Spectacles à la une, actuellement à l’affiche en France ou dans les pays francophones et recommandés par Libre Théâtre

Le Procès Eichmann à Jérusalem de Joseph Kessel

Libre Théâtre vous recommande Le Procès Eichmann à Jérusalem de Joseph Kessel. Par la voix du comédien Ivan Morane, c'est Joseph Kessel qui pendant plus d'une heure s'exprime à la première personne pour commenter le procès d'Eichmann, qu'il était chargé de couvrir en 1961 pour France Soir à Jérusalem. Et c'est sans doute ce qui donne une telle intensité dramatique à ce spectacle. Kessel, témoin oculaire de ce procès historique, nous transporte avec lui dans la salle d'audience pour assister en direct à l'interrogatoire par ses juges du principal organisateur de la solution finale. À travers les mots de Kessel, nous voyons apparaître comme un fantôme l'accusé dans sa cage en verre, et nous entendons les réponses hallucinantes qu'il apporte pour se justifier et pour tenter de se disculper. Une cage en verre. Transparente et blindée. Le symbole est fort pour évoquer la tragique impossibilité à comprendre et donc la difficulté à juger un tel monstre à qui on ne peut pourtant pas nier le statut d'homme, sauf à se déshumaniser soi-même. Apparente transparence car l'accusé accepte de s'expliquer sur tout et a réponse à tout. Blindage car il est à jamais enfermé lui-même dans ses mensonges absurdes. À entendre Eichmann, comme ses complices du procès de Nuremberg, il ne faisait qu'obéir aux ordres, et le seul coupable des horreurs perpétrées par le Troisième Reich était Hitler lui-même, soudain passé avec la défaite du statut de Dieu vivant pour ses adorateurs à celui de bouc émissaire post mortem. Et tous les autres seraient donc innocents. Comment les principaux dignitaires de l'Allemagne nazie ont-ils pu à ce point renier durant leurs procès leurs idéaux mortifères dans l'espoir insensé d'échapper à la mort ? Bien sûr, le spectateur ne trouvera pas la réponse dans ce spectacle. Et il sortira de la salle avec encore plus de questions. Mais en ces temps troublés, chacun sait que les réponses, surtout lorsqu'elles sont trop simples, sont beaucoup plus dangereuses que les questions, quand elles sont bien posées. Critique de Jean-Pierre Martinez

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Moone en concert à l’Atypik Théâtre

Libre Théâtre vous recommande Moone en concert à l'Atypik Théâtre. Pas facile de ranger Moone dans une case bien définie. En tout cas, ce n'est pas celle de la variété française. Même quand, en l'absence du guitariste et du batteur, la formation est réduite à deux artistes, on n'a pas le sentiment d'assister au récital d'une autrice compositrice, mais bien au concert d'un groupe, qui nous propose un voyage dans un univers folk-rock, mêlant les influences françaises, anglo-saxonnes et orientales. Dans la version acoustique en duo à laquelle nous avons assisté pour cette sortie de résidence, la chanteuse, merveilleusement accompagnée par son contrebassiste, joue aussi de la guitare et du bouzouki. Sans oublier une touche discrète de musique électronique. Mention spéciale au régisseur pour la très grande qualité du son, permettant de profiter pleinement de cette magnifique proposition, dans l'espace très intime de ce petit théâtre, où le spectateur est en contact direct avec les artistes. Une parenthèse musicale enchanteresse pour les amateurs de théâtre pendant le festival. Moone nous promet la lune, on la quitte à regret avec des étoiles dans les yeux.

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InKarnè par la Compagnie Deraïdenz

Libre Théâtre vous recommande InKarnè par la Compagnie Deraïdenz. Selon Bergson, le comique surgirait de la déshumanisation du corps. On provoquerait le rire en réduisant l'être humain à une machine devenue absurde, faute d'être pilotée par un esprit éclairé. Mais il n'y a souvent qu'un faux pas du comique au dramatique, et cette dialectique du corps et de l'esprit peut aussi définir le sentiment tragique de l'existence. Une dialectique qui est aussi au cœur du spectacle de "marionnettes", lorsque cet art est porté à son plus haut degré symbolique, comme c'est toujours le cas dans les créations de la Compagnie Deraïdenz.Avec InKarnè, cependant, parle-t-on d'un spectacle de marionnettes ou d'un spectacle sur la marionnette ? Cette performance, en effet, ne nous donne pas à voir un mannequin humanisé, animé par un manipulateur en retrait. Nous assistons au contraire à un corps à corps entre le manipulateur et sa marionnette, entre l'esprit et le corps, et en l'occurrence entre une danseuse et sa propre enveloppe charnelle. Comme dans la langue, le signifiant est inséparablement lié au signifié pour produire un signe, le corps de la danseuse est indissociable de son esprit pour produire ce moment de grâce, de sensualité et de sens qu'est la danse.Chacun, bien sûr, sera libre d'interpréter à sa manière ce magnifique spectacle, esthétique et poétique. Quoi qu'il en soit, avec InKarné, la Compagnie Deraïdenz nous suggère, plutôt que de nous perdre corps et âme dans un douloureux combat avec nous-même, de retrouver la joie de danser notre propre vie en réconciliant le matériel et le spirituel. Pour recouvrer l'espace d'un instant cette fluidité jubilatoire du mouvement qui nous affranchit de la pesanteur de notre humaine condition tragi-comique.Un spectacle d'une rare intensité, à ne manquer sous aucun prétexte.

