Histoire du théâtre

Le Théâtre de Jules Renard

12 février 2017
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Le Théâtre de Jules Renard

Jules Renard, dans son théâtre, s’intéresse au couple et à la famille, en mettant en scène des personnages ordinaires, mais sensibles, dans des situation de la vie quotidienne. Ce sont des pièces courtes,  qui oscillent entre l’humour et la mélancolie.   L’écriture est ramassée et précise. La pièce Monsieur Vernet se conclut par un superbe :  » il était temps ! ». Dans Poil de Carotte, au milieu de la scène entre le père et l’enfant, Monsieur Lepic lâche malgré lui  « Et moi, crois-tu donc que je l’aime ? », phrase qu’il répète ensuite « fortement ».

Dans son Journal à la date du 20 janvier 1900, Jules Renard donne quelques indications sur ce que le théâtre doit être ou non selon lui, en commentant une conférence de Franc-Nohain, un célèbre écrivain et librettiste : « Il distribue des prix à ses confrères, me donne le prix d’honneur, à Bernard, le prix de littérature anglaise. Sa pièce, la Grenouille et le Capucin, c’est neuf, plein de choses plus judicieuses que jolies. Manque un peu de proportions et de clarté. Phrase trop littéraires, je veux dire : trop serpentine. Au théâtre, le sujet, le verbe et l’attribut suffisent ; plus, c’est trop. » (Source : BnF/Gallica)


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1172961r/f2.item

Source : Gallica

La Maîtresse (1895-1896):  Série de courtes scènes entre un jeune homme et sa maîtresse, de la séduction à la rupture, réelle ou supposée. Ces scènes ont paru entre le 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896 dans la revue Le Rire, illustrées par Valloton. 

 

 


La Demande (1895) : Comédie en un acte, écrite en collaboration avec Georges Docquois. Représentée pour la première fois à Paris, sur la scène du Théâtre national de l’Odéon, le 9 novembre 1895. 
Ripois a deux filles, Henriette et Marie qu’il veut marier. Marie est vive et jolie, mais Ripois veut d’abord marier Henriette, l’aînée, un peu disgracieuse. Alors que Gaillardon vient acheter un de ses taureaux, il fait sa demande en mariage. Ripois l’invite à déjeuner et informe sa femme et ses filles de la bonne nouvelle. Mais il y a une erreur sur la promise : Gaillardon souhaite épouser Marie, alors que Ripois pense qu’il s’agit d’Henriette… 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136700j

Illustration de Maillaud extraite de l’édition Fayard, 1911. Source : BnF/Gallica

Le Plaisir de rompre  (1897): Comédie en un acte, représentée pour la première fois le 16 mars 1897, au Cercle des Escholiers, reprise le 12 mars 1902, au Théâtre-Français. Cette pièce rencontre un vif succès.

Maurice rend une dernière visite à Blanche, son ancienne maîtresse. Il prépare son mariage avec une jeune fille qui a les manières  « d’une chaise sous sa housse ». Blanche va également se caser avec « un adorateur frugal ». Ils semblent toujours s’aimer, avec autant de passion. 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136700j

Illustration de Maillaud
extraites de l’édition Fayard, 1911. Source : BnF/Gallica

Le Pain de ménage  (1898) : Comédie en un acte représentée pour la première fois le 14 mars 1898, dans les salons du Figaro, à Paris, avec Lucien Guitry  et Marthe Brandès. Elle est dédiée à Tristan Bernard.

Deux couples sont réunis en vacances. Marthe et Pierre, dont les conjoints respectifs se sont retirés après le dîner, évoquent leur vie de couple, les qualités de leurs conjoints, la question de la fidélité. La conversation se transforme rapidement en marivaudage.

 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52504050s/f1.item

Suzanne Desprès dans Poil de carotte : [estampe] / Müller. 1900. Source : BnF/Gallica

Poil de Carotte  (1900) : Comédie en un acte, représentée pour la première fois le 2 mars 1900, au théâtre Antoine. Adaptation du roman autobiographique paru en 1894. 

