Chronique

Renée de Emile Zola

28 mars 2017
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Renée de Emile Zola

Drame en cinq acte représenté pour la première fois, le 16 avril 1887, sur le théâtre du Vaudeville.
Distribution : 6 hommes, 4 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Renée, une jeune fille a été violée par un homme marié. Sa fidèle domestique, Mlle Chuin, fait croire à son père que Renée a fauté avec un homme  qu’elle se doit d’épouser.  Aristide Saccard, un homme ambitieux mais sans aucun bien,  qui a déjà un jeune fils, Maxime, conclut le marché avec le père, désespéré par cette situation, et avec Renée.  Nous les retrouvons dix ans après : Saccard a fait fructifier la dot de Renée et est maintenant un bourgeois prospère. Renée reçoit beaucoup et a de somptueuses robes. Elle souffre toutefois d’un mal qui la ronge : elle découvre qu’elle est passionnément amoureuse de Maxime, le fils de Saccard qui doit prochainement se fiancer. 

La polémique

Comme de nombreuses pièces de Zola, Renée a fait l’objet de polémiques. Zola explique la genèse de la création de ce drame dans la préface de l’édition de G. Charpentier de 1887 (disponible en ligne sur le site de la Bodléienne). C’est à la demande de Sarah Bernhardt qu’il a écrit l’adaptation théâtrale de son roman La Curée. « Elle voyait dans le personnage de Renée un rôle superbe et à sa taille. » Zola hésite car montrer un inceste sur la scène de la Comédie-Française lui semble impossible. Il adapte un peu le récit et termine la rédaction de ce drame, mais entre-temps, la grande comédienne a démissionné de la Comédie-Française et est partie en tournée en Amérique. Zola propose sa pièce à divers directeurs de théâtre qui la refusent, terrifiés… Sarah Bernhardt elle-même, de retour à Paris,  refuse :  « elle m’en parla avec un frisson, en comédienne qui entend déjà les sifflets dans la salle. » Ce sont finalement les directeurs du théâtre du Vaudeville qui ont le courage de proposer la pièce : « ils ne se dissimulaient pas les grands dangers, ils voulaient bien les courir avec moi, par amour des lettres »

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8596907n/f25.item

Marthe Brandes jouait le rôle de Renée à la création. Album Reutlinger de portraits divers, vol. 20. Source : BnF/Gallica

« Mademoiselle Brandes a été superbe de passion et d’énergie dans le rôle de Renée, et elle a rendu avec une largeur incomparable la terrible progression : l’attitude douloureuse et hautaine du premier acte ; le charme turbulent et détraqué du deuxième ; la lutte poignante du troisième ; le remords terrifié et l’éclat vengeur du quatrième ; la demi-folie, l’emportement frénétique du cinquième. C’est une très grande artiste, qui est née pour les chefs d’œuvre des auteurs de demain, si les auteurs savent en faire. »

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90187934/f1.item

Raphaël Duflos jouait le rôle de Saccard à la création. Agence Meurisse, 1910. Source : BnF/Gallica

« J’arrive à M. Raphaël Duflos dont la création restera. Il a été le Saccard du premier acte, enragé d’ambition, humble à son entrée devant le père, relevant la tête devant la fille, et grandissant de tout le cri de sa force, de tout le désir des grandes choses qu’il rêve ; et il a été le Saccard du quatrième acte, l’homme d’argent, l’homme triomphant, vaincu par la passion, sanglotant au milieu de son or, parce qu’une femme ne l’aime pas. C’est d’un art supérieur, puissant et jeune, qui le met au premier rang. »

 

 

 

 


Pour aller plus loin

Chronique de Francisque Sarcey à propos de la pièce Renée, dans Quarante ans de théâtre : feuilletons dramatiques, volume 7, 1900-1902 sur Gallica

Notes sur le théâtre, Stéphane Mallarmé, dans La Revue indépendante, Paris. mai 1884 sur Gallica

 

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Le Bouton de Rose de Emile Zola

25 mars 2017
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Le Bouton de Rose de Emile Zola

Comédie en trois actes représentée pour la première fois au Théâtre du Palais Royal le 6 mai 1878.
Distribution : 8 hommes, 3 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Ribalier et Brochard sont propriétaires de l’hôtel restaurant le Grand-Cerf à Tours. Brochard vient de se marier mais une inquiétude sur la livraison de chapons l’oblige à quitter sa jeune femme, Valentine, avant la nuit de noces. Il la confie à son ami Ribalier, un célibataire libertin qui se retrouve très embarrassé. Valentine souhaite leur donner une leçon : « Ah ! ils se mettent deux contre moi, ils me gardent, comme si je ne pouvais pas me garder moi-même. Je me vengerai… » Valentine, fille d’un militaire, élevée par une tante qui tient une pension d’officiers, s’entend avec des officiers qui l’ont connue enfant et qu’elle retrouve, pour faire croire à son gardien que tout un régiment l’a courtisée. Ribalier, stupéfait d’abord, se fâche ensuite, puis finit, sous le coup de quelques verres de Champagne, par vouloir prendre sa part. Mais c’est une cliente de l’hôtel, madame Chamorin, amante de Ribalier, qui prend la place de Valentine, la nuit, dans une chambre noire ; Chamorin, le mari trompé qui tâche de surprendre sa femme en flagrant délit, vient pour pincer sa femme, et  Ribalier fuit, en croyant reconnaître Brochard. 

L’accueil de la pièce

La pièce reçut un accueil désastreux. Emile Zola s’explique dans une préface parue  lors de l’édition de ses œuvres complètes (la préface figure dans le texte intégral proposé par Libre Théâtre). Extraits : 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64008754

Le comédien Geoffroy qui a créé le rôle de Ribalier, ici dans Un pied dans le crime, comédie d’Eugène Labiche et Adolphe Choler. Portrait de Geoffroy par Lhéritier. Source : BnF/Gallica

« Sera-t-il permis à un auteur dramatique sifflé, hué, conspué, de parler tranquillement de son aventure, en brave homme, sans rancune ni tristesse ? (…)

J’entends à présent que le procès-verbal de la soirée du 6 mai accompagne la pièce et dure autant qu’elle dans mes oeuvres. Plus tard, il y aura appel. Les procès littéraires sont toujours susceptibles de cassation.

Comme je suis très curieux des grands mouvements qui se produisent dans les foules, j’ai éprouvé, le lendemain de l’aventure, l’impérieux besoin d’analyser le public de la première représentation.

Avant tout, ce public a eu une déconvenue. Il s’attendait certainement à autre chose. Il voulait un manifeste littéraire, un exemple de comédie naturaliste appuyant la campagne que je faisais depuis deux ans dans le Bien Public. J’aurais donné une pièce à la Comédie-Française, qu’il ne se serait pas montré plus exigeant. Il oubliait qu’il était au Palais-Royal, que le choix fait par moi de cette scène indiquait de ma part un simple amusement d’esprit. Enfin, il demandait à l’auteur des Rougon-Macquart une comédie extraordinaire et tout à fait, hors ligne. Cela était certainement très flatteur, mais bien dangereux.

D’autre part, je me suis rendu compte de l’étonnement des spectateurs, à la saveur particulière du Bouton de rose. La gaieté n’est pas la même à toutes les époques. Aujourd’hui, il y a au théâtre une gaieté de mots, un entortillement d’esprit, une sorte de fleur parisienne poussée sur le trottoir des boulevards. C’est un esprit fouetté en neige, relevé d’une pointe de musc, un vrai déjeuner de soleil qui plaît dans sa nouveauté et qui, cinq ans plus lard, devient inintelligible. Dès lors, on comprend la grossièreté d’un homme tout franc, arrivant avec un style direct, appelant les choses par leur nom, cherchant le rire dans les situations et dans les types.

