Ondine de Jean Giraudoux

Ondine de Jean Giraudoux

22 décembre 2015
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Ondine de Jean Giraudoux

Dessin de Pavel Tchelitchew

Dessin de Pavel Tchelitchew

Les œuvres théâtrales de Jean Giraudoux sont entrées dans le domaine public en 2015.  Ondine, onzième pièce de Giraudoux, a été créée le 4 mai 1939 au théâtre de l’Athénée, dirigé par Louis Jouvet. Adaptation de Undine, récit poétique de l’auteur allemand Friedrich de la Motte-Fouqué, cette pièce a été écrite à la demande de Louis Jouvet qui offre le rôle titre à la jeune comédienne Madeleine Ozeray dont il est tombé amoureux. C’est une féerie, avec de multiples êtres fantastiques, mais surtout une très belle parabole sur le couple et l’amour.

Téléchargement gratuit de la pièce sur Libre Théâtre
Notice dans data.libretheatre.fr

Toutes les illustrations sont extraites du Recueil « Ondine de Jean Giraudoux, 1939 » sur Gallica.(source  : Bibliothèque nationale de France).

 

Ondine est à l’affiche dans le OFF 2016 à Avignon : spectacle recommandé par Libre Théâtre

 


L’argument (extrait du programme de la première)

Louis Jouvet (programme d'Ondine mai 1939)

Louis Jouvet (programme d’Ondine mai 1939)

Il était un chevalier appelé Hans qui, pour l’amour et la gloire de sa fiancée, la comtesse Bertha, fille adoptive de son Roi courait les aventures dans une sombre et redoutable forêt. En vain, depuis un mois, il s’efforçait de la traverser, espérant quelque rencontre singulière. Pas une âme. Une seule compagnie : son cheval auquel il se confie, les oiseaux et les bêtes sauvages.

Enfin, un soir d’orage, après une longue journée de pluie, il atteignit aux rives sauvages d’un lac. Au bord du lac, vivait une toute jeune fille d’une merveilleuse beauté ; on l’appelait Ondine. Tout en elle était surprenant : ses jeux et ses plaisirs n’étaient pas ceux des autres enfants ; sous ses doigts, les objets les plus vils devenaient précieux, tout semblait s’accomplir autour d’elle par miracle. Les éléments eux-mêmes lui obéissaient.

Madeleine Ozeray (programme d'Ondine mai 1939)Elle passait pour être la fille d’un vieux couple de pêcheurs mais il n’en était rien. Sous cette apparence humaine se cachait une véritable ondine, la nièce même du Roi des Ondins, tout puissant sur le monde des eaux. Par ce soir d’orage et de pluie, elle vit venir le Chevalier. A peine l’aperçoit-elle qu’elle se prend d’un grand amour pour lui. Et pas un instant elle ne doute que lui aussi l’aime et qu’il est venu là dans l’intention de l’épouser. Elle le lui dit. Le Chevalier écoute Ondine, étonné et ravi à la fois. Jamais fille au monde ne lui a paru plus belle, plus aimante, plus digne d’âtre aimée. Il est conquis âme et corps. Rien ne pourra désormais le détacher de la jeune fille. Il demande sa main à ceux qu’il croit être ses parents.

Mais le Roi des Ondins ne pardonne pas à Ondine  d’aimer un homme. Il veut la détourner de ce mariage. « Il te trompera ! » lui crie-t-il. Et tout le peule des eaux lui répète ces mots, se moque d’elle et de son amour. Ondine refuse de les croire. Elle les défie. Alors le Roi des Ondins lui propose de faire LE PACTE : si le Chevalier la trompe, il aura le droit de le tuer. Ondine accepte.

ondine4Le Chevalier épouse Ondine. Il ignore tout de la nature de sa femme et du pacte qui la lie. Mais Ondine sait que tout ce qui est l’eau surveille étroitement son mari.

