Spectacles à la une, actuellement à l’affiche en France ou dans les pays francophones et recommandés par Libre Théâtre

La Femme à qui rien n’arrive de Léonore Chaix

Comment conter l’histoire d’une femme à qui rien n’arrive ? Sur un plateau nu, Léonore Chaix donne vie à une femme solitaire, enfermée dans ses tâches ménagères soigneusement orchestrées et chronométrées, et soumise aux injonctions des appareils connectés qui l’entourent.  Jusqu’au jour où une commande de pommes de terre sur un site internet va faire basculer son univers… Léonore Chaix excelle dans l’art de détourner les mots et de jongler avec les expressions pour évoquer les divagations de cette « antihéroïne », entre poésie et fantastique.  C’est aussi une remarquable comédienne qui interprète à la perfection les bugs de la machine, comme celle des humains.  Un conte absurde sur notre société terriblement déshumanisée.

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Ce qui reste d’un amour de Carlotta Clerici

Ce qui reste d'un amour de Carlotta Clerici. Ils se sont aimés, chacun à leur façon. Puis ils se sont quittés après de nombreux faux départs. Chacun à leur manière, ils ont souffert de cette rupture. Ils se retrouvent, le temps d'une nuit. Rien n'a changé, sauf le canapé qu'elle trouve plus petit. Ils s'aiment encore, tout en sachant que vivre ensemble leur est impossible, tant ce qu'ils attendent l'un et l'autre de l'amour est différent. Lui qui veut préserver sa liberté et elle qui rêve d'un engagement total... et peut-être d'un canapé plus grand. La vie en couple repose souvent sur un malentendu que chacun fait semblant d'ignorer. Une jolie comédie romantique, interprétée par un couple de comédiens très touchants par la fragilité de leurs personnages respectifs. À ne pas manquer à Avignon cet été. Critique de Jean-Pierre Martinez Texte et mise en scène : Carlotta Clerici Interprètes : Thomas Le Douarec, Caroline Devismes

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Le Misanthrope de Molière mis en scène par Thomas Le Douarec

Le propre du classique est d'être indémodable, et tant que l'Homme vivra, Le Misanthrope restera d'une éternelle actualité. Thomas Le Douarec nous en propose ici une version hyper-moderne, en transposant l'action dans le monde des jet-setteurs et des clubbeurs. Mais cette remise à jour, loin d'être une énième provocation un peu gratuite et légèrement sacrilège, souligne bien au contraire la modernité de la langue et du propos de Molière. Car s'il faut respecter les classiques dans l'esprit comme dans la lettre, il faut aussi savoir restaurer une œuvre d'art pour lui redonner tout son éclat d'origine. Cette mise en scène très "rock and Roll" nous rappelle donc à propos qu'avant d'être statufié, Molière était avant tout à son époque un rebelle. Avec cette comédie qui se termine mal, il nous livre un tableau aussi cruel qu'intemporel de la vie en société. On a tous en nous quelque chose du Misanthrope.

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Comédiens ! de Samuel Sené

Comédiens ! de Samuel Sené. Dans le Paris d’après-guerre, à quelques heures de la première, trois comédiens répètent tant bien que mal un vaudeville, en tentant de faire face aux nombreux aléas inhérents au montage d'un spectacle. Mais ce trio à la scène tient aussi à la ville du triangle amoureux, et par une habile mise en abyme, personnages et comédiens vont bientôt se confondre, tandis que la comédie va tourner au drame. Un spectacle mêlant théâtre, chansons et danses, servi par des interprètes aux talents multiples, qui vous feront passer du rire aux larmes.

