Les Vivacités du Capitaine Tic de Labiche

Les Vivacités du Capitaine Tic de Labiche

7 juin 2016
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Les Vivacités du Capitaine Tic  d’Eugène Labiche et Édouard Martin

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 16 mars 1861.
Distribution : 6 hommes, 2 femmes
Texte de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Après un long voyage autour du monde, le Capitaine Tic revient chez sa tante.  Il tombe amoureux de sa cousine Lucile, qui vient d’être promise par son tuteur Désambois à un triste pharmacien Magis. Le Capitaine Tic a le coup de botte facile et va devoir se contenir pour écarter ce rival.

Un extrait

Madame de Guy,  à Magis.
M. Désambois nous a fait le plus grand éloge de votre personne, et nous sommes charmés, monsieur…
Magis.
J’ose espérer, madame, mademoiselle et monsieur… que vous conserverez de moi cette bonne opinion quand vous me connaîtrez davantage. Je ne suis pas un de ces jeunes gens dont la vie se consume dans les futilités mondaines. J’ai toujours eu un goût prononcé pour l’étude, et les échos du collège Charlemagne retentissent encore du bruit de mes modestes succès.
Horace, à part.
Premier prix de thème !
Magis.
Plus tard, abandonné à moi-même, sans aide, au milieu de Paris, cette moderne Babylone…
Désambois.
Oh ! c’est bien vrai !
Horace, à part.
Prudhomme père et fils !
Magis.
J’ai su éviter les entraînements du plaisir, dont la pente, toujours facile, conduit tant de brillantes organisations à l’anéantissement de leurs facultés intellectuelles et morales…
Horace, à part.
Ce n’est pas un homme… c’est une tirade !
Il va au guéridon et se met à feuilleter l’Illustration.
Magis.
Ma vie est simple, normale, rationnelle…
Madame de Guy.
Certainement, monsieur…
Désambois, bas.
Laissez-le parler ! Il est étonnant !…
Magis.
Je me lève à sept heures… je déjeune avec une tasse de lait… sans sucre… c’est mon meilleur repas !
Horace, feuilletant l’Illustration, avec impatience.
Cristi !…
Magis.
Je sors… je marche une heure… puis je rentre, je me recueille… Après, je m’enfonce dans mes livres… des livres sérieux !…
Désambois.
Parbleu !
Magis.
Je dîne à six heures… légèrement ! Après mon dîner, je me joins à quelques amis, des esprits solides, avec lesquels je me trouve en communion d’idées ; nous échangeons, dans une conversation substantielle et robuste, les fruits de notre travail du jour. M. Désambois veut bien quelquefois nous honorer de sa visite.
Désambois.
Oh ! cher ami !
Magis.
Je rentre à neuf heures… je prends quelques notes et je me couche.
Désambois.
C’est admirable !
Lucile, à part.
Quelle différence avec mon cousin !…
Magis.
Me voilà tel que je suis, je ne vous ai rien caché…
Madame de Guy.
Certainement, monsieur…
Désambois, bas.
Laissez-le parler !
Magis.
Possesseur d’une fortune assez belle, j’aurais pu, comme tant d’autres, mener une vie de désordre et de dissipation… Mais j’ai préféré nourrir mon esprit de la moelle des fortes études.
Madame de Guy remonte.
Madame de Guy, bas à Horace.
Il s’exprime fort bien…
Horace, bas.
Je ne sais pas… je regarde les images…
Madame de Guy redescend près de Lucile.
Désambois.
Si j’avais un fils, je voudrais qu’il vous ressemblât… Monsieur Magis, il faudra envoyer à ces dames votre dernier ouvrage. (À Lucile.) Il a publié un ouvrage… imprimé…
Madame de Guy.
Comment ?
Magis.
Je n’aurais pas osé prendre cette liberté ; mais, puisque vous le permettez, je serai heureux de vous apporter moi-même mon opuscule sur la Monographie de la statistique comparée.
Désambois.
Avec un petit mot sur la première page…
Madame de Guy.
Ah ! monsieur, vous ne pouvez douter de l’intérêt…
Désambois, bas.
Laissez-le parler !
Magis.
La statistique, madame, est une science moderne et positive. Elle met en lumière les faits les plus obscurs. Ainsi, dernièrement, grâce à des recherches laborieuses, nous sommes arrivés à connaître le nombre exact des veuves qui ont passé sur le Pont-Neuf pendant le cours de l’année 1860.
Horace, se levant.
Ah bah !
Désambois.
C’est prodigieux ! Et combien ?…
Magis.
Treize mille quatre cent quatre-vingt-dix-huit… et une douteuse.
Désambois, tirant vivement son carnet.
Permettez… (Écrivant.) Treize mille quatre cent quatre-vingt-dix-huit… Il est étonnant !
Horace, à Désambois.
N’oubliez pas la douteuse !
Désambois.
Oh ! merci ! j’allais l’oublier.
Magis.
Plus fort que cela. Tout récemment, nos études se sont dirigées sur le charançon…
Madame de Guy.
Qu’est-ce que c’est que ça ?…
Magis.
Un petit insecte qui se loge dans les graines des céréales pour en dévorer le contenu… C’est la plaie de nos greniers…
Tous, avec compassion.
Ah !
Magis.
Eh bien, madame, nous avons été assez heureux pour constater que douze charançons, établis dans un hectolitre de blé, produisent en sept minutes soixante-quinze mille individus.
Horace.
Diavolo !
Magis.
Dont chacun peut dévorer trois grains de blé par an, c’est-à-dire deux cent vingt-cinq mille grains…
Désambois, transporté.
C’est étourdissant ! (Tirant son carnet.) Permettez… nous disons : deux cent vingt-cinq mille grains…
Horace, à Magis.
Et avez-vous trouvé le moyen de les détruire, vos charançons ?…
Magis.
Oh ! non… cela ne nous regarde pas…
Horace.
Eh bien, alors…
Désambois, à part.
Ces militaires, ça ne pense qu’à détruire !

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