Chronique

Les Pieds nickelés de Tristan Bernard

7 novembre 2018
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Les Pieds nickelés de Tristan Bernard

Comédie en un acte, représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de l’Œuvre le 15 Mars 1895, publiée en 1899 aux Editions Ollendorff (disponible sur Gallica), dédiée à  Louis-Alfred Natanson. Il s’agit de la première pièce de Tristan Bernard.
Distribution : 3 hommes, 4 femmes (plusieurs rôles peuvent être interprétés par le même comédien)
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre

Argument

Alain et Francine, un jeune couple, ont absolument besoin de dix mille francs pour rembourser Ronchaud, un ami du père d’Alain. Mais tout le monde a les pieds nickelés dès qu’il s’agit de prêter la forte somme. Mis par hasard en possession de l’argent, Alain a lui-même les pieds nickelés quand Ronchaud revient chercher son dû…

Extrait

Alain. – Es-tu sûre qu’il ait gagné six cent mille francs ? Les gens d’affaires font entre eux des affaires extraordinaires. Ils achètent très cher des choses – qu’ils ne paient pas, et les revendent encore plus cher à des gens qui ne les paient pas. Ils doivent toucher des fortunes, ils y comptent, et cette ferme espérance les soutient.
Francine. – Mais de quoi vivent-ils tous ? Qui paie leur loyer et leurs voitures ?
Alain. – De soi-disant petites commissions, dont quelques bonnes poires de province ou quelques fils de famille alimentent le marché. Ils vivent richement, au jour le jour, et quand leur vaisselle plate n’est pas au clou, ils y mangent leur vache enragée.
Francine. – Et voici comment se résume notre situation : les gens qui voudraient bien obliger n’ont pas d’argent ; quant à ceux qui ont de l’argent…
Alain. – Ils ne marchent pas. Ils ont, comme on dit, les pieds nickelés. Ils sont lourds à remuer, ainsi que des tirelires pleines. Leurs pieds nickelés ne sont que de vains ornements.

La création en 1895

La première pièce de Tristan Bernard est créée au Théâtre de l’Œuvre, dirigée par Lugné-Poë, qui jouera dans la pièce avec sa femme Suzanne Després. On soulignera l’extrême variété du programme proposé par le Théâtre de l’Œuvre le 15 mars 1895 puisque les Pieds Nickelés côtoient la pièce symboliste Intérieur de Maurice Maeterlinck. Le programme est dessiné par Maurice Denis.

 

https://www.vangoghmuseum.nl/en/prints/collection/p1350V2000

Lithographie dessinée par Maurice Denis pour le programme de l’Œuvre du 15 mars 1895. (La scène d’André Lebey, La vérité dans le vin de Charles Collé, Les pieds nickelés de Tristan Bernard et Intérieur de Maurice Maeterlinck). Source : Musée Van Gogh Museum Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

 

Illustration de la première édition par Toulouse-Lautrec

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/idurl/1/13119

Lithographie pour l’édition Ollendorff de 1895.Source : Bibliothèque numérique de l’INHA – Collections Jacques Doucet

L’expression « les pieds nickelés »

L’expression signifie à la fin du XIXème siècle « être de mauvaise volonté ». On la trouve fréquemment dans la presse de l’époque. L’origine de cette expression est confuse. Elle fait référence soit aux « pieds en nickel », trop précieux pour servir à marcher ou travailler, soit aux « pieds niclés », pieds atteints de rachitisme, noués, mal formés, ne permettant donc pas un travail soutenu.

Après la pièce de Tristan Bernard, Louis Forton a créé sous ce nom trois héros de bandes dessinées dans l’hebdomadaire l’Épatant en 1908. Louis Forton a continué à dessiner les Pieds nickelés jusqu’à sa mort en 1934, date après laquelle la série sera continuée par Aristide Perré puis Albert Badert. Il faudra néanmoins attendre sa reprise par Pellos de 1948 à 1981 pour que les Pieds nickelés renouent avec le succès. Ce sont de petits filous sans envergure illustrés d’abord par leurs coups tournent souvent mal et les entraînent fréquemment en prison, d’où le sens actuel d’archétype du malfaiteur médiocre.


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L’Etrangleuse de Tristan Bernard

4 novembre 2018
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L’Etrangleuse de Tristan Bernard

Comédie en un acte (5 scènes), jouée à la Boîte à Fursy, extraite du recueil Théâtre sans directeur (Editions Albin Michel, 1930). Source BnF/Gallica
Distribution : 3 hommes, 2 femmes
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L’argument

La Comtesse est seule dans son château avec son vieux serviteur de 97 ans et sa servante, Florentine, qui s’avère être une étrangleuse, placée dans cette maison il y a six mois, par la Société des Etrangleurs du grand Monde pour dévaliser la Comtesse. Avec l’aide du Grand Bibi, elle tente de voler le coffret rempli de bijoux. Mais rien ne se passe comme prévu.