Puis, le sens de nos anciens contes français est perdu, à ce que je vois. La verdeur en est trouvée répugnante. Ces mirifiques histoires d’hôtellerie, où l’on se trompe de chambres et de femmes, paraissent, d’une ordure sans excuse. La pointe de fantaisie qu’elles tolèrent : le départ d’un mari le soir de ses noces pour le marché du Mans, les ruses hardies et salées d’une ingénue, semble monstrueuse, indigne d’un esprit distingué. Ma Valentine, par exemple, a stupéfié, et l’on m’a dit que j’aurais dû expliquer cette innocente, comme si les fines commères, les petites filles rieuses où la femme perce avec ses diableries, avaient besoin d’une étiquette dans le dos pour être comprises. On m’aurait encore pardonné si j’avais eu de l’esprit, si j’avais fait des « mots ». Hélas ! je n’ai point cet esprit-là, je suis allé carrément mon chemin. Cette franchise des situations et du style a révolté. Ma vérité a été sifflée, et l’on a hué ma fantaisie.

Donc le public était dans l’attente de quelque chose de prodigieux. Je ne prononcerai pas le gros mot de cabale, parce que je ne crois pas à une entente préalable entre douze cents spectateurs. On m’a pourtant conté une histoire curieuse, un dîner qui aurait eu lieu avant le lever du rideau, et où l’on aurait juré au dessert de siffler ma pièce. Je ne veux voir là qu’une anecdote. Mais s’il n’y a pas eu cabale dans le sens précis du mol, il faut admettre qu’une bonne moitié de la salle faisait des voeux ardents pour que le Bouton de rose tombât. On était venu là comme on va dans la baraque d’un dompteur, avec la sourde envie de me voir dévorer.

Je me suis fait, paraît-il, beaucoup d’ennemis, avec mes feuilletons du Bien Public, où la sincérité est ma seule force. On ne juge point impunément les pièces des autres pendant deux ans, en toute justice, disant hautement ce qu’on pense des grands et des petits. Le jour où soi-même on soumet une œuvre aux confrères et au public, on s’expose à des représailles. Le mot n’est pas de moi, il a été prononcé dans les couloirs et je l’ai déjà retrouvé dans quelques articles. Je comprends parfaitement que les vaudevillistes vexés et les dramaturges exaspérés se soient dit : « Enfin, nous allons le juger à l’œuvre, ce terrible homme ! » Et le public devait même partager cette attente. Je ne récrimine pas, je constate que ma position d’auteur dramatique était certainement plus délicate que celle d’un autre. Un jeune monsieur, à l’orchestre, montrait une clef à ses voisins, disant : «Il faut que le Bouton de rose soif un chef-d’oeuvre, ou sinon… » Cela est typique.

Ce n’est pas tout, le romancier lui-même était en cause. Les succès se paient. Je devais expier, le 6 mai, les quarante-deux éditions de l’Assommoir et les vingt éditions de Une page d’amour. Un romancier faire du théâtre, un romancier dont les oeuvres se vendent à de tels nombres ! Cela menaçait de devenir l’abomination de la désolation. J’allais prendre toute la place, j’étais vraiment encombrant. II s’agissait de mettre ordre à cela. Pour peu que l’oeuvre prêtât le flanc, on la bousculerait et on se régalerait de voir l’heureux-romancier se casser les reins comme auteur dramatique.

Voilà donc de quels éléments la salle était composée : des amis qui exigeaient beaucoup de moi, qui n’admettaient pas que je pusse écrire une oeuvre ordinaire ; des ennemis pleins de rancune, désireux dé se venger du critique et de rabattre le triomphe du romancier ; enfin un public dont le goût n’est pas au théâtre tel que je l’entends. Les uns me reprochaient d’aller contre mes théories sur la vérité, les autres de manquer de fantaisie. C’était une confusion incroyable. Et la note comique était donnée par ces étranges justiciers qui, pour m’enseigner la douceur, commençaient par m’étrangler. Il est par terre, tombons sur lui. Cela le rendra moins sévère pour les autres. À l’avenir, lorsqu’il trouvera une pièce mauvaise, il n’osera plus le dire aussi carrément. Nous voulons qu’il mente, écrasons-le !

Mais je n’ai point encore parlé des spectateurs patriotiques. Il paraît que j’ai voulu ridiculiser l’uniforme de l’armée française sur la scène du Palais-Royal. Les sifflets ont commencé, lorsque les officiers ont paru, au second acte. Voilà une indignation qui part d’un bon sentiment. Elle m’a stupéfié. Des messieurs, à l’orchestre, qui avaient très bien dîné, m’a-t-on dit, ont cru devoir prendre particulièrement la défense de l’armée. Eh ! bon Dieu ! qui songeait à attaquer l’armée? Je la respecte fort, ce qui ne m’empêchera pourtant pas de l’étudier en toute vérité dans un de mes prochains romans.

En somme, on a écouté le premier acte, on a sifflé le second ; et on s’est refusé absolument à entendre le troisième. Le tapage était tel, que les malheureux critiques, ne pouvant saisir les noms des personnages au milieu du bruit et ne comprenant plus rien à l’intrigue, ont fait les comptes rendus les plus fantaisistes du monde. Les uns ont loué le talent de M. Lhéritier qui ne jouait pas dans le Bouton de rose, les autres ont confondu Chamorin avec Ribalier ; aucun n’a raconté fidèlement la pièce. Je suis certain que pas un des spectateurs ne connaît le dénouement exact. Excellentes conditions pour juger une œuvre.

Remarquez que le troisième acte était jugé le meilleur. Au théâtre, on comptait beaucoup sur cet acte. Mais la salle en était arrivée à une exaspération comique. Brochard entre furieux et crie à une servante : « Grande cruche ! » Toute la salle entend : « Grande grue ! » Et l’on siffle. Que faire à cela? Il y a des moments où la foule entend ce qui fouette sa passion. Dès lors, toutes les intentions de la comédie se faussaient ; ce qui aurait dû faire rire faisait sursauter les gens les moins prévenus. Les quelques mots d’argot dit par Valentine, si innocents et d’intention si drôle, je persiste à le croire, ont éclaté comme des bombes. La salle menaçait de crouler.

Je suis aujourd’hui, je le répète, sans rancune ni tristesse. Pourtant, j’ai eu, le lendemain, un sentiment de colère bien légitime. Je croyais que, le deuxième jour, la pièce n’irait pas au delà du second acte. Le public payant me semblait devoir achever le désastre. J’allai tard au théâtre, et en montant je questionnai un artiste : « Eh bien ? ils se fâchent, là-haut ? » L’artiste me répondit en souriant : « Mais non, monsieur, tous les mots portent, la salle est superbe et rit à se tordre. » Et c’était vrai; pas une protestation, un effet énorme. Je suis resté pendant tout un acte, écoutant ces rires, étouffant, sentant des larmes monter à mes yeux. Je songeais à la salle de la veille, je me demandais pourquoi une si inconcevable brutalité, puisque le vrai public ne se fâchait plus. Les faits sont là.

