Chronique

Le théâtre de George Sand

26 juin 2017
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Le théâtre de George Sand

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066110x

George Sand : photographie, tirage de démonstration par l’Atelier Nadar. Source : BnF/Gallica

Libre Théâtre débute le traitement de l’œuvre théâtrale de George Sand. On compte 31 pièces dont 25 ont été représentées du vivant de George Sand. 

Pièces représentées du vivant de George Sand
Cosima ou la Haine dans l’amour
, drame en cinq actes et un prologue, joué en 1840 au Théâtre-Français
Le Roi attend, prologue, joué en 1848 au Théâtre de la République (Théâtre-Français)
François le Champi, comédie en trois actes, jouée en 1849 au Théâtre de l’Odéon 
Claudie, drame en trois actes, joué en 1851 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Molière, drame en cinq actes, joué en 1851 au Théâtre de la Gaîté
Le Mariage de Victorine, comédie en trois actes, jouée en 1851 au Théâtre du Gymnase-Dramatique 
Les Vacances de Pandolphe, comédie en trois actes, jouée en 1852 au Théâtre du Gymnase-Dramatique 
Le Démon du foyer, comédie en deux actes jouée en 1852 au Théâtre du Gymnase-Dramatique
Le Pressoir, drame en trois actes joué en 1853 au Théâtre du Gymnase-Dramatique
Mauprat, drame en cinq actes, joué en 1853, au Théâtre de l’Odéon 
Flaminio, comédie en trois actes et un prologue, jouée en 1854 au Théâtre du Gymnase-Dramatique
Maître Favilla, drame en trois actes, joué en 1855 au Théâtre de l’Odéon
Lucie, comédie en un acte, jouée en 1856 au Théâtre du Gymnase-Dramatique
Françoise, comédie en quatre actes, jouée en 1856 au Théâtre du Gymnase-Dramatique
Comme il vous plaira, comédie en trois actes, jouée en 1856 au Théâtre-Français
Marguerite de Sainte-Gemme, comédie en trois actes, jouée en 1859 au Théâtre du Gymnase-Dramatique
Les Beaux messieurs de Bois-Doré, joué en 1862 à L’Ambigu-Comique
Le Pavé, nouvelle dialoguée, jouée en 1862, au Théâtre de Nohant et au Théâtre du Gymnase-Dramatique (Théâtre de Nohant)
Le Drac, joué en 1864 au Théâtre du Vaudeville
Le Marquis de Villemer, comédie en quatre actes, jouée en 1864 au Théâtre de l’Odéon
Les Don Juan de village, comédie en trois actes, jouée en 1866 au Théâtre du Vaudeville
Le Lis du Japon, comédie en un acte, jouée en 1866 au Théâtre du Vaudeville
Cadio, drame en cinq actes, joué en  1868 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
La petite Fadette,  jouée en 1869 à L’Opéra Comique
L’Autre, comédue en quatre actes et un prologue, jouée en 1870 au Théâtre de l’Odéon

 

Pièces non représentées du vivant de George Sand

Une conspiration en 1577, essai dramatique (publication dans la Revue de Paris le 15 décembre 1831)
Aldo le Rimeur, 1833
Gabriel, 1840
Les Mississipiens, proverbe en deux actes et un prologue, 1840
Lupo Liverani, drame en trois actes, 1869
Un bienfait n’est jamais perdu, proverbe, 1872.

 