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Création de l’opéra « Three lunar seas » de Joséphine Stephenson sur un livret de Ben Osborn en mai 2023 à l’Opéra Grand Avignon

Ce jeudi 16 juin 2022 s’est déroulée à l’Opéra Grand Avignon la présentation de "Three lunar seas", une création mondiale qui sera à l’affiche de la prochaine saison lyrique, en mai 2023. Frédéric Roels, directeur de l’Opéra, souhaite avec ces rencontres associer le public aux différentes étapes du processus de création. Ce premier rendez-vous réunissait Frédéric Roels, également metteur en scène de cet opéra, Joséphine Stephenson, la compositrice et Ben Osborn, l’auteur du livret. Pendant deux saisons, la compositrice Joséphine Stephenson est accueillie en résidence à l’Opéra Grand Avignon. Elle a déjà participé à deux productions, "Narcisse", un opéra de chambre commande de l’Arcal, et "Nouveaux rivages", une soirée musicale originale en compagnie de Evergreen et Laura Cahen. Joséphine Stephenson, fille de mélomanes, a joué très tôt du piano et du violoncelle avant d’intégrer le chœur de la Maîtrise de Radio-France. Diplômée d’un Master en composition avec Distinction du Royal College of Music de Londres, elle est régulièrement sollicitée pour des commandes ou des arrangements par Radio-France ou la BBC, tout en collaborant avec des artistes pop. Elle travaille depuis longtemps avec Ben Osborn pour des petits opéras, des chansons ou des œuvres pour chœur.  "Three lunar seas" est leur premier opéra grande forme, fruit d’une collaboration étroite entre les deux artistes, commande de l’Opéra Grand Avignon qui associera les 40 musiciens de l’Orchestre National Avignon-Provence, des danseurs du Ballet de l’Opéra, le chœur de l’Opéra, des chanteurs solistes et des figurants. Cet opéra raconte trois histoires, qui résonnent avec les questionnements du monde contemporain : celle d'un couple de femmes qui s'interrogent sur l'opportunité de donner naissance à un enfant dans un monde si cruel, celle d'un couple plus âgé confronté à des difficultés de communication causées par une maladie, et enfin celle d'une activiste écologiste arrêtée par un gardien alors qu’elle vient de pénétrer dans une usine polluante. Il n’y a pas de morale à ces histoires, qui visent plutôt à susciter des interrogations, en nous laissant libres des réponses à y apporter.

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Spectacle exceptionnel à l’Opéra Grand Avignon avec Faune de Pontus Lidberg et la création Who dreams us ? de Carolyn Carlson

Faune de Pontus Lidberg débute par un prologue sans musique. Dans une atmosphère joyeuse et insouciante, les cinq danseurs s’adonnent à divers jeux d’enfants. Les premières notes du Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy résonnent enfin, et les mouvements fluides des danseurs épousent les arabesques chromatiques de la partition. Les danseurs poursuivent leurs jeux tout en échangeant leurs vêtements dans une gracieuse ondulation des corps. Tour à tour, chaque danseur va occuper le devant de la scène, jusqu’à ce que l’un d’entre eux découvre sa différence. Cette pièce lumineuse sur l’acceptation de soi-même est brillamment interprétée par cinq danseurs du Ballet de l’Opéra d’Avignon. Elle s’achève sur un dernier tableau évoquant la paix des corps et des âmes. Un symbolisme qui donne à cette œuvre une portée optimiste, bienvenue en ces temps troublés. Who dreams us ? de Carolyn Carlson - Photo : Cédric/Mickael Studio Delestrade Photographes Avignon Provence Who dreams us ? de Carolyn Carlson, composé pour les dix danseurs du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, est une réflexion sur le rêve et la réalité, entre représentation intime et inconscient collectif, inspirée de L’Analyse des rêves de Carl Jung. À partir des improvisations des danseurs, Carolyn Carlson compose ainsi pour nous une œuvre fascinante, créant pour chaque tableau un univers onirique particulier avec une gestuelle et des mouvements singuliers, souvent hypnotiques, et d’une grande beauté plastique, magnifiés par les lumières de Guillaume Bonneau et les musiques originales de Nils Frahm, Phillip Jeck et Aleksi Aubry Carlson. Dans la composition et les mouvements, ces tableaux animés, non dénués d’humour, exploitent aussi avec ingéniosité les codes du langage pictural et cinématographique, en jouant sur le hors-champ lors des entrées et des sorties, ou encore sur la profondeur de champ, par exemple lorsque l'un des danseurs court longuement en faisant du surplace (motif récurrent dans l'imaginaire du rêve), tout en se rapprochant lentement des spectateurs comme s'il s'agissait d'un travelling. Un spectacle exceptionnel à ne pas manquer. En cette fin de saison, il convient de saluer l’audace d’Emilio Calcagno, directeur de la Danse du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, et l'engagement de tous les danseurs du Ballet de l’Opéra d’Avignon, au service de cette diversité d’écritures chorégraphiques qui ont été proposées cette année.