Voici les chiffres des quatre premières recettes faite par le Bouton de rose ; la première, 2 300 fr. ; la seconde, 2 500 fr. ; la troisième 1 100 fr. ; la quatrième, 800 fr. Qu’on étudie ces chiffres. La recette la plus élevée est celle de la seconde représentation. La presse n’avait pas encore parlé, le public venait et riait de confiance. Mais, dès le troisième jour, la critique commence son œuvre d’étranglement. Une bordée d’articles furibonds atteint la pièce en plein cœur. Le public dès lors hésite et s’écarte d’une œuvre que pas une voix ne défend et que les plus tolérants jettent au ruisseau. Les rares spectateurs qui osent se risquer paraissent bien s’amuser franchement ; les effets grandissent à chaque représentation ; les artistes, délivrés d’inquiétude, jouent avec un ensemble merveilleux. N’importe, l’étranglement est sûr, le public de la première a commencé l’assassinat et la critique portera le dernier coup. Il me reste à remercier les artistes, qui se sont montrés si vaillants au milieu de la tempête du 6 mai. Mademoiselle Lemercier, dans ce rôle si mal pris de Valentine, a été adorable de grâce et de finesse. Madame Faivre et mademoiselle Raymonde ont lutté, elles aussi, de talent et de courage. Quant à M. Geoffroy, il portait toute la pièce sur ses larges épaules, avec l’aisance et la bonhomie d’un grand artiste ; et je lui suis particulièrement reconnaissant de la fermeté qu’il a mise à lancer mon nom, au milieu des fureurs de la salle. M. Pellerin, M. Hyacinthe, M. Luguet, M. Bourgeotte, tous ont gagné la partie, lorsque je la perdais ; je me sens plein de gratitude pour eux. Et merci enfin aux directeurs du PalaisRoyal qui ont cru au Bouton de rose avec une foi plus ardente que la mienne.

Un dernier mot. Le directeur d’une de nos grandes scènes subventionnées parcourait les couloirs en disant d’un air rayonnant : « Eh bien ! fera-t-il encore de la critique dramatique ? » Certainement, monsieur, j’en ferai encore. Je vous gêne donc bien ? L’article où j’ai condamné l’usage que vous faites de votre subvention pèse donc bien lourd sur votre cœur ? En quoi un échec, qui m’est tout personnel, modifie-t-il les idées que je défends ? Je suis par terre, mais l’art est debout. Ce n’est pas parce qu’un soldat est blessé que la bataille est perdue. Au travail, et recommençons !

12 mai 1878.

 

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Les Héritiers Rabourdin de Emile Zola

11 mars 2017
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Les Héritiers Rabourdin de Emile Zola

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre de Cluny le 3 novembre 1874.
Distribution : 6 hommes, 4 femmes
Texte intégral de la pièce et préface à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Rabourdin est l’ancien drapier de la place du Marché. Sa famille et son entourage sont persuadés qu’il va laisser un héritage considérable : ils multiplient les visites et les cadeaux depuis dix ans. Seule sa filleule Charlotte est au courant de son imposture : il est ruiné. Alors que Charlotte s’apprête à se marier, elle lui réclame sa dot et Rabourdin lui apprend qu’il l’a également engloutie. Charlotte décide alors de se venger et de reconstituer la somme que Rabourdin lui doit, en utilisant la crédulité et la rapacité de ses héritiers, tout en donnant une bonne leçon à son parrain.

La préface

Cette farce est inspirée de Volpone de Ben Jonson. Emile Zola, en réponse aux violentes critiques qui ont accompagné la création de la pièce, a expliqué sa démarche dans une préface rédigée le 1er décembre 1874. Extrait : 

Je le répète, ma cause n’est pas isolée. J’ai plaidé ici pour tout un groupe d’écrivains. Je n’ai pas l’orgueil de croire que ma mince personnalité a suffi pour soulever tant de colères. Je suis un bouc émissaire, rien de plus. On a frappé en moi une formule plutôt qu’un homme, la critique voit grandir devant elle un groupe qui s’agite fort et qui finira par s’imposer. Elle ne veut pas de ce groupe, elle le nie ; car, le jour où elle lui reconnaîtrait du talent, elle serait perdue. Il lui faudrait accepter l’idée de vérité qu’il apporte avec lui, ce qui la forcerait à changer son critérium. Ce n’est pas ma pièce, je le dis encore, qu’on a exécutée : c’est la formule naturaliste dont elle paraît procéder. Et je ne veux pour preuve du parti-pris de la critique, que sa mauvaise foi dans le compte rendu de la première représentation. Pas un critique n’a confessé que les Héritiers Rabourdin avaient été vigoureusement applaudis. À ce propos, je citerai un mot profond, que me disait, à la sortie du théâtre, un illustre écrivain ; il me serrait la main, il ajoutait pour tout compliment : « Demain, vous serez un grand romancier. » Le lendemain, en effet, des gens qui, depuis dix années, me refusent tout talent, exaltaient mes romans pour mieux assommer ma pièce. Je rapporterai ici un autre mot, terrible celui-là, prononcé par un romantique impénitent qui a entre les mains une feuille de grande publicité, dont il a fait une boutique politique et littéraire ; il endoctrinait son critique dramatique. Il me désignait à ses foudres, en répétant tranquillement, à haute voix, sans se gêner : « Il a trop de talent, il est dangereux ; il faut l’enrayer. » Je n’ai rien mis dans ma pièce de plus abominablement cru, de plus sanglant contre la vilénie humaine.

 

 

Illustration extraite des Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola. Tome 31 : Théâtre. Editions Fasquelle. 1906. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5495502j

Illustration extraite des Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola. Tome 31 : Théâtre. Editions Fasquelle. 1906. Source : BnF/Gallica

 

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Le Misanthrope de Molière

7 mars 2017
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Le Misanthrope de Molière 

Comédie en cinq actes et en vers, représentée pour la première fois le 4 juin 1666 sur la scène du Palais-Royal. Editée en 1667.
Distribution : 8 hommes, 3 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Alceste ne supporte pas l’hypocrisie de la vie en société mais il aime, contre tous ses principes, la futile et médisante Célimène alors qu’il est aimé d’Arsinoé et d’Eliante. Alceste se rend chez Célimène, accompagné de son ami Philinte auquel il reproche ses complaisances. Il souhaite que Célimène se déclare publiquement en sa faveur, mais plusieurs importuns vont retarder la discussion : Oronte,  gentilhomme vaniteux persuadé d’être un grand poète, deux marquis intronisés à la cour, Éliante, la cousine de Célimène, et Arsinoé qui vient la mettre en garde contre des rumeurs circulant à son propos.