Pièce illustrée (1908)

Source : BnF/Gallica






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Un dramaturge en plein labeur de Tristan Bernard

3 novembre 2018
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Un dramaturge en plein labeur de Tristan Bernard

Saynète. Retraitement par Libre Théâtre à partir du recueil Théâtre sans directeur (Editions Albin Michel, 1930). Source BnF/Gallica
Distribution : 2 hommes
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L’argument

Un auteur de théâtre, revenu d’une partie de poker à 7 heures du matin, est appelé par un ami puis par le directeur du théâtre auquel il a promis sa nouvelle pièce. Il ne se souvient plus de la pièce, la confond avec une autre… heureusement son secrétaire est là…

extrait : « Oui, oui, je sais que tu es un homme de théâtre… Mais, tout de même, un petit quelque chose qui n’irait pas pourrait te faire mauvaise impression… Tu trouves que je suis en retard ?… Voyons, mon vieux, de quoi te plains-tu? Je t’avais promis la pièce pour le 5 février ? Eh bien, je t’affirme qu’à midi précis, le 15 mars, je te l’apporterai… Ben quoi ! Cela fait quarante jours… Je suis en avance sur le retard normal !… Tu es extraordinaire ! Tu sais pourtant ce que c’est que d’écrire une pièce ! On ne peut pas commander à ses facultés créatrices ! »

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53129876t

Tristan Bernard et Georges Berr / dessin de Yves Marevéry. Source : BnF/Gallica

 

 

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Un mystère sans importance de Tristan Bernard

2 novembre 2018
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Un mystère sans importance de Tristan Bernard

Saynète, jouée dans une matinée de bienfaisance. Retraitement par Libre Théâtre du recueil Théâtre sans directeur (Editions Albin Michel, 1930). Source BnF/Gallica
Distribution : 3 hommes, 2 femmes
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L’argument

Roseleur, un avocat, trouve dans la poche de son pardessus son mouchoir dont le coin est noué. Quel est ce mystère ? Pourquoi a-t-il fait ce nœud à son mouchoir ? A quel propos ? En quelle circonstance ? Il a beau songer, réfléchir, appliquer à ce problème toutes ses meilleures méthodes d’investigation, il ne trouve pas. Il interroge en vain sa bonne, son ami, qui le trouve bizarre et sa petite amie, qui le trouve très distant : il ne songe qu’à remonter au moment il aurait fait ce nœud. Le mystère s’éclaircit quand un monsieur vient rapporter le pardessus de Roseleur, échangé par erreur avec le lien dans le vestiaire du Congrès de jurisprudence. Il récupère son propre pardessus (et son mouchoir noué) et Roseleur sa tranquillité d’esprit.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53073770z

Tristan Bernard. Photographie de presse par l’Agence Rol. 1921. Source : Bnf/ Gallica

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L’Accord parfait de Tristan Bernard et Michel Corday

27 octobre 2018
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L’Accord parfait de Tristan Bernard et Michel Corday

Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Fémina, le 25 novembre 1911. Retraitement par Libre Théâtre à partir de l’édition de La Petite Illustration théâtrale du 17 février 1912.
Distribution : 4 hommes, 3 femmes
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L’argument

L’accord parfait propose une version moderne du triangle amoureux, multipliant les situations inattendues et les pieds de nez à la morale bourgeoise et hypocrite. Les arrangements entre le mari, la femme et l’amant sont présentés avec un grand naturel et une sensibilité délicate.  L’ironie mordante de cette comédie de mœurs traverse les âges et séduit encore aujourd’hui.

Présentation par les auteurs

«  L’Accord parfait est une comédie de mœurs ironique. (…) Il y a peut-être des gens qui vont trouver notre pièce immorale, et il y en a d’autres sans doute qui vont la trouver très morale. À défaut de la Moralité, avec un grand M, je crois qu’on rencontrera beaucoup de petites moralités. Nous avons mis en scène des êtres un peu spéciaux, moins exceptionnels qu’ils n’en ont l’air, plus généraux, en tout cas, qu’ils ne le croient eux-mêmes. Car, au fond, c’est une vérité assez vieille que de dire que les hommes se ressemblent beaucoup. Si, depuis pas mal de temps, les hommes appellent d’autres hommes leurs semblables, c’est qu’il y a peut-être à cela une petite raison… Nous pensons que parmi les tâches diverses de l’écrivain, une des plus intéressantes est de montrer comment des êtres soi-disant exceptionnels se rattachent toujours à l’humanité. »

La critique au moment de la création

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9804248h/f13.item

Source : Gallica/Bnf

Léon Blum déclare, dans Comœdia, que cette œuvre, comique en apparence, pleine de mots et de traits d’un humour charmant ou profond, est si hardie dans son fond, et pose avec une sereine tranquillité des idées si graves qu’il n’a pu l’écouter sans une sorte de frisson : « On n’y prend pas garde, tant la pièce est agréable et heureuse, tant les personnages sont faciles et nonchalants, tant MM. Tristan Bernard et Michel Corday ont apporté de tact et d’apparente insouciance à voiler leurs hardiesses très volontaires. Mais cependant, ce qui est dit reste dit, et je ne crois pas que jamais on ait fait accepter au public rien de plus audacieux. »

