Spectacles recommandés par Libre Théâtre, vus à Paris, Avignon ou en tournée.

Opéra Grand Avignon : saison de la lune 2022-2023

La saison 2022-2023 de l’Opéra Grand Avignon, imaginée par Frédéric Roels son directeur, offre une nouvelle fois une réjouissante combinaison de spectacles audacieux et de chefs d’œuvres du répertoire, à l’image des quatre nouvelles productions de la saison lyrique : l’incontournable Chevalier à la Rose de Strauss, le superbe Bastien et Bastienne de Mozart, proposé sous une forme participative, mais aussi la Sérénade de Sophie Gail, un opéra-comique du XIXème siècle, et enfin la création mondiale de l’opéra Three Lunar Seas de Joséphine Stephenson, un événement très attendu auquel le public est associé en étant invité aux différentes étapes du processus de création (cf. article de Libre Théâtre Création de l’opéra « Three lunar seas »).

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François Rabelais portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille

Rabelaisien, gargantuesque, pantagruélique... peu d'écrivains auront fourni à la langue française, par-delà les siècles, autant de superlatifs. Rabelais, en effet, c'est la substantifique moelle de l'esprit français, caractérisé non seulement par un hédonisme sans limite, mais aussi par une quête sans fin de la liberté. Bien avant Molière, et bien avant les Lumières, qui ouvrirent le chemin à la Révolution, cet ecclésiastique anti-clérical de la Renaissance, à la fois médecin et écrivain, défia à son corps défendant le pouvoir de l'Église pour critiquer la société de son époque. Il fut pour cela poursuivi sa vie durant par les théologiens de la Sorbonne, et il n'échappa au bûcher que grâce à de puissants protecteurs... et par sa capacité à déménager promptement. Philippe Bertin incarne un Rabelais combatif et facétieux, toujours sur le qui-vive et sur le départ, tandis que Michel Laliberté joue tour à tour les principaux ennemis de cet écrivain accusé d'hérésie, mais aussi les quelques amis qui, y compris au sein de l'Église, lui auront finalement permis de mourir dans son lit, en nous laissant une œuvre comptant toujours aujourd'hui parmi les trésors de la littérature française. Rabelais, c'est la démesure, y compris dans le langage. Cette démesure sans laquelle aucune liberté n'est possible. À commencer par la liberté d'expression. Un spectacle salutaire, à une époque où la censure, qui va toujours avec la bien-pensance des moutons de Panurge, menace encore et toujours notre liberté de penser.

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Au non du père d’Ahmed Madani

Anissa est l'une des comédiennes de Flammes, un précédent spectacle d’Ahmed Madani, qui était déjà une totale réussite. Anissa n’a pas connu son père, et la recherche de ce géniteur, qui a volontairement disparu dès l’annonce de sa conception, l’a obsédée pendant son enfance et son adolescence. À la suite d’un reportage diffusé lors d’un journal télévisé, elle est persuadée qu’il vit maintenant aux Etats-Unis. Ahmed Madani, fasciné par son histoire, lui propose de partir à la recherche de ce père et de faire de cette quête un spectacle. Nous vous laissons le plaisir de découvrir la forme étonnante de ce spectacle, entre confessions entre amis, road-movie et leçon de pâtisserie. C’est au final une véritable leçon de vie qui, loin d’être moralisatrice, nous oblige à nous questionner sur notre rapport à nos propres parents, et sur le sens que nous donnons nous-même à la quête d’Anissa, sans pouvoir distinguer parfois ce qui dans ce spectacle relève de la vie réelle ou de la fiction théâtrale. Quoi qu'il en soit, l’histoire de la lumineuse Anissa, à la recherche de ce père qui n’a pas su lui dire oui, restera longtemps gravé dans nos mémoires. Un superbe spectacle qui parle à tous, jeunes et moins jeunes.

