Le Mystère de la rue Rousselet d’Eugène Labiche

Le Mystère de la rue Rousselet d’Eugène Labiche

25 juin 2016
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Le Mystère de la rue Rousselet d’Eugène Labiche et Marc-Michel

Comédie en un acte mêlée de couplets, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Vaudeville le 6 mai 1861.
Distribution : 4 hommes, 1 femme
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Un voisin, Lafurette, et un domestique, Nazaire, sont intrigués par l’arrivée de deux personnes la nuit dans une maison. Ils échafaudent différentes hypothèses et mènent l’enquête…

Un extrait

Lafurette.
Voilà qui est étrange!… mon Dieu! que c’est étrange! Allons! allons! je crois que j’ai bien fait de venir… D’abord, je n’y tenais plus… Je demeure en face… au n° 3; je suis rentier; je n’ai rien à faire… et naturellement, comme tout le monde, j’aime à savoir ce qui se passe dans mon quartier… C’est pour cela que, malgré mon âge, je me suis fait maintenir sur les rôles de la garde nationale… une faveur!… Ce n’est pas pour la gloire… quoique cependant… Oh! non! mais on cause… on cause avec le tambour, on sait les nouvelles… Je ne suis pas curieux!… oh! Dieu! Mais cet appartement, inhabité depuis longtemps, s’est peuplé subitement de deux êtres mystérieux… qui sont arrivés le soir… circonstance aggravante!… car on ne déménage pas le soir… J’étais couché… Tout à coup, j’aperçois de la lumière, et je crie à ma femme : «Ah! dis donc!… la maison n° 4 est habitée… — Hein! quoi!… qu’est-ce que c’est! — La maison n° 4. Ah! tu m’ennuies! » C’est au point que je n’en ai pas dormi de la nuit… absolument comme si j’avais pris du café. Le lendemain, je me lève de bonne heure, je me rase, je me coupe!… l’émotion!… Je m’habille et je me poste à la fenêtre, avec un sourire bienveillant, tout prêt à saluer mes nouveaux voisins…

J’attends jusqu’à midi, toujours avec mon sourire, personne ne paraît! Je descends, je questionne le concierge… il ne sait rien!… Nous avons un très mauvais concierge… A huit heures du soir… toujours le soir!… je vois sortir un monsieur qui se glisse le long des murs avec un sac de nuit… Je le suis ! il achète successivement un melon, un gigot et des épinards!… Je ne le blâme pas de ça… moi-même j’aime assez le melon, le gigot et les ép… Oh! non, pas les épinards. (Reprenant.) Deux jours après, j’apprends chez le boucher qu’il s’appelle Duplantoir et qu’il a reçu une lettre de Fontainebleau!… J’écris immédiatement au maire de cet endroit, et il me répond qu’on ne connaît pas le moindre Duplantoir à Fontainebleau! A cette nouvelle, j’avoue que j’eus de la peine à me contenir ; ma femme avait beau me dire : «Mais qu’est-ce que cela te fait ?… cela ne te regarde pas!» Comment! un homme viendra s’installer dans ma rue, devant mes fenêtres, sous un nom supposé… et je n’aurais pas le droit d’être ému!… Allons donc!… Des gens qui s’enferment chez eux, qui ne parlent à personne, qui ne reçoivent ni journaux, ni cartes, ni visites… C’est un scandale public! Heureusement, j’ai trouvé un prétexte pour m’introduire ici, et je finirai bien par savoir… Quel drôle d’appartement! Ça n’a pas l’air habité… Ces meubles vides… (Apercevant un carnet sur la table.) Tiens! un mémento!… Personne!… Voyons donc! C’est en quelque sorte un service que je rends à la société… non, à mon quartier… à la rue Rousselet. (Lisant.) «Symptômes : mardi, dix livres; peu d’effet.» (Parlé.) Qu’est-ce que cela veut dire?… (Lisant.) «Mercredi, dix livres, journée médiocre; il me faudrait la forêt.» (Parlé.) Quelle forêt? (Lisant.) «Jeudi, dix livres!» (Parlé.) Toujours dix livres! (Lisant.) «Le sang circule…» (Parlé.) Le sang!… (Posant le carnet avec terreur.) Ah! ça sent le crime ici!!! Cette chambre, qu’on ferme soigneusement à clef… dont on n’ouvre jamais les volets… et cette femme qui a les yeux rouges… qui pleure!…

C’est une mère qu’on sépare de son enfant! L’enfant est là! privé de jour… de nourriture, accablé de mauvais traitements… Ce matin, j’ai entendu de la musique… pour étouffer les cris de la victime… comme dans Fualdès! (Se frottant les mains.) Ah! voilà une bonne journée! Je crois que j’ai mis la main sur un drame!… un mélodrame! La musique! Voyons donc… si je pouvais par le trou de la serrure…

(Il regarde par le trou de la serrure.)

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