Les Deux Amis de Beaumarchais

Les Deux Amis de Beaumarchais

27 octobre 2015
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Les Deux Amis ou le Négociant de Lyon

Drame en 5 actes et en prose de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais représentée pour la première fois à la Comédie-Française le 13 janvier 1770.
Distribution : 5 hommes, 1 femme
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre 
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr 

 

Lesdeuxamis_1Le contexte

A partir de 1760, Beaumarchais poursuit en parallèle une carrière d’homme d’affaires et d’homme de lettres. Ses deux premières pièces, sont des drames : Eugénie ou la Vertu du désespoir en 1767 et Les Deux Amis ou le Négociant de Lyon en 1770. Elles sont toutes deux des échecs.  La troisième pièce de Beaumarchais, Le Barbier de Séville, rencontre un vif succès en 1775, après toutefois des débuts difficiles qui obligent Beaumarchais à réécrire le texte : la comédie passe de 5 à 4 actes.

 

 

L’argument des Deux Amis

Lesdeuxamis_2Mélac, receveur général des fermes à Lyon, apprend que son ami Aurelly, riche négociant, risque la banqueroute dès le lendemain. Aurelly doit d’importantes sommes d’argent à divers créanciers. Les fonds qui devaient servir au remboursement sont momentanément bloqués à la suite du décès inopiné de l’ami parisien qui les gérait. Mélac décide, à l’insu d’Aurelly, d’utiliser les sommes collectées en tant que receveur général. Or, le fermier général Saint-Alban vient justement en inspection et découvre le détournement de Mélac, qui refuse de s’expliquer pour protéger Aurelly du déshonneur. Aurelly, apprenant la malversation, demande à Mélac de s’expliquer, en vain. Il va à son tour proposer à Saint-Alban de rembourser les sommes dues par Mélac (avec les fonds dont il ne dispose plus). A ce drame financier vient s’ajouter un drame romantique, puisque Mélac fils souhaite épouser Pauline, la nièce d’Aurelly (on apprendra par la suite qu’elle est en réalité sa fille), dont Saint-Alban est également amoureux.

 

Un des premiers « drames bourgeois »lesdeuxamis_3

C’est Diderot qui évoque pour la première fois le « drame bourgeois« , qu’il nomme « genre sérieux », dans les Entretiens sur le Fils naturel. La pièce Les Deux Amis illustre parfaitement les caractéristiques de ce nouveau genre, entre comédie et tragédie. L’action se situe à Lyon dans le salon d’une maison bourgeoise.  La pièce se veut moralisatrice et exalte les vertus de l’amitié, de la solidarité et de l’altruisme. Malgré le sujet traité, il est à noter que tous les personnages sont vertueux. Aurelly est un « homme vif, honnête, franc et naïf », Mélac Père « un philosophe sensible », Saint-Alban, un « homme du monde estimable ». La dimension pathétique est renforcée par l’amour qui sera peut-être contrarié entre la jeune Pauline et le fils Mélac.
Le spectateur doit être ému par les malheurs qui menacent les personnages principaux. Au rire, Beaumarchais préfère « l’attendrissement » qu’inspire la « vertu persécutée » : «Je sors du spectacle meilleur que je n’y suis entré, par cela seul que j’ai été attendri.» (le genre dramatique sérieux). Une autre caractéristique du drame bourgeois, évoqué dans l’avertissement au lecteur (voir plus bas), est le développement de la pantomime qui permet d’exprimer passions et sentiments au travers des gestes et des attitudes des acteurs.