La création

Extrait du dossier La pièce en images, parcours  à travers les collections iconographiques de la Comédie-Française présentées au sein de la base La Grange sur le site de la Comédie-Française

« Le Misanthrope fut créé le 4 juin 1666 par la troupe de Molière au Théâtre du Palais-Royal. Molière en aurait lu le premier acte dès 1664 mais ne put l’achever, occupé successivement par les créations du Mariage forcé, de La Princesse d’Élide et de la première version du Tartuffe pour les « Plaisir de l’Île enchantée », puis par celle du Festin de Pierre, de L’Amour médecin, sans compter les remaniements du Tartuffe à la suite de son interdiction. Le Misanthrope prenait la suite des petites comédies de salon qui avaient eu tant de succès en 1663, La Critique de l’École des femmes et L’Impromptu de Versailles. Le succès de la pièce fut réel (des recettes élevées aux deux premières représentations) mais de courte durée (la recette tomba rapidement). Sa réception connue par deux témoignages de gazettes concurrentes, souligna son caractère moral et donc la respectabilité de son auteur sur lequel pesait l’interdiction du Tartuffe. Molière créa Alceste, Armande Béjart Célimène.  »


Illustrations

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105203536

Costume d’Alceste par Marcel Mültzer. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105203536

Maquette du costume d’Alceste par Marcel Mültzer.  Source : BnF/Gallica     

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90067292/f1.item

Costume de Mademoiselle Mars (Célimène). Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9006757c/f1.item

Costume de Mademoiselle Mars (Célimène) / gravé par Maleuvre. Source : BnF/Gallica

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/pierre-quentin-chedel_le-misantrope_eau-forte?force-download=929491

Par Pierre Quentin Chedel, d’après François Boucher. Source RMN-Musée du Louvre/Tony Querrec

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438565f/f1.item.zoom

Acte V, scène 8. Estampe de Célestin Nanteuil et Auguste Trichon. Source : BnF/Gallica

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/therese-le-prat_pierre-bertin-dans-le-misanthrope-de-moliere_epreuve-sur-papier-baryte_epreuve-argentique_1954?force-download=425966

Pierre Bertin dans « Le Misanthrope » de Molière. (C) RMN-Grand Palais. Source : RMN


Le Misanthrope sur le site de l’INA

  • Adaptation de la pièce Le Misanthrope de Molière par Pierre Dux en 1971. La scène des portraits (II,4)

« Le personnage d’Alceste a fait l’objet de diverses interprétations. Pierre Dux, qui a réalisé plusieurs mises en scène classiques du Misanthrope, l’éclaire ici sous un jour bien précis : Alceste est un sauvage qui hait la société parce qu’elle ne lui permet pas de réaliser son amour. Au début de la scène 4 de l’acte II, il conjure, il ordonne à Célimène de se déclarer publiquement. Dans l’extrait, Célimène brille par son esprit satirique devant toute sa cour de soupirants, et finit par donner tort à Alceste.
Dans un décor d’époque assez chargé, Pierre Dux illustre l’échec du misanthrope (Jean Rochefort), qui s’exclut en refusant la comédie sociale dans laquelle donnent tous les courtisans. Le genre de la comédie est mis en abyme à travers le personnage talentueux de Célimène (Marie-Christine Barrault). Comédienne née, elle imite ses semblables à la perfection, en usant de toute la palette du jeu théâtral – phrase laissée en suspens, grimaces, œillades, gestes de la main – pour s’attacher les faveurs de son auditoire et railler le monde. »
Lien vers le site de l’INA

  • Mise en scène de Pierre Dux, réalisation Jean-Paul Carrère, avec les comédiens de la Comédie-Française, 14 septembre 1977. Lien vers le site de l’INA
  • Mise en scène par Antoine Vitez en 1988 au Théâtre National de Chaillot
    Lorsqu’il met en scène la pièce en 1988 au Théâtre National de Chaillot, dix ans après une première mise en scène créée en Avignon, Antoine Vitez s’intéresse avant tout aux résonnances les plus graves de la pièce et la lit comme une pièce autobiographique qui rendrait compte des tourments de Molière. Des deux traditions qu’il distingue pour l’interprétation du Misanthrope, la comique et la tragique, c’est donc bien la seconde qu’il choisit, donnant à voir un spectacle aux accents raciniens. Lien vers le site de l’INA
  • Reportage télévisé sur la mise en scène de Simon Eine à la Comédie-Française en janvier 1996. Lien vers le site de l’INA 
  • Reportage télévisé sur la mise en scène de Jean Pierre Miquel,  au Théâtre du Vieux Colombier, en janvier 2000. Lien vers le site de l’INA 

 

Dossiers pédagogiques

Dossier pédagogique, mise en scène de Clément Hervieu-Léger, 2013-2014, sur le site de la Comédie-Française

Le Misanthrope, la pièce en images, parcours  à travers les collections iconographiques de la Comédie-Française présentées au sein de la base La Grange sur le site de la Comédie-Française

Dossier pédagogique, mise en scène de Lukas Hemleb, du 26 mai au 20 juillet 2007, sur le site de la Comédie-Française

Dossier Pièce (dé)montée à propos de la  mise en scène de Lukas Hemleb, n°29 – novembre 2007, dossier rédigé par Marine Jubin et édité par le CRDP de l’académie de Paris. Dossier à télécharger sur le site du réseau Canopé

Dossier pédagogique du TNS, mise en scène de Stéphane Braunschweig, 2003-2004, sur le site de l’académie Aix-Marseille

Dossier  Collège au théâtre Saison 2013/2014 Fiche pédagogique n°3 sur le site de l’Association Bourguignonne Culturelle

Dossier de l’Odéon mise en scène Jean-François Sivadier, 29 mai – 22 juin 2013, sur le site du théâtre


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Les Fourberies de Scapin de Molière

5 mars 2017
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Les Fourberies de Scapin de Molière

Comédie en trois actes et en prose, représentée pour la première fois au théâtre du Palais-Royal le 24 mai 1671.
Distribution : 7 hommes, 3 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
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L’argument

Alors que leurs pères sont partis en voyage, Octave, fils d’Argante et Léandre, fils de Géronte, se sont épris l’un de Hyacinthe, jeune fille pauvre et de naissance inconnue qu’il vient d’épouser, le second de la « jeune Égyptienne » Zerbinette.
Au retour d’Argante, Octave, très inquiet de la réaction paternelle à l’annonce de son union et ayant besoin d’argent, demande son aide à  Scapin, valet de Léandre. Argante, furieux, rencontre Géronte et lui apprend qu’il a appris par une indiscrétion de Scapin que Léandre s’est également mal conduit. Léandre, après s’être fait vertement sermonner par son père, menace Scapin mais rapidement le supplie de l’aider car il doit rassembler une rançon pour  que Zerbinette ne soit pas emmenée en Egypte.
Scapin réussit à extorquer aux deux pères les sommes dont ont besoin leurs fils. Il décide de se venger de Géronte, en lui faisant croire que sa vie est en danger et en le cachant dans un sac. Scapin simule des attaques et Géronte, dans son sac, reçoit de nombreux coups de bâton, jusqu’à ce qu’il découvre la fourberie de Scapin. Il s’apprête à se venger quand on découvre qu’Hyacinthe est la fille cachée de Géronte et Zerbinette la fille d’Argante, qui avait été enlevée quand elle était enfant.