Comme à son habitude, alors que son frère est à la pêche, Poil de Carotte, âgé de 16 ans travaille dans la cour. Annette la nouvelle servante de la famille Lepic arrive. Poil de Carotte la met au courant des habitudes de la maison et Annette découvre la triste condition de cet enfant, détesté par sa mère et délaissé par son père. Elle provoque un échange entre le père et son fils, qui se parlent enfin et dévoilent leurs sentiments.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6136700j

Illustrations de Maillaud extraites de l’édition Fayard de 1911. Source : BnF/Gallica

Monsieur Vernet (1903): Comédie en deux actes représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Antoine le 6 mai 1903. 

M. Vernet est un brave homme qui aime l’escrime et les artistes. Il invite un soir Henri Gérard, un jeune homme avec lequel il s’entraîne à l’épée et découvre qu’il est poète. La famille Vernet doit partir pour deux mois à la mer et M. Vernet propose au jeune homme de partir avec eux, pour donner des leçons à leur jeune nièce, Marguerite, qui les accompagne. L’entourage est conquis par ce beau jeune homme, qui s’éprend de Mme Vernet et lui déclare sa flamme, alors même que M. Vernet lui propose d’épouser Marguerite…


L’Invité ou Huit jours à la campagne (1906) : comédie en un acte, représentée pour la première fois au Théâtre de la Renaissance, le 5 février 1906.

Un jeune Parisien, Georges Rigal, veut passer huit jours à la campagne chez son ami, Maurice Perrier. Il arrive dans la maison familiale, mais il n’est pas attendu et son ami est absent. Il reçoit un accueil glacial de la part de la grand-mère, Maman Perrier.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531299620/f1.item

Léon Bernard dans « La bigote » de Jules Renard / dessin de Yves Marevéry. 1909. Source : BnF/Gallica

La Bigote (1909) : Comédie en deux actes, représentée pour la première fois le 21 octobre 1909 sur la scène du Théâtre de l’Odéon.

M. Lepic, maire d’une petite commune du Nivernais est un libre-penseur alors que sa femme est bigote. Lorsque Paul Roland vient demander la main de leur fille, M. Lepic le met en garde contre l’influence nocive des curés dans la vie des couples.

 

 

 

 

 


Le Cousin de Rose  : comédie en un acte écrite en 1908, jamais représentée du vivant de l’auteur.

À la campagne, Bargette vient rendre visite à son amie Rose. Elle lui apprend que son cousin Jacques vient d’être chassé violemment par Morin, son logeur, qui l’a surpris avec sa femme. Jacques était auparavant hébergé chez Rose et on comprend que Rose a un faible pour son cousin, comme Bargette d’ailleurs. Arrive Jacques, suivi peu après par le terrible Morin et par le mari de Rose, Polyte…


Pour en savoir plus sur Jules Renard

Lien vers la Biographie de Jules Renard sur Libre Théâtre

Blog amoureux de Jules Renard
Blog Pour Jules Renard
Emission Concordance des TempsFrance Culture, 27/02/2016 

 

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Le Théâtre de Henry Becque

11 février 2017
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Le Théâtre de Henry Becque

http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/estampes/henry-becque

Henry Becque par Rodin.
Gravure à la pointe sèche. 1885. Source : Musée Rodin

Henry Becque est principalement connu pour deux pièces, Les Corbeaux et La Parisienne, mais nous vous invitons à découvrir l’ensemble de son œuvre : la causticité et le mordant dans la description de la petite-bourgeoisie du XIXème siècle gardent encore aujourd’hui toute leur force. 

Présenté comme le dernier des classiques ou le premier des modernes, Henry Becque a exploré différents genres : vaudeville (L’enfant Prodigue, La Navette), mélodrame (Michel Pauper), drame bourgeois (Les Corbeaux), comédie (La Parisienne, Veuve !) … Il n’a jamais voulu être rattaché à une école littéraire même si certaines de ces pièces ont été rapprochées du courant naturalisme. On a parlé également du précurseur des comédies «  rosses  » ou «  cruelles  », créées sur la scène du Théâtre-Libre.

Octave Mirbeau écrit dans un article en 1886, à propos de Michel Pauper 

M Becque lui, a des mots terribles, des motifs qui troublent, qui vous forcent à penser, à réfléchir, qui ouvrent, tout d’un coup, sur les caractères, des gouffres abominables… Avec lui, je ne me sens pas à l’aise ; il me secoue violemment sur mon fauteuil, me prend à la gorge, me crie : « Regarde-toi dans ce personnage. Voilà pourtant comment vous êtes faits, tous ! » Est-ce humain, je vous le demande ?… Il a des raccourcis qui terrifient, des sensations impitoyables sur les êtres et sur les choses, il vous oblige à descendre avec lui dans le mystère de la vie profonde.