Spectacle exceptionnel à l’Opéra Grand Avignon avec Faune de Pontus Lidberg et la création Who dreams us ? de Carolyn Carlson
Who dreams us ? de Carolyn Carlson -
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Byba Youv la sorcière qui rêvait d’être une chèvre par la Compagnie DERAÏDENZ

Byba Youv la sorcière qui rêvait d'être une chèvre par la Compagnie DERAÏDENZ. On connaissait déjà le petit poisson et le petit oiseau qui s'aimaient d'amour tendre, mais comment s'y prendre quand on est une sorcière et qu'on est amoureuse d'un bouc... à part se transformer en chèvre. Le problème c'est qu'avec le temps, en tout cas le temps des horloges, tout s'en va, y compris les superpouvoirs de transformation des sorcières qui ne sont déjà plus dans la fleur de l'âge. Il y a les spectacles pour enfants, et il y a les spectacles de Deraïdenz. Encore une fois, cette compagnie de théâtre et de marionnettes avignonnaise émerveille les petits comme les grands en ne lésinant pas sur les "effets spéciaux"... entièrement fabriqués maison dans leurs ateliers de La Barthelasse. Un spectacle pour enfants, à la fois drôle et poétique, que les parents aussi auront plaisir à voir. À ne pas manquer.

Byba Youv la sorcière qui rêvait d’être une chèvre par la Compagnie DERAÏDENZ
Photo de Plateau : Serge Gutwirth
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Le Navire Night de Marguerite Duras mis en scène par Frédéric Fage

Le Navire Night : la périlleuse traversée de l'amour à travers les écueils de la nuit. Au plus profond de la nuit, un homme et une femme se parlent au téléphone. Ils ne se connaissent pas. Une ligne téléphonique les a réunis par hasard, et de ce hasard va naître une grande histoire d’amour. Au fil des ans, cette relation évoluera. Mais ils ne se rencontreront jamais. Dès les premières phases, le spectateur est plongé dans l’univers de Duras, sa langue, son rythme et surtout ses silences. Par de subtiles jeux de lumières et de voilages, le metteur en scène Frédéric Fage nous embarque dans un voyage inédit vers de nouveaux rivages amoureux. Maroussia Henrich et Lorenzo Buttigieg « incarnent » ces voix : les personnages s’effacent derrière les mots. Ils ne sont souvent que des silhouettes. Ils ne dialoguent pas mais sont les narrateurs de leur propre histoire, réelle ou fantasmée. La musique de Mathieu Rulquin, remarquablement interprétée au piano par Roland Conil, entre en résonance avec la mélodie durasienne, se nourrissant de ces silences entre deux appels. Un spectacle à ne pas manquer pour les amoureux de Marguerite Duras.

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« Faune » de Pontus Lidberg et « Who dreams us ? » de Carolyn Carlson à l’Opéra Grand Avignon

