Spectacles à la une, actuellement à l’affiche en France ou dans les pays francophones et recommandés par Libre Théâtre

Carmen, reine du cirque à l’Opéra Grand Avignon

L’Opéra Grand Avignon accueillait ce dimanche 16 janvier «Carmen, reine du cirque», produit par le Teatro Sociale di Como AsLiCo. Ce spectacle tout public transpose Carmen dans un cirque à Séville, sans le moins du monde dénaturer l’œuvre : la superbe partition de Bizet est respectée, tout comme l’esprit de l’opéra-comique français le plus joué au monde, qui exalte l’amour et la liberté. L’originalité et le défi de cette proposition étaient de faire participer le public à de nombreuses reprises, en l'invitant à interpréter lui aussi les mélodies les plus connues de Carmen, comme l’air de la Garde Montante, l’Habanera, l’air du Toréador mais également d’autres passages moins connus et un peu plus difficiles à chanter comme « Suis-nous à travers la campagne ». Afin de préparer ces interventions vocales du public, l’Opéra a proposé, en amont du spectacle, des cours de chant, ainsi que des supports musicaux sur son site web. Le public avignonnais, adultes comme enfants, a été conquis par cet opéra participatif, interprété par des solistes remarquables, accompagnés sur scène par des comédiens et des acrobates. Le jeune chef Léo Warynski a dirigé avec allégresse et précision l’Orchestre National Avignon-Provence ainsi que l’assistance, parfois soutenue par la maîtrise de l’Opéra. Un spectacle total, mêlant musiques, chants, danses et acrobaties, qui restera sans nul doute longtemps gravé dans la mémoire du public, et notamment dans celle des enfants. Critique de Ruth Martinez

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Les Chevaliers de la table ronde (Hervé)

Les Chevaliers de la table ronde (Hervé). L'Opéra Grand Avignon nous convie à un banquet burlesque en compagnie des Chevaliers de la Table Ronde. L'Opéra Grand Avignon nous invite en cette fin d'année à un banquet très particulier avec Les Chevaliers de la Table Ronde, opéra bouffe de Louis-Auguste-Florimond Ronger (dit Hervé), inventeur méconnu de l'opérette au XIXème siècle, et qui ne connut donc pas le même succès ni la même postérité que son rival Offenbach. Sur un livret d'un humour potache totalement assumé, cette œuvre nous propose un pastiche des romans de chevalerie, avec une adaptation multipliant anachronismes et clins d'œil au public provençal, le tout dans une mise en scène très burlesque. La légèreté revendiquée du livret, cependant, ne saurait éclipser l'interprétation magistrale de l'Orchestre National Avignon-Provence, ainsi que la virtuosité des chanteurs et singulièrement des chanteuses, qui nous livrent une performance vocale remarquable. Un spectacle tout public, encore à l'affiche jeudi 30 et vendredi 31 décembre à l'Opéra Grand Avignon.

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Hervé, l’inventeur de l’opérette

Hervé, l'inventeur de l'opérette. En cette période de fêtes, l’Opéra Grand Avignon nous propose, les 29, 30 et 31 décembre, une opérette trop rarement mise en scène Les Chevaliers de la table ronde, du compositeur Hervé. Dans cette perspective, l’Opéra avait organisé, ce samedi 18 décembre, une conférence animée par Simon Calamel afin de présenter la vie et l’œuvre de cet inventeur de l’opérette, ami et rival de Jacques Offenbach sur les scènes parisiennes de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Hervé, l’inventeur de l’opérette
Florimond Ronger dit Hervé / d'après une charge d'André Gill. Source : Gallica
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Cherche piano aqueux pour jouer la truite de Schubert

Cherche piano aqueux pour jouer la truite de Schubert. En cette période de fêtes, l'Opéra du Grand Avignon prend le Parti d'en rire. L'Opéra Grand Avignon nous conviait ce samedi à un récital frappadingue, sur des textes de Francis Blanche et de Pierre Dac, et sur des musiques choisies parmi les plus grands standards du répertoire classique. Jean-François Vinciguerra, accompagné au piano avec malice et virtuosité par Florence Goyon-Pogemberg, nous invite avec ce spectacle loufoque à redécouvrir quelques textes de ces deux maîtres de l'humour absurde, qui animèrent les ondes de la radio et de la télévision d'après-guerre, et qui créèrent ensemble le Parti d'en rire, le parti de tous ceux qui n'ont pas pris de parti. Pierre Dac alla même jusqu'à se déclarer candidat à la présidentielle en 1965. Mais on se souviendra également que Pierre Dac fut aussi la voix de la France sur Radio Londres pendant la guerre. En ces temps troublés, le droit de rire et de faire rire reste un combat toujours d'actualité. Un réjouissant spectacle, volontairement très décalé dans cette enceinte sacralisée de l'Opéra du Grand Avignon, et longuement applaudi par son public.