Les sources

Extraits de la notice consacrée aux Fourberies de Scapin sur le site de la Comédie-Française

« L’intrigue est empruntée à l’auteur latin Térence (2e siècle avant Jésus-Christ), de la comédie intitulée Phormio (en français Phormion), du nom du personnage principal, type traditionnel du « parasite » hérité de la Comédie nouvelle illustrée en Grèce par Ménandre, sorte de filou réjouissant, sans morale ni respect. La comédie de Térence, elle-même imitée d’un modèle grec perdu (attribué à Apollodore), met en scène des fils qui épousent sans autorisation, en l’absence de leurs pères respectifs, des jeunes filles dont il faut racheter la liberté. Les esclaves fripons qui sont au service des jeunes gens, soutenus par l’inventivité du parasite, aboutissent au triomphe de la jeunesse, un peu aidé par d’opportunes reconnaissances. »

« Autres sources littéraires des Fourberies de Scapin :
À ses contemporains et prédécesseurs immédiats, Molière emprunte des bouts de scène : à Rotrou ( La Sœur, 1645), le début de l’acte I, à Cyrano de Bergerac ( Le Pédant joué) la célèbre scène du « Que diable allait-il faire dans cette galère? » (elle-même inspirée d’une pièce italienne de Flaminio Scala, Il Capitano, 1611) et le récit de Zerbinette à Géronte. Tous ces emprunts sont en réalité des variations sur des procédés comiques traditionnels, qu’ils soient originaires de la comédie antique, de la farce française ou de la commedia dell’arte italienne.  »

« Sans doute Les Fourberies de Scapin ont toute l’apparence d’une farce : comique de gestes (coups de bâtons, quiproquos, gags visuels), de situation (la traditionnelle opposition des pères et des fils), de personnages (caricatures qui deviennent des « types »), de langage (répétitions, jargons, accumulations), mais c’est une farce écrite, dont la langue témoigne du génie littéraire de Molière. L’improvisation existe seulement dans le jeu des interprètes. »
Lien vers le texte intégral de l’article sur le site de la Comédie-Française

 

Quelques illustrations issues des bibliothèques numériques

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/l-haridon-octave-penguilly_scene-des-fourberies-de-scapin-acte-ii-scene-vi?force-download=384075

Scène des Fourberies de Scapin. Acte II, scène VI. L’Haridon Octave Penguilly. Source : Comédie-Française/ RMN

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/laurent-cars_les-fourberies-de-scapin_eau-forte_burin-estampe?force-download=929511

Les Fourberies de Scapin par Laurent Cars, d’après François Boucher. Eau-forte du XVIIIème siècle. Source : RMN

http://bibliotheque.bordeaux.fr/in/faces/details.xhtml?id=h::BordeauxS_B330636101_DP080_020_01&jscheck=1

Desforges, dans le rôle d’Argante, des Fourberies de Scapin. Gravure du XIXème siècle. Source : Bibliothèque de Bordeaux.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049843k/f1.item

Charles Esquier dans « Les fourberies de Scapin » de Molière / dessin de Yves Marevéry. 1906. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5840250m

Oeuvres de Molière. Les fourberies de Scapin. Illustrations par Jacques Leman et Maurice Leloir . 1882-1896. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9006705n/f1.item

Les fourberies de Scapin, comédie de Molière : costume de Baptiste cadet (Géronte) / gravé par Maleuvre. 1807. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90389548/f1.item

La Foire St Sulpice : les artistes du Vieux Colombier jouant les « Fourberies de Scapin » / Agence Meurisse. 1922. Source : BnF/Gallica


Les Fourberies de Scapin sur le site de l’INA

Les Fourberies de Scapin de Molière, mis en scène par Jean-Pierre Vincent au Festival d’Avignon – 1990

Dans sa mise en scène, présentée dans la Cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon au cours de l’été 1990, Jean-Pierre Vincent met en valeur ce caractère métathéâtral du personnage, faisant de son spectacle un hommage au théâtre, souligné par une scénographie évoquant à la fois un quartier pauvre de Naples et une scène de théâtre. Les deux vieillards, interprétés par Mario Gonzales et Jean-Paul Farré, sont tous deux masqués, face à un Scapin à la fois innocent et cruel, malheureux et ironique, assumé par un Daniel Auteuil très physique. Source : INA

Les Fourberies de Scapin mises en scène par Jean-Louis Benoît à la Comédie-Française

Au rebours de la tradition dominante, Philippe Torreton n’est pas un Scapin virevoltant et bouffon : au milieu d’une troupe déchaînée, il présente au contraire un calme désabusé, une gravité mélancolique et une surprenante économie de gestes. Solitaire et lucide sur les égoïsmes qui l’entourent, il semble intervenir dans les intrigues des autres personnages par pure passion du jeu, se jouant d’eux comme le ferait un montreur de marionnettes. La mise en scène tout entière est placée sous le signe de l’amour du théâtre, à commencer par la fameuse scène du sac, encadrée par un second rideau de scène. Source : INA

À voir aussi sur le site de l’INA

Mise en scène pour la télévision en 1965 par Jean Kerchbron avec Charles Denner dans le rôle de Scapin. Lien vers un extrait gratuit sur le site de l’INA

Réalisation pour la télévision, interprétation par les Comédiens Français. Pour retrouver l’atmosphère de commédia dell’arte et le ton de farce qui imprégnent la pièce de Molière, Jacques Echantillon a transposé « Les Fourberies de Scapin » dans un décor, des costumes et une mise en scène suggérant le cirque et ses artistes. Lien vers un extrait gratuit sur le site de l’INA

 

 

 

 

 

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Le plaisir de rompre de Jules Renard

26 février 2017
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Le Plaisir de rompre de Jules Renard

Comédie en un acte, représentée pour la première fois le 16 mars 1897, au Cercle des Escholiers, reprise le 12 mars 1902, au Théâtre-Français. Dédiée à Edmond Rostand. Danièle Davyle, pensionnaire de la Comédie-Française, a inspiré le personnage de Blanche. 
Distribution : 1 homme, 1 femme
Texte intégral de la pièce en téléchargement gratuit sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Maurice rend une dernière visite à Blanche, son ancienne maîtresse. Il prépare son mariage avec une jeune fille qui a les manières  « d’une chaise sous sa housse ». Blanche va également se caser avec « un adorateur frugal ». Ils semblent toujours s’aimer, avec autant de passion.

 

Illustrations de Maillaud

extraites de l’édition Fayard, 1911. Source : BnF/Gallica

 

 



Sur le site de l’INA

Mise en scène pour la télévision par Jean Marie Coldefy. 28 juillet 1973 avec André Dussolier et Michele Boudet. Extrait sur le site de l’INA


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Le Pain de ménage de Jules Renard

26 février 2017
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Le Pain de ménage de Jules Renard

Comédie en un acte représentée pour la première fois le 14 mars 1898, dans les salons du Figaro, à Paris, avec Lucien Guitry  et Marthe Brandès. Elle est dédiée à Tristan Bernard.
Distribution : 1 homme, 1 femme
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Deux couples sont réunis pour un séjour de vacances. Marthe et Pierre, dont les conjoints respectifs se sont retirés après le dîner, évoquent leur vie de couple, les qualités de leurs conjoints, la question de la fidélité. La conversation se transforme rapidement en marivaudage.

 

Illustrations de Maillaud

extraites de l’édition Fayard, 1911. Source : BnF/Gallica


 

 


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Monsieur Vernet de Jules Renard

24 février 2017
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Monsieur Vernet de Jules Renard

Comédie en deux actes représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903. Entrée dans le répertoire de la Comédie-Française en le 30 mai 1933.
Distribution : 3 hommes, 5 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr.

 

L’argument

M. Vernet est un brave homme qui aime l’escrime et les artistes. Il invite un soir Henri Gérard, un jeune homme avec lequel il s’entraîne à l’épée et découvre qu’il est poète. La famille Vernet doit partir pour deux mois à la mer et M. Vernet propose au jeune homme de partir avec eux, pour donner des leçons à leur jeune nièce, Marguerite, qui les accompagne. L’entourage est conquis par ce beau jeune homme, qui s’éprend de Mme Vernet et lui déclare sa flamme, alors même que M. Vernet lui propose d’épouser Marguerite…

Illustrations

Illustrations de Maillaud extraites de l’édition Fayard de 1911. Source : BnF/Gallica



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Biographie de Jules Renard

24 février 2017
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Biographie de Jules Renard

Jules Renard, de son véritable nom Pierre-Jules Renard, est né le 22 février 1864, à Châlons-du-Maine (Mayenne). Il a une sœur, Amélie et un frère, Maurice de deux ans son aîné. Lorsqu’il a deux ans, la famille retourne dans le pays de son père, à Chitry-les-Mines, dans la Nièvre. Son père, entrepreneur de travaux publics, est républicain, franc-maçon et anticlérical. Il devient maire de Chitry. Sa mère est une catholique dévote qui ne supporte plus ni son mari, ni le jeune  Jules, un enfant non désiré. Le roman Poil de Carotte est très largement autobiographique et décrit cette enfance difficile, sans amour.