Les didascalies et la pantomime

Beaumarchais a choisi de décrire très précisément le jeu attendu des acteurs : les didascalies sont particulièrement nombreuses (le retraitement du texte en xml a été laborieux…). Beaumarchais s’en explique dans l’avertissement au lecteur. Son attention vis-à-vis des comédiens, notamment amateurs, est intéressante à souligner :

« Pour faciliter les positions théâtrales aux acteurs de province ou de société qui joueront ce drame, on a fait imprimer, au commencement de chaque scène, le nom des personnages, dans l’ordre où les comédiens français se sont placés, de la droite à la gauche, au regard des spectateurs. Le seul mouvement du milieu des scènes reste abandonné à l’intelligence des acteurs. Cette attention de tout indiquer peut paraître minutieuse aux indifférents; mais elle est agréable à ceux qui se destinent au théâtre ou qui en font leur amusement surtout s’ils savent avec quel soin les comédiens français les plus consommés dans leur art se consultent, et varient leurs positions théâtrales aux répétitions, jusqu’à ce qu’ils aient rencontré les plus favorables, qui sont alors consacrées, pour eux et leurs successeurs, dans le manuscrit déposé à leur bibliothèque. C’est en faveur des mêmes personnes que l’on a partout indiqué la pantomime. Elles sauront gré à celui qui s’est donné quelques peines pour leur en épargner; et si le drame, par cette façon de l’écrire, perd un peu de sa chaleur à la lecture, il y gagnera beaucoup de vérité à la représentation. »

L’accueil du public

Grimm, dans sa correspondance avec Diderot, évoque sévèrement à deux reprises Les Deux Amis, (Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot depuis 1753 jusqu’en 1790, tome 6, pages 340 et 348 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5721827z). Il mentionne que le jour de la première représentation, un des ennemis de Beaumarchais ajouta la mention suivante sur l’affiche, sous le titre Les deux Amis, « par un auteur qui n’en a aucun ». Il évoque également un épigramme anonyme :

« J’ai vu de Beaumarchais cette pièce ridicule
Et je vais, en un mot, vous dire ce que c’est
C’est un change où l’argent circule
Sans produire aucun intérêt ».

Si à Paris le public est mitigé, voire hostile, les villes commerçantes lui font un meilleur accueil. Dans une lettre du 17 octobre 1770, Beaumarchais se réjouit : « elle a été jouée à Lyon, à Marseille et à Rouen avec le plus grand succès ».

 

Le thème de l’argent

Dans cette pièce, comme dans le Faiseur de Balzac ou dans de nombreuses comédies de Molière, l’argent est un thème majeur. Ce n’est pas un hasard si cette thématique est au centre de nombreuses œuvres dramatiques. Ces auteurs, comme beaucoup d’autres, redoutent de ne pouvoir vivre de leur art.

Cette chronique est l’occasion de rendre hommage à Beaumarchais, à l’origine de la première société des auteurs dramatiques.

 

Beaumarchais et le droit d’auteur

Le 3 juillet 1777, lors d’un repas auquel il convie une trentaine d’auteurs, Beaumarchais propose la fondation de la première société des auteurs dramatiques. Après le succès du Barbier de Séville, Beaumarchais souhaite défendre le droit des auteurs face au monopole des Comédiens français et redéfinir les conditions de rétribution des auteurs,. Le combat qu’il mène aboutit à la reconnaissance légale du droit d’auteur par l’Assemblée Constituante le 13 janvier 1791. C’est la première loi édictée dans le monde pour protéger les auteurs et leurs droits. Le droit de représentation sera reconnu par les décrets de janvier 1791, le droit de reproduction en 1793. La loi Le Chapelier confère aux auteurs un monopole d’exploitation sur la reproduction et la représentation de leurs œuvres : les auteurs ont désormais le droit de vivre du fruit de leur travail.

 

Sources des illustrations
Théâtre complet de Beaumarchais. T. 1 / réimpression des éd. princeps, avec les variantes des ms originaux, publ. pour la première fois, par G. d’Heylli et F. de Marescot, 1869-1871, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k213564k

Oeuvres complètes de Beaumarchais . Nouvelle édition, augmentée de quatre pièces de théâtre et de documents divers inédits, avec une introduction par M. Édouard Fournier. Ornée de 20 portr. en pied coloriés, dessinés par M. Émile Bayard – 1876 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62317430

Oeuvres complètes de Beaumarchais. Nouvelle édition, augmentée de quatre pièces de théâtre et de documents divers inédits, avec une introduction par M. Édouard Fournier. Ornée de 20 portr. en pied coloriés, dessinés par M. Émile Bayard http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62317430

 

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