Adolphe Brisson, dans le Temps : « L’anarchisme indolent et souriant de M. Tristan Bernard – et M. Brisson prie M. Michel Corday de prendre pour lui la moitié des observations et des compliments que, pour plus de commodité, il adresse au seul Tristan Bernard – cet anarchisme s’y épanouit avec une sorte de sérénité. Il semble que le délicieux écrivain se dise : les vérités contenues dans mon ouvrage sont désormais établies ; elles ont la force de l’évidence et presque la banalité du lieu commun ; il est superflu d’y insister. Jamais M. Tristan Bernard ne s’était montré si affirmatif tout ensemble et si paisible, n’avait enveloppé de formes plus aimables son nihilisme agressif. Car ne vous y trompez pas, cet auteur nonchalant de qui la grâce nous charme et la gaieté nous ravit, a des idées violentes. Traditions séculaires, principes ou préjugés de notre vieille morale, conventions ayant pour but de maintenir l’ordre social, toutes ces choses que de furieux coups de bélier n’ont pas ébranlées, le flegme de M. Tristan Bernard les énerve, les dissout, les détruit. Rien n’est plus curieux qu’un travail de désagrégation si énergique et poursuivi par des moyens en apparence si inoffensifs. On ne se méfie pas. La comédie s’intitule l’Accord parfait. Ce pourrait être le titre d’une estampe galante de Fragonard. C’est, en effet, fort galant, mais nous allons voir de quelle façon, et tout ce que recouvrent ces légèretés, ces gentillesses, ces ironies. Il y a là une audace tranquille, très symptomatique, très « moderne. »

M. Adolphe Brisson, s’étant livré à l’analyse de ces trois actes, conclut : « Une impression singulière se dégage de ce dialogue dont la hardiesse souriante et paisible eût soulevé jadis des orages. Vous figurez-vous la stupeur du public de 1865, ou de 1875, ou de 1880…, si on le lui avait offert ? L’indifférence amusée des spectateurs de 1911 indique l’étape parcourue, l’évolution accomplie. Ils n’éprouvent pas le besoin de s’insurger. Leur attitude est d’autant plus significative qu’ils sentent bien que l’exposé de ces principes, de ce traité conclu entre le mari, la femme et l’amant, que cette réglementation méthodique et si l’on peut dire familiale de l’adultère, que ces choses ne sont nullement paradoxales dans l’intention des auteurs, que ceux-ci ne blaguent pas, ne bluffent pas, qu’ils ne soutiennent pas une gageure, mais expriment sincèrement, et sans hypocrisie, ce qu’ils pensent. »

Edmond Sée, dans Gil Blas, juge cette petite comédie tendre cyniquement, comiquement émouvante.

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Un Perdreau de l’année de Tristan Bernard

18 octobre 2018
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Un Perdreau de l’année de Tristan Bernard

Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Michel, le 24 avril 1926. Retraitement par Libre Théâtre à partir de l’édition de La Petite Illustration théâtrale, 1926. (Source : Gallica/ BnF)

Distribution : 4 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre

L’argument

Thibaut et Thierry sont amis et se retrouvent à Deauville. Thierry est un séducteur d’une quarantaine d’années qui ne cesse de multiplier les conquêtes. Thibaut, qui est plus jeune, lui demande d’arranger ses affaires de cœur. Mais les choses tournent toujours de la façon la plus déplorable et le jeune perdreau est plumé par le braconnier malgré lui ! Trois actes, trois expériences semblables… Mais, une jeune fille intelligente et sincère, va rebattre les cartes de ces jeux amoureux.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k98088304/f23.item

Source : Bnf/Gallica

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k98088304/f23.item

Source : BnF/Gallica


Les réactions de la critique lors de la création

Le Petit Journal

M. Pierre Veber nous confie, dans le Petit Journal, la prédilection de l’auteur pour cette dernière œuvre, et il la partage : « Je parie que cette pièce est celle que Tristan Bernard préfère dans toute son œuvre ; et je parie à coup sûr, car il me l’a dit ! Et comme je le comprends ! C’est écrit avec une recherche, une habileté de nuances à la Marivaux, un sens de la phrase qui formule joliment une pensée, un esprit continuel et qui n’a rien de commun avec le faux esprit de théâtre. C’est un art supérieur très personnel, infiniment savoureux, dont le comique réticent s’indique à peine, et dont la psychologie semble s’excuser d’être trop délicate. Avez-vous remarqué, comme l’a fait Charles Oulmont, dans ses Lunettes de l’Amateur, que les marchands de curiosités gardent leurs meilleurs objets dans l’arrière-boutique ? C’est ainsi que Tristan semble garder ses meilleures trouvailles dans son arrière-pensée. Mais si vous forcez la porte, vous ne serez pas volés, je vous l’assure. Cet écrivain a le génie de l’indication ! Avec deux mots très simples, il vous révèle un état d’âme assez compliqué. Il n’insiste pas, et vite il vous échappe, dans l’inquiétude qu’il a d’échapper à lui-même. Méfiez-vous de la minute où il vous amuse, c’est justement celle où il vous fait réfléchir. Ce jeu de cache-cache avec le spectateur ne peut être réussi que par un grand artiste, qui dédaigne désormais les faciles moyens de gagner son public. »

