Madama Butterfly à l’Opéra Grand Avignon

12, 14 et 16 novembre 2021, Opéra Grand Avignon

Photo : Mickael et Cédric Studio Delestrade

Un papillon voletant sur Nagazaki juste avant la conflagration nucléaire qui va réduire la ville en cendres, voilà l’image qu’a choisie Daniel Benoin pour symboliser l’extrême fragilité, mais aussi la beauté forcément sublime d’un amour pur dans un monde aussi trivial que brutal, qui ne saurait faire de cet amour idéal qu’une tragédie. Louée à un officier américain, après un simulacre de cérémonie nuptiale, pour agrémenter son séjour en garnison dans cette ville occupée, une jeune geisha âgée de quinze ans, Madame Butterfly, décide dans un acte de foi en la vie, de rêver ce bail de prostitution en un véritable contrat de mariage, et de vivre cet asservissement temporaire comme un amour éternel. Après le retour au pays de son bel officier, qui aspire à un vrai mariage avec l’une de ses compatriotes, il résultera de cette union profanatoire la naissance d’un enfant, seule consolation de la jeune mère abandonnée, mais qui finira par lui être également arraché par son ancien amant. Et ce sublime papillon condamné par le destin à ne vivre qu’un moment, choisira la mort plutôt que le malheur et le déshonneur, et surtout plutôt que le désenchantement du monde. Pour signifier à son époux le caractère absolu de son engagement amoureux, Madame Butterfly était allée jusqu’à renier sa culture et sa religion pour épouser aussi la foi chrétienne de cet amant presque divinisé, et on peut voir en effet une dimension christique dans ce sacrifice suprême à un amour trop pur pour s’épanouir dans un monde aussi imparfait.

Dans ce magnifique spectacle, le décor post-apocalyptique et presque lunaire élaboré par Jean-Pierre Laporte fait ressortir avec d’autant plus d’éclat la richesse mélodique et harmonique de la musique de Puccini, superbement interprétée par l’orchestre national Avignon-Provence, sous la direction de Samuel Jean. Parfait accompagnateur sensible des voix, l’orchestre, lors des intermèdes, devient un personnage à part entière, faisant naître, par sa puissance ou sa douceur, de nouvelles émotions. Les interventions du Chœur de l’Opéra sont également poignantes, que ce soit lors de la cérémonie de mariage ou du célèbre « chœur à bouche fermée », entre le deuxième et le troisième acte. Les solistes interprètent leurs rôles avec tout autant d’expressivité et de passion. Ayant dû être remplacée lors des deux premières représentations, la soprano Noriko Urata a néanmoins tenu à assurer son rôle lors de la dernière représentation le 16 novembre. Lors du premier acte, elle est une Cio-Cio-San pleine de douceur, et son interprétation de l’air « Sola i rinegatta » est bouleversante. Toujours souffrante, cependant, elle était remplacée au pied levé après l’entracte par Héloïse Koempgen, reprenant avec maestria le rôle titre. Une prouesse qui lui valut l’ovation du public après le célèbre aria « Un bel di vedremo » d’une voix puissante, toute en nuances et en émotions.
Critique de  Ruth et Jean-Pierre Martinez

Lien vers le site de l’Opéra Grand Avignon

MADAMA BUTTERFLY

Drame lyrique en trois actes de Giacomo Puccini
Direction musicale Samuel Jean
Mise en scène et lumières Daniel Benoin
Assistant à la mise en scène Clément Althaus
Scénographie Jean-Pierre Laporte
Costumes Nathalie Berard-Benoin
Vidéaste Paulo Correa
Études musicales Daniel Zobel

Cio-Cio-San  Noriko Urata et Héloïse Koempgen 
Suzuki Marion Lebègue
B.F. Pinkerton Avi Klemberg
Sharpless Christian Federici
Goro Pierre-Antoine Chaumien
Il Principe Yamadori / Il Commissario Imperiale Matthieu Justine
Kate Pinkerton Pascale Sicaud-Beauchesnais
Lo Zio Bonzo Jean-Marie Delpas
Yakuside Virgile Frannais
L’uffiziale Jean François Baron
La madre de Cio-Cio-San Wiebke Nolting La Zia Laura Podevin
La cugina Marie Simoneau
Il bambino Théo Antoni / Alma Brémard

Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Cheffe de chœur Aurore Marchand
Orchestre National Avignon-Provence
Production de l’Opéra de Nice Côte d’Azur

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