Petin, Mouillarbourg et consorts de Georges Courteline

Petin, Mouillarbourg et consorts de Georges Courteline

28 février 2016
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Petin, Mouillarbourg et consorts de Georges Courteline

Fantaisie judiciaire en un acte représentée pour la première fois au Carillon, le 5 mai 1896, publiée en 1899 chez Flammarion.
Distribution: 7 hommes, 1 femme
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Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

https://archive.org/details/petinmouillarbou00cour

Couverture de l’édition Flammarion de 1899. Source : archives.org

L’argument

Le Président du tribunal est pressé de boucler les deux affaires qu’il doit juger : il doit souper avec les actrices de la pièce des Folies-Comiques. Dans la première affaire, l’avocat, ancien substitut, découvre le dossier en même temps qu’il le plaide et agit confusément : il commence à accuser au lieu de plaider puis se trompe de client ;  c’est finalement le plaignant qui écope de prison pour outrage à magistrat. Dans la seconde affaire, un divorce, le président écoute les plaintes du mari tout en dévorant des yeux la femme… Pour compléter son enquête, il la convoque le lendemain à l’hôtel Terminus pour qu’elle y soit entendue en audience particulière.

Un extrait

Le président, à Legaffeur.
Allons, maître Legaffeur, allons !
Legaffeur.
C’est à moi de jouer ?… euh ! de parler ?
Le président.
Sans doute ! Le tribunal vous attend.
Legaffeur.
Je suis prêt.

https://archive.org/details/petinmouillarbou00cour

Illustration issue de l’édition Flammarion de 1899. Source : archives.org

Le président.
Vous savez de quoi il s’agit ?
Legaffeurà qui le substitut vient de communiquer le dossier.
Petin contre Bougnasse… euh ! euh… Ne vous inquiétez pas, monsieur le président.
(Il vient se placer derrière la petite tribune réservée à la défense et il commence à plaider.)
Messieurs, si jamais prévention n’eut pas besoin d’être soutenue, c’est bien celle qui me vaut l’honneur de prendre aujourd’hui la parole devant vous. A peine au sortir de l’enfance, l’homme que vous avez à juger et que vous jugerez, j’en suis sûr, avec toute la sévérité que votre intégrité comporte, donna les signes les moins équivoques d’une nature réfractaire à tout bon sentiment. A cinq ans, il rouait de coups sa pauvre mère et lui dérobait ses économies qu’il gaspillait en acquisition de sucres d’orge et de cigares de cacao !… Vous dépeindrai-je, messieurs, la poignante douleur qui étreignait à ces cruels instants le coeur de cette excellente femme ? Hélas ! l’indignation m’étrangle, et…
Le président, l’interrompant.
Un mot, maître. Je ne me trompe pas ? Vous requérez bien l’application de la peine ?
Legaffeur.
Avec la dernière énergie !
Le président, stupéfait.
Mais vous êtes avocat ?
Legaffeur, plus stupéfait encore.
Moi ?
Le président.
Dam !
Legaffeur, se frappant le front.
Eh ! C’est pardieu vrai ! Ce que c’est que l’habitude !… Je me croyais encore substitut. (Souriant.) Simple distraction. (Avec volubilité.) Plaise au tribunal adopter mes conclusions, déclarer mon client recevable en sa plainte et condamner la partie adverse à cinquante mille francs de dommages et intérêts. (Il plaide.) Messieurs, si jamais le bon droit d’un homme odieusement dépouillé sauta aux yeux de magistrats intègres, c’est bien, j’ose le dire, en l’espèce ! Petit-fils d’un lieutenant-colonel de l’Empire qui laissa ses os à Iéna, fils d’un grenadier de la garde qui, sous les murs de Sébastopol, conquit l’étoile de l’honneur à la pointe de sa baïonnette, Petin, messieurs, est l’honnête homme dans l’acception la plus large du mot. Dès l’âge le plus tendre, il montra un penchant irrésistible pour la vertu, et par son application, par son amour du travail, il sut conquérir l’estime de ses professeurs et la tendresse de ses parents. L’heureuse famille, messieurs !… Qu’il me soit permis d’attarder un instant mes yeux sur le riant tableau que leur offrent monsieur et madame Petin père et mère, étreignant de leurs bras, les yeux baignés de douces larmes, le fils, espoir de leurs vieux ans…
Le président.
Un mot encore, maître Legaffeur. C’est bien pour Petin que vous plaidez ?
Legaffeur.
Certainement.
Le président.
Mais vous êtes l’avocat de Bougnasse.
Legaffeur.
Bah ? C’est bien possible, après tout. (Souriant.) Une simple erreur. Je m’étais trompé de client. Plaise au tribunal adopter mes conclusions, renvoyer mon client des fins de la poursuite et condamner la partie civile aux dépens. (Il plaide.) Messieurs, un lapsus linguae, dont votre clairvoyance a déjà fait justice, me faisait dire tout à l’heure de Petin ce que la plus stricte bonne foi me fait dire à présent de Bougnasse. Si jamais…
Le président.
Maître, l’heure s’avance, je dois me rendre chez Marguery où m’appellent d’impérieux devoirs. Si vous voulez, nous allons traiter à forfait ; pas de plaidoirie, pas de prison.

 

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