L’Amour de l’art d’Eugène Labiche

L’Amour de l’art d’Eugène Labiche

26 juin 2016
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L’Amour de l’art d’Eugène Labiche

Comédie en un acte d’Eugène Labiche, publiée en 1877 aux éditions Paul Ollendorff, pas de date, ni de lieu concernant le premier montage.
Distribution : 1 homme, 2 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Antoine, le nouveau domestique de la Comtesse est bien savant… La Comtesse est intriguée: elle redoute qu’il soit un voleur, un amoureux éperdu… mais c’est en réalité un artiste à la recherche du modèle de Judith

Un extrait

Antoine, seul, le bâton à frotter à la main.

Frotter! frotter! mais sapristi! ce n’est pas mon état… je suis artiste, je suis peintre. (Se présentant.) Eusèbe Boucaruc… lauréat du collège Stanislas… premier prix d’histoire et de chronologie… On ne me colle pas sur les dates! Comme peintre, je suis connu… je ne vends pas encore… mais je suis connu… de tous mes amis. L’année dernière j’ai exposé au Salon… des invalides une Hérodiade, une tête de saint Jean sur un plat… elle a beaucoup plu… Cette année, j’ai entrepris une grande toile… un sujet historique… qui n’a pas été traité depuis longtemps… — Judith et Holopherne!… J’ai choisi le moment où Judith tient à la main la tête d’Holopherne… c’est un pendant à ma tête de saint Jean… Moi, je suis pour les morceaux détachés… Le difficile était de me procurer une Judith… où rencontrer cette tête inspirée, ce profil biblique, cette énergie dans la grâce et dans la pudeur ?… J’ai vainement parcouru tous les bals publics… rien !… rien !… des cocottes ! J’allais renoncer à mon œuvre… lorsqu’il y a trois jours, chez Bourbonneux, un pâtissier, je me trouve en face d’une apparition… qui mangeait un petit pâté chaud, aux crevettes. Ciel! m’écriai-je… tout bas, c’est elle! mon idéal! ma Judith! Je la suis, j’apprends qu’elle est veuve, comtesse et qu’elle cherche un valet de chambre. Crac! une inspiration me tombe dans le cerveau… J’achète son certificat à un nommé Antoine Petit-Gras… un vilain nom!… j’endosse une livrée, je me présente comme domestique et l’on m’arrête, et depuis hier je fends du bois, et maintenant je me dispose à frotter… Oh! l’amour de l’art! Mais je la vois, je l’étudie, je me la mets dans l’œil. (Tirant un album de sa poche.) J’ai déjà commencé une petite ébauche… quand elle me tourne le dos, je la croque… ce n’est même pas très commode pour saisir la ressemblance… La comtesse a un défaut, elle est trop gracieuse, elle sourit toujours, c’est une affabilité perpétuelle… Moi, ça ne me va pas… que diable! Quand Judith a procédé à son opération, elle a dû avoir un petit mouvement de sévérité! Ce n’est rien, ce que je demande… c’est un pli, un froncement de sourcil, un trait!… mais il me le faut!… Oh! je l’aurai! Je ferai mettre la comtesse en colère… elle a un perroquet… Si je lui apprenais des inconvenances?

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