Tout ce que tu voudras de Georges Courteline

Tout ce que tu voudras de Georges Courteline

6 mars 2016
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Tout ce que tu voudras de Georges Courteline

Saynète extraite des Facéties de Jean de la Butte.

Distribution : 2 hommes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
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Le Texte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7503935v

La Lanterne. 27 mai 1899. Source : BnF/ Gallica

André.
Bonjour, mon bon. Tu vas peut-être me trouver terriblement indiscret ; je viens te demander un service ?

Anatole.
Pourquoi indiscret ?

André.
Mais, dame…

Anatole.
Allons donc ! De vieux camarades comme nous ?… Tu as bien fait de penser à moi : tout ce que tu voudras, parbleu !

André.
Je suis confus…

Anatole.
Tu es fou !… Tout ce que tu voudras, je te dis. Pourtant je te préviens tout de suite, si c’est un service d’argent, il n’y a rien de fait…

André.
Rassure-toi.

Anatole.
Ce serait avec grand plaisir, seulement voilà : j’ai payé mon terme il y a six semaines, et dans six autres semaines, il faudra que je recommence. Alors, n’est-ce pas, tu comprends ?…

André.
Mais oui, mais oui….

Anatole.
En principe, quand tu auras besoin d’argent, ne te gêne pas. Pourvu que tu ne m’en demandes pas entre deux termes, tout ce que tu voudras.

André.
Merci, mon…

Anatole.
Il n’y a pas de quoi. – Tu disais donc ? Ah ! pendant que j’y pense ! Ce n’est pas d’une affaire de femme, qu’il s’agit ?

André.
Oui et non.
(Sourire entendu.)

Anatole.
Bon ! on sait ce que parler veut dire. Tu peux te fouiller, en cinq secs ! Ah ça, voyons, est-ce que tu perds la tête ? Des affaires de femmes, à ton âge ? Et tu viens me demander, à moi, homme marié et père de famille, d’aller mettre mon nez là-dedans ? C’est de l’extravagance pure.

André.
Pardon.

Anatole.
Ecoute, mon vieux : je voudrais bien n’avoir pas l’air de te dire des choses désagréables, mais là, vrai ! ce n’est pas le sens moral qui t’étouffe. – Ah ! qu’autrefois, au Quartier, nous nous soyons rendu de ces petits services… rien de mieux. Ça ne tire pas à conséquence entre jeunes gens qui jettent leur gourme côte à côte et battent joyeusement l’indispensable bohème des premiers jours d’indépendance. Mais enfin nous ne sommes plus des enfants, et je m’étonne, véritablement, de te voir si peu sérieux à un âge où…

André.
C’est, justement, de choses très sérieuses que je suis venu t’entretenir.

Anatole.
Mais non.

André.
Il n’y a pas de mais non, je te dis que si.

Anatole.
Allons donc!

André.
C’est une chose drôle, que je ne puisse pas placer un mot.

Anatole.
Place-le ! Est-ce que je t’en empêche ?

André.
Eh bien, voici. Je viens…

Anatole.
Je suis tout à toi, moi.

André.
Je viens.

Anatole.
Il serait regrettable que des Labadens ne pussent compter l’un sur l’autre.

André.
C’est mon avis. Donc je viens te prier de vouloir bien être mon témoin.

Anatole.
Ton témoin ?

André.
Oui.

Anatole.
Veux-tu me permettre ? Tu te rappelles le duel Ciboulot ?

André.
Pas du tout.

Anatole.
Je me le rappelle, moi. Dans le duel Ciboulot, les témoins écopèrent quatre mois de prison.

André.
Quel rapport ? …

Anatole.
Quel rapport? Le rapport que je ne tiens pas à ce qu’il m’en arrive autant. Mon cher, j’ai la prétention, que je crois justifiée, d’être tout ce qu’il y au monde de plus serviable et de plus complaisant ; mais de là à me faire fourrer à Poissy, moi, homme marié et père de famille, pour des choses qui ne me regardent pas, il y a un écart ! Avec qui te bats-tu, d’abord ?

André.
Avec qui je me bats ?

Anatole.
Oui, avec qui tu te bats.

André.
Je ne me bats pas, je me marie.

Anatole.
Ah très bien, j’avais mal compris. C’est pour être témoin devant le maire, alors ?

André.
Parbleu !

Anatole.
Ça, c’est une autre histoire.

André.
Tu acceptes?

Anatole.
Non. mon vieux. Tout ce que tu voudras, mais pas cela. C’est une part de responsabilité que je n’assumerai certainement pas.

André.
Il n y a aucune responsabilité…

Anatole.
Si ! Pour que tu viennes, dans six mois, me raconter que tu es cocu, avec l’air de me le reprocher, merci bien !

André.
Comment, cocu !!!

Anatole.
Parfaitement ! Je ne te réponds pas que tu le seras, bien entendu ; mais enfin on ne sait jamais ce que le mariage nous réserve. Surtout avec une gueule comme tu en as une. – A part ça, tout ce que tu voudras.

FIN

Pour explorer l’œuvre théâtrale de Georges Courteline dans Libre Théâtre :

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