré par cinq autres acteurs de talent qui apportent chacun leur touche d’émotion ou d’humour à ce récit tragi-comique d'un destin exceptionnel. Enfin, la musique de Glenn Gould est bien sûr omniprésente tout au long de la pièce. Un spectacle complet, à ne pas manquer.

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Un Héros d’après Nikolaï Erdman

Un Héros d'après Nikolaï Erdman
 L’entourage de Sémione est inquiet. Après une violente dispute avec sa femme, qui travaille comme caissière alors qu'il est au chômage, il disparaît un instant. Tout le monde est persuadé qu'il veut se suicider, alors qu'il n'en est visiblement rien. On le ramène... à la vie, et une galerie de personnages représentatifs de la société vont le presser de donner un sens (idéologique, religieux ou romantique) à cette intention suicidaire fantasmée, qui paradoxalement va lui permettre d’exister enfin. Ce spectacle est l’adaptation, par Julie Cavana qui signe également la mise en scène, de la pièce Le Suicidé du dramaturge russe Nikolaï Erdman. Une pièce écrite en 1928, alors que Staline vient d'accéder au pouvoir. Elle en propose une version plus intemporelle et plus universelle, faisant écho avec de nombreuses problématiques de notre époque. Le tragique et le grotesque alternent dans cette satire drôle et cruelle, menée à un rythme soutenu et brillamment interprétée par sept comédiens de talent.
Une belle découverte, à ne pas manquer.

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Caligula par la Compagnie des Perspectives

"Caligula", un questionnement très noir sur la notion de liberté Lorsque le théâtre sonde les profondeurs les plus obscures de l’âme humaine, et qu'il le fait dans une langue sans fioritures, il s'inscrit forcément dans l'éternité. Camus fait déjà partie des classiques, et son théâtre restera à jamais indémodable. Avec Caligula, Camus nous parle de liberté, mais une liberté qui serait avant tout un affranchissement de toutes les règles morales imposées par les hommes et par Dieu. La liberté mégalomaniaque de Caligula c'est, élevée à la dimension de la société toute entière, celle que s'octroie le criminel dans son délire de toute puissance. Comment un tyran, doté d'un pouvoir absolu, ne serait-il pas tenté de se prendre pour un dieu ? Aucun manichéisme, cependant, dans la pièce de Camus. Car cette quête absolue de liberté, même dans le refus de l'humanité elle-même, reste absolument humaine. Et les forces qui s'opposent à cette tyrannie d'un seul ne sont pas non plus exemptes d'hypocrisie. Mais chacun est libre de se faire sa propre opinion sur le sens de la pièce. Le propos de Camus est complexe, et c'est ce qui en fait tout l'intérêt. Avec ce Caligula, la Compagnie des Perspectives nous offre un spectacle totalement réussi. La mise en scène est très épurée. Le décor modulable se réduit à quelques cubes magnifiés par des lumières d'une extrême précision. Les comédiens s'emparent tous avec talent de leurs personnages, et leur diction est parfaite. C'est grâce à cette mise en scène qui par sa pertinence parvient à se faire oublier, que cette compagnie parvient à nous faire entendre comme jamais les mots de Camus. À ne manquer sous aucun prétexte. Un vrai coup de cœur de Libre Théâtre.

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