Les Précieux d’Eugène Labiche

Les Précieux d’Eugène Labiche

7 juin 2016
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Les Précieux d’Eugène Labiche, Marc-Michel et Auguste Lefranc

Comédie en un acte, mêlée de chants, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 7 août 1855.
Distribution : 6 hommes, 3 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Trois jeunes hommes désargentés  se font passer auprès de Mme Gaudin et de sa nièce, Delphine, pour de grands artistes. L’un d’eux a prétendument sauvé un notaire de la noyade. En l’absence de M. Gaudin, les deux femmes les hébergent, le temps que le noyé, M. de Valtravers se rétablisse.  Les deux femmes et le serviteur Fulbert sont sous le charme de ce trio, un compositeur, un poète et un peintre, jusqu’à ce que M. Gaudin revienne de voyage accompagné d’un maître de forge qu’il destine à sa nièce.

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61813445/f1.item

Edition de 1860, Michel-Lévy frères (Paris) . Source : BnF/ Gallica

Delphine
Ce pauvre M. de Valtravers… quand on songe qu’il n’est pas encore rétabli… depuis trois semaines qu’il est ici avec ses amis…

Madame Gaudin
Et tout cela pour avoir voulu disputer aux flots un notaire !… un prosaïque notaire !…

Delphine
Quelle abnégation !

Madame Gaudin
Les artistes sont tous comme ça !… Qu’un tabellion tombe à l’eau… il se trouvera sur la berge trois hommes d’élite… tout prêts à se précipiter… Quel bonheur que notre maison de campagne se soit trouvée là, sous leur main, au moment de l’accident… et quelle charmante surprise pour M. Gaudin, mon mari, au retour de son voyage !

Delphine
Oh ! je me souviendrai longtemps de cette scène… je vois encore la figure de l’infortuné quand ses deux amis l’ont déposé à la grille du parc !… il était bleu !…

Madame Gaudinavec exaltation.
Oh ! voir à sa porte un homme bleu… et ne pouvoir lui dire : donnez-vous la peine d’entrer !… c’était au-dessus de mes forces… aussi foulant aux pieds des scrupules bourgeois… je n’hésitai pas à offrir un asile à ces nobles jeunes gens… et je ne m’en repens pas… car depuis qu’ils sont ici mon âme s’est ouverte sous la chaude haleine de leurs regards toujours d’azur !

Delphine
Et comme ils s’expriment bien, ma tante !

Madame Gaudin
Des lyres, mon enfant, des lyres !… M. de Valtravers surtout… quelle tendresse contenue dans son regard !… quand on l’a apporté, il m’a semblé voir la statue de la douceur sortant de l’onde amère !

Delphine
L’onde amère !… à Bougival !

Madame Gaudin
Qu’importé ? c’est pour la phrase !… et M. Ulric, le peintre… car je flotte entre ces deux enfants perdus de la poésie… quelle tête byronienne ! comme il est acre et amer !… il me fait peur et m’attire tout à la fois… comme l’abîme.

Delphine
Ah ! bien, moi, M. de Vertchoisi ne me fait pas peur, au contraire…

Madame Gaudin
Comment?

Delphine
Je lui trouve quelque chose de surhumain, de séraphique, de pas possible !…

Madame Gaudin
Petite poète !

Delphine
Comme on sent bouillir l’inspiration sous ce vaste crâne… dégarni par les veilles !…

Madame Gaudin
Épilé par les muses !… — Mais tu en parles avec un enthousiasme…

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