On soulignera les effets comiques présents dans toutes ces pièces, y compris les pièces les plus noires permettant une certaine distanciation (Michel Pauper, Les Corbeaux). Certaines pièces débutent comme des drames et finissent comme des comédies (L’Exécution, L’Enlèvement), d’autres commencent comme des comédies et finissent comme des tragédies (Les Corbeaux). La construction des pièces est également remarquable avec des jeux de miroir, très élaborés entre les premières et les dernières scènes.

Dans toutes les pièces, la profondeur psychologique des personnages permet de dépasser la caricature, tout en explorant des contextes sociaux variés et en révélant notamment la cruauté du monde petit-bourgeois grâce à  des dialogues ciselés.

De nombreuses pièces mettent en scène des femmes qui prennent en main leur destin, en dehors des conventions sociales et des préjugés. 

Résumé des pièces

L’Enfant Prodigue : vaudeville de 1868. Le jeune Théodore est envoyé à Paris où il tombe amoureux de Clarisse, l’ancienne maîtresse du notaire Delaunay, ami de son père. Les quiproquos s’enchaînent quand Théodore veut épouser Clarisse alors que le notaire Delaunay puis son père viennent à Paris. Lien vers le texte sur Gallica.


Michel Pauper : drame représenté en 1870. M de la Roseraye, un industriel, exploite les découvertes de Michel Pauper, un simple ouvrier, chimiste autodidacte un peu frustre, qui boit pour se donner du courage. Michel tombe amoureux d’Hélène, la fille de l’industriel, et la demande en mariage. Mais celle-ci, romantique et exaltée, s’est éprise du comte de Rivailles, un jeune homme cynique et amoral, qui ne veut pas l’épouser. M. de la Roseraye apprend qu’il est ruiné et se suicide. Michel, transformé par sa rencontre avec Hélène ne boit plus, se consacre à son travail et dirige une fabrique. Mme De la Roseraye apprécie son intelligence et sa bonté, mais il est toujours méprisé par sa fille. Hélène révèle à l’oncle du comte de Rivailles que celui-ci a abusé d’elle. Le vieil oncle lui propose de l’épouser. Poussée par sa mère, Hélène épouse Michel, qui est devenu un patron très respecté. Le soir de ses noces, Hélène lui avoue qu’elle a aimé avant lui. Dévasté, Michel est pris d’un accès de violence. Hélène s’enfuit et se réfugie chez le comte. Michel retombe dans la boisson et sombre dans la folie.


L’Enlèvement : comédie représentée en 1871. La jeune Emma, choquée par la conduite de son mari Raoul De Sainte-Croix, a quitté Paris et s’est installée dans leur maison de campagne, accompagnée de sa belle-mère. Antonin De la Rouvre vient souvent lui tenir compagnie. Raoul, pressée par sa mère, tente une réconciliation, mais Emma ne le supporte plus et n’a pas l’espoir de le voir changer. Antonin annonce son départ pour les Indes. Arrive alors Antoinette, comtesse Bordogni, la maîtresse de Raoul, qui se trouve être la femme d’Antonin, qu’elle a trompé et dont il s’est séparé. Après une ultime dispute, Raoul retourne à Paris. Emma décide de partir avec Antonin pour les Indes.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53126898h/f1.item

Dinelli, interprète d’Antonia lors de la création. Photographie, tirage de démonstration. Atelier Nadar. 1900. Source : BnF/Gallica

La Navette : comédie représentée en 1878. Antonia est entretenue par Alfred qui couvre ses besoins et ceux de son amant, Arthur. Mais Arthur en a assez de cette situation humiliante, qui l’oblige à se cacher quand Alfred vient rendre visite à Antonia. À la faveur d’un héritage, Arthur propose à la jeune femme de devenir son amant unique, mais a en contrepartie des exigences qui deviennent vite insupportables à cette dernière. Arrive alors Armand, un tout jeune homme qui aime Antonia et lui écrit des vers. Mais Alfred revient piteusement : Armand reprend son rôle d’amant de cœur…

