A l’affiche

Spectacles qui sont ou ont été à l’affiche. Certains de ces spectacles font l’objet de recommandations de Libre Théâtre.

Cabosse ou la particularité de Fanny Corbasson

Spectacle vu le 13 mai 2023 au Théâtre de la Porte Saint Michel

Le paradoxe de la norme, et de la tyrannie qu’elle exerce sur chacun de nous, c’est que la norme n’existe pas. Ce que la société nous présente comme la norme relève en réalité d’un idéal auquel se comparer et vers lequel tendre en se conformant à tous les préceptes de… la société elle-même. Et notamment de la société de consommation. La norme n’est donc finalement que l’ultime instrument social de la soumission volontaire.
Avec ce seule-en-scène, Fanny Corbasson nous raconte l’histoire de sa « particularité », qu’enfant elle ne perçoit d’abord pas comme un réel handicap, mais que le miroir social s’attache à lui renvoyer comme une « monstruosité », dont la médecine se propose de la délivrer. Avec plus ou moins de succès d’ailleurs. Le spectateur se reconnaît d’autant mieux dans ce personnage cabossé que sa difformité, loin de sauter aux yeux, est plutôt de l’ordre du complexe soigneusement fabriqué et entretenu par le jugement social. Et ce n’est qu’en changeant son regard sur elle-même que cette enfant puis cette femme en devenir, comme dans un conte de fée, finira libérée… et délivrée.
Un spectacle émouvant sur la différence qui constitue l’identité de chacun de nous, et donc sur l’acceptation de nous-même qui seule nous permettra de vivre pleinement notre vie d’adulte.

Critique de Jean-Pierre Martinez

Ecriture : Fanny Corbasson
Mise en scène : Gilles Droulez
Direction d’acteur : Françoise Dasque
Scénographie et lumière : Denis Guex
Distribution : Fanny Corbasson
Illustrations : Nathalie Roulet

Du 7 au 29 juillet 2023 à 11h25
Au Théâtre de la Porte Saint Michel
23 rue Saint-Michel, Avignon

Comme il vous plaira, mis en scène par Léna Braban

Spectacle vu à La Scala Provence, le 3 mai 2023

Photo : François Fonty

Bannie de la cour, la belle Rosalinde se réfugie dans une forêt, travestie en homme. Elle y rencontrera l’amour… Tel est en une ligne l’argument de cette comédie de Shakespeare, célèbre notamment pour son monologue proclamant que « la vie est un théâtre ». Comme toujours avec Shakespeare, tout autant que l’intrigue somme toute assez classique de cette comédie de travestissement, c’est la truculence de la langue, très bien rendue dans cette traduction, qui fait le charme de la pièce.

Avec cette mise en scène très rock and roll, Léna Bréban (qui joue aussi le personnage de Célia), nous offre un réjouissant spectacle, en s’appuyant principalement sur le talent et l’enthousiasme communicatif des comédiens, semblant animés par un esprit de troupe comme à l’époque du grand William. On ne pourra s’empêcher cependant de saluer tout particulièrement la performance de Barbara Schulz, qui incarne une Rosalinde pétillante et espiègle, galvanisant l’ensemble de ses partenaires de jeu et avec eux son auditoire. Un spectacle à ne pas manquer.

Critique de Jean-Pierre Martinez

Auteur William Shakespeare
Adaptateur Pierre-Alain Leleu
Metteur en scène Léna Bréban

Avec
Barbara Schulz,
Léna Bréban en alternance avec Rachel Arditi,
Lionel Erdogan,
Pierre-Alain Leleu,
Éric Bougnon,
Juliette Mayer-Michalon,
Adrien Urso,
Adrien Dewitte et Jean-Paul Bordes

Scénographie Juliette Azzopardi assistée de Jean-Benoit Thibaud
Costumes Marion Rebmann
Lumières Denis Koransky
Sons/arrangements Victor Belin et Raphaël Aucler
Coach Vocal Dominique Martinelli 
Collaboratrice artistique Axelle Masliah 

 

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Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau

Adaptation et Mise en scène : Patrick Valette
Interprétation : Dorothée Hardy

Spectacle vu au Verbe Fou le 28 avril 2023

La relation trouble entre la bourgeoisie et sa domesticité a inspiré de très nombreuses œuvres littéraires, théâtrales, cinématographiques ou audiovisuelles. Il n’est que de citer L’amant de Lady ChatterleyLes bonnes, ou Downtown Abbey. Cette dialectique du maître et de l’esclave, affranchi mais toujours aliéné, est en effet à la fois tragique, complexe et ambiguë. Car au-delà de la violence symbolique et physique, comme dans le célèbre syndrome de Stockholm, l’esclave peut en arriver à chérir son maître voire à l’aimer passionnément. Quoi qu’il en soit, depuis l’abolition de l’esclavage, la domesticité représente le versant intime de l’aliénation du prolétariat. 

Avec Le journal d’une femme de chambre, cependant, Octave Mirbeau nous offre une version relativement optimiste de la lutte des classes. Célestine, cabossée par cette vie de soumission au service de ses différents maîtres, finira par trouver l’amour et ouvrir un café, en devenant ainsi son propre patron. Le journal d’une femme de chambre, c’est donc en quelque sorte L’assommoir qui se terminerait bien. Dans cette adaptation pour la scène par Patrick Valette du roman de Mirbeau, Dorothée Hardy incarne avec passion ce personnage lumineux, et nous donne à entendre à la perfection le propos de l’auteur. Tour à tour espiègle et bouleversante, elle nous livre de façon très convaincante et très émouvante cette sublime histoire de résilience. À ne pas manquer.

Critique de Jean-Pierre Martinez

Au Festival OFF à Avignon
Du 7 au 29 juillet 2023 à 17h30
au Verbe Fou, 95 rue des Infirmières, Avignon
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Retrouvez tout le Théâtre d’Octave Mirbeau sur Libre Théâtre

Respire de Sophie Maurer

Spectacle vu à la Scala-Provence le 13 avril 2023

Dans le couloir d’une maternité, une mère parle à sa fille qui vient de naître, et qui a dû être placée sous respirateur artificiel. Pendant une nuit entière, elle va l’exhorter à choisir la vie. Malgré la difficulté à respirer dans un monde devenu… irrespirable ? Cette mère courage n’élude aucun des problèmes auxquels sa fille se trouvera confrontée dans cet univers impitoyable. Au fil des heures pourtant, à mesure que l’espoir s’amenuise, son discours se fait plus lumineux.

Accompagnée par le musicien Bruno Ralle, qui parvient à créer au clavier et à  la guitare une atmosphère sonore tour à tour enveloppante ou angoissante, Romane Bohringer incarne avec passion ce personnage de mère héroïque créé par Sophie Maurer. Sur la scène, elle devient cette femme à la fois fantasque, déterminée, et poignante. Sa proximité avec le public permet le partage de toutes les émotions qui la traversent, sans jamais verser dans la sensiblerie.

Un spectacle bouleversant, mais dont on sort finalement réconforté.

Critique de Ruth Martinez

Romane Bohringer (c) Karine Letellier

Texte : Sophie Maurer
Mis en scène : Panchika Velez
Avec Romane Bohringer et Bruno Ralle
Scénographie et lumières : Lucas Jimenez
Musique : Baloo Productions
Collaboration artistique : Mia Koumpan 

 

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Prénom Nom de Guillaume Mika

Spectacle vu le 12 avril 2023 au Théâtre des Halles, Avignon

La plupart d’entre nous apprendrons déjà avec ce spectacle jubilatoire et pédagogique l’existence bien réelle et les étranges mœurs du tardigrade, un micro-organisme très ancien et très primitif, ayant notamment la faculté de se mettre en état de mort apparente et d’hibernation pour faire face à un stress occasionnel ou à des conditions de survie difficiles. Ce curieux animal a inspiré à Guillaume Mika une fable drolatique sur l’évolution de l’homme, avec son nécessaire et problématique passage par l’état larvaire de l’adolescence. Raconter trop en détail l’histoire de cette expérience théâtrale serait divulgâcher la pièce. Disons seulement qu’il s’agit en quelque sorte, dans cette comédie à la fois scientifique et symbolique, du monstre de la Métamorphose de Kafka à qui Ionesco ferait La Leçon. L’auteur et metteur en scène joue aussi un rôle dans la pièce aux côtés de la pétillante Heidi-Eva Clavier. On saluera également la performance d’Adalberto Fernandez Torres qui, en interprétant ce rôle muet de tardigrade géant, nous livre un incroyable numéro de contorsionniste.

