Les Folies amoureuses de Jean-François Regnard

Les Folies amoureuses de Jean-François Regnard

Cette comédie joyeuse, qui commence comme un drame et se termine en farce, a été représentée pour la première fois à Paris le 15 janvier 1704. Très souvent mise à l’honneur au XVIIIème et au début du XIXème siècle, elle est aujourd’hui plus rarement jouée.
Comédie en trois actes et en vers de Jean-François Regnard, représentée pour la première fois en 1704.
Distribution: 3 hommes et 2 femmes

La pièce en téléchargement gratuit sur Libre Théâtre
La notice sur data.libretheatre.fr

Comédie (Microc, Salam, hippocrata) Acte 3ème Scène dernière Théâtre Français : Scènes théâtrales 1825 : [estampe] / Félix [sig.]
Microc, Salam, hippocrata. Acte 3ème Scène dernière Théâtre Français : Scènes théâtrales 1825 : [estampe] / Félix [sig.] Source : Gallica

L’argument

Une jeune fille, Agathe, est retenue prisonnière par son tuteur, Albert, qui veut l’épouser, alors qu’elle est amoureuse d’Eraste. Avec la complicité de Lisette, servante d’Albert, et Crispin, valet d’Eraste, les deux amants imaginent divers stratagèmes pour échapper à Albert.

La comédie

La situation initiale est plutôt dramatique : Agathe est prisonnière et Albert, son tuteur, est en train de faire installer des barreaux à sa chambre.

Depuis plus de six mois ma lâche complaisance
Met à chaque moment en défaut ma prudence ;
Et pour laisser Agathe à l’aise respirer,
Je n’ai, par bonté d’âme, encor rien fait murer.
Ce n’est point par douceur qu’on rend sage les filles ;
Je veux, du haut en bas, faire attacher des grilles,
Et que de bons barreaux, larges comme la main,
Puissent servir d’obstacle à tout effort humain.

Mais assez rapidement, la comédie prend le dessus.

Albert.
Vous ne m’aimez donc pas ?
Agathe.
Non : mais, en récompense,
Je vous hais à la mort.
Albert.
Et pourquoi ?
Agathe.
Qui le sait ?
On aime sans raison, et sans raison on hait.
Lisette, à Albert.
Si l’aveu n’est pas tendre, il est du moins sincère.
Albertà Agathe.
Après ce que j’ai fait, basilic, pour vous plaire !
Lisette.
Ne nous emportons point ; voyons tranquillement
Si l’amour vous a fait un objet bien charmant.
Vos traits sont effacés, elle est aimable et fraîche ;
Elle a l’esprit bien fait, et vous l’humeur revêche ;
Elle n’a pas seize ans, et vous êtes fort vieux ;
Elle se porte bien, vous êtes catarrheux ;
Elle a toutes ses dents, qui la rendent plus belle ;
Vous n’en avez plus qu’une, encore branle-t-elle,
Et doit être emportée à la première toux :
À quelle malheureuse ici-bas plairiez-vous ?

La pièce emprunte à la comédie italienne ( le personnage de Crispin en est directement issu) et s’achève en farce  : Agathe, simulant une crise de folie, se déguise successivement en musicien vêtu d’un habit de Scaramouche  :

L’air que vous entendez est fait en a mi la ;
C’est mon ton favori : la musique en est vive,
Bizarre, pétulante, et fort récréative ;
Les mouvements légers, nouveaux, vifs et pressés.
L’on m’envoya chercher, un de ces jours passés,
Pour détremper un peu l’humeur mélancolique
D’un homme dès longtemps au lit paralytique :
Dès que j’eus mis en chant un certain rigaudon,
Trois sages médecins venus dans la maison,
La garde, le malade, un vieil apothicaire
Qui venait d’exercer son grave ministère,
Sans respect du métier, se prenant par la main,
Se mirent à danser jusques au lendemain.