Jules est pensionnaire à Nevers. Il est reçu bachelier ès lettres en 1883 après des études au lycée Charlemagne à Paris. Il prépare le concours de l’École normale supérieure, mais renonce rapidement. Il écrit, lit énormément, fréquente les cafés littéraires et les théâtres. Il rencontre Danièle Davyle pensionnaire de la Comédie-Française qui lui inspirera le personnage de Blanche dans Le Plaisir de rompre. Il fréquente alors assidument le théâtre. Il commence à écrire pour quelques revues. Le 28 avril 1888, il épouse Marie Morneau, âgée de 17 ans qui apporte une belle dot. Le couple s’installe 44 rue du Rocher à Paris.

Jules Renard participe à la fondation du Mercure de France en 1889 : il est à la fois critique théâtral, rédacteur en chef et administrateur. Il publie en 1890, Sourires pincés, recueil de ses textes parus dans le Mercure de France. Jules Renard fréquente Alphonse Allais, Edmond Rostand, Courteline, Huysmans, Marcel Schwob, Alphonse Daudet, les Goncourt, Tristan Bernard, Lucien Guitry et Sarah Bernhardt. Le succès arrive avec L’Écornifleur, publié en 1892, qui raconte l’histoire d’un littérateur parasite. Jules Renard commence à publier des textes dans le Figaro, l’Écho de Paris, Gil Blas. En 1893, il publie Coquecigrues et La lanterne sourde et achève l’écriture de sa première pièce, La Demande, qui sera montée en 1895. En 1894, il entre à la Société des gens de lettres et publie Poil de Carotte, qui obtient immédiatement un grand succès.

À partir de 1895, Jules Renard passe plusieurs mois par an à Chaumot, proche de Chitry-les-Mines.  Entre le 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896,  Jules Renard fait paraître les scènes de La Maîtresse, illustrées par Valloton dans la revue Le Rire. 1896 est marquée par la parution des Histoires naturelles et de La Demande.
Sa pièce Le Plaisir de rompre est créée aux Bouffes-Parisiens en 1997. La même année son père, malade depuis quelque temps et se sachant incurable, se suicide d’un coup de fusil de chasse en plein cœur.
Jules Renard commence la rédaction de son Journal en 1897, qui sera publié de façon posthume, de 1925 à 1927.

En 1898, Jules Renard prend position en faveur du Capitaine Dreyfus. La même année, Jules Renard connaît un nouveau succès au théâtre avec Le Pain de ménage, pièce dans laquelle joue Lucien Guitry. L’année suivante, Jules Renard rédige l’adaptation théâtrale de Poil de Carotte, qui connaît un véritable triomphe au Théâtre-Antoine.

En 1900, Jules Renard reçoit la Légion d’honneur et devient conseiller municipal de Chaumot. Entre 1901 et 1903, il rédige de nombreux articles politiques, anticléricaux et républicains, pour le journal L’Écho de Clamecy. Succédant à son père, il devient maire de Chitry en 1904 ; il restera maire jusqu’à sa mort en 1910. Élu sur une liste républicaine, il s’engage dans la lutte contre l’ignorance.

En 1901, la pièce Le Plaisir de rompre est représentée à la Comédie-Française. Jules Renard travaille à l’adaptation de l’Écornifleur au théâtre : Monsieur Vernet.  La pièce sera représentée  sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903.

Jules Renard est élu membre de l’académie Goncourt le 31 octobre 1907, au fauteuil de Huysmans grâce à Octave Mirbeau, qui a dû menacer de démissionner pour assurer son succès.

Sa mère, ayant perdu la raison, décède en 1909 en tombant dans le puits de la maison familiale. La même année, la pièce La Bigote est créée à l’Odéon.

Le 22 mai 1910 Renard meurt à Paris. Il est enterré civilement le 24 mai à Chitry-les-Mines.
Il est enterré civilement le 27 mai 1910 à Chitry-les-Mines dans le tombeau en forme de livre ouvert qu’il a fait construire après la mort de son frère en 1900.

Certaines pièces sont crées à la Comédie-française après sa disparition :
1912 : Poil de Carotte
1927 : Le pain de ménage
1933 : Monsieur Vernet.

Lien vers le Théâtre de Jules Renard sur Libre Théâtre

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k273598k/f1.item

Jules Renard par Sacha Guitry. Extrait du Figaro Littéraire du 1août 1925. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8432962q/f17.item

Jules Renard. Nos contemporains chez eux / Dornac. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k442299f/f1.item

Les Hommes du jour / dessins de A. Delannoy ; texte de Flax. 3 avril 1909. Source : BnF/Gallica


Portrait de Jules Renard par Paul Acker

Paul Acker,  Petites confessions (visites et portraits). première série.  Editions A. Fontemoing, 1905 (Paris) . Source : Gallica