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Les Amants de Varsovie

Les Amants de Varsovie, un voyage en musique à la rencontre de l'âme slave.Ewunia, d'origine polonaise, accompagnée par son complice Yves Dupuis, le plus polonais des pianistes français, nous invite à un tour de chant mêlant des cultures et des influences multiples. Dans une ambiance de cabaret, aux murs tapissés de vieilles photos en noir et blanc, Ewunia évoque devant nous, en chansons, la nostalgie de la Pologne d'antan, à travers notamment le souvenir de sa grand-mère. Mais l'amour, bien sûr, reste le fil conducteur de ces "Amants de Varsovie". On associe souvent la chanson populaire polonaise principalement à la musique tsigane et yiddish, qui ne sont évidemment pas oubliées dans ce spectacle. Cependant, ces amants de Varsovie, nous emmènent aussi à la découverte d'un répertoire moins connu de la chanson traditionnelle polonaise, sans pour autant oublier que la musique, plus que tout autre art sans doute, a le don de voyager. Et de nous faire voyager. Un spectacle musical très réussi. À ne pas manquer.

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Contre-temps par le Trio Opaline

Contre-temps : Docteur Courdot et Mister River... stein. C'est l'histoire méconnue d'un musicien de génie du siècle dernier, François Courdot, déchiré entre des pulsions antagoniques : sa culture française et son rêve américain, son amour pour sa femme et sa passion pour sa maîtresse, sa formation classique et son désir d'innover. Il passera toute sa vie à tenter, sans succès, de concilier ces contradictions (sous divers pseudonymes), avant de sombrer dans la folie. Aujourd'hui oublié de tous, cet artiste au destin incroyable méritait bien un spectacle qui rende hommage à sa mémoire. C'est chose faite avec "Contre-temps", un spectacle qui vous prendra à contre-pied. Car si François Courdot (alias Frank River) connut une fin dramatique, sa vie relèverait plutôt de la tragi-comédie, et souvent même du vaudeville. Bref, son histoire même aurait pu servir d'argument à l'une de ces innombrables opérettes qu'il eut l'occasion de diriger, avec le talent qui était le sien. Le spectacle commence un peu à la façon d'une conférence, et pendant les premières minutes, les moins mélomanes des spectateurs sont pris d'un doute. Tout cela ne va-t-il pas être un peu trop scolaire ? C'est compter sans les diables d'hommes qui ont écrit, composé et mis en scène "Contre-temps", et sans les deux diablesses qui l'interprètent, alternant le récit haletant et hilarant de la vie de ce soldat inconnu de la musique, avec des interprétations à la fois brillantes et loufoques des œuvres qu'il dirigea ou qu'il composa durant sa vie. Le public tout entier est vite happé par cet irrésistible tourbillon, jusqu'à la chute finale. Surprenante comme il se doit. Un spectacle musical mais néanmoins drôlatique, qui vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière seconde. Un vrai coup de cœur de Libre Théâtre.

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Du silence à l’explosion par la Compagnie Le Passe-Muraille

"Du silence à l'explosion" : pour que les silences d'aujourd'hui n'engendrent pas les explosions de demain. Sur le thème du droit mais aussi du devoir d'asile, la bien nommée Compagnie Le Passe Muraille nous propose un spectacle sur la nécessité d'ouvrir des portes dans les murs. Tous ces murs censés nous protéger des étrangers qui rêvent de trouver un abri en Europe, et qui sont prêts à tout risquer pour fuir la tyrannie et la misère. Aujourd'hui, ceux qui parviennent malgré tout à franchir les innombrables barrières qu'on leur oppose, devront encore affronter les obstacles souvent kafkaïens que dresse devant eux une administration parfois inhumaine. Mais la gravité du propos ne doit aucunement laisser penser qu'il s'agirait d'un spectacle pédagogique et donneur de leçons. C'est d'abord la dimension visuelle qui capte l'attention du public dès la première seconde. Utilisant avec virtuosité tous les outils graphiques (lumières, vidéo, animation...) pour les fondre avec la performance des cinq comédiens sur scène, qui chantent et qui dansent aussi sur des rythmes de rap, la Compagnie Passe Muraille nous offre un spectacle total. On en ressort plein d'admiration pour tous ceux qui, au quotidien, tentent d'assister ces réfugiés pour leur permettre d'obtenir le droit de rester chez nous, après avoir risqué leur vie pour y arriver. Un magnifique spectacle, et un spectacle nécessaire, pour que les silences d'aujourd'hui n'engendrent pas demain des explosions.