 

 

 

 

 


Les Honnêtes Femmes : comédie représentée en 1880. À Fontainebleau, Lambert, un célibataire de trente ans un peu désœuvré, multiplie ses visites chez Mme Chevalier, une mère de famille bourgeoise. Il tente en vain de la séduire, quand arrive Geneviève, une jeune fille qui vient passer quelques jours chez Mme Chevalier. Dans un face à face savoureux, Mme Chevalier va convaincre Lambert d’épouser Geneviève.


http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.93967.html

Les Honnêtes femmes; Conférence, Poésies inédites d’Henry Becque; La Parisienne, 1904, halftone on wove paper, Gift of The Atlas Foundation 1995.76.8. Source : NGA Image

Les Corbeaux : drame représenté en 1882. Vigneron, un industriel prospère, coule des jours heureux, entouré de sa femme, de leurs trois filles, Blanche, Marie et Judith, et de son fils. Hélas, Vigneron meurt brusquement. Teissier, l’ancien associé, Bourdon, le notaire, et Lefort, l’architecte, s’entendent pour spolier et ruiner la famille. Le fils s’engage dans l’armée et les quatre femmes se retrouvent totalement démunies. Aucune aide ne viendra, ni du fiancé de Blanche, qui rompt toute relation sous la pression de sa mère, ni du jeune professeur de musique de Judith. La seule issue sera le sacrifice de Marie, qui accepte d’épouser Teissier : le vieux corbeau protégera désormais la famille des rapaces qui continuent à rôder.
Une pièce cynique et cruelle remarquablement construite.

 

 

 

 


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84363602/f432.item

Réjane dans le rôle de Clotilde, Théâtre du Vaudeville, 1885. Source : BnF/Gallica

La Parisienne : comédie représentée en 1885.  Clotilde du Mesnil est une parisienne libre, avec un mari complaisant, et un amant, Lafont. Mais Lafont est jaloux. Clotilde trompe mari et amant avec Simpson, un jeune homme qui favorise la nomination de Du Mesnil au poste dont il rêvait. La liaison dure quelques mois, puis Simpson s’éloigne et l’amant en titre reprend sa place.

La courte pièce Veuve ! (publiée en 1897) est souvent présentée comme le quatrième acte de La Parisienne.  
Clotilde vient de perdre son mari et reçoit un courrier abondant qu’elle commente. Arrive Lafont qui vient présenter ses condoléances…

Féroce avec les personnages masculins, Henry Becque dessine avec finesse le portrait d’une femme libre.

 


Une exécution : Comédie en un acte, jamais représentée. Le maire d’une petite ville achète un billet pour Paris à la gare. Le billet n’est pas pour lui mais pour Justin qui est banni de la ville.  Le maire évoque avec l’employé de la gare, le cafetier, le tailleur et le garde-champêtre les terribles méfaits commis par le fameux Justin : séduction de femmes mariées, braconnage et emprunts non remboursés… Le maire redoute l’émeute sur le passage de Justin. La tension monte tout au long de la pièce… mais il ne se passe rien. 

Le Domino à quatre : comédie en un acte, représentée en 1908, après la mort de Becque. Dans un café, trois joueurs attendent le quatrième partenaire de leur partie de domino, Blanchard, mais ils redoutent sa mort car il est mal en point. Blanchard apparaît, souffreteux. Au fil des scènes, ce sont les trois joueurs qui décèdent un à un. Blanchard reste seul… 

Le Départ : comédie en un acte, représentée en 1924, après la mort de Becque. Un atelier de couture à Paris un dimanche matin. Les ouvrières s’affairent autour de la finition d’une robe. Blanche est une ouvrière intègre et ambitieuse qui est courtisée par le fils du patron. Elle lui demande d’en parler à ses parents. Si la mère est ravie, le père interdit cette union. Il propose en revanche à Blanche de la prendre pour maîtresse ; elle refuse, il la renvoie. Lorsqu’Auguste, un simple magasinier, la demande en mariage, elle décide de céder aux avances du baron de Saint-Étienne qui lui écrit depuis longtemps.