Un crâne pointu, aux cheveux jaunes et clairs, une tête ronde et grosse, deux oreilles écartées, un front large et haut, des yeux gris au regard aigu et froid ; près de la fenêtre, le veston ouvert sur un gilet de tricot, penché sur une table, M. Jules Renard lisait. Derrière lui, des livres ; à côté de lui, des livres, partout des livres, jaunes, blancs, verts, rouges, reliés, brochés, alignés, entassés, solitaires. Une lumière éblouissante baignait le cabinet de travail, et comme un parfum de silence flottait dans l’air. Un instant, je contemplai, piqués au mur par une épingle, les portraits d’Eugénie Nau et de Gertrude Eliott, dans le rôle de Poil-de-Carotte. M. Jules Renard leva la tête, me serra les doigts, et, du coupe-papier qu’il tenait à la main, désigna un fauteuil.
Il y a cinq ans, j’étais arrivé ainsi, un matin, chez l’auteur des Histoires naturelles. Je ne le connaissais pas, je l’aimais seulement, et, à peine échappé des bancs de l’Université, riche de puériles et littéraires ambitions, je lui avais rendu visite pour le voir, lui parler, et peut-être conquérir sa sympathie. Avec quelle émotion je l’avais écouté ! Maintenant, de nouveau, à la veille de la première représentation de Monsieur Vernet au Théâtre-Antoine, je venais le trouver, le cœur rempli toujours de la même admiration. Rien n’avait changé, ni le décor, ni lui-même : il n’y avait à sa boutonnière qu’un étroit ruban écarlate de plus. Il me sembla que, soudain, j’avais rajeuni, et, d’avoir éprouvé une si originale sensation, des mots reconnaissants montèrent à mes lèvres. Hélas ! ils ne parvinrent pas à s’échapper ! Je m’aperçus soudain que je ne savais presque rien de la vie d’un écrivain que je chérissais, et ce furent d’autres phrases que je prononçai, tout rougissant de mon ignorance. M. Jules Renard les entendit en souriant, il les attendait, il les salua au passage, et sans bouger, lentement, éveillant de lointains souvenirs, il leur répondit :
— Comme tout le monde, j’ai préparé l’École normale, mais j’ai rencontré au lycée Charlemagne, où j’étais, un professeur ridicule et fameux en ce temps-là — on le nommait La Coulonghe. — Ah ! il m’a trop ennuyé, j’ai renoncé à l’École. À cette époque, j’écrivais des vers sans cesse, des vers partout, des vers toujours. Je n’avais pas d’emploi, j’en cherchai un, je subis un examen pour entrer à la Compagnie de l’Est, je fus reçu, mais jamais placé… Voyons, voyons, c’est si loin, tout ça, je ne me rappelle plus très bien… Je présente à La Revue indépendante un article, et Félix Fenéon, qui la dirige, me le refuse sans barguigner. J’en présente encore avec le même succès à La Vogue. Je deviens membre d’un cercle de poètes, les « Zutistes », qu’avait fondé Charles Croze, et là on me sacre grand homme. Déjà ! et je n’avais pas le sou, je donnais des leçons, quelques jours même je fus employé dans une maison où l’on vendait du charbon, mais le patron me congédia en me prédisant d’autres destinées, prédiction qui, en attendant qu’elle se réalisât, me mit sur le pavé. Je récitais aussi des vers dans le sous-sol d’un café de la place Saint-Michel, c’était Goudeau qui présidait… La première fois que je montai sur l’estrade, on me hua… J’avais récité, sans m’en douter, des vers qui, parait-il, étaient inconvenants. Enfin, tout s’arrange, je me marie, je fonde avec Valette Le Mercure de France… Un matin, Marcel Schwob frappe à ma porte, j’étais au lit, je me lève, il me demande un conte pour le supplément de L’Echo de Paris, et je me vois encore, en chemise, fouillant en vain les tiroirs, puis obligé de promettre que j’écrirais une nouvelle tout de suite ; voilà comment j’entrai dans la presse.
Souple et nonchalant, un chat blanc, la queue en l’air, glissa par la porte de la chambre entr’ouverte, avança de quelques pas, leva son nez rose vers mes doigts qui se tendaient pour une caresse, puis, dédaigneux, se détourna et regagna l’asile un instant abandonné. Est-ce une comparaison trop familière ? Il me parut, par une de ces bizarres associations d’idées qui naissent en nous, on ne sait ni pourquoi ni comment, que M. Jules Renard, après avoir ainsi désiré et goûté le charme de la notoriété parisienne, en était revenu à souhaiter les éloges des compagnons de ses premières années. Tout jeune, je n’avais voulu voir en lui que l’homme de lettres, ignorant le peintre amoureux de la nature, que ravissaient les campagnes blondes, les bois verts et les paysans simples. Comment avais-je pu séparer du Parisien ironiste et âpre le Nivernais ému et attendri ? Comme s’il devinait mes pensées, il murmura :
— Je suis né en Mayenne, par hasard, mais je n’ai qu’un pays, Chitry-les-Mines, dans la Nièvre. C’est là que mon père demeurait, et c’est là qu’il mourut. Ce petit coin de terre contient toute ma vie…
Ah ! comme les yeux froids de M. Jules Renard s’adoucissaient subitement ! Ils ne regardaient plus ce qui les entourait, ils regardaient par delà les murs, très loin, très loin, la maison à un étage, avec la cour, la cage aux lapins, la barrière fermée sur le chemin, tout ce décor rustique où Poil-de-Carotte vécut son enfance douloureuse et que nous vîmes reproduit avec une si étonnante exactitude sur la scène de M. Antoine… Peut-être, comme au temps jadis, apercevait-il la terrible Mme Lepic, sa mère, penchée à la fenêtre, M. Lepic, son père, poussant la porte pour sortir, le grand frère Félix prêt à le battre. Tout l’émouvant tableau des années lointaines de ce gamin amer et philosophe, qui furent les siennes, se déroulait devant lui.
— Oui, comme tous les enfants, soupira M. Renard, un beau jour j’ai eu envie de me pendre… C’est bien mon enfance que j’ai racontée… Mme Lepic vit encore, Étiennette aussi. Félix est mort.
Un sourire indulgent et charmant flotta sur ses lèvres : aujourd’hui, il n’attachait plus grande importance à ce suicide manqué, c’était un souvenir qui l’amusait, d’autres soucis occupaient son cœur et son esprit.
— Je ne connais que ce petit coin de terre, car je ne voyage jamais. Comme ma mère habite toujours Chitry, j’ai loué une maisonnette à Chaumot, tout près, j’en suis conseiller municipal, et non seulement j’y vais aux vacances, mais aussi souvent dans l’année pour les réunions du conseil. J’écris des articles dans L’Écho de Clamecy, où je traite des questions morales et pédagogiques ; je suis délégué cantonal, je fais des conférences populaires, où je parle de Hugo, de Michelet, de Molière…
Un instant, la voix se tut, puis M. Renard ajouta :
— Eh bien ! je suis vingt fois moins connu chez moi qu’à Paris. Les gens ne peuvent pas admettre qu’un homme qu’ils ont vu enfant ait acquis, loin d’eux, une certaine célébrité. Je n’ai aucune influence comme conseiller. D’ailleurs, j’ai une détestable réputation : je suis « le socialiste et le païen ». Quand je fais une conférence, on écoute très attentivement, puis on s’en retourne avec défiance :
« Qu’est-ce qu’il veut ? pense-t-on. Qu’est-ce qu’il va nous demander ? » Et quand on voit que je ne veux rien, que je ne demande rien, on est alors tout à fait troublé, on est sûr que je médite quelque mauvais coup. Et puis, la Nièvre a ses grands hommes, qui ne la quittent pas, qui vivent toujours à l’ombre de ses bois, au bord de sa rivière… Ceux-là, personne ne les ignore. Vous pouvez citer le nom de Claude Tiller, de Milien, de Courmont et de plusieurs autres Nivernais, chacun a lu leurs proses ou leurs vers. La revue qui paraît à Nevers ne laisse dans l’oubli aucune de ses gloires locales, mais elle ne m’a jamais consacré un article. Tenez ! Poil-de-Carotte avait beaucoup accru ma réputation ; du moins naïvement je l’imaginais. Quand on le joua à Nevers, l’imprésario annonça que l’auteur était un enfant de la contrée et qu’il parlerait lui-même de sa pièce avant la représentation. Eh bien ! il n’y eut pas un chat, ce fut la soirée la plus désastreuse de la tournée.
M. Renard pencha la tête un peu. Il jouait toujours avec son coupe-papier, machinalement, et machinalement aussi les mots quittaient ses lèvres, sans se presser, sans s’ordonner, sans se grouper en un beau paragraphe solide et nerveux, pareils simplement à des gouttes paresseuses qui tombent une à une d’un robinet entr’ouvert. Je crus démêler des regrets, des illusions perdues, des rêves trop pleurés, mais, une fois encore, je me trompais.
— Non, non, ne croyez point que j’en veuille à mes compatriotes. Ils ne savent pas, ils ne pensent pas, ils vivent sans se soucier de rien. Quand je retournai à Chaumot, après ma décoration, je me figurais avec ingénuité que mes collègues du conseil me féliciteraient, et j’avais déjà tout arrangé pour les traiter au restaurant de la petite ville. Ah bien oui ! pas un ne m’en a parlé ; non pas qu’ils fussent jaloux, mais ils étaient impuissants à exprimer leur stupeur devant ce phénomène : un homme jeune décoré ! Ils sont si simples, qu’ils m’échappent. L’an dernier, je fis nommer Philippe, mon jardinier, adjoint au maire : quatre jours après, sa femme l’ignorait encore, il ne lui avait rien dit. Pourquoi s’intéresseraient-ils à moi, alors qu’ils s’intéressent si peu à eux-mêmes ? Et, d’ailleurs, c’est ce qui me passionne, cette lutte continuelle et silencieuse avec ces natures frustes et primitives ; je leur devrai encore, je le sens, tout ce que j’écrirai.
— Alors, la pièce qu’on va jouer, Monsieur Vernet…
Je n’eus pas le temps d’achever. D’un geste vif, M. Renard m’interrompait :
— Non, celle-là ne doit rien aux Nivernais. J’imagine, dans un milieu bourgeois, un poète ; l’entrée de ce poète dans ce milieu et son départ, voilà toute ma pièce. On a dit que c’était le sujet de mon roman : L’Écornifleur, porté sur le théâtre ; c’est une erreur.
Des minutes s’écoulèrent, le silence régna, puis douze coups retentirent. Si bien que je fusse dans mon fauteuil, tout près d’un maître cher, je ne pouvais trop retarder l’heure de son déjeuner. Je me levai, M. Renard aussi, je marchai sur la queue du chat qui revenait et s’enfuit, et je trébuchai quelques pas. Paternel, M. Renard ouvrit la porte :
— On me reprochait, dit-il, de ne pouvoir écrire une pièce en cinq actes. Voilà maintenant que j’ai écrit trois pièces d’un acte, et une autre de deux. N’est-ce pas la même chose ?…