Le Journal

Dans le Journal, M. G. de Pawlowski remarque judicieusement : « Si Un Perdreau de l’année était d’un jeune auteur, on crierait certainement au chef-d’œuvre. De M. Tristan Bernard, cette pièce ne surprend pas. Elle n’a peut-être cependant à ses yeux que l’importance d’un divertissement dans son œuvre. C’est du moins un divertissement qui est divertissant avec délicatesse. Ce qui n’est pas si fréquent aujourd’hui. Voilà même, sans doute, une pièce qui survivra à bien d’autres œuvres contemporaines qui se présentent avec moins de modestie. Et puis, M. Tristan Bernard est à la fois un excellent observateur du cœur humain et un écrivain… »

Le Journal des Débats

M. Henry Bidou, dans le Journal des Débats, est lui aussi sous le charme : « Que dire de la pièce de M. Tristan Bernard au théâtre Michel, sinon qu’elle est une merveille de finesse ciselée, et d’un comique si subtil qu’on en est saisi sans l’avoir aperçu ? Je voudrais vous la raconter, mais il faudrait retrouver les mots eux-mêmes. Chaque phrase est riche de sens et cette richesse est voilée. Il ne s’agit que d’un homme à qui un ami, sans que ni l’un ni l’autre le veuille, jette toutes ses maîtresses dans les bras. La fatalité, mais une fatalité sourde, discrète, secrète, inexorable et, en somme, optimiste, ne permet pas que Thierry échappe à son destin, qui est agréable. Un agencement de trébuchets le fait tomber dans des pièges, où le remords et le plaisir lui tiennent compagnie. La pièce est si bien faite que les personnages y ont du temps devant eux, et, comme ils parlent avec beaucoup de grâce, ils prononcent des petits discours persuasifs, ou ils font de petits portraits qui sont des réquisitoires. En tout cela, pas un mot de trop, mais une justesse exquise, des phrases qui font mouche, mais sans rigaudon : l’aisance dans la perfection. »

Comœdia

Si M. Etienne Rey, de Comœdia, s’est d’abord un peu défendu, il n’a pu résister longtemps : « On est en train de suivre la pièce, d’écouter le dialogue, et on se dit, tout bas : « Tiens, tiens ! Ça n’a pas l’air d’être du meilleur Tristan… » Puis, tout d’un coup, sans s’annoncer, sans crier gare, arrivent un de ces mots, une de ces réflexions de la qualité la plus rare, de l’observation la plus pénétrante, et qui en disent plus long, à eux seuls, que toute une scène, Et nous sommes ravis. C’est une petite pièce aimable, nonchalante, facile, comme les aime M. Tristan Bernard, et comme lui seul peut s’en permettre. Elle ne se guinde pas ; elle se refuse à paraître brillante ; elle ne force pas l’allure, et elle ne cherche pas à provoquer notre intérêt par ces effets de surprise ou ces ingéniosités de l’action qui suppléent si souvent au reste ; ce n’est pas qu’elle dédaigne certains procédés de théâtre, tels par exemple que des répétitions ou des retournements de situation ; mais l’auteur paraît toujours vouloir nous dire : « Je sais bien que vous devinez où je vous conduis et que vous attendiez cette scène… mais ça n’a pas d’importance. Le vrai jeu n’est pas là ! Et, en effet, ça n’a pas d’importance. Car toujours, sous le dialogue le plus naturel et le plus aisé du monde, ce que nous aimons dans les pièces de Tristan Bernard, c’est sa souriante philosophie, sa sagesse narquoise, et cette expérience du cœur des hommes et des femmes grâce à laquelle des personnages, même dessinés d’un trait léger ou négligent, nous paraissent vrais et humains. »

Le Temps

Dans le Temps, M. Pierre Brisson estime : « On écoute les trois petits actes de cette brève comédie du Perdreau de l’année avec un charmant plaisir. Le dialogue trahit un soin particulier. Certaines scènes sont de l’art le plus fin, le plus narquois, le plus aisé qu’on connaisse à M. Tristan Bernard. Vous savez avec quelle nonchalance il aime à répandre son talent. Les faiblesses d’un héros lui sont plus chères que ses vertus. Elles lui paraissent plus naturelles et plus vraies. Il étend parfois jusqu’à lui-même cette affection pleine d’indulgence. Il s’abandonne à une douce mollesse. De petits ouvrages flâneurs et négligés naissent volontiers sous sa plume. Lorsqu’il veut s’en donner le loisir il écrit un théâtre dont vous connaissez le prix. C’est une merveille d’ironie savante, d’adresse et de vérité. Les personnages qu’on y rencontre sont pour la plupart incertains et médiocres. Ils suivent le train de la vie. Leur condition est ordinaire. Les mots qu’ils prononcent, les gestes qu’ils font restent ordinaires aussi. Leur spectacle pourtant nous ménage un plaisir délicat. M. Tristan Bernard est le peintre incomparable des petits sentiments qui forment la trame de l’existence. Il excelle à flatter ce goût singulier que nous avons pour les ennuis des autres. Le léger ouvrage qu’il nous donne aujourd’hui prend une allure quelque peu différente. C’est un vaudeville traité dans le ton de la comédie la plus nuancée. L’intrigue se développe d’un mouvement mécanique, les personnages ont une conduite tout à fait improbable. Leurs propos cependant abondent en remarques justes, fines et spirituelles. Ce contraste-là fait précisément la meilleure qualité de la pièce et son attrait subtil… Ce qui fait le prix, me semble-t-il, de ces trois actes légers, c’est la science aisée qui s’y cache et dont on sent plusieurs fois très vivement l’effet. M. Tristan Bernard est un mandarin du théâtre. Ayant peu à peu déchiffré les secrets du métier et rompu son esprit aux exercices les plus divers, il revient à des jeux fort simples dont il s’amuse à compliquer les règles. Les divertissements qu’il s’offre ainsi nous valent parfois des comédies un peu minces et d’une nonchalance extrême, mais parfois aussi de petits ouvrages d’une perfection achevée dans le détail et d’un humour délicieux… Ces habiletés savantes prennent un bien vif agrément lorsqu’elles s’allient à tant de naturel. »
Et M. Nozière ajoute : « C’est une petite comédie d’une réelle distinction et qui pourtant déchaîne parfois le rire violent du public. »