Le théâtre de George Sand

Extrait de Propos de théâtre, Vème série,  d’Emile Faguet. Source : OBVIL

Pendant les loisirs que m’a faits cette semaine, absolument vide de premières représentations et où, du reste, la chaleur antithéâtrale a fait enfin son apparition tardive — ne se retrouvera-t-il personne pour soutenir, comme le bon Sarcey, que les salles de théâtre sont des asiles frais et charmants pendant les ardeurs de l’été ? — j’ai relu presque tout entier le théâtre de George Sand, et en vérité je ne suis pas fâché du tout d’avoir mené à bien ce dessein, que je caressais depuis qu’il a été question du « Centenaire ».
Vous savez assez que George Sand a eu toute sa vie la passion du théâtre. Enfant, elle arrangeait des pièces pour les représenter avec ses petites camarades — à la vérité comme tous les enfants ; — femme « faite », comme dit Musset dans sa correspondance, elle eut des sympathies attendries et comme pieuses pour le grand acteur et directeur Bocage, qui, comme vous savez, paraît et reparaît, sous différents noms, dans plusieurs de ses romans (le Beau Laurence, Pierre qui roule, un peu aussi, je crois, mais il faudrait vérifier les dates, dans le charmant Château des désertes).
Une jolie scène, et prise sur le vif, dans le Beau Laurence. Un jeune homme se présente à un directeur pour entrer dans sa troupe et sollicite une audition :
« Très bien, cher Monsieur, veuillez vous asseoir… Eh bien ! ce n’est pas cela du tout !
— Comment ! ce n’est pas cela ?
— Non, vous ne savez pas un mot du métier.
— Mais je n’ai encore rien dit.
— Mais vous vous êtes assis !
— Eh bien ?
— Eh bien, vous vous êtes assis comme on s’assied dans le monde et non comme il est absolument nécessaire de s’asseoir au théâtre. Recommencez-moi ça.
— Mais comment ?
— Comment ! Vous n’avez pas suivi ! Je viens de m’asseoir moi-même. Faites comme moi. Oh ! si nous allons si lentement… »
Plus tard, elle fut l’amie de Montigny, qui était un des meilleurs directeurs de théâtre de tout le dix-neuvième siècle et qui, du reste, était, à presque tous les égards, le contraire même de Bocage. — Plus tard, jusqu’à son extrême vieillesse et jusqu’à sa mort, elle eut un théâtre chez elle, en son château, comme Voltaire, avec cette différence que c’était un théâtre de marionnettes. Cela lui permettait d’être auteur, directeur, et de jouer plusieurs rôles dans chaque pièce. C’était son rêve éternel réalisé en miniature.
Ce n’est pas à dire qu’elle fût excellemment douée pour le théâtre, ayant toujours eu la sainte horreur du plan, du dessin, du tracé, et aimant à la folie aller tout droit devant elle sans savoir précisément où elle allait. Il est au moins difficile de faire du théâtre quand on est ainsi, quand on aime beaucoup être ainsi et quand on ne peut guère être autrement. Cependant elle avait parfaitement l’imagination dramatique, le goût des incidents éclatant tout à coup d’une façon suffisamment logique, et puis le souffle oratoire, la grande éloquence, qui est, souvent, qui est, dans un certain genre de pièces, une qualité très dramatique ou, si vous voulez, très théâtrale, et qui fait une grande impression sur le public.
Et puis, ce qui est si rare au théâtre, elle avait la sincérité. On sentait que ce qu’elle vous racontait, ce qu’elle mettait devant vos yeux, l’émouvait elle-même profondément, qu’elle y croyait de tout son cœur et qu’elle en souriait ou pleurait elle-même avec délices. Cela est contagieux ; non point toujours, mais assez souvent. Le public au théâtre est très sensible, de temps en temps, à quelque chose qui ne sent pas trop le théâtre, et même à quelque chose qui ne sent pas du tout le théâtre.
Ce fut assez tard, cependant, qu’elle voulut ou qu’elle put se faire jouer. Les circonstances sont pour beaucoup dans ces sortes d’affaires. Songez, du reste, que de 1830 à 1840, lançant en moyenne trois romans par année, et quels romans ! il lui restait assez peu de temps pour écrire des pièces de théâtre ou pour mettre ses romans en pièces, ce qui, du reste, n’était pas la mode alors.
Je crois que sa première tentative fut Cosima à la Comédie-Française, en 1840. Cosima, drame oratoire, trop oratoire, et drame philosophique, trop philosophique, ne réussit pas, point du tout. Je crois que George Sand en conçut un assez vif chagrin et que c’est pour cela qu’elle retourna à ses romans socialistes pour un certain nombre d’années.
La véritable carrière dramatique de George Sand va de 1848 à 1870 environ. En 1848, elle donna à la Comédie-Française un petit acte, pour un anniversaire de Molière sans doute, intitulé le Roi attend. Ce n’est pas méchant ; cela ne casse rien du tout ; mais cela est intéressant comme germe, très probablement, de ce Molière qui vit les chandelles en mai 1851, à la Gaîté, et qui est une pièce, après tout, assez originale.
C’est le mariage de Molière avec Armande Béjart, et puis la mort de Molière. Selon la poétique du temps, sinon selon la critique (et encore !), Molière y est représenté en tragique. Il est triste, pleurard et prophétique. Il a moins la perruque du dix-septième siècle que les cheveux longs des apôtres de 1848. C’est là qu’il est dit, pour la première fois peut-être, que « le masque du comédien est souvent collé sur son visage par ses larmes ». Cela a été, je crois, répété quelquefois depuis. En somme, la pièce, que je n’ai pas vu jouer, me semble digne du théâtre. Elle a de l’allure et je dirai presque de la grandeur. Armande Béjart, épousant Molière par vanité et amour de la gloire, n’est peut-être pas très véritable, mais elle ne laisse pas d’être dramatique. Je ne dissimulerai à personne, n’y ayant aucun intérêt, qu’il y a de terribles longueurs. George Sand n’a jamais su marcher d’un train d’enfer. Un de ses charmes, dans le livre, la flânerie, devient au théâtre un défaut très redoutable.
J’ai parlé tout de suite de Molière parce que le Roi attend m’a amené à lui comme par la main ; mais, avant Molière, George Sand avait fait représenter deux grandes pièces et avait remporté, s’il vous plaît, deux grands succès.
C’était le temps où Bocage s’était épris de son génie et où elle s’était engouée du talent de Bocage, lequel, du reste, était, paraît-il, un très grand acteur. Bocage dirigeait l’Odéon et y jouait. L’Odéon, sous la seconde République, — je parle de longtemps, — était un théâtre en pleine vogue et en pleine gloire. François le Champi y fut joué en 1849 avec un succès éclatant.
La pièce est charmante. Elle est parfaitement digne du roman, quoique inférieure, comme il arrive presque toujours. Je l’ai vu jouer, non pas en sa nouveauté, encore qu’à la rigueur c’eût été possible ; mais à une reprise très soignée qu’en a donnée il y a une quinzaine d’années la Comédie Française. Je me rappelle que M. de Féraudy (si je ne me trompe) y fut excellent, et Mme Pierson, et je suis sûr de ne pas me tromper, absolument exquise. François le Champi fit verser de douces larmes à nos mères (vos grand mères à vous), en sa nouveauté et à nos sœurs (vos mères à vous) lors de cette reprise dont je viens de parler. C’est là que cette qualité de la sincérité que je signalais plus haut est particulièrement marquée. Cela sent le village et à peine idéalisé. Pour retrouver cette sensation-1à, qui est infiniment agréable, il faut descendre (je parle au point de vue du cours du temps) jusqu’à l’Ami Fritz, chef-d’œuvre peut-être de la comédie populaire et villageoise ; ou il faut remonter, et à mon avis ceci n’est pas aussi bon, à la Partie de chasse de Henri IV.
Et en 1851 elle avait donné à ce même Odéon, qui était décidément un théâtre paysannesque, la fameuse Claudie. De Claudie je ne vous dirai rien, quoique l’ayant vu jouer en reprise et quoique la trouvant la pièce la plus brillamment oratoire et la plus délicieusement poétique de tout le théâtre de George Sand. Je ne vous en dirai rien cependant, ou je ne vous en dirai que cela aujourd’hui, parce que, comme on va la jouer à la Comédie-Française tout prochainement, je me réserve de vous dire l’impression qu’elle aura produite « sur ma pauvre âme déveloutée d’à présent », comme disait Renan. Mais je veux, cela vous amusera comme rétrospectif et comme peu connu maintenant, vous donner l’opinion qu’en avait un des plus célèbres et du reste un des plus sévères critiques du temps, Gustave Planche :
« Les personnages inventés par l’auteur de Claudie pour le développement de la thèse que je viens d’indiquer sont très simples et tirés de la vie réelle. Je ne dis pas que tous ces types soient conçus avec la largeur qu’on pourrait souhaiter ; plusieurs de ces personnages pourraient, en effet, donner lieu à des objections assez sérieuses ; mais il est certain, du moins, qu’ils n’ont rien d’imprévu, rien d’inattendu, rien d’invraisemblable. C’est pourquoi, tout en reconnaissant que l’auteur de Claudie n’a peut-être pas fait tout ce qu’il pouvait faire, et ses précédents ouvrages me donnent le droit d’exprimer cette réserve, je suis forcé d’avouer [toujours gracieux. Planche] que les figures mises en œuvre dans son drame nouveau sont revêtues de tous les caractères qui excitent l’intérêt et la sympathie. L’héroïne même du drame. Claudie, est une conception pleine à la fois de grâce et de grandeur. Elle a aimé, elle s’est confiée, elle a été trompée, elle est devenue mère, et son amant, qui avait promis de l’épouser, s’est retiré dès qu’il a vu s’évanouir les espérances de richesse qui avaient dicté sa promesse. Claudie porte sa faute avec vaillance. Elle dit… : « Ma faute n’est pas l’œuvre d’un cœur dépravé : corrompue, j’aurais été plus prudente ; j’aurais demandé des gages avant de me livrer. Pure et sans tache, je me suis livrée sans condition et sans arrhes… J’accepte mon malheur sans confusion et sans colère ; je ne réclame la protection ni l’indulgence de personne ; la conscience de ma loyauté suffit à calmer mes remords… Dieu a sondé mon cœur et sait pourquoi j’ai failli. Dieu m’a jugé, et sa justice me console de l’injustice des hommes. » — Assurément, il y a dans la conception et la composition de ce caractère une grandeur, une simplicité, une austérité que personne ne saurait méconnaître… »
De son côté Théophile Gautier disait : « La mode est aujourd’hui aux paysans… »
(On avait joué, deux ans auparavant, le Champi et, six mois auparavant, la Petite Fadette, « tirée du roman de George Sand par Charles Lafont et Anicet Bourgeois » ; à propos de quoi Gautier avait créé le mot rurodrame et avait prédit « qu’avant peu l’églogue au foin vert lasserait le public ». Claudie n’avait pas donné raison à ce pronostic.)
