Le souper mal apprêté de Hauteroche

Le souper mal apprêté de Hauteroche

[Troisième suite d'estampe pour servir à l'histoire des Modes et du Costume en France dans le XVIIIe siècle]. , Le Souper fin : [estampe] / Dessiné par J.-M. Moreau le Jeune ; Gravé par Helman
[Troisième suite d’estampe pour servir à l’histoire des Modes et du Costume en France dans le XVIIIe siècle]. , Le Souper fin : [estampe] / Dessiné par J.-M. Moreau le Jeune ; Gravé par Helman. Bnf
Cette comédie de Noël Lebreton, sieur de Hauteroche, a été représentée pour la première fois le 12 juillet 1669 à l’Hôtel de Bourgogne. C’est une courte pièce, souvent représentée entre 1680 et 1728 à la Comédie-Française,  qui accompagnait les tragédies. La mise en ligne de cette pièce sur Libre Théâtre est l’occasion de découvrir Hauteroche et les principaux lieux où se découlaient les représentations à Paris du XVIIème siècle.
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L’argument

Valère est poursuivi par des créanciers alors qu’il a prévu de recevoir à souper son amie Célide. Incapable de payer le traiteur, il cherche par tous les moyens, avec l’aide de son valet Philipin, à annuler ce souper, alors que d’autres amis s’invitent…

Noël Lebreton, sieur de Hauteroche

Un récit romanesque est rapporté par les biographes (introduction du Théâtre complet de Hauteroche, Paris 1772, sur Google Books) : fils d’un huissier au Parlement, sa mère lui acheta une charge de conseiller au Châtelet et arrangea son mariage avec la fille d’une de ses amies. Pour échapper à ce mariage, Noël Lebreton fuit en Espagne et s’engagea dans une troupe de comédiens français qui jouait à Valence. Après avoir joué en Allemagne et fondé sa propre troupe à Paris en 1654, il entre au Théâtre du Marais la même année et passe à l’Hôtel de Bourgogne en 1660. En 1671, il succède à Floridor comme directeur de la troupe.

Les salles de théâtre au  XVIIème siècle

En 1669, quatre troupes de théâtre rivales coexistent à Paris, associées à 3 salles de spectacle : celle du Marais, celle de l’Hôtel de Bourgogne et celle du Palais-Royal, dirigée par Molière .

Hôtel de Bourgogne

En 1548, la société des Confrères de la Passion construit dans l’Hôtel de Bourgogne une salle de spectacle pour présenter des mystères. Après un arrêt du Parlement leur défendant de jouer des pièces religieuses, les Confrères obtiennent le monopole des représentations théâtrales profanes sur Paris, et louent leur théâtre aux troupes itinérantes. L’Hôtel de Bourgogne est alors la seule salle de théâtre permanente. En 1598, les « Comédiens ordinaires du Roy » créés par Valleran Le Conte occupent la salle, qu’ils partagent à partir de 1600 avec les Gelosi, première troupe italienne en résidence.

Hôtel du Marais

Pour concurrencer l’Hôtel de Bourgogne, l’acteur Montdory décide de monter son propre théâtre à Paris et s’installe en 1634 dans le quartier très à la mode du Marais, rue Vieille-du-Temple. Dans les années 1660, elle se spécialise dans les pièces à machines, mais reste moins fréquentée que l’Hôtel de Bourgogne et le Palais-Royal de Molière. De nombreux acteurs l’Hôtel de Bourgogne et du Palais Royal viennent du théâtre du Marais.

Théâtre du Palais-Royal

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Représentation théâtrale au Palais Royal avec Louis XIII, Anne d’Autriche et Richelieu par Jean de Saint-Igny

Afin de casser le monopole de l’Hôtel de Bourgogne, le cardinal de Richelieu fait élever en 1637 un théâtre sur l’aile est du bâtiment du Palais-Royal (à l’emplacement de l’actuelle Comédie-Française). L’inauguration a lieu en 1641. Le Théâtre-Italien et la troupe de Molière se partagent la scène entre 1662 et 1673. À la mort de Molière, Lully récupère les lieux pour y fonder l’Académie royale de musique.

Hôtel de Guénégaud

Après la mort de Molière en 1673, les comédiens du Marais rejoignent sur ordre royal la troupe des comédiens de Molière, et cette nouvelle troupe s’installe à l’Hôtel Guénégaud, rue Mazarine. Le 18 août 1680, Louis XIV signe  à Charleville  l’acte fondateur de la Comédie Française qui réunit au théâtre Guénégaud, les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne à ceux qui s’y produisaient déjà.

Le 21 octobre 1680, une lettre de cachet, signée à Versailles, consacre la fondation d’une troupe unique, composée de vingt-sept comédiens et comédiennes choisis par le roi pour leur excellence, dans le but de « rendre les représentations des comédies plus parfaites ». La troupe unique jouit du monopole des représentations en français à Paris et dans les faubourgs.
Chassés de l’Hôtel Guénégaud quelques années plus tard par les Clercs du Collège des Nations – actuelle Académie Française – les Comédiens Français investissent, dès 1689,  leur nouvelle salle, située rue des Fossés Saint-Germain, aujourd’hui,  rue de l’Ancienne Comédie, à la hauteur du N° 14, face au Café Procope qui rassemblait alors les célébrités littéraires.

Le souper mal apprêté de Hauteroche à travers les registres de la Comédie-Française

La pièce a été jouée 169 fois entre 1680 et 1728 au Théâtre des Fossés de la rue Saint-Germain dont 8 fois avec l’Avare et Tartufe, 6 fois avec Oedipe, 5 fois avec Cinna.

Un extrait

Dialogue entre Dorise, la suivante de Célide et Philipin à la scène V à propos du fameux souper  :

Dorise.
Silence sur l’amour, et parlons du festin.

Philipin.
Le souper sera beau.

Dorise.
Vois-tu! je te déclare
Qu’à souper comme il faut aussi je me prépare.
Surtout, que nous ayons quelque vin de liqueur.

Philipin.
Oui.

Dorise.
Fais faire un ragoût qui nous touche le cœur,
L’entremets fin, la bisque où le ris de veau nage ;
Et je t’en aimerai quatre fois davantage.

Philipin.
Si bien que ton amour est un amour gourmand;
Et, sans tous ces ragoûts, serviteur à l’amant.

Dorise.
Point d’amour sans cela.

Philipin.
Sans daube, entremets, bisque,
A t’entendre parler, notre amour court grand risque.

Dorise, le caressant.
Ce n’est pas qu’après tout je n’aime tes appâts.

Philipin.
Après tout ! J’entends bien; même après le repas.

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