L’Honneur des Brossarbourg de Georges Courteline

L’Honneur des Brossarbourg de Georges Courteline

24 février 2016
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L’Honneur des Brossarbourg de Georges Courteline

Saynète en un acte
Distribution : 1 homme et 1 femme.
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
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L’argument

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530974396/f92.planchecontact

Illustration de Théophile-Alexandre Steinlen, extrait du « Gil Blas illustré », Steinlen 1894. Source : BnF/Gallica

Madame de Brossarbourg  craint pour son honneur car quelqu’un lui a mis la main aux fesses.  Elle raconte à son mari que pour s’assurer de l’identité de l’auteur de ces attouchements, elle a couché avec tous ses invités : Monsieur de Proutrépéto, Monsieur de Poilu-Boudin, le général baron de la Rossardière,

M. de Brossarbourg rit de la bêtise de sa femme : c’est lui qui en était l’auteur…

 

 Enregistrement audio

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Un extrait

La baronne, avec une douloureuse solennité.
L’honneur des Brossarbourg, monsieur de Brossarbourg, est à tout jamais dans le sciau !

Le baron.
Dans le… l’honneur des !… Qu’entends-je !!! Le nom de votre complice, madame ! Il me faut son nom et son sang !… – Ah ! tête-Dieu ! son nom, vous dis-je ; le nom de cet homme, à l’instant même !

La baronne.
Je l’ignore. (Étonnement du baron de Brossarbourg). Ah ! c’est une tragique et mystérieuse histoire que celle dont il me reste à vous faire le récit. Écoutez et jugez, du reste. Vous vous souvenez qu’au mois de novembre dernier vous conviâtes plusieurs amis à venir séjourner quelques jours au château pour y faire avec vous l’ouverture de la chasse. Ils vinrent au nombre de six : le vicomte de La Mothe-aux-Dames, le chevalier de Mépié, M. de Poilu-Boudin, le général baron de la Rossardière…

Le baron.
…le docteur Bougredâne et Oscar de Proutrépéto, parfaitement. Hé bien ?

La baronne.
Hé bien ! voici. Deux ou trois jours après l’arrivée de ces messieurs, je changeais de linge en ma chambre avant de descendre présider le dîner. J’en étais arrivée à cette minute psychologique où l’extrémité inférieure de la chemise, remontée au niveau de la nuque s’accroche inévitablement au feu d’artifice d’épingles qui jaillit de la tête des femmes… (Pudique.) Par égard pour le Faubourg, je vous demanderai avec instances la permission de jeter un voile…

Le baron.
Je vous en prie.

La baronne.
Soudain, comme je luttais pour dégager ma tête du frêle tissu qui l’emprisonnait, j’entendis derrière moi s’ouvrir doucement la porte et une voix, une voix d’homme crier : Tonnerre de Dieu, la belle femme !
Je jetai un cri. Au même instant quelqu’un s’approcha de moi, et mettant lâchement à profit l’état de quasi-captivité et de cécité absolue au sein duquel je continuais à me débattre, répéta par trois fois : « Du satin ! du satin ! oui, oui, du satin tout craché ! » en passant doucement la paume de sa main sur la naissance de mes… (Pudique.) Pour le même motif que plus haut, je vous demanderai la permission de jeter un deuxième voile… Quand, enfin, je rentrai en possession de ma tête, et pus promener autour de moi un regard noblement courroucé, l’insulteur avait disparu, laissant une tache indélébile au blason des Brossarbourg…

Le baron, éclatant de rire.
Comment, tu n’avais pas reconnu à la voix ?…

La baronne.
Pardon ! A certaines intonations canailles, j’avais cru reconnaître, en effet, la voix de M. de Poutrépéto. Je résolus de tirer la chose au clair, et d’arracher à ce faux gentilhomme l’aveu de sa félonie, déterminée à l’en punir, ensuite, de la plus éclatante façon. Usant des armes que la nature nous a données : le charme, la coquetterie et la séduction, je l’attirai en un rendez-vous qui devait être un guet-apens. Il céda. Une nuit que tout dormait, je lui ouvris ma porte, puis ma couche…

Le baron.
Comment ! comment !

La baronne.
Rassurez-vous ! Il y avait un poignard sous le traversin, et les hurlements de plaisir que parut m’arracher l’étreinte de M. de Poutrépéto n’étaient qu’une comédie bien jouée. Quand je le vis mûr pour l’aveu, gorgé de voluptés raffinées, prêt à exhaler son âme dans l’ivresse d’un spasme suprême, je me penchai sur lui, et, avec un sourire badin : « Confesse tout, petit cochon, lui dis-je ; tu peux tout avouer à cette heure. C’est toi qui es entré l’autre jour dans ma chambre pendant que je changeais de chemise ? » En même temps, ma main, impatiente, taquinait le manche du poignard. Mais il répondit : « Comprends pas », avec un tel air de sincérité, une figure à ce point ahurie et idiote, que je ne doutai plus que je me fusse abusée…

Le baron, qui s’éponge le front.
Ouf !

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