J’ai compromis ma femme d’Eugène Labiche

J’ai compromis ma femme d’Eugène Labiche

15 avril 2016
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J’ai compromis ma femme d’Eugène Labiche

Comédie-vaudeville en un acte d’Eugène Labiche et Alfred Delacour. Représentée pour la première fois, à Paris, au théâtre du Gymnase, le 13 février 1861. Editée en 1861.
Distribution : 5 hommes, 2 femmes.
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

L’action se passe à Bagnère de Bigorre. Madame Desaubrais et sa nièce Henriette Verdinet prennent les eaux. Hector de Marbeuf fait la cour à Henriette qu’il croit célibataire. Survient le mari, Verdinet, agent de change qui expose brillamment la technique qu’il employait, avant son mariage pour séduire les femmes mariées. Il se vante de ses succès d’autrefois, quand survient une de ses victimes, ce qui va provoquer une série de quiproquos.

Un extrait

Verdinet.
Voyez-vous… les maris ne connaissent qu’un ennemi… le célibataire… l’affreux célibataire ! Dès qu’il paraît, on ferme les portes, on lève la herse et l’on crie sur toute la ligne : « Sentinelles, prenez garde à vous !… » Tandis qu’un homme marié… c’est un confrère, un allié ; moi, j’étais toujours marié depuis six mois.

Hector.
C’est très joli… Mais, quand on demandait à voir madame Verdinet…

Verdinet.
Ah ! c’est là que mon triomphe commençait ! Je m’élevais véritablement à la hauteur de Machiavel ! Je rougissais… je balbutiais… et je finissais par avouer, en demandant le secret, que ma femme, la malheureuse… oubliant ses devoirs et ses serments…

Hector.
Hein ?

Verdinet.
Avait déserté le toit conjugal par un jour d’orage !…

Hector.
Comment ! vous vous donniez pour un mari ?…

Verdinet.
Complètement ! Ah ! dame, il faut du courage. Alors, il se passait dans le ménage que j’attaquais deux phénomènes très curieux… Le mari devenait très gai, il pouffait de rire en me regardant… les maris sont étonnants pour rire de cela !

Hector.
Et la femme ?

Verdinet.
La femme prenait des teintes sérieuses… elle me regardait d’un air singulier qui voulait dire : « Pauvre garçon ! si jeune ! le voilà seul, abandonné, son avenir est brisé… » Moi, je poussais d’énormes soupirs ; il ne faut pas oublier ça ! Pour l’un, j’étais comique ; pour l’autre, intéressant. J’avais besoin d’être consolé… et, comme les femmes ont par-dessus tout l’instinct de la consolation…

Hector.
Mais c’est très fort, cela !

Verdinet.
Tiens ! si vous croyez que les agents de change sont des imbéciles ! (Riant.) Je me souviens encore de ma dernière expérience… je l’ai pratiquée sur un notaire…

Hectorriant.
Oh ! un notaire !… Vous ne respectez rien !

Verdinet.
J’étais à Plombières… Il y a trois ans… juste un an avant mon mariage… Je m’ennuyais à boire de l’eau… lorsqu’un jour, je rencontrai au bras du dit notaire une petite femme… très gentille, ma foi !… une brunette avec des yeux bleus et des mains rouges… Ah ! par exemple, les mains rouges… me taquinaient !… Mais, en voyage… Le mari était jaloux, ombrageux… à ce point que, pour rompre la glace, je fus obligé de corser mon petit mélodrame conjugal… Je lui avouai que je m’étais appliqué cinq coups de couteau et treize gouttes de laudanum pour ne pas survivre à mon infortune !… Il ne tarda pas à me prendre en amitié… et, quinze jours après, il m’appelait Edmond… et sa femme aussi ! Il m’obligea à venir habiter le même hôtel que lui, nous mangions ensemble, nous nous promenions ensemble… et sa femme aussi !… Il organisait des parties de plaisir pour me distraire… car il était bon, cet homme !… mais il ne savait pas monter à cheval… il nous suivait de loin… sur un âne… en portant les châles et les ombrelles…

Hectorriant.
C’était le tiers porteur !

Verdinet.
Ah ! très joli !… Au bout de deux mois, je voulus partir… Impossible ! Il trouvait que je n’étais pas assez consolé… et sa femme aussi ! Il voulait m’emmener chez lui, à sa campagne.

Hector.
Qu’avez-vous fait ?

Verdinetse levant, ainsi qu’Hector.
Je m’en suis débarrassé en lui donnant mon adresse… une fausse adresse… et je n’en ai plus entendu parler !

Adaptation pour la télévision

Présentée par Pierre Tchernia le 16 janvier 1960 . Lien vers le site de l’INA

http://www.ina.fr/video/CPF86623018

Extrait de l’émission du 16 janvier 1960. Source INA

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