« … La mode est aujourd’hui aux paysans comme elle était naguère aux barons du moyen âge, et Claudie ne pouvait venir plus à propos avec sa cornette bise, sa jupe rayée, ses bas bleus et ses petits pieds dans de gros souliers… George Sand paraît vouloir faire un théâtre rustique. Claudie, comme le Champi, se passe entre paysans. Nous admettons volontiers cette donnée, qui peut fournir des scènes nouvelles. La campagne renferme des types nettement accusés et pourtant peu connus, comme ces fleurs qui croissent dans les bois et dont la beauté n’a pas d’appréciateurs ; car le braconnier pense à ses lièvres et le bûcheron à ses fagots. Les littérateurs, en France surtout, vivent à la ville, c’est-à-dire à Paris, centre d’activité intellectuelle et le seul endroit ou ils puissent tirer parti de leur talent. Ils ignorent donc entièrement les mœurs rurales… George Sand a eu cet avantage de se mêler à la vie des champs, de connaître familièrement ses modèles et de pénétrer dans l’intimité de la chaumière. Ses paysans ne sont pas des paysans d’opéra comique, des Jeannots en veste tourterelle et en culotte satin. Ils patoisent et portent des chemises de grosse toile, de larges braies et des vestes élimées ; c’est la différence d’un Adolphe Leleux à un Boucher… Le succès a été complet. Bocage a fait du père Rémy un type admirable de paysan patriarcal. Madame Lia Félix a su tirer parti d’un rôle tout en dedans (Claudie) presque muet et qui ne pouvait avoir de valeur que par la tenue et la pantomime. Fechter a été charmant et passionné dans le rôle de Sylvain, à qui il donne une délicieuse élégance rustique. »
De 1852 à 1860, ce fut pour George Sand ce que j’appellerai la « période du Gymnase » ou la « période de Montigny ». Elle fut très glorieuse pour George Sand et consacra la réputation dramatique que le romancier s’était déjà acquise par François le Champi et Claudie.
A la vérité, cette période Montigny ne commença pas trop bien. Elle commença par les Vacances de Pandolphe, pièce qui fut un insuccès, et assez mérité.
« Cette excursion sur le domaine de Watteau », comme dit Théophile Gautier, « ne fut pas aussi heureuse qu’on eût pu le désirer ». Et Gautier en a très bien vu la raison. Les Vacances de Pandolphe, qui est une fantaisie, est une fantaisie froide. La pièce pèche par abus de la simplicité. George Sand n’ose pas s’y livrer, s’y abandonner ; elle se contient et se réprime. Elle se réfugie dans une sorte de sobriété un peu terne qui est bien exactement le contraire de la nature de Lélia. Mais je ne dirais pas mieux que Gautier.
« Quand elle quitte le récit pour le dialogue [non pas toujours : Gautier oublie déjà Claudie ; on est toujours, surtout comme critique dramatique, sous l’impression du moment], au lieu de se livrer à sa passion, à son ardeur, à son éloquence, à son lyrisme, elle cherche toutes sortes de qualités négatives contraires à sa nature et à son talent. Elle se fait un parti pris de froideur, de sobriété, qui étonne et déroute. Un air de souffle janséniste [cette fois c’est aller trop loin] dessèche ces belles fleurs, une brume grisâtre estompe ses splendides horizons, et l’ennui descend comme une pluie fine et glacée, d’un terne ciel d’automne dont un rigorisme impitoyable a éteint l’azur. Tous ces sacrifices se font au nom de la simplicité… Simplicité, voilà qui est bien, mais il ne faut pas en abuser. La simplicité voulue est souvent plate et même l’involontaire… Nous comprenons que le poète, par cette facilité d’avatars qui le rapproche des dieux de la mythologie hindoue, aime à s’absenter de son corps et à revêtir pour quelque temps une individualité différente. George Sand a eu cette fantaisie d’habiter l’âme de Sedaine et de Berquin ; mais il serait temps qu’elle revînt à son moi abandonné… »
Elle y revint très vite par le Mariage de Victorine, qui fut considéré comme un chef-d’œuvre et qui, pour moi, n’est pas loin d’en être un. Ce n’était pas du Sedaine, quoique ce fût la suite et la fin du Philosophe sans le savoir ; c’était bien du George Sand, et de la meilleure. Délicatesse, sensibilité, éloquence du cœur, finesse dans l’expression des sentiments qui s’ignorent encore et déjà se découvrent eux-mêmes, composition libre et aisée, mais surveillée cependant et habile, style quelquefois un peu froid mais souvent exquis, le Mariage de Victorine est une perle dramatique de la plus belle eau.
C’est même la pièce de George Sand par excellence, celle où, non seulement elle n’imite personne, mais où elle ne s’imite pas elle-même et ne cherche pas à faire passer un de ses romans par le trou du souffleur, exercice toujours pénible et dont l’effort est sensible au spectateur. Le Mariage de Victorine a été rêvé librement et délicieusement après une lecture de Sedaine, et exécuté avec facilité et bonne grâce. C’est comme une comédie née d’un sourire.
Le Démon du foyer est de cette même époque. J’ai dit tout récemment ce que j’en pensais. Je ne le mets pas très haut ; mais je suis très loin de le mépriser. La petite pie-grièche est joliment peinte et le grand seigneur dilettante n’est point si mal campé sur ses talons rouges. C’est un tableau fort agréable.
Le Pressoir (1860) ne réussit point et ne méritait guère de réussir. C’est une paysannerie un peu lourde. Et puis « l’églogue au foin » commençait à « lasser ».
Entre temps, revenant à l’Odéon pour un instant, George Sand avait donné un Mauprat qui ne réussit pas du tout (1853), que j’ai vu, moi. quelque temps après la guerre, repris à l’Odéon, et que j’ai trouvé très original, un peu lent, mais souvent très beau. Il est vrai que M. Duquesnel nous avertit, dans un article du Gaulois d’il y a un mois, que ce Mauprat-là n’était pas du tout le même que celui de 1853. A la bonne heure Je n’aime pas que le public se trompe complètement.
De même, en 1855, elle avait donné à l’Odéon Maître Favilla, que ni je n’ai vu jouer ni je n’ai pu retrouver en brochure. J’ignore Maître Favilla. Il paraît que c’était une fantaisie très spirituelle et très originale.
En 1866, le Marquis de Villemer fit son entrée triomphale à l’Odéon. Ce fut la pièce qui eut le plus grand succès, pendant quinze ans, de toutes les pièces de ce temps-là.
De même que de nos jours, quand la Porte Saint-Martin n’a pas la veine, elle reprend Cyrano de Bergerac et immédiatement refait fortune ; de même en ce temps-là, aussitôt qu’il y avait une chute à l’Odéon, et ce phénomène n’est rare nulle part, on reprenait le Marquis de Villemer et la caisse retentissait joyeusement. Je crois même qu’il ne faudrait pas dire pendant quinze ans, mais pendant vingt. Ce fut une pièce de tout repos et de toute gloire.
On a dit, et je crois que le fait peut passer pour établi, que cela tenait à ce qu’Alexandre Dumas fils avait passé par là. Je le veux bien. Il y a, en effet, de l’esprit à la Dumas dans cette pièce : « Je le ferai passer pour mon fils. Personne ne s’étonnera que de ma jeunesse accidentée il me soit resté un fils. On s’étonnera seulement qu’il ne m’en reste qu’un. » — « Oh ! la jolie aquarelle ! Quelle délicieuse petite rivière entre ses berges abruptes ! Comme c’est vu ! — Mais ce n’est pas une rivière. C’est un chemin creux. — Ah !… C’est dommage ! ».
Oui, il y a de l’esprit à la Dumas fils ; mais il y a toute l’âme charmante de George Sand vieillie, c’est-à-dire plus aimable que jamais. Il y a une grâce dans la bonté et une mélancolie atténuée et fine qui sont des charmes. Notez que les types sont très vrais et, quoique facilement accessibles au spectateur, ne sont pas conventionnels. La marquise de Villemer, le jeune marquis de Villemer et le duc d’Aléria — je le dirai un peu moins de la jeune fille — ont des caractères très précis, très circonstanciés, sinon complexes, et sont très vivants.
Et la pièce marche ! Elle est très bien composée pour l’intérêt de curiosité et pour l’intérêt pathétique croissant. A tous les points de vue, elle se justifie, si je puis dire, de l’immense succès qu’elle a remporté. Elle ne saurait disparaître du répertoire, et je suis sûr qu’elle n’en disparaîtra pas.
Il est vrai qu’il y faut un grand premier rôle excellent et vraiment jeune encore (Ah ! comme c’était joué par Berton père !) et une vieille très distinguée, très aristocratique et très spirituelle, une Madeleine Brohan, pour le rôle de la marquise.
Au point de vue métier et au point de vue de l’histoire littéraire, il faut observer qu’avec le Gendre de M. Poirier, tiré par Augier et Sandeau de Sacs et Parchemins de Sandeau, le Marquis de Villemer, tirée du roman qui porte le même titre, est la seule pièce tirée d’un roman qui ait vraiment réussi. Les jeunes auteurs, ou plutôt les étudiants en littérature dramatique, feront bien de lire attentivement et de scruter avec diligence ces deux ouvrages, pour voir comment on peut et l’on doit s’y prendre pour extraire d’un roman la pièce de théâtre qu’il contient toujours mais qu’il n’est jamais, qu’il ne peut pas être. À ce titre, voilà deux pièces de théâtre qui doivent être retournées de main diurne et nocturne, confrontation faite avec les romans d’où elles sont tirées, par tous les Français de ce siècle, puisque tous les Français de ce siècle se destinent à la carrière dramatique à partir de la quinzième année.
Je ne dirai rien, ou presque, de Cadio, de les Beaux Messieurs de Bois-Doré, qui sont à peu près du même temps et qui, eux aussi, furent des pièces extirpées des romans plus ou moins célèbres, plus ou moins obscurs, de George Sand. Ils le furent d’une main moins savante et moins adroite. J’ai fort aimé cependant les Beaux Messieurs de Bois-Doré, trop mélodrame, mais par moments fort brillant ou fort vigoureux. Et puis le roman m’avait tant plu ! Avez-vous lu les Beaux Messieurs de Bois-Doré ? — Jamais de la vie ! — Bien entendu. Eh bien, vous avez entendu parler de l’Astrée et, redoutant de lire ce vieux roman, vous ne répugneriez pas à vous en donner une petite idée ? Or, le plus agréable moyen de lire l’Astrée, c’est de lire les Beaux Messieurs de Bois-Doré, au moins la première moitié ; car la seconde est très inférieure. Et c’est une chose instructive en même temps que ravissante.
Tout compte fait, George Sand a trop écrit pour le théâtre, évidemment ; mais elle a donné un certain nombre de pièces très intéressantes et quatre pièces supérieures : François le Champi, Claudie, le Mariage de Victorine et le Marquis de Villemer. C’est un bilan très glorieux.
Juin 1904.