L’Œuvre

Enfin, ces lignes de M. Edmond Sée, dans l’Œuvre, compléteront significativement ce florilège louangeur : « Cette pièce-là, c’est du Tristan Bernard « de derrière les fagots » ; le Tristan de Monsieur Codomat, des Petites Curieuses, de Daisy, de la Volonté de l’homme, de l’Accord parfait. Vraiment, on ne saurait allier plus de tendre et délicate observation à plus de fine, incisive et profonde malice. En trois petits actes, l’écrivain fait vivre, anime des personnages criants d’humanité ; leur fait avouer tout ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent (ce que nous penserions et sentirions nous-mêmes, à leur place). Lorsque le rideau tombe, pas un mot de trop n’a été dit, pas une scène nécessaire n’a été « loupée », pas un coup de pouce n’a été donné à la quotidienne et générale vérité : celle qu’expriment naturellement nos faibles cœurs, nos consciences incertaines, et qu’un philosophe implacable mais souriant dégage, comme en se jouant !… L’ouvrage vaut par l’esprit éblouissant du dialogue, la grâce des détails, le dessin subtil et vigoureux des scènes, la présentation et l’éclosion adorables des personnages, dont chacun est un caractère (même lorsqu’il semble en manquer). Il faut aller entendre Un Perdreau de l’année ; et l’on ira, je l’espère. Dans la salle, on murmurait : « Un bijou, mais trop délicat pour le public d’après guerre. » Aux spectateurs de démentir une si injurieuse insinuation. Car, tout de même, je me refuse à croire que, seuls, les étrangers font la loi au théâtre et que ce public jadis, hier, le plus fin, le plus spirituel du monde s’écarte d’un ouvrage, parce qu’il est trop spirituel et trop fin !… »

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Le Costaud des Epinettes de Tristan Bernard et Alfred Athis

16 octobre 2018
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Le Costaud des Epinettes de Tristan Bernard et Alfred Athis

Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre du Vaudeville, le 14 avril 1910. Retraitement par Libre Théâtre à partir de l’édition de L’Illustration théâtrale, 1910. (Source : BnF/Gallica)

Distribution : 23 hommes, 11 femmes (nombreux rôles pouvant être joués par un seul comédien)
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Claude Brévin, un garçon sensible et de bonne famille est obligé de vivre d’expédients et fréquente le bar louche du père Tabac. Celui-ci le fait passer pour le « Costaud des Epinettes » et lui propose une affaire : il s’agit de récupérer un paquet de lettres compromettantes chez une comédienne, Irma Lurette, et de l’éliminer. Claude, désespéré, accepte. Il se rend à une fête, où on célèbre la centième de la pièce dans laquelle Irma a un petit rôle. Claude la séduit et la reconduit chez elle. Mais une fois dans son appartement, rien ne se passe comme prévu.

Le Costaud des Epinettes est une comédie truculente, riche en expressions argotiques et imagées, mais qui, à certains moments, flirte avec le mélodrame.

Récit de la création par les deux auteurs

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53104261j

Geneviève Lantelme dans « Le costaud des Epinettes » de Tristan Bernard, Alfred Athys / dessin de Yves Marevéry. Source : Bnf/ Gallica

(Extraits de la préface parue dans l’Illustration théâtrale)

Comment M. Alfred Athis a collaboré de nouveau avec M. Tristan Bernard, nous le savons par une lettre que les deux auteurs ont adressée au Figaro : « C’était un de ces derniers étés, sur le bord de la mer. Un jour, à la nuit tombante, l’un de nous dit à l’autre de nous : « J’ai un bon sujet de pièce en deux actes ; mais ce n’est pas tout à fait une pièce comique, et j’aurais besoin d’un auteur tragique pour la terminer. » À quoi l’autre de nous répondit : « Moi aussi j’ai un sujet de pièce en deux actes, qui n’est pas tout à fait un sujet gai. » Nous nous racontâmes nos sujets, et nous trouvâmes qu’en les fondant on arriverait à faire une pièce en trois actes qui serait ou tâcherait d’être tantôt gaie, tantôt grave, tantôt angoissante, tantôt souriante. Mais ce qui nous manquait toujours à l’un et à l’autre, c’était le collaborateur tragique, jusqu’au jour où nous nous dîmes que rien ne ressemblait autant au théâtre sombre que le théâtre joyeux, et qu’en associant leurs fantaisies, deux auteurs gais pouvaient donner quelquefois, pas très longtemps, le plus furtivement possible, l’impression qu’ils sont un auteur grave. Ayant fait cette constatation, nous écrivîmes le Costaud des Epinettes. »
Le Vaudeville le reçut, le mit en scène, le joua et ce fut un amusant et vif succès de plus.