Un spectacle tout public à ne pas manquer.

Critique de Jean-Pierre Martinez

Photographie © Alexis Boullay

Écriture, mise en scène Guillaume Mika 

Avec Heidi-Eva Clavier, Adalberto Fernandez Torres, Guillaume Mika 

Collaboration artistique et dramaturgique Samuel Roger, 
Scénographie et accessoires Mathilde Cordier,
Lumière et régie générale Léo Grosperrin
Costumes Aliénor Figueiredo assistée de Julie Cuadros,
Vidéo Valery Faidherbe,
Musique Vincent Hours,
Consultant biologie Arthur Tremerel,
Consultant tardigrade Cédric Hubas, 
Chorégraphie Violeta Todo-Gonzalez

 

Compagnie des Trous dans la Tête

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L'Oiseau de feu et Boléro par le Ballet de l'Opéra Grand Avignon

Spectacle vu à l’Opéra Grand Avignon le 6 avril 2023

L'Oiseau de feu

Studio Delestrade Cédric/Mickael Photographes

Loin de l’argument du conte ayant inspiré le ballet originel de Stravinsky, mais en cohérence avec lui, Edouard Hue nous propose une interprétation très psychanalytique de ce récit initiatique, la quête de l’Oiseau de Feu devenant une quête existentielle.

Il met pour cela en œuvre l’opposition plastique entre les ténèbres et la lumière, et celle du noir et de la couleur, pour symboliser le passage de l’inconscient à la conscience, et le surgissement progressif de l’identité au milieu de l’indistinction collective. 

 

Au centre de ce récit d’émergence de l’identité à travers celle de la conscience, un être à la fois unique et très ordinaire se meut avec difficulté, tantôt entravé et tantôt porté par les forces obscures qui l’entourent, à la fois démons et anges gardiens. De cette noirceur surgit parfois un bleu foncé moins profond que le noir, avant l’apparition fantastique et fugace de la couleur sous la forme d’un voile multicolore.

Au final, l’avénement de l’identité chez cet être en devenir semble réveiller en lui la mémoire de ceux qui l’ont précédé et la prémonition de ceux qui le suivront dans ce voyage mythique de l’inconscient vers la conscience collective.

Un ballet très graphique et d’une grande portée symbolique.

Boléro

Studio Delestrade Cédric/Mickael Photographes

Sur une interprétation très contemporaine aux accents électroniques de la musique de Ravel, ce deuxième ballet d’Hervé Koubi nous propose un récit aux antipodes du premier tant par sa dimension esthétique que par son propos symbolique. 

C’est cette fois un blanc virginal qui domine, pour des costumes tendant à une indifférenciation relative des sexes, même si des voiles en transparence soulignent discrètement la féminité des danseuses par rapport aux danseurs couverts de jupes. 

Dans une lumière à peine voilée elle aussi, ces personnages d’abord asexués semblent peu à peu découvrir la sensualité et l’exultation des corps, avant de célébrer la vie et de faire l’expérience de la mort. Pour enfin renaître à l’existence.

Un ballet dépourvu de tout le folklore espagnol entourant l’œuvre originale. Une ode à la vie et à la sensualité.

Deux œuvres exceptionnelles pour un programme unique, portées avec virtuosité par l’excellent Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Un magnifique spectacle, à ne manquer sous aucun prétexte.

Critique de Jean-Pierre Martinez

L’Oiseau de feu, pièce pour 14 danseurs 

Chorégraphie : Edouard Hue 
Musique : Igor Stravinsky 
Costumes : Sigolène Pétey réalisés dans les Ateliers couture de l’Opéra Grand Avignon 
Lumières : Arnaud Viala 
Assistant artistique : Rafaël Sauzet 

Boléro, pièce pour 12 danseurs 

Chorégraphie et lumières : Hervé Koubi 
Musique :  Maurice Ravel 
Costumes :  Guillaume Gabriel réalisés dans les Ateliers couture de l’Opéra Grand Avignon 
Composition électronique :  Maxime Bodson et Guillaume Gabriel 
Arrangements musicaux :  Guillaume Gabriel 
Assistants :  Morgane Rabadan, Fayçal Hamlat 