C’est un événement exceptionnel qui se déroulera les 11 et 12 juin à l’Opéra Grand Avignon : la création mondiale d’une nouvelle pièce de Carolyn Carlson pour le Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Elle sera précédée d’une chorégraphie de Pontus Lidberg, hommage à l’Après-midi d’un faune de Nijinski. Lors d’une conférence de presse, les deux artistes, qui se rencontraient pour la première fois, ont présenté le travail en cours avec le ballet d’Avignon. Pour ces deux pièces, les répétitions en studio ont duré cinq semaines, réparties sur l’ensemble de l'année. Les premières répétitions sur le plateau commencent cinq jours avant la première représentation. Le travail de lumière sur les deux spectacles est réalisé par Guillaume Bonneau, qui assurera ainsi le lien entre ces deux univers chorégraphiques. L’Après-midi d’un faune de Nijinski est une pièce emblématique de l’histoire de la danse. Avec Faune, dansé également sur la musique du Prélude à l'après-midi d'un faune de Claude Debussy, Pontus Lidberg s’inspire de la figure libre et charismatique de Nijinski en livrant une réflexion sur l’acceptation de soi-même. Le chorégraphe suédois reprend la pièce créée par sa compagnie en 2011 et qui l’a fait connaître lors du Festival Fall For Dance au New York City Center. Il nous livre ici une nouvelle version, pour cinq danseurs, trois hommes et deux femmes. Who dreams us de Carolyn Carlson, composé pour les dix danseurs du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, est une réflexion sur le rêve et la réalité, entre intime et universel, inspirée de L’Analyse des rêves de Carl Jung. La pièce est le fruit d’un travail autour des improvisations des danseurs. Les musiques originales ont été créées par Nils Frahm, Phillip Jeck et Alexsi Aubry Carlson. Pontus Lidberg a tenu à saluer le « monument vivant » que représente Carolyn Carlson, qui entre à l’Académie des beaux-arts et sera officiellement intronisée mercredi 15 juin 2022. La conférence de presse était suivie par une répétition publique de Faune. Pour la première fois, l’Opéra Grand Avignon ouvrait ses portes au public, à l’occasion d’une séance de travail sur le plateau. Un public conquis par cette première, qui a permis de lever une partie du voile sur le travail phénoménal que représente la réalisation esthétique d’un mouvement... quand il s'agit de réaliser un geste aussi trivial que celui de remonter un pantalon. La beauté et la poésie des quelques enchaînements présentés sur la musique de Debussy laissent présager un moment exceptionnel de grâce sur la scène de l’opéra, samedi et dimanche prochains.

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Les Raisins de la colère par la Compagnie Sea Art

Les Raisins de la colère par la Compagnie Sea Art. Comment donner vie de façon crédible sur la scène d'un théâtre à une telle épopée, portée à l'écran en 1940 par John Ford dans un grand film hollywoodien de plus de deux heures ? La réponse apportée par Xavier Simonin, l'homme-orchestre de ce spectacle, est simple : jouer à lui tout seul tous les rôles. À la fois adaptateur, metteur en scène et unique comédien, Xavier Simonin réussit son pari en revenant tout simplement au texte magistral de Steinbeck, sans se perdre dans une tentative forcément désespérée de proposer un remake théâtral du film. Il fallait cependant pour relever ce défi un conteur hors norme. En véritable démiurge, Xavier Simonin parvient dès les premières minutes, en modulant sa voix, ses intonations et sa gestualité, à faire surgir et à faire vivre devant nous les personnages hauts en couleur et en émotions de Steinbeck, et à nous jeter en compagnie de Tom Joad sur la route 66 vers cette Californie rêvée qui tournera au cauchemar, avant un éveil salutaire de la conscience qui seul pourra sauver le monde de l'apocalypse. Un sujet qui, on l'aura compris, reste plus que jamais d'actualité.Il serait injuste, cependant, d'oublier la dimension visuelle et surtout musicale de ce spectacle, qui ajoute à la prouesse de ce conteur exceptionnel une profondeur poétique et quasi hypnotique. L'histoire de l'Amérique, en effet, est indissociable de celle de sa musique. De toutes ses musiques. Il s'agit plus particulièrement ici de cette musique folk à laquelle Woody Guthrie, avec le début des protest songs, confère une dimension politique. Accompagnant le conteur, Claire Nivard et Glenn Arzel nous permettent de réentendre les sonorités de l’American roots music, en interprétant magistralement sur scène avec leur comparse Stephen Harrison des standards mais aussi leurs propres créations, à partir du texte original de John Steinbeck.Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte, et un véritable coup de cœur de Libre Théâtre.

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