Les critiques lors de la création

Extraits de la préface parue dans l’Illustration théâtrale

M. J. Ernest-Charles constate, dans l’Opinion, que le costaud qui évolue au cours de ces trois actes est cousin germain de ces « héros misérables et de ces bandits à la manque » que M. Tristan Bernard nous a présentés dans son livre de nouvelles intitulé : Amants et Voleurs. « Est-ce parce qu’il avait fréquenté ces criminels de fantaisie que Tristan Bernard eut le dessein d’écrire le Costaud des Epinettes ? L’idée, au contraire, vint-elle de M. Alfred Athis, l’original auteur de Boute-en-Train ? Il est puéril, il est dangereux, parfois, de vouloir pénétrer le mystère des collaborations. Et la tentative est bien superflue lorsque les collaborateurs s’accordent on ne peut mieux et font, à eux deux, une œuvre qu’un seul aurait pu faire… Tristan Bernard et Alfred Athis professent volontiers que personne n’est méchant et que l’homme est uniquement la proie du hasard. Leur œuvre est charmante du commencement jusqu’à la fin… Et beaucoup d’esprit s’y répand sur beaucoup de sagesse. »

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53129754q

Geneviève Lantelme, Louis Gauthier et Léon Lérand dans « Le costaud des Epinettes » de Tristan Bernard, Alfred Athys / dessin de Yves Marevéry. Source : BnF/Gallica

M. Adolphe Brisson observe, dans le Temps, que le tourment des dramaturges est de se renouveler, de ne pas éternellement écrire la même pièce, comme il arrive à des peintres de brosser toujours le même tableau : « La monotonie dans la production est une force et une faiblesse ; elle assigne à l’auteur une spécialité fructueuse, mais elle l’y emprisonne ; il ne peut plus sortir de la petite tour qu’il s’est bâtie. Les gens d’humeur paisible, doués d’une médiocre curiosité d’esprit, s’accommodent d’une telle immobilité. D’autres ressentent l’impérieuse envie de s’évader de la tour, de vagabonder à travers champs, de se divertir, de s’ennoblir en se prouvant à eux-mêmes leur souplesse et d’étonner un peu, à chaque fois, le public. L’étonnement est le piment du plaisir. Je croirais volontiers que M. Tristan Bernard et son collaborateur M. Alfred Athis ont cédé à cet attrait et qu’il leur a paru piquant de composer un ouvrage d’une forme inusitée, paradoxale, extrêmement varié de ton et d’allure… N’est-il pas amusant de réunir dans le cadre d’une comédie légère les personnages les plus hétéroclites, des exemplaires de tous les milieux, de toutes les catégories sociales, de grouper l’homme de finance, l’homme de théâtre, le fils de famille, l’apache, l’escroc, le fêtard, la petite courtisane, de montrer qu’il existe entre ces figures de nombreux points de contact, et que, malgré l’apparence, elles ont un fond commun ? Ceci, c’est l’essence même de la philosophie anarchiste et savoureuse de M. Tristan Bernard… Les créatures humaines se valent, ou à peu près… Des combinaisons d’événements, hostiles ou favorables, les dominent, les gouvernent. Il en résulte du mal ou du bien, de la souffrance ou de la joie, du vice ou de la vertu… Et d’ailleurs aucun de ces faits n’a d’importance… »

M. Robert de Flers estime, dans la Liberté, que MM. Tristan Bernard et Alfred Athis viennent surtout de nous donner là une pièce audacieusement pittoresque et originale : « C’est en vain qu’on cherchera à rapprocher ces trois actes d’une œuvre antérieure ; ces petits jeux des mémoires malveillantes seront cette fois déçus. Ce costaud appartient en propre à MM. Tristan Bernard et Alfred Athis ; il leur doit tout et j’imagine qu’il s’acquittera intégralement de cette dette. Nous avons retrouvé dans ces trois actes les admirables dons d’observation sensible et de clair-voyante ironie de M. Tristan Bernard et les qualités si sûres, si personnelles de composition et d’autorité scéniques de M. Alfred Athis, qui a été pour l’auteur du Danseur inconnu un précieux collaborateur. Je suis assuré, en faisant cette dernière constatation, d’être particulièrement agréable à l’un des deux auteurs du Costaud des Epinettes, et, ce qui est tout à fait curieux, c’est que celui-là ce sera certainement M. Tristan Bernard. Cette comédie nous a charmés par la nouveauté de son sujet et par la variété des milieux à travers lesquels elle évolue. Elle se tient, avec une vigueur qui ne se dément pas un instant, à égale distance de la fantaisie et du réalisme, de sorte qu’elle est tout près d’être bouffonne et pas bien loin d’être poignante. Il en résulte une impression très curieuse, très savoureuse. Les faits peuvent être un peu arbitraires, mais les sentiments ne le sont pas, et il y a dans ces trois actes l’analyse subtile, forte et dramatique d’un caractère, celui d’un déclassé qui s’essaye au crime, et dont les hésitations, les craintes, les remords, nous sont habilement dépeints. Cela est tout à fait remarquable. Il est très curieux de voir comment MM. Tristan Bernard et Athis ont pu mettre en relief dans la personne du criminel non point le côté monstrueux, mais le côté humain. C’est d’ailleurs la voix de la conscience qui finit par être la plus forte ; il est vrai que cette fois, elle se confond avec la voix câline et tendre d’une petite femme. »