 

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Molière de George Sand

15 juin 2017
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Molière de George Sand

Drame en cinq actes et en prose, représenté pour la première fois au Théâtre de la Gaieté le 10 mai 1851
Distribution : 11 hommes, 8 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

La pièce propose cinq moments de la vie de Molière, en insistant sur ses relations avec Armande Béjart. Au premier acte, Molière est encore inconnu et parcourt la France à la tête d’une petite troupe de comédiens. Il rencontre le prince de Condé, le reconnaît mais ne le trahit pas. Nous nous retrouvons à Versailles dans le deuxième acte. Molière est devenu un auteur reconnu et soutenu par le Roi, mais il est maussade : il est amoureux d’Armande Béjart, la sœur de Madeleine. Quand Armande entend l’éloge du prince de Condé qui rend  hommage à Molière et témoigne de sa gloire,  elle décide de jouer la comédie de l’amour. Molière est fou de joie et  Louis XIV donne son consentement au mariage.   

Le troisième acte nous transporte dans la maison de Molière à Auteuil, au moment où Tartuffe est interdit  : Molière est seul, triste et malade.  Il reçoit chaque matin des lettres d’injures qui accusent Armande d’être la maîtresse du prince de Condé. De retour chez elle, Armande fait face à l’hostilité des comédiens de la troupe, Brécourt, Duparc, le jeune Baron et Madeleine Béjart. L’acte IV se déroule pendant la première du Tartuffe, au théâtre du Palais-Royal.  Molière pardonne à sa femme, grâce à l’intervention du prince de Condé. Au Vème acte, nous sommes au Palais-Royal sur la scène où vient de se jouer le Malade imaginaire ; le rideau est tombé, la salle est vide. Molière est épuisé alors qu’Armande lui rapporte de nouvelles calomnies qui accusent Molière d’avoir épousé sa propre fille. Armande lui montre également une lettre de Baron où il lui déclarait son amour. C’est en réalité une ancienne missive. Molière est dévasté par ce qu’il pense être une nouvelle trahison.

 

Extrait de la dédicace de George Sand à Alexandre Dumas 

« Je n’ai cherché à représenter que la vie intime, et où rien ne m’a intéressé que les combats intérieurs et les chagrins secrets. Existence romanesque et insouciante au début, laborieuse et tendre dans la seconde période, douloureuse et déchirée ensuite, calomniée et torturée à son déclin, et finissant par une mort profondément triste et solennelle. Un mot navrant, un mot historique résume cette vie près de s’éteindre : Mais, mon Dieu, qu’un homme souffre avant de pouvoir mourir ! »

Les réactions 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8415869n

Bocage jouait le rôle de Molière à la création. Lithographie de Benjamin de 1835. Source : BnF/Gallica

Extrait de l’article de Clément Caraguel paru dans l’Argus du 13 mai 1851, source : Gallica.  
Remarque : la version de la pièce présentée en 1851 a été resserrée et ne comportait que quatre actes (les 3ème et 4ème actes étaient réunis).

« Ces quatre actes, pour mieux dire ces quatre tableaux ne contiennent, à proprement parler, que la biographie de Molière. L’auteur a limité autant que possible la part de l’invention, il s’est attaché à reproduire avec une exactitude historique la physionomie du grand comique et il l’a fait avec la puissance d’exécution d’un artiste supérieur. C’est bien là le véritable Molière , tel qu’il apparaît dans l’histoire, aussi honnête que grand, aussi élevé par le cœur que par le génie. L’homme, l’auteur et le comédien, savamment étudiés, revivent dans cette rayonnante figure. Il faut remercier Georges Sand d’avoir consacré sa plume à ce beau travail sur une des gloires de la France.

Armande Béjart est peinte avec une vérité et une vigueur magistrales ; c’est un caractère dans toute l’acception du mot et qui tiendrait sa place dans la grande galerie des physionomies humaines laissées par Molière lui-même. Cependant le dernier trait nous semble de trop. Le public, comme nous, a trouvé outrée la scène du quatrième acte où Armande remet  à Molière mourant une lettre d’amour qui lui fut écrite par Baron avant son mariage. Ce n’est plus seulement la sécheresse de cœur d’une coquette, c’est de la cruauté à froid ; entre les deux il y a plus qu’une nuance. Le comédien Duparc est un type de bourru bonhomme des plus réjouissants et des plus vrais qu’on ait vus au théâtre ; il a été rendu avec beaucoup d’originalité et de verve par Paulin Ménier. Bocage jouait le rôle de Molière ; le succès a été très grand, tous les acteurs ont été rappelés à la chute du rideau. »

La pièce est à l’affiche 12 fois au  Théâtre de la Gaité mais ne rencontre pas le succès attendu.

À noter : la pièce de George Sand sera présentée en septembre 2017 lors des Journées du Matrimoine par le théâtre Ishtar.

