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Superbe concert hier soir dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, avec DEMOS Avignon-Provence, les enfants de la Maîtrise Populaire de l’Opéra Grand Avignon, la Maîtrise et le Choeur de l’Opéra Grand Avignon, l’Orchestre national Avignon-Provence, sous la direction musicale de la flamboyante Débora Waldman. Ce concert exceptionnel était un aboutissement. Pendant trois ans, plus de 90 élèves de 6 écoles avignonnaises ont participé au projet Démos Avignon-Provence : ils ont reçu un instrument de musique, ont été formés à la pratique de la musique classique et ont été parrainés par les musiciens de l’Orchestre national Avignon-Provence. Par ailleurs, 150 enfants de la Maîtrise Populaire de l’Opéra Grand Avignon, issus d’écoles et de collèges des quartiers prioritaires de la ville, ont été formés par des musiciens du Conservatoire et de l'Opéra Grand Avignon. 

Douze Cordes, le dernier spectacle proposé par l’Opéra Grand Avignon à l’Autre Scène de Vedène, est le résultat d’un incroyable travail de plusieurs mois avec des détenus du Centre Pénitentiaire du Pontet. Cet opéra boxé interdisciplinaire, orchestré par le chorégraphe et metteur en scène Hervé Sika, donne à entendre la parole rare de ces personnes incarcérées, qui ont pu s’exprimer, sous différentes formes, dans des ateliers de boxe, de danse, d’écriture et de théâtre. La boxe, utilisée comme métaphore de la vie, est au centre du spectacle et symbolise le combat que l’on doit mener pour vivre. C'est aussi une manière de parler de la violence, de l’apprivoiser et de la canaliser. L'opéra se déroule en trois actes, chacun illustrant une étape cruciale du voyage intérieur des interprètes. Le premier acte s’intéresse à la préparation, du travail en solitaire à l’entraînement collectif. Le deuxième acte plonge les interprètes dans une confrontation avec eux-mêmes, face à leur miroir. Ici, la boxe devient une lutte intérieure contre leurs propres peurs et démons. Le dernier acte représente le combat. Vêtus des somptueux costumes de l’Opéra, les interprètes se livrent à un duel métaphorique. Le combat ne se limite pas à la confrontation physique, il illustre également la résilience nécessaire pour continuer à vivre, même après une défaite. Le vaincu doit trouver la force de se relever, tandis que le vainqueur doit également faire face à ses propres défis. Sur scène, l’humanité et l’universalité du propos se traduisent par la symbiose entre les arts mais aussi entre les artistes, professionnels ou non. Transcendant le temps, le quatuor à cordes féminin issu de l’Orchestre national Avignon-Provence et la chanteuse lyrique Aurélie Jarjaye accompagnent les mouvements chorégraphiés en interprétant des airs empruntés à plusieurs époques, de la musique baroque à l’époque contemporaine. D’abord en fond de scène, elles interviennent ensuite au centre du plateau, où évoluent les boxeurs-danseurs entraînés par Careem Ameerally, la danseuse Marina Gomes et le circassien Mawunyo Agbenoo. Le DJ Junkaz Lou, qui domine la scène, joue et mixe avec beaucoup de musicalité les grands airs classiques avant de devenir le véritable arbitre du combat. La beauté des tableaux, la pureté des mélodies et la sincérité des textes écrits et interprétés par les détenus ont touché profondément le public, qui a réservé une véritable ovation aux artistes à l’issue du spectacle.

