Monsieur de Pourceaugnac de Molière

Monsieur de Pourceaugnac de Molière

Comédie-ballet représentée pour la première fois au château de Chambord, pour le divertissement du roi de France Louis XIV, le 6 octobre 1669, et donnée pour la première fois en public à Paris, au théâtre du Palais-Royal, le 15 novembre 1669.
Distribution : 17 hommes, 4 femmes
Texte intégral à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
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L’argument

Éraste est amoureux de Julie, mais le père de Julie, Oronte, souhaite la donner en mariage à un gentilhomme limousin, Monsieur de Pourceaugnac. Grâce à Nérine, une femme d’intrigues et le Napolitain Sbrigani, les deux amoureux vont tout mettre en œuvre pour faire échouer ce mariage.

Ils le font successivement passer pour fou, en le confiant à deux redoutables médecins, puis un marchand flamand vient informer Oronte qu’il est criblé de dettes et enfin deux femmes affirment qu’il est leur mari. Accusé de polygamie et pensant risquer la pendaison, Monsieur de Pourceaugnac s’enfuit déguisé en femme. Sbrigani convainc alors Oronte que monsieur de Pourceaugnac lui a enlevé sa fille et ce n’est qu’en feignant de la sauver, qu’Éraste obtient la main de Julie.


Quelques répliques à travers les illustrations de Gallica

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6180030s/f15
Le Panthéon populaire illustré. 2e série, livraison 27, Monsieur de Pourceaugnac illustré par Janet-Lange. Source : BnF/Gallica

Acte I, Scène 8
Premier Médecin
Allons, Monsieur : prenez votre place, Monsieur.
Lorsqu’ils sont assis, les deux Médecins lui prennent chacun une main, pour lui tâter le pouls.
Monsieur de Pourceaugnac, présentant ses mains.
Votre très humble valet. (Voyant qu’ils lui tâtent le pouls.) Que veut dire cela ?
Premier Médecin
Mangez-vous bien, Monsieur ?
Monsieur de Pourceaugnac
Oui, et bois encore mieux.
Premier Médecin
Tant pis : cette grande appétition du froid et de l’humide est une indication de la chaleur et sécheresse qui est au dedans. Dormez-vous fort ?
Monsieur de Pourceaugnac
Oui, quand j’ai bien soupé.
Premier Médecin
Faites-vous des songes ?
Monsieur de Pourceaugnac
Quelquefois.
Premier Médecin
De quelle nature sont-ils ?
Monsieur de Pourceaugnac
De la nature des songes. Quelle diable de conversation est-ce là ?
Premier Médecin
Vos déjections, comment sont-elles ?
Monsieur de Pourceaugnac
Ma foi ! Je ne comprends rien à toutes ces questions, et je veux plutôt boire un coup.
Premier Médecin
Un peu de patience, nous allons raisonner sur votre affaire devant vous et nous le ferons en français, pour être plus intelligibles.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8436359d/f279
Estampe. Source : BnF/ Gallica

Acte I, scène 11
L’Apothicaire

Monsieur, voici un petit remède, un petit remède, qu’il vous faut prendre, s’il vous plaît, s’il vous plaît.
Monsieur de Pourceaugnac
Comment ? Je n’ai que faire de cela.
L’Apothicaire
Il a été ordonné, Monsieur, il a été ordonné.
Monsieur de Pourceaugnac
Ah ! Que de bruit !
L’Apothicaire
Prenez-le, Monsieur, prenez-le ; il ne vous fera point de mal, il ne vous fera point de mal.
Monsieur de Pourceaugnac
Ah !
L’Apothicaire
C’est un petit clystère, un petit clystère, bénin, bénin ; il est bénin, bénin, là, prenez, prenez, prenez, Monsieur : c’est pour déterger, pour déterger, déterger…
Monsieur de Pourceaugnac, fuyant.
Allez-vous-en au diable.
L’Apothicaire, les deux Musiciens et les Matassins le suivent, tous une seringue à la main.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8436359d/f311
Planche de Moreau Le Jeune. Source : BnF/Gallica

Acte II Scène 6

Sbrigani fait à Monsieur de Pourceaugnac que Julie n’est qu’une coquette : première entrevue entre Julie et Monsieur de Pourceaugnac devant Oronte, convaincu qu’il est un escroc.

