Mon Isménie d’Eugène Labiche

Mon Isménie d’Eugène Labiche

9 avril 2016
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Mon Isménie d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6401027m

Paul Grassot : portrait par Lhéritier. Source : BnF/ Gallica

Comédie en un acte mêlée de couplets d’Eugène Labiche et  Marc-Michel, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 17 décembre 1852. Editée en 1853.
Distribution : 2 hommes, 3 femmes

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L’argument

Vancouver, un père jaloux, ne peut se résigner à ce que sa fille Isménie se marie et trouve tous les prétextes pour éconduire les prétendants. Dardenboeuf, envoyé par Galathée, vieille fille très riche et soeur de Vancouver, se présente et plaît d’emblée à Isménie.

 

Un extrait

Vancouver, seul

Heu !… je suis triste !… c’est au point que je ne connais pas dans les murs de Châteauroux un Berrichon plus triste que moi… Ma position n’est pas tenable… je me promène avec un ver dans le cœur… Pardon… avez-vous vu jouer Geneviève ou la jalousie paternelle ?… Non ?… Eh bien, voilà mon ver !… La jalousie !… Je suis père… j’ai une fille âgée de vingt-quatre printemps à peine… et ils prétendent que c’est l’âge de la marier !… À vingt-quatre ans ! Mais je ne me suis conjoint qu’à trente-huit, moi !… et j’étais précoce !… Alors, ma maison est assaillie par un tas de petits gredins en bottes vernies… qu’on intitule des prétendus, et que j’appelle, moi, la bande des habits noirs !… Car enfin, ce sont des escrocs… Je ne leur demande rien, je ne vais pas les chercher… qu’ils me laissent tranquille… avec mon Isménie !… C’est incroyable !… on se donne la peine d’élever une fleur… pour soi tout seul… On la cultive, on la protège, on l’arrose de petits soins… de gants à vingt-neuf sous, de robes à huit francs le mètre… on lui apprend l’anglais, à cette fleur !… la musique, la géographie, la cosmographie… et, un beau matin, il vous arrive par le chemin de fer une espèce de Savoyard, que vous n’avez jamais vu… Il prend votre fleur sous son bras et l’emporte en vous disant : « Monsieur, voulez-vous permettre ? Nous tâcherons de venir vous voir le dimanche !  » Et voilà !… vous étiez père, vous n’êtes plus qu’une maison de campagne… pour le dimanche ! Infamie ! brigandage !… Aussi, le premier qui a osé me demander la main d’Isménie… j’ai peut-être été un peu vif… je lui ai donné mon pied !… Malheureusement, ma fille veut se marier… elle pleure… elle grogne même… Je ne sais plus comment la distraire… Tantôt, je lui fais venir de la musique nouvelle… tantôt des prétendus difformes… auxquels je donne des poignées de main… les cosaques ! Je les examine, je les scrute, je les pénètre, je leur trouve une infinité de petits défauts… dont je fais d’horribles vices ! et, au bout de quelques jours, je leur donne du balai… poliment. Dans ce moment, j’attends l’animal qui est arrivé hier au soir… c’est ma sœur qui l’a présenté, celui-là ; il faudra prendre des mitaines, et dorer le manche à balai… Elle est riche, ma sœur… demoiselle et pas d’enfants ! c’est à considérer. Ah ça ! est-ce que cette grande patraque ne va pas se lever ? Sept heures et demie !… grand lâche ! gros patapouf !… j’éprouve un besoin féroce de l’éplucher !… je veux le gratter comme un salsifis !… Tiens ! son habit !… Si je l’interrogeais ?… Montesquieu l’a dit : « C’est souvent dans la poche des hommes qu’on trouve l’histoire de leurs passions !  » Fouillons, furetons, mouchardons ! C’est lui !… le voleur !… mais je le repincerai !

Les réactions lors de la première

Extrait du Nouvelliste du 22 décembre 1852. Source : Bnf/Gallica

« Cela est étourdissant de fantaisie, d’esprit et de gaîté ! Cela est-vif, aimable, joyeux,  imprévu , tout éblouissant d’étincelles. Vous diriez en continuel feu d’artifice. C’esT du Ruggiéri tout pur. Et puis, comme la pièce est jouée par Sainville et Grassot ! comme ils s’envoient gaîment la réplique ! Quel gendre amusant que ce Grassot et quel admirable beau-père que ce bon, joyeux et parfait Sainville ! »

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