Les circonstances atténuantes d’Eugène Labiche

Les circonstances atténuantes d’Eugène Labiche

26 juin 2016
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Les circonstances atténuantes d’Eugène Labiche, Mélesville et Auguste Lefranc

Comédie-vaudeville en un acte représentée pour la première fois sur le Théâtre du Palais-Royal le 26 février 1842.
Distribution : 4 hommes, 2 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Mme de Brée, jeune veuve richement dotée, va se marier avec son cousin Chabriac, homme rustre et cupide. Valory, un jeune avocat va mettre en œuvre un stratagème pour faire échouer ce mariage : voler dans le bureau de Mme de Brée les 300 000 francs afin que Chabriac renonce au mariage.  Tout ne se passe pas comme prévu car Chabriac se rend aussi secrètement dans la même pièce…

Un extrait

Chabriac.

C’est très audacieux, ce que j’ai fait là… s’introduire par le jardin!… escalader un entresol… Je pouvais me fracturer !… Heureusement qu’il y a, en bas, un certain pommier qui m’a prêté une main secourable ! Toi, je te ferai arracher dès que je serai marié… Je n’ai pas envie que tu fasses la courte échelle pour d’autres… (Regardant autour de lui.) Tiens ! pas la moindre veilleuse ! Sacrebleu ! j’ai manqué mon effet… Une entrée si romanesque que j’étudie depuis Paris, dans la diligence ! Il y a de quoi se pendre !… C’est vrai!… au moment de m’unir à ma charmante cousine, Mme de Brée (les bans sont publiés et le mariage doit se célébrer demain), il était urgent de lui prouver la vivacité de mon amour… mon empressement… Et un futur qui tombe chez sa belle par la fenêtre!… Il n’y a rien de plus vif!… Les gens froids entrent tout bonnement par la porte… Et puis ça la compromet… ça l’empêche de regarder en arrière… et il n’y a pas de mal… car tant que son procès n’a pas été jugé, je dois convenir que j’ai été un peu vacillant… L’issue en était fort douteuse, et ma foi… Mais aujourd’hui c’est un excellent parti… Depuis qu’elle a gagné !… jolie comme un ange… sans appel… et trois cent mille francs… en dernier ressort !… Sacrebleu !

faut-il que j’aie manqué mon effet ! On me proposait bien à Paris un autre mariage… la fille d’un passementier de la rue aux Fers… deux cent mille francs… qui louche… cent mille francs de moins qu’ici… J’aime cent mille fois mieux ma cousine! Fi!… une louchon… je n’épouserai jamais une louchon… on pourrait croire que j’ai des vues… détournées… Ah çà! je voudrais bien y voir clair. (Il s’approche à tâtons de la toilette et prend le flambeau.) Où diable trouver… (Regardant la cheminée.) Oh! du feu!… que je suis bête !… (Il va à la cheminée cherchant un papier dans ses poches.) Je dois avoir là mon bulletin de diligence… (Montrant un paquet cacheté.) Diable ! pas ça !… la nomination d’un de mes amis aux fonctions de substitut ! Pauvre garçon! sera-t-il heureux quand je lui apprendrai demain, car il ne se doute de rien ; c’est son oncle qui a fait toutes les démarches… (Prenant un papier et allumant.) Ah! voilà! (Il revient à la toilette et trouve une lettre.) Qu’est-ce que c’est que ça! «Bal de la préfecture.» Une lettre d’invitation… Elle danse en pensant à moi… (Il s’assied dans le fauteuil.) Attendons-la… Oh!… une idée! si je me poétisais un peu pour son retour… Je vais passer mon habit marron, et mon gilet glacé… (Il se lève.) Le fait est que je ne suis guère en tenue de roman… Il n’y a que mon chapeau qui soit bon style. (Lisant dans le fond du chapeau.) Ambrois, Chaussée-d’Antin. Je ne connais que cet homme-là pour vous coiffer proprement… Je cours passer mon habit marron… Sacrebleu!… j’ai récupéré mon effet… (Il prend sa valise et le flambeau.) Ah! Faublas! scélérat de Faublas que tu es!…

(Il entre dans le cabinet du fond à gauche.)

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