 

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Claudie de George Sand

10 juin 2017
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Claudie de George Sand

Drame en trois actes représenté pour la première fois au Théâtre de la Porte-Saint-Martin le 11 janvier 1851.
Distribution: 5 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Claudie fait les moissons avec son grand-père le Père Rémy chez les métayers Fauvreau. Le fils Fauveau, Sylvain tombe amoureux de la jeune fille, travailleuse et réservée. Mais le père Fauveau a d’autres vues pour son fils : la Grand’Rose, la propriétaire de la métairie, une belle femme riche et élégante que convoite également Denis Ronciat. Claudie rencontre par hasard sur Denis Ronciat.  On comprend très vite qu’il est à l’origine de ses malheurs : il a séduit Claudie quand elle avait 15 ans en lui promettant le mariage mais il l’a abandonnée. Un enfant est né de cette liaison. C’est dans la misère que Claudie a élevé son enfant,  décédé à l’âge de trois ans. Denis Ronciat révèle une partie de l’histoire à Rose qui, jalouse de l’intérêt de Sylvain pour Claudie, veut éloigner la jeune fille et son père. Sylvain est désespéré. Dans une très belle scène, le Père Rémy prend la défense de Claudie et ridiculise Denis Ronciat, qui est chassé. Tout le village entoure et soutient Claudie. Sylvain lui demande sa main.

À propos de Claudie

Jules Lemaître dans Impressions de théâtre 1ère série à propos de la reprise de Claudie au Théâtre national de l’Odéon, 16 mai 1887 sur Gallica 

« J’ai constaté avec joie, la semaine dernière, le grand succès de Claudie. Personne, je crois, n’a complètement échappé au charme de cette dramatique idylle. (…)
Oui, tous ces personnages sont vrais. Du moins ils le sont assez à mon gré. L’action est d’une simplicité lumineuse ; elle sort tout entière d’une situation initiale et se développe sans aucune intrusion du hasard : ce qui est une des marques des belles œuvres dramatiques. Et le décor, qui agrandit et embellit les personnages, explique l’action et y contribue. Ce drame est aussi une géorgique ; et géorgique et drame semblent ici inséparables. Le « milieu » est justement celui où le dénouement de la pièce (le mariage d’une fille-mère avec un autre homme que le séducteur) pouvait être accepté le plus aisément : car les paysans, s’ils ont plus de superstitions, ont moins de préjugés sociaux que la bourgeoisie. M. Dumas fils, rien qu’en transportant la même histoire dans une classe supérieure (Denise), s’est créé des difficultés dont lui seul peut-être pouvait triompher.
Dans Claudie, cela va tout seul. C’est en pleine campagne qu’un drame évangélique se trouve encore le mieux à sa place. On a cette impression, que le profond sentiment de justice et de charité, en vertu duquel Ronciat est condamné et Claudie absoute et relevée par le père Rémy, par Sylvain, par la mère Fauveau, par la Grande Rose, et même par le père Fauveau, est, comme la gerbe de blé, un produit du travail de la terre. »

Voir aussi la critique de Clément Caraguel dans l‘Argus du 24 janvier 1851 : « La hardiesse de l’idée, la réalité et la logique des caractères, la hauteur soutenue de la pensée et la force de l’exécution font de cette pièce une des œuvres les plus vivantes de Georges Sand. L’effet produit a été immense. Nous avons entendu crier au paradoxe; avouez cependant qu’il est bien rare qu’un paradoxe s’empare à ce point de la foule et produise ces frémissements d’une émotion irrésistible. »

Illustrations sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437034v

Théâtre de la Porte Saint Martin. Claudie. 3e acte. Claudie, mademoiselle Lia-Félix ; madame Fauveau, madame Genot ; la Grand’Rose, Daubrun ; Rémy, M. Bocage ; Sylvain, M. Fechter ; Fauveau, M. Perrin ; Denis Ronciat, M. Barré. Dessin de Janet Lange.1851. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437033f

Le théâtre illustré. Claudie, représentée au théâtre de Cluny : dessin de M. Adrien Marie et Gillot sc. 1879. Source : BnF/Gallica

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Cosima de George Sand

6 juin 2017
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Cosima ou la haine dans l’amour de George Sand

Drame en cinq actes et un prologue, représenté pour la première fois à Paris, par les comédiens ordinaires du roi, sur le Théâtre-Français, le 29 avril 1840.
Distribution : 11 hommes, 2 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Cosima est l’épouse d’Alvire, un bourgeois et négociant de Florence. Elle passe ses journées à s’ennuyer terriblement lorsqu’un riche Vénitien, Ordonio Éliséi, se met à la courtiser. Elle résiste, mais peu à peu tombe sous le charme de cet habile séducteur. Lorsque l’on croit qu’Ordonio a été assassiné, Alvire est arrêté. Mais c’est en réalité le serviteur d’Ordonio, qui se déguisait à la demande de son maître, qui a été tué. Ordonio réapparaît : Alvire, qui échappe ainsi à la sentence de mort,  lui ouvre sa maison, pour lui marquer sa reconnaissance. Cosima est amoureuse mais fidèle à son époux. Ordonio utilise toutes les ruses pour la convaincre de partir avec lui. La pièce s’achève tragiquement avec le suicide de Cosima. 

La création au Théâtre-Français

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52502899t/f130.item.zoom

Marie Dorval dans le rôle de Clotilde à la Comédie-Française en 1840-1841, à la même époque que son rôle de Cosima. Source : BnF/Gallica

George Sand impose Marie Dorval au Théâtre-Français en 1840, en lui confiant le rôle-titre. 

La première de la pièce a lieu le 29 avril 1840 et est un échec.  Il n’y aura que 7 représentations. George Sand en témoigne dans la préface : « La première représentation du drame de Cosima a été fort mal accueillie au Théâtre-Français. L’auteur ne s’est fait illusion ni la veille ni le lendemain sur l’issue de cette soirée. Il attend fort paisiblement un auditoire plus calme et plus indulgent. Il a droit à cette indulgence, il y compte. » (suite sur Libre Théâtre)

Dans une lettre adressée à M. Calamatta le 01 mai 1840 à Paris (extraite de la Correspondance de George Sand, disponible sur Gallica , George Sand écrit également à propos de Cosima

« Cher Carabiacai,

J’ai été huée et sifflée comme je m’y attendais. Chaque mot approuvé et aimé de toi et de mes amis, a soulevé des éclats de rire et des tempêtes d’indignation. On criait sur tous les bancs que la pièce était immorale, et il n’est pas sûr que le gouvernement ne la défende pas. Les acteurs, déconcertés par ce mauvais accueil, avaient perdu la boule et jouaient tout de travers. Enfin la pièce a été jusqu’au bout, très attaquée et très défendue, très applaudie et très sifflée. Je suis contente du résultat et je ne changerai pas un mot aux représentations suivantes.

J’étais là, fort tranquille et même fort gaie ; car on a beau dire et beau croire que l’auteur doit être accablé, tremblant et agité : je n’ai rien éprouvé de tout cela, et l’incident me paraît burlesque. S’il y a un côté triste, c’est de voir la grossièreté et la profonde corruption du goût. Je n’ai jamais pensé que ma pièce fût belle ; mais je croirai toujours qu’elle est foncièrement honnête et que le sentiment en est pur et délicat. Je supporte philosophiquement la contradiction ; ce n’est pas d’aujourd’hui que je sais dans quel temps nous vivons et à quelles gens nous avons affaire. Laissons-les crier ! nous n’aurions plus rien à faire, s’ils n’étaient ce qu’ils sont.

