Les Choux de Georges Courteline

Les Choux de Georges Courteline

3 mars 2016
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Les Choux de Georges Courteline

Texte établi par Libre Théâtre à partir de l’édition Coco, Coco et Toto, Albin Michel, Paris, 1905 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k66297d).
Monologue
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Le texte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1158111d

Illustration de Barrère de l’édition de 1910. Source : BnF/Gallica

De la pâle ruelle du lit où il s’étirait frileusement en attendant que l’heure sonnât de se lever pour le travail :

– Chou ! cria Monsieur à Madame allongée à son côté, puisque tu as fini de le lire, passe-moi donc l’Echo de Paris, que je voie un peu les nouvelles.

– Non ! répondit sèchement Madame. Les choux ne sont pas faits pour passer les journaux.

Cette réplique troubla Monsieur qui en médita longuement l’étrangeté inattendue. Madame, immobile, se taisait, ses mains croisées sous la nuque, jetant au reflet d’un miroir qui s’inclinait en l’ombre imprécise de l’alcôve les sombres creux de ses aisselles et la mare d’encre qu’étendaient par le lit ses beaux cheveux éparpillés.

Cinq minutes s’écoulèrent.

Soudain :

– Chou ! cria de nouveau Monsieur puisque tu es auprès de la table de nuit, passe moi donc mon paquet de tabac que je me fasse une cigarette.

– Non ! répondit encore Madame. Les choux ne sont pas faits pour passer du tabac.

Elle dit et pinça les lèvres, l’œil au plafond où rayonnait en larges plis un ciel-de-lit Pompadour.

– A merveille dit alors Monsieur, une légère humeur dans la voix mais comme je m’embête en ce lit, ne pouvant ni fumer ni lire, je ne m’y attarderai pas une minute de plus. Passe-moi mes chaussettes, chou ; je me lève.

Et il se soulevait sur les paumes, en effet, quand à son étonnement extrême :

– Non répondit Madame une troisième fois. Les choux ne sont pas faits pour passer des chaussettes. Lui, se mit en colère, du coup.

– Ça va durer longtemps ? En voilà une histoire ! A-t-on idée de choux pareils ? Par le diable, il faudrait s’entendre s’ils ne sont faits ni pour passer le tabac, ni pour passer les chaussettes, ni pour passer les journaux, pourquoi donc sont-ils faits, les choux ?

Madame n’eut pas un mouvement.

Simplement, amenant sur Monsieur la dureté de ses yeux bleu-acier où flambaient, sombres, des rancunes :

– Pour qu’à la mode de chez nous, fit-elle d’une voix grave, on les plante !

 

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