Si jamais je te pince d’Eugène Labiche

Si jamais je te pince d’Eugène Labiche

11 juin 2016
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Si jamais je te pince !… d’Eugène Labiche et Marc-Michel

Comédie en trois actes mêlée de chant, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le 9 mai 1856.
Distribution : 10 hommes, 3 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Faribol, un musicien volage,  avoue ses frasques  dans son sommeil et révèle l’adresse de son prochain rendez-vous. Sa femme, Alexandra, décide de « pincer » son mari et se rend à la fameuse adresse. Elle le menace : œil pour œil, dent pour dent, si il la trompe, elle en fera de même.

 

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64011877/f1.item

Si jamais je te pince : dessin de scène / par Lhéritier. 1856. Source : BnF/ Gallica

Alexandra, sérieusement.
Monsieur Faribol…
Faribol, un peu intimidé.
Alexandra ?
Alexandra.
Causons un peu, s’il vous plaît !
Faribol.
Volontiers. (À part.) Pourvu que Pichenette ne revienne pas !
Alexandra.
Qu’est-ce que je vous ai dit le jour de notre mariage ?
Faribol.
Dame !… tu m’as dit : « Finissez, monsieur !  »
Alexandra.
Je ne ris pas ! Je vous ai fait asseoir, et j’ai pris la parole en ces termes : « Monsieur, nous sommes unis… nous venons de nous jurer mutuellement fidélité entre les mains d’un gros homme… pas beau… »
Faribol.
M. le maire…
Alexandra, continuant.
« C’est très bien… mais je n’entends pas que ce serment soit une balançoire !… »
Faribol.
« Ni moi non plus !  » t’ai-je répondu avec la passion… qui convenait à la circonstance !…
Alexandra.
Je suis née à Bastia… dans l’île de Corse…
Faribol.
Le sang y est superbe…
Alexandra.
C’est possible… mais les femmes y ont des idées très carrées sur les droits et les devoirs respectifs des époux…
Faribol, à part.
Pourvu que Pichenette ne revienne pas !
Alexandra, continuant.
Il y a des hommes qui considèrent leurs femmes comme de petites machines à raccommoder les chaussettes !…
Faribol, jouant l’indignation.
Oh !… les monstres !
Alexandra.
Ils les prennent, les quittent, les trompent…
Faribol.
Que veux-tu !… ce sont des natures volcaniques… portées à la faridondaine !
Alexandra.
Eh bien, et nous ?… Volcaniques !… est-ce que vous croyez que nous sommes bâties en mastic ou en carton-pâte ? Je demande les mêmes droits pour la femme… le droit de la faridondaine !
Faribol, riant.
Ah ! ah ! ce serait du joli !
Alexandra.
Et pourquoi pas ?
Faribol.
Parce que les conséquences… les conséquences ne sont pas les mêmes…
Alexandra, impétueusement.
Je ne donne pas dans cette rengaine !… Le mariage est une voiture… une charrette, si vous voulez !… C’est à vous de réfléchir avant de vous y atteler… mais, quand on y est… on y est !… et, si l’un des deux quitte le brancard, je soutiens que l’autre serait bien bête de ne pas dételer et de ne pas jeter son bonnet par-dessus les moulins ! voilà ma théorie !
Faribol.
Elle est corse… c’est une théorie corse !
Alexandra.
Oeil pour œil ! dent pour dent ! coup de canif pour coup de canif !… est-ce convenu ?…
Faribol.
Sans doute !… sans doute !…
Alexandra, lui tendant la main.
Alors, touche là !…
Faribol.
Mais c’est que…
Alexandra.
Tu hésites ?… Prends garde… je vais croire que tu me trompes.
Faribol.
Moi, par exemple !… Tiens ? je tope !… je tope… des deux mains ! (Il lui tape dans la main ; à part.) Pourvu que Pichenette ne revienne pas !…
Alexandra.
Foi d’honnête femme, je ne commencerai pas !…
Faribol.
Je l’espère bien !…
Alexandra.
Mais… si jamais je te pince !… tu peux être sûr de ton affaire !…

 

Cette pièce a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1920 par Prince.

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