Console-toi de mon accident. Je l’avais prévenu, tu le sais, et j’étais aussi calme et aussi résolue la veille que je le suis le lendemain.

Si la pièce n’est pas défendue, je crois qu’elle ira son train et qu’on finira par l’écouter. Sinon, j’aurai fait ce que je devais et je recommencerai à dire ce que je veux dire toute ma vie, n’importe sous quelle forme. Reviens-nous bientôt. Tu me manques comme une partie essentielle de ma vie.

À toi de cœur. George. »

Les réactions des critiques 

Sainte-Beuve dans Premiers lundis (Tome II, sur Gallica) : « La première représentation de Cosima a eu lieu devant le public le plus nombreux, le plus choisi et le plus divers, le plus littéraire et le plus mondain qui se puisse imaginer. Il y avait une attente immense ; il y avait autre chose que de l’attente encore, c’est-à-dire bien des petites passions en jeu. (…) En général, il faut le dire, si l’on excepte Mme Dorval, qui est toujours à excepter, et Geffroy, qui souvent a été bien, la pièce nous a paru jouée d’une manière insuffisante, sans ensemble, sans célérité, comme si les acteurs entraient peu dans leur rôle. C’est avec regret que nous avons vu Beauvallet refuser au rôle d’Ordonio la noblesse et la grâce qui en font une partie essentielle, et en charger sans nécessité l’odieux avec une brusquerie vulgaire, qui pouvait compromettre les mots les plus simples. C’est ainsi que je m’explique surtout comment bien des délicatesses ont été peu senties et bien des finesses ont paru échapper. (…) Quelques inexpériences de mise en œuvre, inévitables à un début, ne me paraissent pas expliquer suffisamment le peu de relief que la première représentation a donné à des détails tels que ceux-là. La faute en est en partie aux acteurs, je l’ai dit, et en partie au public, il faut oser le dire. Une certaine fraction du public paraissait s’attendre à un genre d’extraordinaire qui n’est pas venu ; cette sorte d’attention, nécessairement fort défavorable, lorsqu’elle a cherché à se porter et à se faire jour sur certains mots du dialogue, a été bientôt déjouée, car la suite ne répondait en rien à l’intention qu’on supposait voir percer et qu’on introduisait plus sottement encore que malignement. Deux ou trois fois notamment, quelques murmures soulevés ont fait peu d’honneur au goût littéraire de ceux qui se les permettaient. »

Critique du Figaro du 5 mai 1840 (sur Gallica)

« Si jamais notre critique fut difficile et délicate, c’est assurément aujourd’hui qu’elle doit s’attaquer à l’une des gloires qu’elle est le plus accoutumée à respecter, gloire incontestable fondée sur tant de chefs-d’œuvre et que de sages conseils auraient dû préserver d’une imprudence dangereuse. Il faut le dire pourtant il faut le dire avec regret mais avec courage, en mettant de côté pour un moment tout ce respect que l’on doit à l’illustre auteur :  le drame de Mme Sand est un ouvrage malheureux. Il est long, triste, ennuyeux ; il manque d’intérêt et le style même y fait défaut. (…) Cette pièce n’était ni assez intéressante pour être jouée au boulevart ni assez littéraire pour être offerte au public éclairé de la Comédie-Française, pourquoi donc l’avoir amenée là en holocauste . That is question.  »

Voir aussi la Lettre de Méry adressée à Marie Dorval expliquant l’insuccès de Cosima, citée dans Marie Dorval, 1798-1849 : documents inédits, biographie critique et bibliographie, d’Émile Coupy, 1868 sur Gallica 

Voir sur le site de la Comédie-Française, une maquette plane des costumes de Cosima

 

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Polyeucte de Pierre Corneille

4 juin 2017
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Polyeucte de Pierre Corneille

Tragédie en cinq actes et en vers représentée pour la première fois sur le Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, par la troupe royale, en 1640.
Distribution : 10 hommes, 2 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Polyeucte a épousé Pauline, fille du gouverneur d’Arménie, Félix. Pauline à Rome était éprise de Sévère, favori de l’empereur Décie, mais a obéi à son père, d’autant que Sévère a été, dit-on, tué sur le champ de bataille. Quinze jours après son mariage, Pauline fait un songe effrayant : elle voit Sévère triomphant et Polyeucte poignardé au milieu d’une assemblée de chrétiens. Félix a reçu l’ordre de faire exécuter en Arménie les décrets de persécution contre les chrétiens. Polyeucte est  converti au christianisme par son ami Néarque. Sévère, qui n’est pas mort, arrive dans la province, chargé d’une mission impériale : il revoit Pauline, dont il ignorait le mariage. Polyeucte, déterminé à confesser publiquement sa foi, déchire les édits de persécution  et brise les idoles. Ni les menaces de Félix, ni les pleurs et les prières de Pauline, ni l’intercession de Sévère, rien ne peut détourner Polyeucte de sa foi. Il est condamné à mort par le gouverneur. Double miracle de la grâce, Pauline d’abord, et ensuite Félix, embrassent le christianisme. Sévère décide de les épargner.

Polyeucte sur Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55003776z/f1.item

Polyeucte : maquette de costume dessinée par Eugène Lacoste. 1879. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55003776z/f3.item

Polyeucte : maquette de costume pour Pauline dessinée par Eugène Lacoste. 1879. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049908j

Mounet-Sully dans Polyeucte Dessin de Yves Marevéry. 1906/ Source : Bnf/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8436364q/f384.item

Comédie-française, 1er octobre 1884. Mounet-Sully dans le rôle de Polyeucte. Source : Bnf/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405540v/f1.item

Mounet-Sully dans Polyeucte à la Comédie-Française (1884). Extrait de Comoedia illustré du 12 juillet 1912. Source : BnF/Gallica

 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dossier pédagogique

  • Mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman (2017) 
    Dossier pédagogique sur le site du Théâtre de la ville : pourquoi monter polyeucte ? Polyeucte, saint ou Héros ? Polyeucte et Jésus, le résumé scène par scène, les personnages dans Polyeucte, mémento sur l’alexandrin, la destruction des statues (AFP), Dramaturgie, Corneille

 

Polyeucte (Bande-Annonce / Théâtre) from Les Fossés Rouges on Vimeo.

 

 


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François le Champi de George Sand

23 mai 2017
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François le Champi de George Sand

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au Théâtre de l’Odéon le 25 novembre 1849.
Distribution : 2 hommes, 5 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

François, l’enfant trouvé dans les champs, revient dans la maison de Madeleine, la meunière qui l’a élevé. Il a été chassé quelques années auparavant par le mari de Madeleine, qui a dilapidé ses biens au profit d’une paysanne sans scrupule, Sévère. Mariette, la belle-sœur de Madeleine est courtisée par le neveu de Sévère. Elle tombe amoureuse de François, qui se rend peu à peu compte qu’il est amoureux, lui, de Madeleine. 

