Vieux Ménage par Georges Courteline

Vieux Ménage par Georges Courteline

3 mars 2016
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Vieux Ménage par Georges Courteline

Saynète extraite des Ombres parisiennes, publiée en 1894 (source : Gallica)
Distribution : 1 homme, 1 femme
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

Résumé

Un vieux couple le 31 décembre au soir. L’homme explose : il déteste souhaiter la bonne année à sa femme. Insultes et goujateries se succèdent.

Le texte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53078892s

Vieux ménage de Jean-Louis Forain. (Cette estampe n’illustrait pas la saynète de Courteline). Source : BnF/ Gallica

Le 31 décembre. M et Mme Proute sont installés au coin de leur feu. Mme Proute ourle des mouchoirs ; M. Proute, les mains dans les proches, les jambes ouvertes aux flammes de l’âtre, roule dans son cerveau de mystérieuses rêveries.

Mme Proutequ’étonne le mutisme de son mari
A quoi penses-tu, Alexis ?
Haussement d’épaules agacé de M. Proute.
Tu ne veux pas me dire à quoi tu penses ?
M. Prouteéclatant.
Eh ! Ne le sais-tu pas, à quoi je pense ? Je pense à ta saleté du Jour de l’An, parbleu !… Encore être obligé de te f… des étrennes ! En voilà une partie de plaisir !
Mme Proute.
Tu es bien gentil ; je te remercie.
M. Proute.
Tu n’as ni à me remercier, ni à ne pas me remercier. Qu’est-ce que tu nous embêtes, avec tes remerciements ? Je te dis, moi, que quand je vois venir le Jour de l’An, les yeux me sortent de la tête tellement c’est une chose qui me dégoûte, de te souhaiter la bonne année. Ça et ta fête, la Sainte-Virginie, ah ! la la ! Si je pouvais en être quitte avec un coup de pied au derrière, tu verrais si ça traînerait
A la réflexion.
A la rigueur, la Sainte-Virginie, passe encore !… Je te f… un pétunia et allez donc, ça fait le compte. Mais c’est ce cochon de Jour de l’an !…
Mme Prouteamère.
Quelle charmante nature !
M. Proutequi s’est levé et qui chemine fiévreusement par la pièce.
Ce n’est pas la question d’argent, bien sûr !… Je m’en fiche un peu, de l’argent. Non, c’est la chose même de venir le matin, avec un paquet dans les mains et une tête de circonstance, faire le gentil et le gracieux : « Souhaite une bonne année et une parfaite santé… »
Nausée
Aaaaaa ! Quelle sale corvée, bon Dieu !
Mme Proute.
Il ne faut pas te croire obligé…
M. Proute.
Et ce qui me met hors de moi, surtout, c’est ta sale gueule, dans ces cas-là !
Mme Proutesuffoquée.
Ma … sale gueule !
M. Proute.
Oui, ta sale gueule ! Horreur ! Qui saurait dépeindre, en effet, ton odieux et repoussant visage dans cette circonstance de la vie ?
Didactique.
Une bouche de raie, entrebâillée… des yeux glauques d’alose en extase.. C’est ça ! Parfaitement ! C’est ça même !… Une alose qui écouterait jouer de la musique !… Et il me faudra lécher ça ? Tiens, Virginie, veux-tu que je te dise ? Rien que d’y penser, j’en suis malade.
Mme Proute.
Eh bien ! Mais, ne me la souhaite pas, la bonne année.
M. Prouteindigné.
Tu dis ?… Ne pas te souhaiter ?…
Se jetant les bras sur la poitrine.
Tu me prends pour un goujat ?

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