Premier prix de piano d’Eugène Labiche

Premier prix de piano d’Eugène Labiche

16 juin 2016
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Premier prix de piano d’Eugène Labiche et Alfred Delacour

Comédie en un acte, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 8 mai 1865.
Distribution : 3 hommes, 3 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers le site data.libretheatre.fr

L’argument

Dégodin a un superbe appartement en face du jardin du Luxembourg à Paris : son bail précise que si Madoulay vient à se marier, il devra déménager. Il fait courir dans tout Paris des rumeurs terribles sur le jeune Madoulay, rumeurs qui viennent aux oreilles de Madoulay qui vient rendre visite incognito à Dégodin pour comprendre pourquoi il lui en veut et fait ainsi échouer ses projets de mariage. Par ailleur Dégodin a une fille qu’il souhaite marier rapidement, car il ne supporte plus son piano…

Un extrait

Dégodin.
Monsieur Las Fuentes ! (Ils s’asseyent.)
Madoulay.
Monsieur, je viens vous demander quelques renseignements sur une personne qu’on m’a dit être connue de vous… je veux parler du jeune Madoulay.
Dégodin.
Madoulay !
Madoulay.
Il s’agit d’un mariage qu’il désire contracter…
Dégodin, vivement.
Un mariage !
Madoulay.
Il se présente pour épouser ma sœur Rosita-Anita-Purpura-Marguarita Las Fuentes… et je m’adresse à votre loyauté et à votre franchise pour savoir ce que je dois penser de ce jeune candidat.
Dégodin.
Mon Dieu, monsieur, certainement c’est très délicat… Puis-je être sûr au moins de votre discrétion?…
Madoulay, avec dignité.
Je suis Espagnol, monsieur!…
Dégodin.
Je le sais… mais il y a quelquefois… des Espagnols qui jacassent… Jurez-moi sur l’honneur castillan que vous ne répéterez mes paroles à personne…
Madoulay.
Je le jure sur la garde de votre épée…
Dégodin.
Très bien… ça suffit… Entre nous, je le connais beaucoup, ce petit Madoulay… gentil garçon !… mais pour un million, je ne lui donnerais pas ma fille!…
Madoulay, à part.
Voilà ! (Haut.) Alors, vous le connaissez particulièrement ?…
Dégodin.
Depuis son enfance… Je l’ai fait sauter sur mes genoux… je tutoyais son oncle… le père Lestrelin… un excellent homme… dont il a hâté la fin, dit-on… Car je n’affirme rien…
Madoulay.
Je croyais qu’il était mort d’un pâté de foie gras remonté…
Dégodin.
Ah ! bien oui ! vous me jurez de ne répéter à personne…
Madoulay, étendant la main.
Je le rejure…
Dégodin.
Eh bien, toujours entre nous… mon cher monsieur Las Fuentes… ce jeune homme est joueur comme les cartes… il couche avec la dame de pique…
Madoulay.
Ah !
Dégodin.
Je ne dis pas que ce soit un grec !
Madoulay, à part.
C’est heureux !
Dégodin.
Quoique le bruit en ait couru… mais moi… je ne suis pas méchant, je mets cela sur le compte du Champagne…
Madoulay.
Comment ! Est-ce que ?…
(Il fait le geste de boire.)
Dégodin.
Outre mesure… Vous n’avez pas regardé son nez… et dans ces moments-là, il ne se connaît plus, il bat les femmes !…
Madoulay.
Ah ! c’est trop fort.
Dégodin.
Trop fort… non… mais assez pour leur faire des bleus… Il n’y a qu’à voir la petite Finette…
Madoulay.
Finette !…
Dégodin.
Sa maîtresse… C’est bien entre nous… une ancienne liaison… une femme de théâtre, avec des enfants…
Madoulay.
À lui ?
Dégodin.
Pas tous… Je crois qu’il n’y en a que quatre à lui…
Madoulay.
Quatre enfants !
Dégodin.
Quelques-uns disent cinq… mais moi, je ne suis pas méchant… Du reste, ce pauvre garçon a une excuse… c’est sa maladie…
Madoulay.
Quelle maladie?…
Dégodin.
Son ramollissement… C’est bien entre nous… il a un ramollissement du cerveau…
Madoulay, se rapprochant de Dégodin.
Oh ! que vous m’intéressez; continuez donc…
Dégodin.
Il est resté six mois dans une maison de santé… on ne l’a guéri qu’à force de douches… et quand je dis guéri… ça revient, ça va et ça vient!…
Madoulay.
Avec la lune.
Dégodin.
Avec la lune… Je me résume… Madoulay est un gentil garçon, mais joueur, buveur et ramolli…
Madoulay, se levant et remettant sa chaise au bureau.
Merci ! Eh bien, vous m’arrangez bien, vous !
Dégodin.
Quoi ?
Madoulay.
J’ai l’honneur de vous présenter le jeune Madoulay…
Dégodin, se levant et posant sa chaise près du guéridon.
Comment ! don José Las Fuentes?…
Madoulay.
Un faux nom pour arriver jusqu’à vous… Je voulais savoir ce que vous disiez de moi… et je le sais…
Dégodin, à part.
Saprelotte !
Madoulay.
Ah ! vous êtes un de nos jolis débineurs !
Dégodin.
Croyez bien, mon cher monsieur, que si j’avais su…
Madoulay.
Que c’était moi ! Parbleu ! Expliquons-nous… Qu’est-ce que je vous ai fait ?…
Dégodin.
Mais rien, absolument rien…
Madoulay.
Alors, pourquoi vous acharnez-vous après ma personne avec l’aménité d’un crocodile qui n’a pas mangé depuis cinq mois ?
Dégodin, embarrassé.
Mon Dieu… vous savez… on tient à son petit chez-soi !… le Luxembourg; cinq fenêtres au midi… j’ai mes habitudes…

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