Premières représentations en 1849

« L’apparition de François le Champi fit une grande sensation dans le monde dramatique. La presse fut unanime à louer les immenses qualités de l’ouvrage de G. Sand ; le public l’applaudit avec enthousiasme, et c’était justice. — Cette œuvre remarquable fut mise en scène avec beaucoup de soin et d’intelligence. L’honneur en revient à M. Bocage, qui en avait distribué les rôles et suivi les répétitions. Tous les acteurs firent leur devoir, excitèrent l’admiration des spectateurs, et surent mériter les sympathies des journalistes. M. Deshayes surtout, qui jouait un rôle tout à fait en dehors de son emploi, fut si étonnamment et si naïvement Berrichon, que chacun se disait : Il est là dans son pays ! — C’est que M. Bocage, qui a le jugement « plus droit qu’une faucille, » avait su découvrir un excellent comique dans la personne d’un de ses jeunes premiers. — Le Champi eut cent trente-deux représentations , cent trente-deux fois la salle fut comble. »

Le Daguerréotype théâtral : journal littéraire illustré, paraissant 2 fois par mois, reproduisant les principaux types, costumes et tableaux des pièces à succès. Source : Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10541401k

Deshayes, rôle de Jean Bonnin, dans François le Champi, Théâtre de l’Odéon en 1849, par A. Lacauchie. Source : BnF/Gallica

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8437675v

François le Champi Acte I Scène XI Jeannie, Mlle Célestine Marie, Mme Lefebvre Madeleine, Mme Ballauri Catherine, Mme Buycet François le champi, Mr Bondois : estampe de C. Augier, 1850. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84376768

Théâtre de l’Odéon. François-le-Champi, 1er acte. François, M. Clarence ; Madeline, madame Laurent ; Mariette, madame Deshayes ; Catherine, madame Birou : estampe par Janet Lange. 23-11-1849. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84055507

François le Champi, comédie de George Sand : illustration de presse du 22/09/1888 (Comédie-Française). source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84376731

Théâtre national de la Comédie Française. « François le Champi », comédie de George Sand : [estampe] / Dessin de M. Paul Destez ; gravure de Michelet. 1888. Source : BnF/Gallica

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Lucie de George Sand

22 mai 2017
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Lucie de George Sand

Comédie en un acte, représentée pour la première fois au Gymnase-Dramatique le 16 février 1856.
Distribution : 3 hommes, 1 femme
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Adrien revient des Etats-Unis avec son ami Stephens, après une longue absence. Son père est décédé en laissant une fille Lucie, qu’il a eue avec une gouvernante. Daniel, l’intendant, fait tout ce qu’il peut pour protéger les intérêts de Lucie, que sa mère, une femme intéressée et déplaisante, ne veut plus voir. Stéphane et Adrien tombent tous deux sous le charme de Lucie. Par ailleurs, le portefeuille qui contenait toute la fortune du père a disparu…  

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530143399

Estampe de George Sand (1843). Source : BnF/Gallica

 

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Maître Favilla de George Sand

22 mai 2017
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Maître Favilla de George Sand

Drame en trois actes et en prose, représenté pour la première fois le 15 septembre 1855 au Théâtre de l’Odéon.
Distribution : 5 hommes, 2 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Le bourgeois Keller hérite du chateau de Muhldorf, qui appartenait à son oncle, mort sans testament. Il s’y rend avec son fils et découvre Maître Favilla, un musicien rêveur et un peu fou, un ami du défunt qui s’est installé avec sa famille dans le chateau et qui est persuadé d’être l’héritier. La famille de Favilla demande à Keller de le ménager le temps qu’il recouvre ses esprits. Le fils de Keller tombe amoureux de la fille de Favilla…

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84383509

Maître Favilla ou le pique-assiette sans le savoir : estampe de Pochet, 1855. Source : BnF/Gallica

 

 

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Biographie d’Edmond Rostand

6 mai 2017
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Biographie d’Edmond Rostand

Article paru dans le numéro spécial de la revue La Rampe du 15 décembre 1918 consacré à la mort d’Edmond Rostand (Source : Gallica)

« Edmond Rostand le plus populaire de nos auteurs dramatiques, le plus illustre de nos poètes n’est plus. La grippe stupide l’a enlevé brusquement à l’affection et à la tendresse de sa femme, de ses enfants, de sa famille et de ses amis et admirateurs si nombreux. (…)

Depuis Victor Hugo, nous n’eûmes jamais un poète aussi superbement national. La critique et le peuple l’avaient placé, dès sa prime jeunesse, au tout premier rang, et ce ne fut que justice.

Edmond Rostand naquit à Marseille le 1er avril 1868, dans une pittoresque maison de la rue Montaux. Son père, membre de l’Institut, lui fit commencer ses éludes au lycée de sa ville natale où il les poursuivit jusqu’à la seconde ; puis il vint les achever à Paris, au Collège Stanislas. Ce fut un élève fort brillant en composition française et en version latine, mais à l’exemple de maints écrivains, il ne montra nulle aptitude aux mathématiques. Seules, les études littéraires le passionnaient, et, élève de rhétorique, il commit un acte en vers Les Petits extras ; son professeur, René Doumic, qu’il devait  rencontrer plus tard à l’Académie Française, ayant par hasard découvert le manuscrit, le confisqua et infligea un sévère pensum au jeune auteur. C’était une petite comédie dans la note des vieilles pièces de Picard, il y étudiait certaines moeurs de province. Nullement découragé, le potache porta son manuscrit, – il en avait un double, – à Marx, directeur du Théâtre Cluny. Celui-ci le présenta à Gaston Marot, l’auteur Des Grandes Manœuvres, avec lequel Rostand remania son acte qui, quelque temps après, fut représenté sous le titre de Le Gant Rouge. La critique se montra fort sévère  ; seul, un  journaliste du nom de René Dorlac fit preuve d’indulgence et voulut bien reconnaître de l’avenir au débutant. René Dorlac était le pseudouyme de René Doumnic, lequel connaissait, – et pour cause – le premier péché littéraire de son élève.

En 1890, à l’âge de vingt-deux ans, il publiait Les Musardises. Le succès fut considérable  : tout le monde comprit que l’auteur était un Poète, au vrai sens du mot. Un poète qui chante avec un art exquis et délicieux et prenant ses souffrances, ses douleurs, ses joies et son amour. Cette même année il épousait Mlle Rosemonde Gérard qui fut, elle aussi, un grand et noble poète et qui resta, en dépit des années et des luttes de la vie, la fidèle et tendre compagne de Rostand, clic ne cessa d’être, – ainsi que se plaisait à le répéter un de leurs amis les plus chers, Lucien Mufheld, – « l’associée ».

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405567h

Photo de presse de la création à la Comédie-Française, le 21-05-1894. Source : BnF/Gallica

À cette époque, Edmond Rostand voulut s’essayer au théâtre, il présenta donc à la Comédie-Française un petit acte en vers Les Deux Pierrots. Malheureusement, le jour de la lecture, le Comité apprit la mort de Théodore de Banville et se fit un scrupule de recevoir une oeuvre où chantaient et pleuraient tous ces pierrots, chers au poète des Odes funambulesques. La revanche ne tarda point à venir. Jules Claretie reçut quelques mois après Les Romanesques. Cette œuvre adorable fut créée à la Maison de Molière le 21 mai 1894, avec une distribution éclatante qui réunissait les noms de Reichemberg, Le Bargy, de Féraudy, Leloir et Laugier.
 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90163348/f1.item

Affiche de Mucha pour le Théâtre de La Renaissance avec Sarah Bernhardt. Source : BnF/Gallica

Le théâtre avait définitivement conquis Edmond Rostand, il s’y consacra tout entier, et nous vîmes ainsi coup sur coup, l’apparition radieuse et triomphante de La Princesse lointaine, pièce en quatre actes que Mme Sarah Bernhardt créait au théâtre de la Renaissance, le 5 août 1895. Deux ans après, la grande tragédienne, muse sublime du Poète, représentait, le mercredi Saint, 14 avril 1897, La Samaritaine, trois tableaux où l’auteur sut ajouter de la poésie à l’Evangile lui-même.