M. Francis Chevassu, dans le Figaro, trouve aussi cette pièce charmante et singulière : « Elle côtoie le mélodrame sans abandonner jamais le ton de la comédie ; on y parle de cambriolages, d’attaques nocturnes et de vols avec effraction de la manière la plus plaisante. Œuvre tout à fait déraisonnable et cependant délicieuse : sur sa trame fragile, les auteurs ont brodé de fines arabesques, et l’exactitude de leur observation est égale à l’audace de leur fantaisie. Oui, le Costaud des Epinettes est une pièce surprenante : MM. Tristan Bernard et Alfred Athis affichent le réalisme minutieux de philosophes qui se plaisent à la représentation pittoresque des bas-fonds sociaux et en même temps ils montrent, dans la façon de conduire les événements et de disposer des circonstances, la désinvolture, l’aisance cavalière, qui semblent être le privilège des écrivains de contes moraux. En effet, ce roman d’un jeune apache sensible est, à sa façon, une berquinade, une idylle de la basse pègre que traverse un oiseau bleu dont l’aile, encore humide d’avoir touché le ruisseau, garderait une petite tache de boue. »


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Le Danseur inconnu de Tristan Bernard

9 octobre 2018
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Le Danseur inconnu de Tristan Bernard

Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre de l’Athénée, le 29  décembre 1909, publiée dans l’Illustration théâtrale en 1910 (disponible sur Gallica).
Distribution : 14 hommes, 9 femmes (plusieurs rôles peuvent être interprétés par le même comédien)
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

Argument

Henri est un jeune homme très sympathique, de ressources modestes, dont la famille a fait faillite. Il participe à un mariage auquel il n’est pas invité. Il rencontre Berthe, une des amies de la mariée. C’est le coup de foudre.
Tristan Bernard définissait ainsi la pièce : « Le Danseur inconnu, pièce morale à morale tournante, est aussi une pièce comique et sentimentale. Je souhaite qu’on dise qu’elle est franchement comique et délicatement sentimentale. »


Les critiques lors de la création

Extraits de la préface de l’Illustration théâtrale disponible sur Gallica

Ainsi M. Léon Blum, après avoir observé, dans Comœdia, que le mot « délicieux » a beaucoup servi ces temps derniers, poursuit : « Voici l’occasion venue de procurer à ce mot un juste emploi ! La pièce de M. Tristan Bernard est délicieuse. Elle l’est cette fois, au sens exact et fort du terme, c’est-à-dire qu’on ne peut l’écouter sans un sentiment de plaisir continu, qu’elle contente et rafraîchit le goût, qu’elle délecte et épanouit chez le spectateur ce que j’appellerai sa sensualité spirituelle. M. Tristan Bernard n’a jamais donné, au théâtre, rien de supérieur ni peut-être d’égal à cette comédie, et elle est aussi le plus complet succès de théâtre que M. Tristan Bernard ait remporté jusqu’à ce jour. »

M. Henri de Régnier admire dans le Journal des Débats, que, sur un si mince canevas, M. Tristan Bernard ait écrit une si « délicieuse », si vivante et si légère comédie : «… Une sorte de chef-d’œuvre d’observation, de bonne humeur narquoise attendrie et bouffonne, de naturel et de gaieté, une comédie d’un comique abondant et fin, délicat et irrésistible, qui va du rire le plus franc à l’émotion la plus discrète et la plus tendre. Rarement, M. Tristan Bernard a été plus aisé et plus savoureux que dans ce Danseur inconnu. Rarement ses qualités de dialogue ont eu plus de vérité et de pittoresque que dans ces trois actes délicieux, conduits avec une verve et un entrain admirables, avec un étonnant mélange de réalisme et de fantaisie. »

M. Adolphe Brisson estime, dans le Temps, que M. Tristan Bernard se peint tout entier dans cette comédie : « Il y a mis sa grâce, son ironie nonchalante, son nihilisme indulgent, son sens particulier de la vie (qui consiste à ne pas la prendre au sérieux), son tranquille et, si j’ose accoupler ces mots, son bienveillant, mépris des hommes. Ces choses, on les trouve dans les œuvres antérieures de l’exquis écrivain. Pourtant, il me semble que celle-ci exhale une certaine fraîcheur d’âme qui n’existait point dans celles-là. Elle est par endroits ingénue, naïve. Et cette simplicité, au lieu de lui nuire, a accru son succès. Le public a eu l’impression que l’auteur, pour la première fois, ajoutait à son sarcasme habituel un peu d’émotion sentimentale. Or, le public adore la romance. Ce qui le touche le plus, c’est le mélange de la gaieté et du sentiment. Il l’a vivement goûté dans le Danseur inconnu. »

