Le Choix d’un gendre de Labiche

Le Choix d’un gendre de Labiche

3 juin 2016
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Le Choix d’un gendre d’Eugène Labiche et Alfred Delacour

Pochade en un acte représentée pour la 1re fois à Paris sur le Théâtre du Vaudeville le 22 avril 1869.
Distribution : 3 hommes, 1 femme
Texte à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre.
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

François Trugadin envisage de marier sa fille au comte Émile de Montmeillan. Mais pour éviter toute déconvenue, il s’engage comme domestique chez celui-ci.  Emile a l’air d’un honnête homme mais il a une liaison avec une chanteuse, Mandolina. Avec l’aide de son caissier, Bidonneau, François Trugadin accélère la rupture entre Mandolina et Émile.

Un extrait

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c

Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

François, seul.
Je parie qu’on me prend pour un domestique… Eh bien ! non !… on se trompe, je suis un beau-père en train d’étudier son futur gendre ! Trugadin, négociant… teinture et chinage sur coton, laine et soie… 5, rue du Mail… J’ai deux filles… Quand il s’est agi de marier l’aînée… naturellement j’ai pris des renseignements… je me suis adressé à tout le monde… à Pierre, à Paul, à Jacques et à mon notaire… il n’y avait qu’un cri… de tous côtés on me répondait : « Oscar ? charmant jeune homme ! charmant ! charmant ! charmant !… » Alors je me suis dit : « Puisqu’il est si charmant… donnons-lui ma fille… » Eh bien, j’ai mis la main sur un petit crevé de première classe !… Oscar joue, découche, entretient des cocottes, mâche des cure-dents dans les couloirs de l’Opéra et refuse obstinément de venir manger ma soupe le dimanche ! Alors nous plaidons en séparation… nous sommes à la première chambre… Mais, pour ma seconde fille, je me suis juré de prendre mes renseignements moi-même !… Car enfin, nous ne les connaissons pas, ces petits étrangers qu’on nous présente pour nos filles !… Ils sont frisés, gantés, cravatés, mais après ? C’est pile ou face ! Alors il m’est venu une idée… gigantesque !… je me suis présenté comme valet de chambre chez M. le comte Émile de Montmeillan… qui brigue la main d’Hermance. Je me suis dit : « Je passerai huit jours avec toi, je vivrai dans tes poches, j’étudierai tes mœurs, tes défauts, tes vices même !… » Et voilà ! ça y est ! j’ai prétexté chez moi un voyage d’affaires, à Mulhouse… personne n’est dans le secret… excepté mon notaire… un homme sérieux ! Eh bien, jusqu’à présent, je suis très content de ce jeune homme ! il est rangé !… l’appétit est excellent, les digestions… sont bonnes… il ne joue pas, il ne fume pas ! je déteste le tabac… et, chose extraordinaire ! depuis trois jours que je suis ici, il n’est pas entré l’ombre d’une femme. (Regardant ses mains) Sapristi ! elles sont encore rouges, ça ne s’en va pas… C’est de ma teinture ! j’ai attrapé ça à la fabrique… Bah ! pour un domestique… c’est plus nature… Par exemple, le service est rude ici… je suis tout seul, je frotte… mal ! je monte le bois, l’eau pour la cuisinière… une bonne grosse fille… qui me regarde en coulisse… et qui me fourre des morceaux de viande à faire reculer un Limousin… donc je n’ai pas à me plaindre de la nourriture… Il n’y a que le vin de domestique qui est un peu… il ne me réussit pas… il me donne des… comment dirai-je ?… des gaietés d’entrailles !… Mais c’est pour ma fille !

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