Peer Gynt est de retour d’après Henrik Ibsen par la Compagnie Les Affamés

Théâtre des Corps Saints – 76 place des Corps Saints – Avignon
du 7 au 31 juillet à 17h10 – Relâches : 12, 19, 26 juillet

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Au terme d’un long voyage au bout du monde et au bout de lui-même, Peer Gynt, ayant quitté sa Norvège natale en paria, rentre chez lui après avoir fait fortune par des moyens plus ou moins honorables. Comme pour Ulysse, cependant, revenir à son port d’attache, après un dangereux périple en forme de quête de reconnaissance et d’identité, est pour cet anti-héros hâbleur et sans scrupules une entreprise incertaine et semée d’embuches. Si son Iliade, en effet, fut surtout une exploration fantasmatique de son imaginaire mégalomaniaque, cette Odyssée est aussi un périlleux retour à la réalité. Et si cette vie de rêves n’avait été qu’une vie de mensonges ? Et si les moyens inavouables employés pour parvenir à cette réussite en ternissaient définitivement l’éclat ? Pour Peer Gynt, l’heure est venue de faire le bilan de sa vie et de rendre des comptes. Est-il parvenu à devenir celui qu’il rêvait d’être, ailleurs que dans l’imagination de cette femme qui l’aimait et qu’il a abandonnée ?

Peer Gynt, c’est d’abord un conte, empreint de légendes nordiques, mais c’est surtout l’histoire d’un conteur, pour ne pas dire celle d’un menteur. Il fallait pour faire vivre cette mise en abyme non dénuée d’humour, un conteur d’exception. Rares sont les comédiens qui, au-delà d’incarner totalement leur personnage, créent véritablement un univers autour d’eux, par la seule puissance de leur présence sur le plateau. C’est le cas de Gilles Droulez, qui interprète magnifiquement ce fanfaron tragi-comique dans sa tentative désespérée pour ne pas, au soir de sa vie, retourner à l’indistinction sans avoir existé, ne serait-ce qu’aux yeux d’une seule personne. On peut y voir une métaphore du théâtre lui-même. Finalement, Peer Gynt, c’est un acteur un peu cabot qui, alors que le rideau va tomber, craint de retourner à l’anonymat sans avoir pu capter le regard d’un seul spectateur. Si la réussite de ce spectacle tient largement à l’extraordinaire performance de Gilles Droulez, il serait injuste d’oublier tous ceux qui contribuent à en faire un succès. La pétillante Fanny Corbasson, qui l’accompagne sur scène en incarnant tantôt les sorcières et tantôt les fées appelées à statuer sur le sort de Peer Gynt après sa mort. Nadine Douriaud, qui signe la très belle adaptation de ce drame poétique d’Ibsen, ainsi que la mise en scène. Denis Guex qui nous offre une scénographie épurée et graphique. Sans oublier Edvard Grieg, qui à l’époque composa la musique destinée à accompagner le spectacle. Un vrai coup de cœur de Libre Théâtre. À ne pas manquer dans cette très belle salle voûtée du Théâtre des Corps Saints.
Critique de Jean-Pierre Martinez

Interprètes : Fanny Corbasson, Gilles Droulez
Adaptation et mise en scène : Nadine Douriaud
Décors et création lumière : Denis Guex
Musiques de : Edvard Grieg

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