 

 Lien vers la Biographie d’Henry Becque sur Libre Théâtre

 

 

 

 
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Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre

6 octobre 2016
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Biographie de Victor Hugo à travers son théâtre

La jeunesse

Victor Hugo est né à Besançon le 26 février 1802. La première mention d’une expérience théâtrale se trouve relatée dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Source Gallica)
Le jeune Hugo et son frère se promènent dans le Jardin du Luxembourg et assistent à la parade des marionnettes, Bobino et Jocrisse :

« Il n’y eut de nouveau dans leur printemps et dans leur été que Bobino. Ils s’éprirent de sa parade ; des volées furieuses qu’il administrait à son Jocrisse et des hurlements risibles de celui-ci. Tout cela n’était que pour attirer un public aux marionnettes de l’intérieur. La parade finie, les enfants «prrrenaient leurs billets» et pour quatre sous voyaient gesticuler, rire et pleurer des marionnettes si grandioses qu’elles avaient mérité à la baraque le titre majestueux de Théâtre des Automates. Ces belles représentations inspirèrent aux deux frères l’idée d’avoir un théâtre à eux ; ils en achetèrent un magnifique, en carton avec des filets d’or, et une troupe complète de petits comédiens en bois. Chacun dut faire sa pièce, et le futur auteur de Ruy Blas débuta dans l’art dramatique par un Palais enchanté dont les répétitions allèrent grand train, mais dont la représentation fut empêchée par un incident sérieux. »

À dix ans, il écrit deux premiers mélodrames (Le Château du Diable et L’Enfer sur la terre). Entre 14 et 16 ans, le jeune Hugo s’essaie aux tragédies (Irtamène et Athélie ou les Scandinaves) et écrit un vaudeville A. Q. C. H. P. (= À quelque chose hasard est bon). Entre 1816 et 1822, il écrit un drame romantique avant la lettre, Inez de Castro. Le théâtre du Panorama Dramatique accepte la pièce en décembre 1822, mais elle n’est pas représentée. Amy Robsart, un autre drame, est également écrit en 1822. Il sera représenté en février 1828 au Théâtre de l’Odéon.

Cromwell : le manifeste du drame romantique

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200128r/f6.item

Illustration de Cromwell par J. A. Beaucé, dessinateur Pouget, Pisan, graveur. 1866. Source: BnF/Gallica

 

Les années suivantes sont consacrées à la poésie et au roman. Victor Hugo revient en 1826 à l’écriture théâtrale avec Cromwell. La préface de Cromwell, pièce publiée en 1827, est un véritable manifeste en faveur du drame romantique et pour la liberté du théâtre. Hugo distingue tout d’abord trois grandes époques dans l’histoire de l’humanité auxquelles correspondent des expressions littéraires spécifiques. Il développe ensuite les caractéristiques du drame : le refus de la règle des trois unités, le mélange des genres, le mélange des vers et de la prose, la couleur historique et géographique… Tout l’art de Victor Hugo est déjà présent dans cette pièce aux accents shakespeariens : il mêle le grotesque au sublime pour peindre le réel »… Ce sont principalement les circonstances politiques qui rendent injouables cette pièce à l’époque.

À la demande insistante de son beau-frère Paul Foucher, Hugo reprend le manuscrit inachevé d’un drame de sa vingtième année, Amy Robsart. Il décide de ne pas le faire représenter sous son nom, mais sous celui de son beau-frère. La pièce est sifflée lors de sa création le 13 février 1828 au Théâtre de l’Odéon. Hugo courageusement se nomme.

La censure

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438443h

Marion Delorme, estampe de Pouget, 1831. Source ; Bnf/Gallica

Hugo écrit Le Dernier Jour d’un condamné (un roman mais qui donnera lieu à de nombreuses adaptations théâtrales au XXème siècle). La pensée de la mort violente et de l’échafaud le hante. En 1829, Hugo écrit Marion de Lorme, l’histoire d’une courtisane.  Intitulée originellement « Un duel sous Richelieu », la pièce est interdite par la censure sous Charles X, parce qu’elle présente un roi faible. Charles X propose à Hugo une pension de quatre mille francs en dédommagement de son manque à gagner. Hugo, indigné, refuse cette somme considérable, ce qui fait aussitôt grand bruit dans les journaux. Il se met à écrire un autre drame  : Hernani.