À propos de Jules Renard : 

Blog amoureux de Jules Renard
Blog Pour Jules Renard
Emission Concordance des Temps, France Culture, 27/02/2016 

 

 

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La Bigote de Jules Renard

21 février 2017
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La Bigote de Jules Renard

Comédie en deux actes, représentée pour la première fois le 21 octobre 1909 sur la scène du Théâtre de l’Odéon.
Distribution : 5 hommes et 6 femmes
Texte à intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531299620/f1.item

Léon Bernard dans « La bigote » de Jules Renard / dessin de Yves Marevéry. 1909. Source : BnF/Gallica

M. Lepic, maire d’une petite commune du Nivernais est un libre-penseur alors que sa femme est bigote. Lorsque Paul Roland vient demander la main de leur fille, M. Lepic le met en garde contre l’influence nocive des curés dans la vie des couples.

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Extrait de l’article de G de Pawlowski,  journal Comœdia illustré. 11 novembre 1909.   Source: BnF/Gallica

« Ce sont deux actes qui mettent en scène quelques épisodes de la vie de cette famille Lepic, que les chefs d’œuvre de M. Jules Renard ont rendue populaire dans le monde des lettres.

Il s’agit de nous montrer comment l’intervention du curé dans une famille provinciale honnête, peut aboutir à un véritable ménage à trois.
Le premier acte expose quels sont, dans la vie courante de la famille, les résultats d’une pareille intervention.
Le second acte est consacré à une exposition de principes plus directe, et se termine d’une façon décourageante par la mainmise d’un curé sur les générations nouvelles que l’on espérait voir échapper à son action.
Au premier acte, la famille Lepic, dans un intérieur bourgeois que vous devinez, est à table. M. Lepic, déjà vieux, a renoncé à la lutte ; définitivement, il s’est renfermé dans sa coquille, passe ses journées à la chasse, fume sa pipe et ne répond plus rien lorsqu’on lui adresse la parole. Ce silence obstiné d’un brave homme épouvante tout le monde ; on craint M. Lepic car on ne discerne même plus quelles peuvent être les causes véritables de l’éternelle bouderie de ce bourru bienfaisant.
Mme Lepic est une bigote, c’est-à-dire que le côté extérieur seul de la religion l’intéresse. Ce n’est point une mystique, car elle garde le paradis pour elle toute seule et ne cherche point à convertir son entourage. Elle trouve toute sa force dans l’appui moral que lui prête le curé ; elle garde égoïstement cet appui pour elle toute seule : le curé n’est pour elle qu’une belle relation céleste.
Le respect de Mme Lepic pour le curé n’est en somme que la manifestation la plus vive du respect qu’elle a pour toutes les traditions sociales. Cela, est si vrai que Mme Lepic, en toute circonstance, tient à sauvegarder la dignité extérieure de son ménage et ne tarit point en éloges sur son mari. Elle dissimule ses gronderies, transforme ses violences continuelles en attentions charmantes ; Mme Lepic est une provinciale dans toute la force du terme.
M. Lepic a un allié : c’est son fils, qui vient de passer son baccalauréat. Son intelligence ne nous apparaît pas clairement, mais surtout son désir d’être avec son papa, d’aller à la chasse plutôt qu’à l’église, et de fumer la pipe parce que l’on aime bien prendre des allures d’homme alors qu’on n’est encore qu’un enfant. Son indépendance n’est qu’une dépendance déguisée.
Mme Lepic a pour alliée passive sa fille Henriette, qui souffre en silence de la mésintelligence familiale, redoute son père, le plaint parfois sans oser le lui dire, et qui, en qualité de fille bien élevée, ne peut faire cependant que ce que sa mère lui dit de faire. C’est un caractère faible que l’éducation traditionnelle n’a fait qu’assouplir encore et qu’aucune initiative ne saurait libérer.
Cette fille Henriette, il s’agit de la marier à tout prix, et c’est aujourd’hui que doit venir un nouveau prétendant, le jeune Paul Roland. L’anxiété est grande. Déjà, M. Lepic, à la suite d’un entretien mystérieux, a mis en fuite un premier candidat. Que se passera-t-il aujourd’hui !
Une amie d’Henriette, plus confiante et aussi plus émancipée, interrogera hardiment M. Lepic qui, contrairement à la crainte générale, ne paraîtra point s’opposer au mariage.
Mme Bache, la mère du fiancé, qu’épouvante aussi M. Lepic, n’osera point lui faire sa demande, et c’est M. Paul Roland lui-même qui, au second acte, devra aborder le terrible maire anticlérical pour lui demander la main de sa fille. C’est une occasion pour M. Lepic d’exposer quel fut le désastre de sa vie et de mettre le jeune homme en garde contre les manœuvres du curé.
M. Lepic, lorsqu’il s’est marié, aimait sa femme. Il a tout fait pour la conserver ; le curé la lui a prise. Que Paul Roland fasse bien attention : la fille de Mme Lepic a été élevée par sa mère, elle lui ressemble. Que Paul Roland ne recommence point la triste aventure de M. Lepic !
M. Paul Roland est un brave jeune homme : il ne craint rien ; Henriette l’aime, et puis c’est un esprit libre, il est au-dessus de tous les vieux préjugés. M. Lepic lui accorde la main de sa fille et part pour la chasse. Et, dès qu’il est sorti, le curé s’assied dans son fauteuil. Entouré par toute la famille triomphante, il bénit les nouveaux fiancés.
Paul Roland a l’esprit trop libre pour ne point lui faire bon accueil dès le premier jour. Nous sentons que le curé prendra dans le nouveau ménage la même place qu’il occupe dans l’ancien. L’Eglise est patiente parce qu’elle est éternelle, et son histoire est un perpétuel recommencement. »





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