… puis en vieille femme,

Ho ! Vous me regardez ! Vous êtes ébaubis
De me trouver si fraîche avec des cheveux gris.
Je me porte encor mieux que tous tant que vous êtes.
Je fais quatre repas, et je lis sans lunettes.
Je sirote mon vin, quel qu’il soit, vieux, nouveau ;
Je fais rubis sur l’ongle, et n’y mets jamais d’eau.
Je vide gentiment mes deux bouteilles.
Lisette.
Peste !
Agathe.
Oui vraiment, du champagne encor, sans qu’il en reste.
On peut voir dans ma bouche encor toutes mes dents.
J’ai pourtant, voyez-vous, quatre-vingt-dix-huit ans,
Vienne la Saint-Martin.
Lisette.
La jeunesse est complète.

et enfin en soldat  :

Albert.
Ah ! Messieurs, sa folie à chaque instant augmente ;
Un transport martial à présent la tourmente.
De l’habit dont jadis elle courait le bal,
Elle s’est mise en homme, à cet excès fatal.
Elle a pris aussitôt un attirail de guerre,
Un bonnet de dragon, un large cimeterre.
Elle ne parle plus que de sang, de combats :
Mon argent doit servir à lever des soldats.

La postérité

Dans le répertoire du Théâtre Français (Picard et Peyrot, Edition Duprat, Paris 1826), la pièce est ainsi décrite  :

« La Comédie des Folies Amoureuses est peut-être celle qui a été le plus souvent représentée en France. Jamais elle n’a quitté le répertoire de Paris et des provinces  : et partout et toujours quoique sur par cœur d’une grande partie des spectateurs, elle produit le même effet  : on rit à gorge déployée  ; et les lazzis aussi nombreux que bouffons dont la tradition théâtrale a chargé, ou si l’on veut, orné la représentation, viennent encore ajouter à la gaieté qu’elle inspire. Cependant si l’on examine littérairement la pièce, quoi de plus commun, de plus usé et par conséquent de moins intéressant que l’intrigue des Folies amoureuses  ? Mais la versification est si brillance, si spirituelle  ; mais le comique des mots est si fort et si abondant  ; mais il y a tant de richesse dans les détails, une variété si amusante dans les déguisements, que la pièce, qui, par l’extravagance de l’action et des caractères mériterait à peine d’être comptée parmi les bonnes farces, s’élève au rang des comédies les plus agréables et offre un véritable modèle de style comique ».

A l’inauguration du monument élevé à la mémoire de Régnard à Dourdan en 1909, Jules Claretie déclare  :

« L’œuvre de Regnard respire la santé. C’est la joie de vivre, la joie de chanter, la joie d’aimer. Le vers du poète mousse et pétille comme du champagne….
Son théâtre a le diable au corps ; mais ce démon a des ailes et point de griffes. La Muse de Regnard ce n’est pas la Vérité, l’« âpre vérité », disait Stendhal, c’est la Fantaisie. Elle papillonne, elle guitarise, elle s’incarne dans cette Agathe des Folies Amoureuses qui chante, danse, jette au vent les fusées de son rire, les refrains de ses chansons, berne le jaloux et prend la clef des champs, les grelots de Momus au bonnet. »

Oeuvres de Regnard. Edition, revue, exactement corrigée et conforme à la Représentation. Paris, Maradan, 1790. 4 volumes in-8.
Oeuvres de Regnard. Paris, Maradan, 1790. 4 volumes in-8. Source : Librairie ancienne et autres trésors. Ouvrages toujours disponibles à la vente.

Les Folies amoureuses sont présentées à l’occasion du colloque, Remettre en jeu le passé. Métamorphoses du corpus des Registres de la Comédie-Française.
Libre Théâtre propose en téléchargement les pièces sélectionnées par la Comédie Française qui feront l’objet de lectures le 14 décembre (plus d’information sur le site de la Comédie Française).

Illustrations également disponibles sur la base La Grange de la Comédie Française :
– Coquelin Cadet dans Les Folies amoureuses ;
– 21 novembre 1776. Dazincourt débuta au Théâtre Français par le rôle de Crispin des Folies amoureuses et acquit une réputation célèbre dans l’emploi des valets
– Le Dragon des Folies amoureuses
Agathe dans les Folies amoureuses (époque Louis XIII).

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