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Chassez les fantômes par le Collectif ildi ! eldi

Dans ce texte puissant écrit par Hakim Bah, sur une idée originale de Sophie Cattani, en se basant sur les témoignages de nombreux couples franco-africains, l'énonciation même participe à l'expression de cette difficulté existentielle à simplement communiquer : plutôt qu'un dialogue entre les deux amants, il s'agit de la confrontation de deux monologues. Et plus que le récit d'un amour partagé, c'est le récit de deux solitudes parallèles, qui par définition ne pourront jamais se rencontrer. Dirigés par Antoine Oppenheim, qui signe la mise en scène, Sophie Cattani et Nelson Rafaell Madel sont totalement habités par leurs personnages. Ils sont accompagnés en live sur scène par un musicien, Damien Ravnich qui, à la batterie, rythme la scansion par les comédiens de ce texte qui n'est pas sans rappeler parfois le slam par son débit saccadé. Du théâtre comme on l'aime qui, loin d'être donneur de leçons, nous parle avec beaucoup d'autodérision de nos propres faiblesses individuelles, pour aborder finalement avec modestie et délicatesse les grands problèmes de notre société contemporaine. Un spectacle à la fois tragique et drôle. Comme la vie. À ne manquer sous aucun prétexte. Un coup de cœur de Libre Théâtre.

Chassez les fantômes par le Collectif ildi ! eldi
(c) Pauline Le Goff
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La tragédie de Salomé par Les Apaches

La tragédie de Salomé par Les Apaches. ’Opéra Grand Avignon accueillait ce vendredi 3 décembre le spectacle La Tragédie de Salomé, présenté par Les Apaches. Ce groupe interdisciplinaire, créé et dirigé par le jeune chef d’orchestre Julien Masmondet, souhaite favoriser le rapprochement de différents arts (musique, danse, vidéo, poésie...) en créant ainsi de nouvelles formes de concert. La création Loïe de Fabien Touchard introduisait la pièce maîtresse de ce concert, La Tragédie de Salomé de Florent Schmitt, accompagnée d’une création vidéo de Patrick Laffont de Lojo, avec la danseuse Léonore Zurflüh. Ce chef d’œuvre de Florent Schmitt, créé en 1907 sous la forme d’un mimodrame avec notamment la danseuse Loïe Fuller dans le rôle de Salomé, n’avait jamais été rejoué depuis sa création, dans sa forme originale. Avec une formation réduite de vingt musiciens et une soprano, Florent Schmitt compose sept tableaux d’une rare richesse mélodique et d’une étonnante modernité rythmique, illustrant les différents visages de la princesse Salomé. Sous la direction de Julien Masmondet, les jeunes et brillants musiciens des Apaches ont su envoûter la salle de l'Opéra Grand Avignon avec cette succession de tableaux poétiques très évocateurs par leurs multiples couleurs à la fois musicales et picturales.

La tragédie de Salomé par Les Apaches
© Odile Motelet
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Alonzo King : transmuter notre humaine pesanteur en un élan vital

Alonzo King : transmuter notre humaine pesanteur en un élan vital Fusionnant justement musique et chorégraphie, sans qu'il soit possible de décider si la musique accompagne la danse ou si elle la dirige, Alonzo King nous offre avec ces deux pièces de ballet un spectacle multi-sensoriel, débarrassé du pittoresque et de l'anecdote, pour toucher à la poésie pure quand, libérée elle aussi de la description et de la comparaison, elle touche à l'essentiel et au réel sans passer par l'idée concrète et la réalité commune. Les titres respectifs de ces deux pièces de ballet résument d'ailleurs parfaitement la proposition d'Alonzo King. Azoth, c'était pour les alchimistes le nom de l'agent permettant la transmutation du plomb en or. Cette définition pourrait tout aussi bien convenir à l'art du ballet, qui s'applique à transmuter la pesanteur de notre corporalité trop humaine en un élan à la fois formel et spirituel vers une perfection idéale. The Personal Element, par ailleurs, illustre bien cette conception poétique du ballet d'Alonzo King qui, sans imposer au spectateur un langage à décoder et une signification à trouver, lui laisse la liberté de découvrir dans l'émerveillement son propre rapport esthétique à l'art et de donner un sens très personnel au spectacle qui lui est offert.

