Madame est trop belle d’Eugène Labiche

Madame est trop belle d’Eugène Labiche

19 juin 2016
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Madame est trop belle  d’Eugène Labiche et Alfred Duru

Comédie en trois actes, représentée pour la première fois à Paris au théâtre du Gymnase le 30 mars 1874.
Distribution : 10 hommes, 4 femmes
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Deux familles, les Montgiscar et les Chambrelan, organisent la rencontre de deux jeunes gens, Jules et Jeanne, au Louvre afin qu’ils se connaissent et puissent décider si le mariage leur convient. La chose est rapidement décidée, mais Madame est trop belle et le premier bal tourne au cauchemar pour le mari.

Un extrait

Montgiscar.
Voyons… je suis très pressé… je suis dans les affaires, causons de notre entrevue. Chamberlan va venir avec sa fille… elle ne sait rien… Toi, de ton côté, tu es censé ne rien savoir, moi non plus… nous nous rencontrerons par hasard… je te présenterai comme un de mes correspondants de Roubaix… non, de Bordeaux, c’est plus gai.
Clercy.
Comme vous voudrez.
Montgiscar.
Maintenant, quelques renseignements sur la famille dans laquelle tu vas entrer.
Clercy.
Ah! permettez… pas si vite!
Montgiscar.
Le père, M. Chamberlan, est un brave homme ; pas instruit, pas spirituel… mais qui a gagné une grosse fortune à fabriquer des poignées de sabre, dans la ville de Saumur.
Clercy.
Des poignées de sabre ?
Montgiscar.
Oui, les uns fabriquent la lame, les autres, la poignée… on fait ce qu’on peut… Quant à la demoiselle…
Clercy.
Est-elle jolie?
Montgiscar.
Jolie, ce n’est pas assez… C’est une beauté exceptionnelle… une de ces beautés qui font faire : Ah !
Clercy.
Diable ! mon oncle, vous allez m’effrayer… J’ai peur maintenant de la trouver trop belle.
Montgiscar.
Allons donc ! est-ce que la mariée est jamais trop belle ! Tu ne connais pas les avantages qu’il y a à épouser une jolie femme… je ne parle pas du tête-à-tête qui a pourtant son mérite… D’abord, quand on possède une jolie femme, on ne court pas après celle des autres… généralement.
Clercy.
Ce n’est pas toujours une raison.
Montgiscar.
Aussi ai-je dit : généralement… Ensuite une jolie femme… honnête, bien entendu, c’est une puissance, c’est une force pour un mari. S’il a du goût pour le monde, tous les salons s’ouvrent devant lui ; s’il est ambitieux, les protections, les influences, les recommandations viennent à sa rencontre ; s’il aime la table, ça s’est vu, les invitations pleuvent sur son estomac… enfin sa femme est un talisman ; comme dans les féeries, il n’a que la peine de la montrer et de souhaiter.
Clercy.
Oui, mais il y a le revers de la médaille, le danger…
Montgiscar.
Quel danger?
Clercy.
Dame ! une jolie femme est plus attaquée qu’une autre…
Montgiscar.
Si elle est plus attaquée, elle est plus habituée à se défendre…
Clercy.
Quand elle a de l’esprit, mais mademoiselle Chamberlan a-t-elle de l’esprit ? Voilà la question.
Montgiscar.
Mon ami, on ne sait jamais si une jolie fille a de l’esprit… La beauté est un manteau tellement éblouissant qu’on n’en peut distinguer l’étoffe… Une niaiserie qui tombe d’une jolie bouche devient tout de suite une perle… Ainsi, je connais une femme, adorablement belle ; à tout ce qu’on lui dit, elle répond : « C’est splendide ! c’est splendide ! » Ce n’est pas grand-chose, eh bien ! c’est délicieux !
Clercy.
Diable ! vous n’êtes pas rassurant.
Montgiscar.
Mais au contraire, tout ce que je souhaite à mon fils Ernest, c’est de trouver une femme pareille à celle que je te propose.
Clercy.
Eh bien ! mais, mon oncle, il n’y a encore rien de fait ; je ne connais pas mademoiselle Chambrelan. Ainsi, ne vous gênez pas.
Montgiscar.
Non… je te remercie, mon ami… mais elle n’est pas assez riche pour ton cousin.
Clercy.
Ah !
Montgiscar.
Moi, je donne cinq cent mille francs, elle n’en a que deux cent mille… Je rêve pour Ernest la fille de la maison Burnett, Baring et Cie… crédit de premier ordre.
Clercy.
Elle est jolie ?
Montgiscar.
Jolie… Elle a une beauté personnelle qui n’est pas celle de tout le monde… Ernest est à Vienne, il revient dans un mois, et en attendant, je couve l’affaire.

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