Un jeune homme pressé d’Eugène Labiche

Un jeune homme pressé d’Eugène Labiche

17 juin 2016
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Un jeune homme pressé d’Eugène Labiche

Vaudeville en un acte, représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de la Montansier (Palais-Royal), le 4 mars 1848.
Distribution : 3 hommes
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L’argument

Il est deux heures du matin… Dardard fait irruption chez Pontbichet, un marchand de gants, pour lui demander la main de sa fille, qu’il a aperçue le soir même au spectacle. Mais la jeune fille est déjà promise à Colardeau.  Dardard essaie de convaincre Pontbichet en lui achetant quarante mille paires de gants…. lorsqu’ il se rend compte que ce n’est pas de la fille de Pontbichet dont il est amoureux mais de la  soeur de Colardeau.

 

L’extrait

Pontbichet.
Ah çà ! monsieur, vous faites de l’esprit… moi, j’ai envie de dormir.
Dardard.
Recouchez-vous.
Pontbichet.
Quand vous serez parti.
Dardard.
Moi ! partir sans l’avoir vue, sans avoir revu Cornélie ?…
Pontbichet.
C’est ça, je vais la faire habiller pour vous.
Dardard.
Ah ! je ne demande pas ça !
Pontbichet.
C’est heureux.
Dardard.
Qu’elle vienne comme elle est… ce n’est pas sa robe que j’aime… ce n’est pas sa robe que j’épouse…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard.
Ah ! vous ne me connaissez pas ; je suis de Bordeaux, monsieur !… j’ai la tête chaude !…
Pontbichet.
Qu’est-ce que ça me fait ?
Dardard.
Et, à Bordeaux, quand on aime, quand on distingue une jeune fille au spectacle, on ne s’informe ni de son rang, ni de son nom, ni de son sexe…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard, s’animant.
On la suit. Si elle monte dans un fiacre, on galope, on traverse les ponts, on rejoint le sapin, on grimpe derrière…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard, de même.
On reçoit un coup de fouet, v’lan ! ça ne fait rien… on tombe, on se relève, on arrive chez le père…
Pontbichet.
Mais, monsieur…
Dardard, continuant.
Un gros qui dort ; on lui dit : « Réveillez-vous, habillez-vous, mariez-nous !  »
Pontbichet.
Est-ce que vous êtes tous comme ça à Bordeaux ?
Dardard.
Tous !
Pontbichet.
Eh bien, à Paris, c’est différent ; quand on nous réveille… nous prenons un bâton, bien rond, que nous cassons, sans façon, sur le Gascon.
Dardard.
Tiens, nous jouons au corbillon ! qu’y met-on ?
Pontbichet.
Terminons…
Dardard.
Ah !… le mot est bon.
Pontbichet.
Vous désirez voir ma fille ?
Dardard.
Oui.
Pontbichet.
Eh bien, vous ne la verrez pas…
Dardard.
Très bien !
Pontbichet.
Vous demandez à l’épouser ?
Dardard.
Oui.
Pontbichet.
Eh bien, vous ne l’épouserez pas.
Dardard.
Très bien !
Pontbichet.
Maintenant, mon petit ami, je vais vous mettre à la porte.
Dardard.
Non.
Pontbichet.
Savez-vous que je suis plus gros que vous… et par conséquent plus…
Dardard.
Gras ?
Pontbichet.
Non, plus fort.
Dardard.
En entrant, j’ai fermé votre porte à double tour, et j’ai mis la clef dans ma poche… la voici !
Pontbichet.
Eh bien ?
Dardard.
Pour rester, il ne tiendrait qu’à moi de la lancer par la fenêtre !
Pontbichet.
Oui, mais je vous ferais prendre le même chemin.
Dardard.
Non.
Pontbichet.
Pourquoi ?
Dardard.
Parce que, casser un Gascon, c’est très cher, c’est un grand luxe !… Ça se paye double.
Pontbichet, à part.
Il a raison.
Dardard.
Tenez, je suis bon diable, je sors de bonne volonté !… mais pour revenir… Dites donc, je vais toujours acheter la corbeille !
Pontbichet.
La corbeille ?
Dardard.
Oh ! soyez donc tranquille ! je ferai bien les choses.
Pontbichet.
C’est trop fort !…
Dardard.
Au revoir… beau-père !

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