Une lettre chargée de Georges Courteline

Une lettre chargée de Georges Courteline

28 février 2016
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Une lettre chargée de Georges Courteline

Saynète représentée pour la première fois, sur la scène du Carillon, le 10 juin 1897.
Distribution : 2 hommes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

La scène se passe à la poste. La Brige a reçu une lettre chargée d’un de ses amis. Cette lettre est à son nom mais adressée au ministère de l’Intérieur. Bien que l’employé connaisse la Brige qu’il a croisé chez les Crottemouillaud, il ne peut lui remettre la lettre car celui-ci doit justifier son identité. Malgré les différentes preuves qu’apporte la Brige, l’employé ne peut lui remettre la lettre.

Un extrait

La Brige, stupéfait.
Elle est bien bonne !… Il faut que je vous établisse comme quoi je suis M. La Brige, alors que vous avez été le premier à me reconnaître, pour m’avoir vu vingt fois, naguère, chez nos amis les Crottemouillaud ?
L’employé.
Je vous ai reconnu en tant qu’homme du monde ; mais j’ignore qui vous êtes, en tant que fonctionnaire.
La Brige.
Certes, j’avais entendu parler des chinoiseries administratives ; mais celle-ci…
L’employé.
Je suis employé de l’État ; les règlements sont les règlements et je ne saurais les enfreindre sans risque.
La Brige veut parler.
L’employé.
Eh ! monsieur, il y va de ma responsabilité. Supposez que vous ne soyez pas le destinataire de cette lettre et que je vous la remette cependant. Qu’arriverait-il ? Il arriverait : primo, que je serais engueulé comme du poisson pourri ; secundo, que j’aurais à rembourser de ma poche les cent francs, valeur déclarée, accusés à sa suscription.
La Brige.
Que diable allez-vous chercher là ! Suis-je, oui ou non, M. La Brige ? De votre propre aveu, le suis-je ?
L’employé.
Vous êtes M. La Brige, c’est vrai.
La Brige.
Eh bien, alors ?
L’employé.
Eh bien, justifiez, preuves en main, que vous êtes bien cette personne, et je vous remettrai ce qui est à vous.
La Brige, les yeux au ciel.
La fooorme !… Enfin ! (Il tire son portefeuille.) Voici des enveloppes de lettres.
L’employé.
Ça ne suffit pas. Avez-vous votre carte d’électeur ?
La Brige.
Non, mais je peux vous montrer ma quittance de loyer et mon contrat d’assurance.
L’employé.
Je m’en contenterai.
La Brige.
C’est heureux. Voici ces deux pièces.
L’employé, qui les prend.
Merci.
Long silence. L’employé examine les papiers de tout près. De l’autre côté du grillage auquel il repose son front, La Brige attend une décision en grinçant des maxillaires. À la fin :
L’employé.
Je reconnais l’authenticité de ces documents. Seulement, ils ne prouvent rien.
La Brige.
Pourquoi ?
L’employé.
Parce qu’ils concernent un nommé Jean-Philippe La Brige, domicilié 41 bis, rue de Douai, alors que la lettre chargée, objet de votre démarche, intéresse un nommé La Brige, prénommé aussi Jean-Philippe, mais domicilié place Beauveau, au ministère de l’Intérieur.

Enregistrement audio

Enregistrement audio de la saynète par Fernandel et Georges Chamarat en 1954.
Ecoute via le site de Gallica

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