Alonzo King : transmuter notre humaine pesanteur en un élan vital
© M. Crisostomo
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Emilio Calcagno : un nouveau souffle pour le Ballet de l’Opéra Grand Avignon

Le 1er septembre 2021, Emilio Calcagno a pris ses fonctions comme directeur de la Danse du Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Ce mardi 30 novembre, Claude Morel, vice-président du Grand Avignon délégué aux spectacles vivants, et Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon, avaient organisé à l'Opéra une conférence afin de présenter à la presse le nouveau directeur, avant de lui laisser la parole pour exposer ses projets concernant le corps de ballet, et donner un aperçu de sa première création pour le Ballet de l'Opéra Grand Avignon, Storm. La nomination d’Emilio Calcagno, danseur et chorégraphe d’origine sicilienne, s’est faite au terme d’un appel à candidature et d’auditions par un jury. L’ambition de Frédéric Roels est d'accompagner la mutation du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, d’un ballet néoclassique à vocation régionale en une véritable compagnie pouvant se produire sur des scènes nationales et internationales, avec une esthétique plus contemporaine, plus engagée et plus physique. Emilio Calcagno conserve la direction de sa compagnie Eco, et se consacrera à mi-temps au Ballet de l'Opéra Grand Avignon. Durant la saison 2021-2022, d’autres chorégraphes à la renommée internationale présenteront des pièces inédites, créées pour les danseurs du Ballet de l’Opéra Grand Avignon : Carolyn Carlson, Pontus Lidberg, Kaori Ito, Martin Harriague. Loin de tout confort artistique, les danseurs, qui ont une forte et solide culture classique, seront confrontés à une diversité d’écritures chorégraphiques, et ne sauraient être que stimulés physiquement et intellectuellement par ce fantastique travail de créations.

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Camus, Casarès, une géographie amoureuse

Camus, Casarès, une géographie amoureuse Albert Camus et Maria Casarès se rencontrent le 6 juin 1944 chez Michel Leiris. C’est le début d’une grande histoire d'amour. Mais Albert est marié, et sa femme revient d’Algérie peu après. Les deux amants se séparent et poursuivent leur chemin chacun de leur côté, jusqu’à ce qu'une rencontre fortuite quatre ans plus tard les rassemble à nouveau. La passion est toujours aussi forte, et leur liaison secrète durera pendant des années, avec la même intensité qu'au premier jour, malgré la contrainte de l’éloignement. Pour tenter de combler le manque de l’autre, les amants ne cesseront de s’écrire. Plus de huit cent lettres, publiées en 2017, témoignent de cet amour absolu entre deux personnalités hors-normes. Mais ces lettres nous offrent aussi un éclairage exceptionnel sur la vie intellectuelle et artistique de la France d’après-guerre, avec tous les débats qui l’animent. Cette correspondance ne cessera, le 4 janvier 1960, qu'avec la mort accidentelle de Camus. Teresa Ovidio et Jean-Marie Galey ont sélectionné quelques lettres dans cette abondante correspondance et, avec la collaboration d'Elisabeth Chailloux, qui signe la mise en scène, ils nous proposent un spectacle à la fois riche et bouleversant. Des archives sonores, sortant de vieux transistors, viennent illustrer certains propos. Jean-Marie Galey est un Camus humain, trop humain, brillant dans ses analyses mais plein de doutes. À la fois très admiratif de Maria mais aussi jaloux. Teresa Ovidio incarne une Maria Casarès, solaire, libre, à l’humour mordant. Un passionnant spectacle sur l'histoire d'une passion extraordinaire, porté par des comédiens au sommet. À ne pas manquer.

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Madama Butterfly à l’Opéra Grand Avignon

Dans ce magnifique spectacle, le décor post-apocalyptique et presque lunaire élaboré par Jean-Pierre Laporte fait ressortir avec d’autant plus d’éclat la richesse mélodique et harmonique de la musique de Puccini, superbement interprétée par l’Orchestre national Avignon-Provence sous la direction de Samuel Jean. Parfait accompagnateur sensible des voix, l’orchestre, lors des intermèdes, devient un personnage à part entière, faisant naître, par sa puissance ou sa douceur, de nouvelles émotions. Les interventions du Chœur de l’Opéra sont également poignantes, que ce soit lors de la cérémonie de mariage ou du célèbre « chœur à bouche fermée », entre le deuxième et le troisième acte. Les solistes interprètent leurs rôles avec tout autant d’expressivité et de passion. Ayant dû être remplacée lors des deux premières représentations, Noriko Urata a néanmoins tenu à assurer son rôle lors de la dernière représentation le 16 novembre. Lors du premier acte, elle est une Cio-Cio-San pleine de douceur, et son interprétation de l’air « Sola i rinegatta » est bouleversante. Toujours souffrante, cependant, elle était remplacée au pied levé après l’entracte par Héloïse Koempgen, reprenant avec maestria le rôle titre. Une prouesse qui lui valut l'ovation du public après le célèbre aria « Un bel di vedremo » d'une voix puissante, toute en nuances et en émotions.

Madama Butterfly à l’Opéra Grand Avignon
Photo : Mickael et Cédric Strudio Delestrade
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