Et maintenant, tous deux vont quitter le lac solitaire pour aller vers le monde, vers les hommes,   et vers les femmes. Ils partent pour la cour du Roi où Hans reverra Bertha, la fiancée qu’il abandonna. Le Roi des Ondins les suit, dissimulé sous un déguisement.

Comment et pourquoi le Chevalier quitta la Cour, comment et pourquoi il se retira dans son château, loin du monde, avec Ondine et Bertha et ce qu’il en advint, c’est ce qui va vous être conté.

La création

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La pièce est une féérie, avec de multiples êtres fantastiques. Pavel Tchelitchew décorateur des ballets russes a conçu les maquettes des trois actes et les costumes. 33 comédiens interprètent les 46 rôles. Le succès fut triomphal. Alors que Jean Giraudoux se trouvait au Consulat de France à New-York, Louis Jouvet lui envoya un télégramme ainsi conçu : « Ce soir record. Dépassons vingt-neuf mille francs (stop) moyenne journalière vingt-huit (stop) Ondine et Hans vous embrassent »

Les critiques furent excellentes comme en témoignent les articles de presse conservés dans le dossier consultable sur Gallica.

« La féérie s’est éteinte et nous sommes encore dans le royaume des fées », Paris Soir le 5 mai 1939

« Cet ouvrage poétique, philosophique et surtout féérique est présenté avec un art délicat et raffiné par Monsieur Louis Jouvet » Le petit bleu 5 mai 1939

ondine5« Cette œuvre ingénieuse, bizarre, présentée de la manière la plus originale plaira beaucoup aux esprits raffinés ». Le Petit Parisien, 5 Mai 1939.

« On peut conclure à coup sûr qu’un tel spectacle montre que Paris est toujours capable d’offrir aux monde la fleur de l’art dramatique, et que la saison qui a vu paraître une telle pièce n’est pas une saison perdue. » Candide, 10 mai 1939

« les fées des eaux peuvent descendre des génies germaniques, mais se sont toujours fait habiller à Paris », Le Masque de fer dans le Figaro du 5 mai 1939.

Ecoutez l’interview de Jean Giraudoux lors de la première sur le site de l’INA.

 

Ondine à la Comédie-Française en 1974

En 1974, Raymond Rouleau met en scène Ondine à la Comédie-Française. Autour d’Isabelle Adjani et Jean-Luc Boutté, une pléiade d’acteurs excellents, y compris dans de petits rôles  : François Chaumette,  Jacques Toja, Francis Huster, Jérôme Deschamps, Denise Gence, Claude Winter , Geneviève Casile, Catherine Hiegel, Catherine Ferran…

 


Extrait sur la chaîne Youtube des Editions Montparnasse
Un article très complet sur le  blog d’Isabelle Adjani

 

Un extrait

Le Roi des Ondins.
Vos secrets ? Ah ! Si quelqu’un s’en moquait des secrets humains, c’est bien elle. Evidemment, ils ont des trésors, les hommes : l’or, les bijoux, mais ce qu’Ondine préférait, c’était leurs objets les plus vils, son escabeau, sa cuiller… Ils ont le velours, la soie ; elle préférait le pilou. Elle, sœur des éléments, les trompait bassement : elle aimait le feu à cause des chenets et des soufflets, l’eau à cause des brocs et des éviers, l’air à cause des draps qu’on pend entre les saules. Si tu as à écrire, greffier, écris ceci : c’est la femme la plus humaine qu’il y ait eu, justement parce qu’elle l’était par goût.

Le premier juge.
Des témoins prétendent qu’elle s’enfermait des heures au verrou ?…

Le Roi des Ondins.
C’est exact, et qu’est-ce qu’elle faisait ta maîtresse, Grete, quand elle se verrouillait ainsi ?

Grete.
Des gâteaux, Monsieur le témoin.

Le second juge.
Des gâteaux ?

Grete.
Elle a travaillé deux mois pour réussir la pâte brisée.

Le second juge.
C’est un des secrets humains les plus agréables…

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