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La Galerie par la Machine de Cirque

"La Galerie" : cirque dansé ou danse acrobatique. Sur le thème du musée, la Machine de Cirque nous propose un spectacle mêlant danse, acrobatie, burlesque et musique. Le musée, en l'occurrence, sert de prétexte à des variations circassiennes sur le concept même de spectacle : regarder et, comme dans un miroir, être regardé en train de regarder. Ou encore regarder une peinture, et s'en imprégner jusqu'à se peindre soi-même en devenant à la fois le peintre et le support de la peinture. Au-delà de la pure performance, ces drôles d'acrobates, accompagnés par une musicienne loufoque, nous entraînent ainsi dans un univers poétique très original, non dénué d'humour et d'auto-dérision. Ils nous offrent un spectacle rythmé et très complet, qui ravira les grands comme les petits. Un spectacle tout public, à ne pas manquer.

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Histoires d’Armor

Dans la fournaise avignonnaise, les Breizh Brothers vous donnent rendez-vous en pays celte. Entre lande, mer et embruns, Xavier et Christophe Martel vous embarquent pour un voyage d'une heure dans les contes et les légendes d’Armor, bercés par les musiques traditionnelles celtiques. Vous y apprendrez pourquoi la mer est salée ou pourquoi il ne faut pas ramasser un miroir après un naufrage. Et vous entendrez pendant longtemps encore le petit air entêtant des lutins de la lande irlandaise... Un spectacle pour tous ceux, petits et grands, qui adorent écouter des histoires.

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Fantasio d’Alfred de Musset par la troupe de l’Eternel été

Fantasio, jeune bourgeois criblé de dettes, est las de son existence. Pour échapper à ses créanciers et à l’ennui, il prend la place du bouffon du roi qui vient de mourir, au moment où la ville se prépare à fêter le mariage de la princesse Elsbeth avec le prince de Mantoue. Pour mieux étudier Elsbeth, le prince, un homme ridicule et prétentieux, a décidé d’échanger sa place avec son fidèle aide de camp. Découvrant la tristesse de la jeune Elsbeth à la veille de ce mariage arrangé, Fantasio tente de convaincre l’héritière du trône d’obéir à son cœur plutôt qu’à la raison d’État. Comme dans ses précédentes mises en scène, Les Fourberies de Scapin et Ivanov, Emmanuel Besnault fait souffler un vent de jeunesse sur cette comédie romantique, qu’il revisite en utilisant les codes de la commedia dell’arte, avec masques et musique jouée en direct. Mais ce sont des standards du rock qu’interprètent brillamment les cinq comédiens qui se révèlent aussi excellents chanteurs et musiciens. L’univers pop des décors et des costumes se marie parfaitement avec la langue de Musset, qui semble plus moderne que jamais. Un spectacle joyeux à ne pas manquer

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L’homme qui plantait des arbres par la Compagnie Cappella Forensis

"L'homme qui plantait des arbres" une fable écologiste d'une cruelle actualité. À l'heure où l'Amazonie, mais aussi la Gironde et la Provence, sont régulièrement la proie des flammes à cause des pyromanes qui gouvernent le monde, la nouvelle de Jean Giono, écrite en 1953, est plus que jamais d'une brûlante actualité. Son humanisme optimiste semblerait même relever de la science-fiction, tant la plupart des hommes s'appliquent à notre époque à raser les forêts plutôt qu'à planter des arbres, et tant l'avenir qui s'ouvre devant nous semble se situer aux antipodes de l'utopie imaginée par Giono. Dans cette nouvelle, en effet, l'auteur provençal nous raconte l'histoire d'un homme qui, par la seule force de sa détermination, à l'échelle de sa vie, parvient à faire pousser une forêt et ainsi à faire revivre tout un territoire. Souhaitons que dans un futur proche, l'Homme, redevenu raisonnable, imitera ce héros imaginaire pour éviter que cette Terre, qui fut le berceau de l'humanité, ne soit aussi bientôt sa dernière demeure. Accompagné sur scène par trois musiciens interprétant des morceaux de Beethoven, de Schubert ou de Ravel, le conteur Laurent Chouteau, avec une diction parfaite, nous donne à entendre avec émotion et une certaine gravité ce texte merveilleux de Giono, qui aujourd'hui résonne comme une prière. Un spectacle nécessaire, qui contribuera peut-être à une prise de conscience salutaire. Critique de Jean-Pierre Martinez

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