Le 28 décembre de cette même année eut lieu la première représentation de Cyrano de Bergerac que créèrent Coquelin Aîné, Volny, Desjardins, Jean Coquelin et Marie Legault. Tout a été dit sur cette oeuvre qui enthousiasma Francisque Sarcey, Jules Lemaître et Catulle Mendès. Ce dernier compara Rostand « à un Regnard ivre de Victor Hugo, de Henri Heine, d’Alexandre Dumas et de Banville ». On peut aisément avancer que Cyrano marqua au Théâtre une date immortelle, comme autrefois les premières du Cid, d’Andromaque et de Hernani.

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531420904/f115.item

M. Rostand et son Aiglon. Dessin de A. Rouveyre. Source : BnF/Gallica

À Cyrano de Bergerac succédait L’Aiglon, autre chef d’œuvre que Mme Sarah Bernhardt créa en son théâtre, le 10 mars 1900. Flambeau, c’était Lucien Guitry, bientôt remplacé par Coquelin Aîné qui revenait d’une tournée en Amérique où il avait fait triompher, en compagnie de l’illustre tragédienne, les œuvres de leur Poète.

Edmond Rostand avait été décoré de la Légion d’Honneur le soir même de la première de Cyrano de Bergerac. Le 14 juillet 1900, il recevait la rosette d’officier.

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8596912z/f27.item

Edmond Rostand par Jean Reutlinger. Source : BnF/Gallica

L’année suivante, Rostand présenté par Jules Claretie et Paul Hervieu faisait son entrée à l’Académie où le recevait le marquis de Voguë. Son élection qui avait été sollicitée par toute l’Académie fut un moment compromise. Edmond Rostand, fidèle à ses opinions politiques, homme loyal et de grand coeur, avait clamé bien haut sa sympathie à Alfred Dreyfus, innocent, que l’opinion stupide condamnait. Incapable d’une lâcheté, le poète de la Samaritaine s’en fît un cas de conscience, et se refusa à la moindre trahison. On voulut lui opposer un inconnu quelconque, mais la majorité du Palais Mazarin, conduite par Jules Lemaître, qui, malgré certaines divergences de vue, comprit assez tôt la faute qu’allaient commettre ces éminents confrères, accueillait le 30 mai 1901, Edmond Rostand, qui prenait place au fauteuil d’Henri de Bornier, l’auteur de La Fille de Roland.

En 1910, il était nommé commandeur de la Légion d’Honneur.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97739489/f3.item

Edmond Rostand chez lui. Photographie parue dans L’Art du théâtre, septembre 1903. Source : Gallica/BnF

Mais la maladie frappa Rostand, et pendant plusieurs mois on craignit pour sa vie. Les docteurs l’obligèrent à quitter pour longtemps la capitale. Il se retira à Cambo, en son originale villa « Arnaga » où il se plut à recevoir, avec une amabilité exquise et toujours souriante, les fidèles intimes. Il revint à Paris pour diriger ses dernières dernières du Chantecler, éclatant de vie, de soleil et de joie, qui vit le jour à la Porte Saint-Martin le 7 février 1910. Ce fut sa dernière œuvre théâtrale représentée. Il continua cependant à travailler abondamment ; il laisse un nombre respectable de pièces qui, nous l’espérons, seront prochainement montées à la Comédie-Française, chez MM. Hertz et Jean Coquelin et au théâtre Sarah Bernhardt. Rostand écrivit également maints poèmes, entre autres Le Bois Sacré que joua Mme Sarah Bernhardt, et différentes œuvres poétiques inspirées par l’actualité  ; il se montra particulièrement lyrique en criant sa haine contre Guillaume II (L’Ile des Chiens) et les responsables de la guerre et en clamant son admiration enthousiaste pour les héros, sublimes martyrs de l’horrible épopée sanglante.

Edmond Rostand ne cessa durant sa carrière d’apporter une fidèle collaboration à la presse parisienne, il écrivit notamment à Gil Blas, au Figaro, à Paris Journal, à  l’ Illustration où nous eûmes entr’autres poèmes son Bulow, et à Excelsior qui publia dernièrement un fragment de sa superbe Marseillaise.

Le jour de l’armistice, malgré l’opposition des siens, il voulut sortir pour se mêler au peuple de Paris qu’il chérissait tout particulièrement, peut-être pour trouver, en poète, l’occasion nouvelle de créer un immortel et définitif chef-d’œuvre. Hélas  ! quelques jours plus tard il dut s’aliter et le 2 décembre 1918, à 1 h. 48, il rendit le dernier soupir.

La semaine suivante, le Théâtre Sarah Bernhardt affichait L’Aiglon, – Mme Simone prenait avec succès la lourde succession de l’inoubliable créatrice – et le soir de cette première, chacun portait une fidèle pensée à celui qui, quelques jours auparavant, était encore parmi nous… Rostand ! Rostand ! sublime et délicat artisan de la Muse poétique, nous tous, les spectateurs de ce soir, pleurions l’illustre Poète, l’ami exquis que vous étiez, et nous sentîmes tout à coup dans cette salle émue, passer un grand souffle où bruissait votre, nom avec un bruit de gloire.

Ch de la Grille

Pour en savoir plus 

Lien vers le Théâtre d’Edmond Rostand sur Libre Théâtre
Site dédié à Edmond Rostand, créé par Philippe Bulinge, spécialiste de l’œuvre de Rostand : http://www.edmond-rostand.com et notamment pour en savoir plus sur la vie d’Edmond Rostand

 

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La Dernière Nuit de Don Juan d’Edmond Rostand

1 mai 2017
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La Dernière Nuit de Don Juan d’Edmond Rostand

Poème dramatique en deux parties et un prologue, écrite en 1911. Publié de façon posthume en 1921 et créé en mars 1922 au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Distribution : 5 hommes, 5 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Don Juan est emmené par la statue du Commandeur aux Enfers mais négocie avec le Diable. Celui-ci lui accorde un sursis de dix ans. Dix ans après, le Diable revient chercher Don Juan sous les traits d’un marionnettiste. Don Juan défend l’œuvre de sa vie, mais dans une cruelle joute oratoire, le Diable va montrer à Don Juan l’échec de son existence. Don Juan croit avoir «possédé» et «connu» 1003 femmes, les ombres des femmes viennent lui prouver le contraire. Toutes arrivent masquées et lui disent quelques mots : si le séducteur en peut appeler une seule par son prénom, il sera libre. Il échoue. Don Juan affirme ensuite qu’il les a fait pleurer : si une larme est sincère et que Don Juan s’en souvient, il sera sauvé. Il échoue une nouvelle fois. Don Juan affirme ensuite avoir « fait l’aumône » mais « le pauvre » vient lui jeter l’or de l’aumône à la figure, avec mépris. Don Juan à bout d’arguments est envoyé dans la boîte à marionnettes, car il n’est même pas digne des feux de l’Enfer.

La création

Cette pièce posthume a été éditée en 1921. L’éditeur Fasquelle  précise en avant-propos : « Les deux parties de cette pièce étaient entièrement écrites avant la guerre. Le prologue, reconstitué sur des brouillons fragmentaires très raturés, ne peut être considéré que comme une ébauche. On a dû pour l’intelligence du drame, compléter les indications de scène du texte original. Celles de ces indications qui ne sont pas de la main de l’auteur ont été mises entre deux crochets. »
La création de cette pièce a eu lieu en mars 1922 au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6538653x/f41.item

Extrait de Vogue du 01 avril 1922. Source : BnF/Gallica

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6538653x/f40.item

Extrait de Vogue du 01 avril 1922. Source : BnF/Gallica

 

 


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