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Le Printemps Anglophone 2021 à Avignon

Le Printemps Anglophone à Avignon du 8 avril au 30 mai 2021 Une célébration de la culture anglophone ouverte à tous Créé en 2013 ce festival a pour but de célébrer la culture anglophone dans toute sa richesse et sa diversité. Avec des évènements en français et anglais, pour enfants et adultes ; le festival est ouvert à tous. Cinq objectifs : – Créer une ouverture vers le monde et les cultures anglophones, servant comme vitrine vers les cultures du monde – Dynamiser la ville d’Avignon – Impliquer des divers publics : jeune public, scolaire/universitaire et grand public – Présenter un divers éventail d’activités avec un pôle recherche et d’activités culturelles et ludiques – Enrichir l’expérience culturelle et l’aisance avec la langue anglaise. Le Printemps Anglophone est organisé par un collectif, réunissant des acteurs culturels de la ville, d’Avignon Université et des librairies indépendantes.

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Le Jeu des ombres de Valère Novarina mise en scène de Jean Bellorini

Le Jeu des ombres de Valère Novarina mise en scène de Jean Bellorini Le Jeu des Ombres est un spectacle à la fois théâtral et musical, qui met en résonance et, si l'on peut se permettre ce néologisme, en « raisonance », le verbe poétique de Novarina et la musique lyrique de Monteverdi, autour du mythe éternel d'Orphée, pour nous proposer une rêverie philosophique sur la condition humaine, d'abord caractérisée par la conscience de l'inéluctabilité de la mort, sur le sens de la vie, et finalement sur Dieu. C'est parce qu'il ne résiste pas à l'envie de voir et de savoir qu'Orphée doit finalement abandonner Eurydice aux enfers, tout comme ce même désir de connaissance conduit Adam et Ève à être chassés du paradis terrestre pour connaître l'enfer sur la Terre. Le sentiment tragique de la vie est en effet lié à ce besoin irrépressible de comprendre un monde qui nous reste pourtant à jamais absurde. La mise en scène très abstraite, presque graphique, de Jean Bellorini, soulignant la poignante humanité des interprètes, jette un pont symbolique entre la partition textuelle de Novarina et celle musicale de Monteverdi. Un spectacle aux allures de cérémonie, fait pour ébranler toutes nos certitudes, et dont on ne sort pas indemnes. Un rendez-vous à ne pas manquer.

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Les Garçons et Guillaume à table ! de Guillaume Gallienne avec Maxence Marchand

Libre Théâtre vous recommande Les Garçons et Guillaume à table ! de Guillaume Gallienne avec Maxence Marchand. Débarrassé de l'aura un peu trop éblouissante de cet interprète hors-norme qu'est Guillaume Gallienne, qui dans son spectacle et dans son film nous racontait son propre destin, si particulier, ce texte nous apparaît d'autant mieux dans l'universalité de son propos. Comment un enfant peut-il construire son identité d'adulte sans renier ses parents, mais sans pour autant accepter de se conformer à tout prix à l'image qu'ils ont projeté sur lui avant même sa naissance ? Comment un homme peut-il construire son identité, en l'occurrence sexuelle, dans toute sa complexité, sans pour autant se fondre dans les clichés que lui impose la société ? Un garçon qui s'habille en fille est-il nécessairement un homosexuel ? Et si tout cela était beaucoup plus complexe, beaucoup plus subtil, et donc beaucoup plus intéressant que ces raccourcis ? Jusque dans la fragilité de son jeu, Maxence Marchand nous donne à voir, à entendre, à comprendre et à aimer ce personnage qui, pour trop aimer sa mère, finit par s'identifier à elle. Avant de découvrir qu'on peut aimer les femmes sans en être une soi-même. Un spectacle à la fois drôle, émouvant et troublant. Un pur moment de théâtre. À voir absolument.

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