M. Robert de Flers déclare, dans la Liberté, qu’il ne pense point que M.Tristan Bernard nous ait jamais donné une preuve plus évidente, plus décisive de son talent ingénieux et profond que cette comédie si fantaisiste, si finement divertissante, si poétique : « Mais oui, poétique, et au point que le mouvement et la grâce du dialogue m’ont rappelé à plusieurs reprises l’enchantement délicat des comédies d’Alfred de Musset. Dites-moi si, au premier acte, la scène de Barthazard et d’Henri Calvel n’évoque point celle d’Octave et de Cœlio. Sans doute le Cœlio de Tristan Bernard est un amoureux assez veule et peu difficile sur le choix des moyens de parvenir. Sans doute, Barthazard est un Octave qui a un peu trop lu Nietzsche — ou plutôt qui n’a a rien lu du tout — et qui fait, dans un but de lucre frauduleux, tout ce qu’Octave faisait pour le plaisir de l’aventure et par dilettantisme de débauché distingué. Mais on a les Cœlio et les Octave que l’on mérite. J’insiste sur le côté poétique de ce Danseur inconnu, parce qu’il a je ne sais quoi de savoureux et d’inattendu et qu’il voisine avec la farce la plus outrancière. C’est à force de trouver de justes et de neuves images que M. Tristan Ber- nard est parvenu à nous donner cette impression de fraîcheur et de doux lyrisme. »


Sur Gallica

Illustrations d’Yves Marevéry 1909 à l’Athénée

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531041365

André Brulé dans « Le danseur inconnu » de Tristan Bernard / dessin de Yves Marevéry .1909. Source : Gallica /Bnf

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53129709w

André Brulé dans « Le danseur inconnu » de Tristan Bernard / dessin de Yves Marevéry .1909. Source : Gallica /Bnf

Extrait de Comœdia illustré du 15 janvier 1910 sur Gallica

 

 

 

 

 

 

 

 


Texte illustré des photographies du film, réalisé en 1929 par René Barberis

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3413403c

Source : BnF/Gallica

L’ensemble de l’ouvrage est disponible sur Gallica


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L’Ecole du piston de Tristan Bernard

30 septembre 2018
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L’Ecole du piston de Tristan Bernard

Comédie en un acte (10 scènes),  jouée pour la première fois au Théâtre Antoine en juin 1916.
Retraitement par Libre Théâtre du recueil Théâtre sans directeur (Editions Albin Michel, 1930). Source BnF/Gallica
Distribution : 9 hommes, 2 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre

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L’argument

La scène se déroule à Bordeaux, en septembre-octobre 1914, dans un hôtel confortable occupé par de nombreux militaires. C’est la mobilisation générale. Robert Santeuil, un auteur dramatique, accompagné de sa fiancée, va trouver un de ses amis journalistes afin qu’il le pistonne : il veut se faire engager dans un régiment de Bordeaux, afin de pouvoir rencontrer les parents de sa fiancée. Santeuil est présenté au chef de cabinet du sous-secrétaire d’Etat aux Tabacs, à un général, puis au Ministre lui-même… Sans succès. Son salut viendra de son ancien coiffeur, simple  scribe au bureau du capitaine…

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75501329/f2.item

Extrait du Rappel du 12/06/1916. Source : BnF/Gallica

 

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L’Heureux Stratagème de Marivaux

28 septembre 2018
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L’Heureux Stratagème de Marivaux

Comédie en trois actes et en prose créée pour la première fois le 6 juin 1733 par les Comédiens italiens.
Distribution :  6 hommes et 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

Cette pièce, rarement représentée, est jouée pour la première fois en 2018  à la Comédie-Française dans une mise en scène d’Emmanuel Daumas. Lien vers la recommandation de Libre Théâtre.

L’argument

Dorante est éperdument amoureux de la Comtesse, qui s’est éprise du Chevalier Damis, qui lui-même a délaissé la Marquise. Celle-ci échafaude alors avec Dorante un stratagème : ils vont feindre de s’aimer et annoncer leur mariage, afin de provoquer la jalousie de ceux qu’ils aiment. Parallèlement, Arlequin, le valet de Dorante, se désespère de voir Lisette, la servante de la Comtesse, qu’il devait épouser, s’éprendre de Frontin, le serviteur du Chevalier, sous le regard agacé du père de Lisette, Blaise, qui tient à ce que sa fille reste liée par ses engagements.

Illustrations

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MarivauxHappyStratagem02.jpg

M. Blaise, illustration de Bertall dans le Théâtre complet de Marivaux (Edition Laplace, Sanchez et Cie, Paris 1878). Source wikimedia

 

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8420082g/f2.item.

Mise en scène de Florent Forge au Théâtre Sarah-Bernhardt, le 30 juin 1964. Photo de Roger Pic. Source : BnF/Gallica

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9002052n/f51.item

Mise en scène de Jacques Lassalle, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, le 14-03-1985. Photo de Daniel Cande. Source : BnF/Gallica


Voir aussi sur le site de l’INA, dans la collection Grands Entretiens, Mémoires du théâtre, un entretien avec Jacques Lassalle qui évoque ses mises en scène de Marivaux.

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