Ballet de l’Opéra Grand Avignon

Directeur de la danse : Emilio Calcagno
Maîtresse de ballet : Brigitte Prato
Régisseur de ballet : Michele Soro

Danseuses :
Lucie-Mei Chuzel, Béryl De Saint Sauveur, Aurélie Garros, Anastasia Korabov-Botalla,  Marion Moreul (apprentie), Ebony Murray, Veronica Piccolo

 

Danseurs :
Arnaud Bajolle, Sylvain Bouvier, Allan Gereaud (apprenti), Joffray Gonzalez, Kiryl Matantsau, Léo Khébizi, Ari Soto

 

Lien vers le site web de l’Opéra Grand Avignon

 

Festival d'Avignon 2023 : Faire d’Avignon le café lumineux d’une Europe réinventée

Le 5 avril à la FabricA, Tiago Rodrigues, nouveau Directeur du Festival d’Avignon, a dévoilé avec enthousiasme et humour la programmation de la 77ème édition, qui s’inscrit dans la tradition du Festival, alliant exigence dans la création et démocratisation de l’accès au théâtre. 

L’hypersensibilité des artistes envers la vulnérabilité humaine, et leur capacité à nourrir l’imaginaire en proposant des relectures fictionnelles de la réalité, sera le fil rouge de ce programme foisonnant et très séduisant. À travers les différents spectacles présentés, dont plus de la moitié sont portés par des femmes, c’est un projet politique qui se dessine pour rendre compte de la complexité du monde et combattre les simplifications dangereuses des discours populistes. La diversité, d’ailleurs, sera sur scène mais aussi dans le public, avec notamment le projet « Première fois », invitant, entre autres, 5000 jeunes de toute la France à découvrir le théâtre lors de ce Festival.

Les deux premiers spectacles sont symboliques de cette ligne de programmation : la déambulation-performance G.R.O.O.VE de la talentueuse chorégraphe Bintou Dembélé à l’Opéra Grand Avignon, et la pièce Welfare de Julie Deliquet, récit d’une journée dans un centre d’aide sociale présenté dans la Cour d’honneur du Palais des Papes.

Avignon se veut plus que jamais un festival polyglotte, avec désormais l’invitation chaque année d’une langue étrangère porteuse d’histoires culturelles variées mais aussi d’innovations. En 2023, la langue anglaise sera à l’honneur. Les dramaturges britanniques Tim Crouch, Alistair McDowall et Alexander Zeldin sont notamment programmés. L’Addition de Tim Etchells, une performance qui s’annonce drôle et explosive, sera présentée en itinérance autour d’Avignon. On retiendra aussi la pièce re-créant le débat entre l’écrivain James Baldwin et le conservateur William Buckey : « le rêve américain n’existe-t-il qu’aux dépens du Noir américain ? ». Trois concerts sont également prévus, en partenariat avec le festival du Printemps de Bourges : des artistes français ré-interpréteront trois albums en anglais de David Bowie, Lou Reed et Neil Young.

L’engagement écologique du Festival continue pour diminuer l’impact énergétique de cette fête du théâtre. Il s’inscrit dans plusieurs spectacles qui tentent de renouer le lien avec le vivant. On citera l’épopée romanesque Que ma joie demeure de Clara Hédouin d’après Jean Giono, une expérience théâtrale et sportive autour de Pujaut qui débutera à 6h du matin, Paysages Partagés, une invitation de 7 artistes partageant leur vision du paysage toujours autour de Pujaut, mais aussi Le Jardin des délices de Philippe Quesne, qui marque le retour dans la mythique carrière de Boulbon.

Le Festival est aussi une fête civique avec de multiples débats et dialogues, organisés cette année au Café des Idées, au cloître Saint-Louis. Avignon est une ville de cafés et de terrasses : l’objectif est de faire du Festival le grand café lumineux d’une Europe qui a besoin de rêver. 

Avec des jauges plus importantes et des séries plus longues, plus de 12 000 places  supplémentaires sont proposées par rapport à 2022. La billetterie du site internet sera ouverte cette année dès le 7 avril à partir de 13h.