Rarement représentée en France, "Luisa Miller", composée par Giuseppe Verdi en 1849, raconte l'amour impossible entre Luisa, fille d'un vieux soldat, et Rodolfo, fils du comte Walter. Cet opéra s’inspire de la pièce "Kabale und Liebe" de Schiller et aborde les grandes thématiques du « Strum und Drang », qui inspireront à Verdi ses œuvres majeures. En choisissant un décor très graphique et des costumes de différentes époques, Frédéric Roëls réussit à donner une dimension intemporelle à cet éternel conflit entre les désirs individuels et les contraintes imposées par une société tyrannique et patriarcale. Les deux amants, confrontés aux machinations des puissants, marchent inexorablement vers leur destinée tragique. Cet engrenage fatal est symbolisé non seulement par l’immense horloge brisée au centre du plateau, mais aussi par de superbes jeux de lumière, combinaison savante de clairs-obscurs participant à créer une ambiance crépusculaire. Dès l’ouverture, l’Orchestre National Avignon-Provence, sous la direction de Franck Chastrusse Colombier, plongeait l'auditoire dans l'atmosphère dramatique de la terrible confrontation entre l’innocence et la brutalité, en révélant toutes les nuances mélodiques de la riche partition de Verdi. Axelle Fanyo, qui incarnait pour la première fois le rôle-titre, a su émouvoir le public en livrant une prestation vocale exceptionnelle, exprimant avec intensité les sentiments extrêmes de son personnage. Sehoon Moon, à la voix puissante et nuancée, composait un Rodolfo touchant et pudique. Il s'est révélé bouleversant à chaque intervention, qu’il chante l'amour désespéré, la jalousie ou le désespoir. Autre héros de l’histoire et autre jouet de ces manipulations, le soldat Miller était remarquablement interprété par le ténor Gangsoon Kim, tout en sobriété et délicatesse. Le reste de la distribution proposait une prestation de grande qualité. Totalement intégré à l’histoire, le chœur de l’Opéra Grand Avignon s'est à nouveau montré impressionnant par sa musicalité, son homogénéité et la qualité de la prestation scénique. Cette nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon a reçu ce dimanche une ovation bien méritée.

L'Avare : une comédie indémodable portée par un comédien d'exception Les innombrables mises en scène des pièces de Molière conduisent parfois, par une recherche de l'originalité à tout prix, à en dénaturer le propos, jusqu'à faire oublier qu'elles sont d'abord et avant tout, le plus souvent, des comédies de mœurs. Il n'en est rien pour cet Avare d'Olivier Lopez qui, par un dispositif scénique astucieux, mais sans fioritures inutiles, nous donne tout simplement à entendre de façon parfaitement limpide les mots et le propos de Molière, tout en assumant pleinement la dimension comique, satirique, parodique et parfois même un peu potache de ce chef d'œuvre absolu du répertoire français. La modernité du décor et des costumes n'est pas ici un simple artifice pour souligner le caractère avant-gardiste de la mise en scène, mais un moyen parmi d'autres de montrer à quel point cette comédie reste et restera à jamais d'actualité. En cela, avec ce spectacle jubilatoire, on n'est pas loin de l'univers comique d'un Gérard Oury au cinéma, dans la mesure où ce dernier s'inspirait lui-même des comédies de Molière. À ce propos d'ailleurs, même si l'ensemble de la distribution est excellente, il faut rendre un hommage tout particulier à cet immense acteur qu'est Olivier Broche. Éternel second rôle du cinéma et de la télévision depuis sa participation aux Deschiens, il nous montre à nouveau ici qu'il est un grand comédien, à l'instar d'un De Funès qui, lui aussi, connut trop tardivement la reconnaissance qu'il méritait.

La cantatrice chauve... n'a pas pris une ride. Cette première pièce de Ionesco, qui restera son chef d'oeuvre, est interprétée avec beaucoup d'allant par la Compagnies des Beaux Parleurs, composée d'anciens élèves du Conservatoire de Cannes, mis en scène par leur professeur. La jeunesse de la troupe, alors que la pièce est généralement donnée notamment à la Huchette avec une distribution plus âgée, confère au spectacle une fraîcheur inattendue. Ces jeunes comédiens, cependant, dont certains sont aussi danseurs ou musiciens, maîtrisent déjà parfaitement leur art, et nous offrent à cette occasion quelques morceaux de bravoure mémorables. Un coup de cœur de Libre Théâtre.

Actualité du répertoire de Jean-Pierre Martinez

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