La correspondance cassée de Georges Courteline

La correspondance cassée de Georges Courteline

24 février 2016
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La correspondance cassée de Georges Courteline

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530974396/f91.item

La correspondance cassée. « Gil Blas illustré », Steinlen 1894. Source : BnF/Gallica

Courte pièce en deux scènes, pour 3 hommes (et figurants). Parue dans le « Gil Blas illustré » le 15 juillet 1894 puis dans le recueil l’Ami des Lois en 1904.
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L’Argument

La Brige a déchiré son ticket de correspondance et essaie de convaincre le contrôleur de ne pas lui faire payer un nouveau billet.

 

 

 

 

Un extrait

La Brige, qui a le 61 s’approchant :
Monsieur, je descends à l’instant même du tramway de la porte Rapp, muni de cette correspondance, que j’ai cassée sans le faire exprès. En voici les deux morceaux. Est-ce qu’elle est tout de même valable ?
(Le contrôleur ne dit ni oui ni non. Il borne sa réponse à un hochement négatif, absolument imperceptible d’ailleurs, de sa casquette brodée d’argent. C’est, en effet, un personnage considérable, qui doit aux seules supériorités de sa rare intelligence la haute situation qu’il occupe dans la vie. Il se sait fils de ses oeuvres ; il est en outre homme d’esprit et a la repartie facile, toutes qualités qui l’enorgueillissent fort et le portent à traiter avec quelque dédain les petites gens que leur humble condition oblige à prendre le tramway.)

Le contrôleur.
Soixante-deux !… Soixante-trois !… Soixante-quatre !… Soixante-cinq !…

La Brige, qui recommence.
Monsieur, j’ai le soixante et un ; mais, ainsi que je vous l’ai déjà dit, voici ce qui m’est arrivé : en descendant du tramway de la Porte Rapp, je me suis flanqué les quatre fers en l’air, si bien que ma correspondance s’est cassée dans mes doigts, en deux. Est-elle tout de même valable ?

Le contrôleur, qui cette fois ne s’abaisse même plus jusqu’à agiter sa casquette.
Soixante-six !… Soixante-sept !… Soixante-huit !… Soixante-neuf !…

La Brige.
Pardon. – Est-ce que vous êtes sourd, idiot ou empaillé ?

Le contrôleur.
Vous dites ?

La Brige.
Je dis : « Est-ce que vous êtes sourd, idiot ou empaillé ? »

Le contrôleur.

Dites donc ! Je vais aller vous enseigner la politesse, moi.

La Brige.
Vous aurez donc à l’aller apprendre d’abord. Voilà deux fois que je vous demande si cette correspondance cassée peut encore servir, oui ou non.

Le contrôleur, dans un aboiement.
Non, elle ne peut pas servir !!!

La Brige.
Il fallait le dire tout de suite. – Puis, d’où vient qu’elle ne puisse servir ? Les morceaux en sont bons, pourtant.

Le contrôleur, spirituel.
Mangez-les, s’ils sont si bons que ça. (Il rit. – Un temps.) Eh bien ?… Quoi ?… Quand vous resterez là une heure, avec votre correspondance !… je vous répète qu’elle ne vaut rien !

La Brige.
Elle ne vaut rien parce que vous ne voulez pas la prendre. Vous n’avez pas de complaisance, voilà tout. – Voyons, quel plaisir prenez-vous à me faire dépenser trois sous inutilement ?

Le contrôleur.
Il ne s’agit pas de tout ça. Voulez-vous monter et payer ?

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