Ruth Martinez

77ème édition du 5 au 25 juillet 2023

Programme complet sur le site du Festival d’Avignon : https://festival-avignon.com/

Tantz! par le Sirba Octet à la Scala Provence

Concert du 1er avril 2023 à la Scala Provence

Bis à la Scala Provence

En ce premier avril, à la Scala Provence, le Sirba Octet nous invitait à un voyage à travers les musiques klezmer et tziganes d’Europe orientale. Le répertoire revisité par ces musiciens d’exception proposait de nombreuses découvertes à côté de  morceaux plus connus. La virtuosité des interprètes et la qualité des arrangements, mêlant cordes, piano, clarinette et cymbalum, conféraient à l’ensemble un éclat et un timbre particuliers, en une fusion parfaite des musiques traditionnelles avec le classique voire le jazz.

 

Le titre évocateur de ce récital, « Tantz ! », n’était d’ailleurs pas une vaine promesse : dès les premières notes, les rythmes envoûtants de cette musique si entraînante donnait à l’auditoire l’envie de danser, à l’instar notamment de ces sautillants violonistes, pour prendre part à cette fête. Au fil des morceaux, la puissance évocatrice de cette musique poignante, profondément ancrée dans une histoire parfois heureuse et parfois tragique, captait l’attention du public en le faisant passer du rire aux larmes.

Un concert à ne manquer sous aucun prétexte.

Critique de Ruth Martinez

Le Sirba Octet
Richard Schmoucler : violon 1 et directeur artistique
Laurent Manaud-Pallas : violon 2
Grégoire Vecchioni : alto
Claude Giron : violoncelle
Bernard Cazauran : contrebasse
Philippe Berrod : clarinette
Iurie Morar : cymbalum
Christophe Henry : piano
Cyrille Lehn : arrangements

Lien vers le site de la Scala Provence
Lien vers le site du Sirba Octet

L'île des Esclaves de Marivaux mise en scène de Mickaël Soleirol

Vu au Guichet Montparnasse, le 30 mars 2023

Si l’intrigue de cette petite pièce de Marivaux se situe dans la Grèce antique, son propos est à la fois intemporel et universel. Un couple de nobles et un autre de valets font naufrage sur une île régie par les lois d’une étrange république où les rôles de chacun sont inversés : les maîtres sont destinés à devenir les esclaves de leurs anciens serviteurs. Pour recouvrer la liberté, les oppresseurs devront d’abord confesser leurs abus et leurs péchés d’orgueil. Cédant d’abord à l’envie de se venger, les victimes de ces tyrans déchus finiront par choisir le pardon, après avoir reçu de leurs maîtres reconnaissants des gages de fraternisation à venir. Tous reprendront bientôt la mer, et tout rentrera finalement dans l’ordre, sans que l’on sache exactement si cette épreuve aura fait progresser la liberté, l’égalité ou même seulement la fraternité.

 

Écrite un demi-siècle avant la Révolution, cette pièce de Marivaux ne semble guère prêcher la révolte. Elle se moque à la fois des maîtres et des valets, et mise sur la miséricorde pour régler la lutte des classes. Il s’agit donc plutôt d’une comédie de mœurs assez légère, délicieusement interprétée par cinq comédiens pleins d’allant et de talent. La mise en scène est soignée, et les lumières très réussies. Le tout dans un petit théâtre permettant une grande proximité avec le public. Un spectacle tout public, à ne pas manquer.

Critique de Jean-Pierre Martinez

Théâtre Le Guichet Montparnasse, 15 rue du Maine, 75014 Paris
Du 2 mars au 22 juin 2023 à 19h

Mise en scène : Mickaël Soleirol

Avec
Violette Blanckaert
Damien Dufour
Noëlle Malacchina
Mickaël Soleirol
Xavier Vilsek ou Jean-Philippe Azema
Avec la voix de Xavier Fagnon