Julie
On vient de me dire, mon père, que Monsieur de Pourceaugnac est arrivé. Ah ! Le voilà sans doute, et mon cœur me le dit. Qu’il est bien fait ! Qu’il a bon air ! Et que je suis contente d’avoir un tel époux ! Souffrez que je l’embrasse, et que je lui témoigne…
Oronte
Doucement, ma fille, doucement.
Monsieur de Pourceaugnac
Tudieu, quelle galante ! Comme elle prend feu d’abord !
Oronte
Je voudrais bien savoir, Monsieur de Pourceaugnac, par quelle raison vous venez…
Julie
Que je suis aise de vous voir ! Et que je brûle d’impatience…
Oronte
Ah ! ma fille ! Ôtez-vous de là, vous dis-je
Julie s’approche de M. de Pourceaugnac, le regarde d’un air languissant, et lui veut prendre la main.
Monsieur de Pourceaugnac
Ho, ho, quelle égrillarde !


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6180030s/f15
Le Panthéon populaire illustré. 2e série, livraison 27, Monsieur de Pourceaugnac ; illustré par Janet-Lange. Source : BnF/Gallica

Acte II, Scène 10

Lucette
Quaign’impudensso ! Et coussy, miserable, nou te soubenes plus de la pauro Françon, et del paure Jeanet, que soun lous fruits de notre mariatge ?
Nérine
Bayez un peu l’insolence. Quoy ? tu ne te souviens mie de chette pauvre ainfain, no petite Madelaine, que tu m’as laichée pour gaige de ta foy ?
Monsieur de Pourceaugnac
Voilà deux impudentes carognes !
Lucette
Beny, Françon, beny, Jeanet, beny, toustou, beny, toustoune, beny fayre beyre à un payre dénaturat la duretat qu’el a per nautres.
Nérine
Venez, Madelaine, me n’ainfain, venez-ves-en ichy faire honte à vo père de l’impudainche qu’il a.
Jeanet, Fanchon, Madelaine.
Ah ! mon papa, mon papa, mon papa !


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6180030s/f15
Le Panthéon populaire illustré. 2e série, livraison 27, Monsieur de Pourceaugnac; illustré par Janet-Lange. Source : Bnf/Gallica

Acte III, scène 2
Monsieur de Pourceaugnac
Ce n’est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir, que de ce qu’il est fâcheux à un gentilhomme d’être pendu, et qu’une preuve comme celle-là ferait tort à nos titres de noblesse.
Sbrigani
Vous avez raison, on vous contesterait après cela le titre d’écuyer. Au reste, étudiez-vous, quand je vous mènerai par la main, à bien marcher comme une femme, et prendre le langage et toutes les manières d’une personne de qualité.
Monsieur de Pourceaugnac
Laissez-moi faire, j’ai vu les personnes du bel air ; tout ce qu’il y a, c’est que j’ai un peu de barbe.
Sbrigani
Votre barbe n’est rien, et il y a des femmes qui en ont autant que vous. Çà, voyons un peu comme vous ferez. Bon.
Monsieur de Pourceaugnac
Allons donc, mon carrosse : où est-ce qu’est mon carrosse ? Mon Dieu ! qu’on est misérable d’avoir des gens comme cela ! Est-ce qu’on me fera attendre toute la journée sur le pavé, et qu’on ne me fera point venir mon carrosse ?
Sbrigani
Fort bien.
Monsieur de Pourceaugnac
Holà ! ho ! cocher, petit laquais ! Ah ! petit fripon, que de coups de fouet je vous ferai donner tantôt ! Petit laquais, petit laquais ! Où est-ce donc qu’est ce petit laquais ? Ce petit laquais ne se trouvera-t-il point ? Ne me fera-t-on point venir ce petit laquais ? Est-ce que je n’ai point un petit laquais dans le monde ?


Mises en scène de Monsieur de Pourceaugnac en vidéo sur le site de l’INA

Réalisation pour la télévision par Jean Kerchbron, 1958
Avec Guy Pierauld.
Extrait sur le site de l’INA (version intégrale payante).

Mise en scène de Pierre Mondy à la Comédie-Française en 1987
Reportage télévisé et extraits sur le site de l’INA,
Interview de Bérengère Dautun, sur le site de l’INA
Interview de Pierre Mondy, sur le site de l’INA

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Mise en scène Isabelle Starkier
Mise en scène Isabelle Starkier

Mise en scène d’Isabelle Starkier, 2009
Lien vers la bande annonce du spectacle
Lien vers sur le dossier de presse

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