Spectacles qui sont ou ont été à l’affiche. Certains de ces spectacles font l’objet de recommandations de Libre Théâtre.

Deux frères de Fausto Paravidino

Quelque chose de Tennessee Williams dans cette comédie tragique mettant en scène deux jeunes paumés et la femme forcément fatale qui, à ses dépens, vient perturber leur relation fraternelle trop fusionnelle. Les personnages de ces deux frères un peu frustes et très immatures sont superbement interprétés par des comédiens totalement engagés dans leurs rôles, à la manière de l'Actors Studio, et leur tentatrice un peu trop naïve, mettant en péril leur relation dominant-dominé, est incarnée également par une excellente comédienne. Mention spéciale cependant à Tigran Mekhitarian, qui dans cette pièce, par son animalité et sa violence à fleur de peau, nous rappelle parfois le jeune Brando du Tramway nommé désir.

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Sonoma de Marcos Morau

Nous avons tous en tête le tableau mouvant de ces bancs de poissons ou de ces nuées d'oiseaux dessinant ensemble dans la mer ou dans le ciel des formes graphiques et toujours changeantes. Qui dirige ces étranges chorégraphies collectives, parfaitement réglées, qui ne semblent pourtant pas avoir de chorégraphe autre que le groupe lui-même ? Et quel est véritablement l'objet de ces mystérieux ballets ? C'est l'image et la question qui viennent au spectacle de ces huit femmes dansant leur vie au rythme primitif des tambours, comme une seule entité, se séparant parfois pour mieux se retrouver et célébrer leur solidarité existentielle. De la crucifixion à la danse, Sonoma est aussi le récit mythique d'une possible libération. Comme Buñuel, c'est aux sources du folklore que Marcos Morau va puiser l'inspiration de ce spectacle hypnotique, composé de tableaux animés en noir et blanc ou faits d'ombres et de lumières. Une performance et une expérience extraordinaires, menées au rythme des tambours battant comme un seul cœur, et qui à la fin feront se lever toute l'assistance comme un seul Homme pour applaudir debout ces huit femmes.

Sonoma de Marcos Morau
(c) Christophe Renaud de Lage / Festival d'Avignon 2021
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Le Ciel, la Nuit et la Fête – Le Tartuffe, Dom Juan, Psyché

Avignon renoue avec l’esprit de Jean Vilar en invitant l’incroyable compagnie du Nouveau Théâtre Populaire. Cette troupe rend le plus bel hommage qui puisse être au fondateur du Festival en mettant en action sa définition de l’événement : « le ciel, le peuple, le texte, la nuit, la fête ».

Le Ciel, la Nuit et la Fête – Le Tartuffe, Dom Juan, Psyché
LE CIEL LA NUIT LA FETE - DOM JUAN Texte Moliere, Mise en scene Emilien Diard Detœuf, Lumiere Thomas Chretien, Musique Bravo Baptiste, Son Lucas Lelievre, Costumes Zoe Lenglare, Manon Naudet, Accessoires Pierre Lebon Maquillages et coiffures Pauline Bry, Collaboration artistique Lola Lucas, Avec Pauline Bolcatto, Valentin Boraud, Julien Campani, Philippe Canales, Baptiste Chabauty, Leo Cohen Paperman, Emilien Diard Detœuf, Clovis Fouin, Elsa Grzeszczak, Lazare Herson Macarel, Frederic Jessua, Morgane Nairaud, Antoine Philippot, Loic Riewer, Julien Romelard, Claire Sermonne, Sacha Todorov.
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La Cagnotte d’Eugène Labiche par la Compagnie La Bigarrure

Quelques notables de province, qui ont constitué une cagnotte à l'occasion des parties de cartes qui constituent leur seule distraction, décident d'aller la dépenser ensemble à Paris. Mais ils sont peu familiers des mœurs et travers de la capitale, et le voyage va tourner au cauchemar. Tous les ressorts du théâtre de boulevard sont mis à contribution pour mener cette intrigue tambour battant. Labiche campe à merveille pour s'en moquer ces personnages de petits bourgeois aussi mesquins que naïfs. Les intermèdes chantés, accompagnés sur scène en musique par les comédiens eux-mêmes, complètent agréablement ce spectacle sympathique qui nous permet de redécouvrir le théâtre de Labiche. Pour tous publics.

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4.48 Psychose de Sarah Kane avec Cécile Fleury

Monologue coup de poing, 4.48 Psychose nous invite à un voyage sans retour au bout de l’enfer de la dépression. Sarah Kane met en mots dans un langage à la fois hypnotique et poétique ses propres souffrances, en faisant de cette pièce non pas une thérapie, mais un moment de partage intime avec chaque spectateur. Les monologues intérieurs tourmentés alternent avec les difficiles échanges entre la jeune femme psychotique et son thérapeute. Sarah Kane se pendra peu de temps après l’écriture de ce texte prémonitoire, qui annonçait son inéluctable suicide avec une précision terrifiante... à 4 heures 48 très précisément. Cette pièce est donc à la fois un témoignage et une lettre d'adieu.   La très belle mise en scène d’Yves Penay et le fantastique travail de lumières d’Elias Attig subliment ce texte radical en lui conférant la théâtralité nécessaire. Mais c’est surtout l'extraordinaire performance de Cécile Fleury qui nous bouleverse par son engagement total, à la fois physique et psychique, pour incarner ce personnage tragique tour à tour désespéré et révolté mais toujours poignant. Ce coup de poing est donc aussi un coup au cœur. Et en l'occurrence un coup de cœur. Vous ne sortirez pas indemne de ce spectacle.