Musiques : Pierre-Emmanuel Desfray

Costumes : Nastasia Tourneur

Lien vers le site du Guichet Montparnasse

Lien vers la chronique de la pièce sur Libre Théâtre

Le dernier jour de Pierre par la Compagnie Deraïdenz

Sortie de résidence le 29 mars 2023 au Théâtre du Chêne Noir

Photos : Serge Gutwirth - Janvier 2023

La Compagnie Deraïdenz recevait hier soir le public avignonnais au Théâtre du Chêne Noir pour échanger avec lui sur le processus de création en cours de son prochain spectacle : Le Dernier Jour de Pierre. Un moment rare de partage. Si un magicien ne révèle jamais ses trucs, il est aussi exceptionnel qu’une compagnie de marionnettes prenne ainsi le risque de mettre à jour la mécanique généralement cachée derrière les rideaux, et de dévoiler ses secrets voire ses doutes.

 

Imaginé par Baptiste Zsilina, assisté par de nombreux autres membres de cette compagnie avignonnaise, ce spectacle de marionnettes, sans parole, s’annonce comme une expérience esthétique, sensorielle et émotionnelle unique, dans la lignée des précédentes créations de la Compagnie (Les souffrances de JobInKarnè ou Byba Youv) qui, en convoquant des univers très singuliers et des sujets très forts, ont durablement marqué tous les spectateurs.

Pour l’occasion, la Compagnie Deraïdenz avait dressé sur la scène du Chêne Noir un échafaudage de plusieurs mètres de hauteur, abritant deux décors en papier mâché rappelant les paysages provençaux en hiver, décors parmi d’autres dans lesquels des marionnettes à fils seront destinées à évoluer lors du spectacle à venir.

Par une démonstration de la manipulation de ces marionnettes et de la mécanique des changements de décors, les jeunes membres de cette compagnie, à la fois passionnés et espiègles, ont permis au public non spécialiste d’appréhender la technicité et la minutie de cet art exigeant. La scénographie, l’expressivité des visages et des mouvements, la beauté et la fluidité des costumes, l’accompagnement musical au service d’un récit étonnant, constituent à l’évidence la promesse d’un spectacle exceptionnel.

L’aspect serein de ces décors et de ces marionnettes, cependant, en rappelant l’univers des santons de Provence, contrastait avec l’univers sombre et torturé constituant la marque de fabrique de la Compagnie Deraïdenz, qui prend toujours un malin plaisir à nous faire peur pour mieux nous faire réfléchir, en nous donnant à voir la « matière noire » qui nous entoure… On s’attendait donc à ce que ce conte sans histoire tourne au cauchemar. Et ce fut le cas avec le surgissement saisissant des « brèches noires » dans ce paysage exhalant déjà une infinie tristesse.


Afin de ménager le suspense, la Compagnie, cependant, a pris soin de ne pas dévoiler tous les détails de cette création en cours. Elle nous donne rendez-vous en décembre 2023 pour cette première qui n’en doutons pas fera date dans l’histoire de cette jeune compagnie pleine de talents et dotée d’une extrême exigence tant dans le propos que dans les moyens techniques et artistiques utilisés. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Critique de Ruth et Jean-Pierre Martinez

Distribution Dramaturgie, Conception et Mise en Scène : Baptiste Zsilina en collaboration avec Léa Guillec

Construction Marionnette et Décor : Baptiste Zsilina avec Églantine Remblier, Marion Pirault
Costumes : Sarah Rieu avec le soutien de l’Atelier Métissé 

Composition Musique : Baptiste Zsilina
Musiciens : Etienne Beauny, Théodora Carla, Sylvain Mazens, Christophe Pottier, Baptiste Zsilina.
Sound design et mixage : Arthur Bohl
Cadre de Scène et Machinerie : Nicolas Pautrat assisté par Coline Agard et Thierry Hett.
Marionnettistes : Marion Pirault, Coline Agard, Léa Guillec, Christophe Pottier et Églantine Remblier.
Régie Générale et Création Lumière : Loris Lallouette
Photos de Plateau : Serge Gutwirth
Diffusion : Anna Massonnet
Date de création : Décembre 2023
Durée : 50 minutes
Type de narration : Conte contemplatif, sans texte, ponctué de Brèches Noires horrifiques.
Technique principale : Marionnette à fils

Public : à partir de 12 ans

Lien vers le site de la Compagnie Deraïdenz
Lien vers le site du Théâtre du Chêne Noir

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