Hervé, l’inventeur de l’opérette

En cette période de fêtes, l’Opéra Grand Avignon nous propose, les 29, 30 et 31 décembre, une opérette trop rarement mise en scène Les Chevaliers de la table ronde, du compositeur Hervé. Dans cette perspective, l’Opéra avait organisé, ce samedi 18 décembre, une conférence animée par Simon Calamel afin de présenter la vie et l’œuvre de cet inventeur de l’opérette, ami et rival de Jacques Offenbach sur les scènes parisiennes de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Florimond Ronger dit Hervé, en compagnie de D.F.E. Auber / d’après une charge d’Alfred Le Petit (1869). Source : Gallica

Louis-Auguste-Florimond Ronger, dit Hervé, est né à Houdain en 1825, dans un milieu modeste. Après la mort de son père, brigadier de gendarmerie, sa famille quitte le Nord pour s’installer à Paris en 1834. Sa mère, très pieuse, fréquente l’église Saint-Roch, la paroisse des artistes. Le jeune Florimond devient alors membre du chœur des enfants de cette église, et se prend de passion pour la musique, et particulièrement pour l’orgue. Au Conservatoire, il est élève de Daniel-François-Esprit Auber, auteur de nombreux opéras et opéras-comiques, qui l’initie à la composition. Il est nommé, à 14 ans, organiste de l’église de la Sainte-Famille de l’Hôpital Bicêtre, qui accueille principalement les personnes les plus démunies et les aliénés. Au sein de l’hôpital, Florimond dispose d’une chambre avec un harmonium. Sa musique résonne dans l’ensemble de l’établissement et elle est très vite appréciée par les soignants et les malades. En 1842, il compose une fantaisie musicale, l’Ours et le Pacha, d’après un vaudeville de Scribe, et recrute des médecins, des infirmières et quelques malades pour la représenter devant le public de l’hôpital. On se presse pour voir cet « opéra des fous », dont les airs ont la vertu d’apaiser les malades. Ce sont les prémisses de la musicothérapie. Deux ans plus tard, il créé une nouvelle fantaisie, l’Opéra de Bicêtre, et donne des cours de chant aux patients, tout en composant parallèlement des pièces religieuses, des valses, des danses et des quadrilles. La même année, il se marie avec une lingère de l’hôpital. Il devient l’organiste de l’église Saint-Eustache en 1845 et compose des messes et des cantiques.

Florimond Ronger dit Hervé / d’après une charge d’A. Lemot. 1868. Source : Gallica

En marge de ces compositions à caractère social ou religieux, pour nourrir sa famille, Florimont écrit aussi de la musique de scène. Il fréquente les théâtres du Boulevard du Temple et se produit comme pianiste mais également comme comédien. Il rencontre alors Aimable Désiré Courtecuisse, avec lequel il forme un duo comique. Devant le succès croissant, et alors qu’il est toujours organiste à Saint-Eustache, il décide de prendre un nom de scène : Hervé. Il évoquera cette double-vie dans son opérette Mam’zelle Nitouche en 1883, avec le personnage Célestin-Floridor.

Avec le fantaisiste Joseph Kelm, Hervé compose en 1847 une pièce en un acte, Don Quichotte et Sancho Pança, qui est considérée comme la première «opérette» : une œuvre dont le sujet et le style sont comiques, et qui alterne les parties chantées et parlées. Ils sont tous deux embauchés au Théâtre de l’Odéon. À 23 ans, Hervé est également nommé à la direction de l’orchestre de ce théâtre. Il continue à écrire des opérettes et en composera en tout plus d’une centaine.

 

Florimond Ronger dit Hervé / d’après une charge d’André Gill. (1868)Source : Gallica

En 1854, Hervé devient propriétaire d’une salle du boulevard du Temple, les Folies-Mayer, qui deviendront ensuite les Folies Nouvelles (aujourd’hui Théâtre Dejazet). Il compose la première année huit opérettes et l’année suivante dix. Il programme aussi les œuvres de jeunes musiciens comme Jacques Offenbach (Oyayaye ou la Reine des îles) ou Léo Delibes (Deux sous de charbon). Accusé de détournement de mineur en 1856, il est emprisonné pendant 18 mois. Il se produit ensuite en province comme chanteur. Il se réinstalle quelques temps après à Paris et prend la direction musicale des Délassements-Comiques.


C’est en 1866 qu’il créé Les Chevaliers de la Table ronde, opéra-bouffe en 3 actes, sur un livret de Chivot et Duru, qu’il donne aux Bouffes-Parisiens, le théâtre de Jacques Offenbach. Les années suivantes, il continue à composer des opérettes, même si sa popularité décline, au moment où Jacques Offenbach rencontre un succès phénoménal en s’associant avec des librettistes de talent. Hervé se produit également à Londres, où il réside à partir de 1886. Il rentre en France en 1892, quelques mois avant son décès cette même année.

 

 
Ressources concernant Hervé sur data.bnf.fr

 

Opéra bouffe en trois actes de Louis-Auguste Florimond Ronger dit Hervé. Paroles d’Henri Chivot et Alfred Duru.
L’opéra fut représenté pour la première fois au théâtre des Bouffes-Parisiens le 17 novembre 1866 puis remanié en 1872. Il est recréé en 2015 à l’opéra national de Bordeaux par le Palazzetto Bru Zane et la compagnie Les Brigands.
 

Direction musicale Christophe Talmont
Adaptation et mise en scène Jean-François Vinciguerra
Décors Dominique Pichou
Chorégraphie et assistante à la mise en scène Estelle Danvers
Costumes Amélie Reymond
Lumières Geneviève Soubirou
Etudes musicales Ayaka Niwano

Merlin II Jean-François Vinciguerra
Mélusine Laurène Paternò
Le Duc Rodomont Jacques Lemaire
Princesse Angélique Jenny Daviet
La Duchesse Totoche Sarah Laulan
Roland Marc Van Arsdale
Médor Blaise Rantoanina
Adolphe Sacripant Richard Lahady
Ogier le Danois Joé Bertili
Lancelot du Lac Timothée Varon
Renaud de Montauban Yvan Rebeyrol
Amadis de Gaule Maxence Billiemaz
Fleur de Neige Estelle Danvers
 
Première fois depuis sa création que cet ouvrage sera donné avec un grand orchestre. (Orchestre National Avignon-Provence)

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