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Proudhon modèle Courbet de Jean Pétrement

En 1855, Gustave Courbet donne les derniers coups de pinceau à son célèbre tableau «L’Atelier», qu’il veut présenter à l’Exposition universelle. Risquant un nouveau refus de l’administration des Beaux-Arts, il envisage d’organiser une exposition personnelle, en marge de ce grand événement, pour préserver son indépendance tout en dénonçant l’académisme de l'art officiel. C'est cette œuvre majeure de Courbet qui sert de toile de fond à la pièce de Jean Pétrement. L'auteur imagine une rencontre dans l'atelier du peintre entre Courbet et son ami Proudhon, le peintre tentant de convaincre ce théoricien du socialisme libertaire de l’aider à mettre sur le papier le manifeste de la peinture réaliste qu'il a en tête. S'ils partagent les mêmes idéaux sociaux, leurs idées sur l'art comme sur la politique, et surtout leurs conceptions de la vie divergent. Loin d’être hagiographique, la pièce montre aussi les limites de ces deux grands hommes, notamment grâce aux interventions de deux personnages secondaires, Georges, un braconnier aux idées conservatrices, et Jenny, qui met en lumière le discours réactionnaire de Proudhon envers les femmes. Une joute verbale superbement mise en scène entre l'artiste créateur et rabelaisien qu'est Courbet, et l'austère penseur humaniste mais néanmoins misogyne qu'est Proudhon. Les dialogues sont percutants, souvent drôles, et ils sont servis par des interprètes remarquables. Un spectacle à ne pas manquer.

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Alice, Mademoiselle Cinéma de Caroline Rainette

Les inventeurs du cinéma ne sont pas seulement ceux qui ont créé les procédés permettant de projeter sur un écran des images animées. Ce sont aussi ceux qui, au-delà d'une simple exploitation spectaculaire et documentaire de cette curiosité technique, ont eu l'idée d'utiliser ce nouveau média pour raconter des histoires en images. Alice Guy fut de ceux-là, en écrivant, réalisant et produisant plus de 1000 films de fiction, tant en France qu'aux États-Unis. Comme souvent, nombreux sont les hommes pouvant prétendre au titre d'inventeur. Comme toujours, l'histoire se charge d'escamoter les femmes du palmarès. Ce spectacle, tout en nous racontant la passionnante histoire de la naissance du cinéma, vise à réparer une injustice en mettant en lumière toute la place qu'eut Alice Guy dans l'avénement du septième art. À voir au Théâtre des Lucioles.

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Allons Enfants ! par la Compagnie Les Épis Noirs

Une comédie musicale racontant l'histoire de France depuis le Big Bang jusqu'à la Révolution, il fallait oser. La Compagnie Les Épis Noirs relève le défi avec succès en nous proposant un spectacle très enlevé, alternant des parties musicales chantées avec des intermèdes d'un humour potache complètement assumé. L'ensemble, cependant, est très documenté d'un point de vue historique, et le point de vue humaniste adopté rend aussi la proposition sympathique. Surtout, on est impressionné par le métier et l'énergie déployée par ces quatre filles et ces trois garçons très attachants. Ils savent tout faire : danser, chanter, jouer d'un instrument et jouer la comédie. Aucune bande son dans ce spectacle. Tout est joué et chanté en live. L'ensemble de la troupe déborde d'un enthousiasme communicatif. Un spectacle tout public.

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Flagrant déni d’après Guy de Maupassant avec Alain Payen

Avec pour fil rouge le destin d'un juge de paix, depuis ses débuts en Normandie jusqu'à sa consécration à Versailles, Flagrant déni nous raconte une série d'affaires judiciaires tragi-comiques, comme les tribunaux en voient tant, mais qui ne prennent toutes leurs saveurs que sous la plume d'un immense écrivain quand son texte est interprété par un grand comédien. Alain Payen se démultiplie en incarnant tous les rôles, et parvient à leur donner vie sous nos yeux par quelques mimiques, en jouant à merveille de la façon de parler et des accents des personnages très nombreux et très divers qu'il interprète. Chacun des prévenus ressortira libre du tribunal après s'être expliqué de plus ou moins bonne foi sur ses forfaits aussi pathétiques que drôlatiques. Le juge, lui, finira vieux garçon, sur un malentendu avec un amour de jeunesse. Un très beau spectacle.

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No limit de Robin Goupil

En pleine guerre froide, des bombardiers américains reçoivent par erreur l'ordre d'aller larguer leurs bombes nucléaires sur Moscou. Pour éviter toute tentative d'interférence ennemie, passé un point de non-retour, tout contrordre est impossible. Comment dès lors empêcher que cette tragique méprise n'entraîne une conflagration générale qui aboutirait immanquablement à la fin du monde ? C'est sur ce canevas que Robin Goupil, auteur et metteur en scène, brode l'intrigue de cette comédie burlesque, qui rappelle avec bonheur l'univers loufoque du collectif ZAZ (Zucker, Abraham et Zucker, scénaristes et réalisateurs d'une série de films parodiques initiée avec Y-t-il un pilote dans l'avion ?). Tous les ressorts du comique sont mis à profit par cette troupe de neuf comédiens pour mener à bien ce raid théâtral rythmé par des explosions de rire. Une comédie chorale très bien ficelée et superbement interprétée. On a rarement l'occasion de voir sur scène autant de comédiens à la fois. On sent que ce collectif est animé par un esprit de troupe, et ça fait du bien. Surtout quand cette joyeuse bande ne se donne... aucune limite. Un spectacle tout public.

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