La bataille d’Hernani

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8406126h/f4

Hernani. Les feux de la rampe. 1830. Source : BnF/Gallica

La première représentation d’Hernani, le 25 février 1830 à la Comédie-Française, attire un grand nombre d’opposants. La pièce, qui ne respecte pas les règles de la dramaturgie classique, menace en outre de s’attirer les foudres du pouvoir en place : la monarchie vient d’être restaurée avec l’avènement de Charles X, et Hugo ne cache pas sa fascination pour Napoléon (qu’on peut reconnaître à travers le personnage de Don Carlos). Les partisans de Victor Hugo, les jeunes artistes romantiques mais aussi Balzac, Nerval, Dumas, Berlioz et Gautier sont là et acclament la pièce, étouffant toute critique.
La « bataille d’Hernani » se mène ainsi sur deux fronts : esthétique et politique. Elle devient le symbole d’un conflit historique entre réactionnaires et modernes et fait du romantisme un mouvement contestataire. Cette querelle, où les quolibets et les sifflets des détracteurs se mêlent aux applaudissements à tout rompre des partisans, reste dans l’histoire des arts et des lettres comme le temps du triomphe de l’école romantique, porteuse de nouvelles formes et capable, grâce au génie poétique, de participer au progrès des idées.


Drames et tragédies grotesques

Le drame Marion Delome est représenté pour la première fois au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 11 août 1831, avec Marie Dorval dans le rôle titre. Le succès est réel mais discuté.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8405923q/f3.item

Costume de Lucrèce Borgia. 1833. Source : BnF/Gallica

En 1832, Victor Hugo engage deux projets monumentaux  : la « tragédie grotesque » en vers, Le Roi s’amuse, est représentée au Théâtre-Français le 22 novembre 1832, et le drame en prose, Lucrèce Borgia, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 2 février 1833.
La pièce Le Roi s’amuse est interdite dès le lendemain de la première représentation. Dans la préface à l’édition originale de 1832, Victor Hugo dénonce la censure qu’il a subie de la part de la monarchie et de la noblesse. Il intente un procès au Théâtre-Français pour protester contre l’interdiction de sa pièce.
Lucrèce Borgia  remporte un succès éclatant, servie par de grands interprètes.

 

 

C’est de nouveau au Théâtre de la Porte Saint-Martin que Victor Hugo, le 6 novembre 1833, présente Marie Tudor. C’est un demi-succès. Les relations avec le directeur du théâtre sont houleuses.

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64006385/f3.item

Mme Dorval dans le rôle de Catarina lors de la création d’Angelo. Source : BnF/Gallica

En 1834, Hugo est attaqué, notamment dans la Revue des Deux Mondes et la Revue de Paris. Il ne revient au théâtre qu’en 1835, avec Angelo, tyran de Padoue, représenté au Théâtre-Français le 28 avril, avec en vedette Mademoiselle Mars dans le rôle de la Tisbé. C’est un nouveau succès mais les relations se tendent avec le directeur du théâtre : on déprogramme ses pièces ou on lui refuse des reprises assurées par contrat. En 1837, il est contraint de faire au Théâtre un procès qu’il gagne.

 


Le Théâtre de la Renaissance

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64000316/f1.item

Costume de Frédéric Lemaitre dans le tôle de Ruy Blas. Théâtre de la Renaissance, 08-11-1838. Source : BnF/Gallica

Victor Hugo et Alexandre Dumas souhaitent disposer d’une troupe dédiée à leurs drames romantiques et d’une salle : le théâtre de la Renaissance est créé. Victor Hugo écrit sa pièce Ruy Blas en quelques semaine du 5 juillet au 11 août 1838. Il choisit Frédérick Lemaître pour le rôle de Ruy Blas et assure la mise en scène de sa pièce dans les moindre détails. La première a eu lieu le 8 novembre 1838 pour l’inauguration du Théâtre de la Renaissance. Très critiqué par la presse, Ruy Blas apporte tout de même à Hugo le succès dont il a besoin. Mais le Théâtre de la Renaissance abandonne peu à peu les drames romantiques et Hugo, découragé, n’achève pas le projet des Jumeaux.

Trois ans plus tard, Hugo se remet à l’écriture d’une pièce épique, les Burgraves, qui met en scène l’opposition de la révolte et de la légitimité, de l’ordre et de la liberté, résolue par la réconciliation et le pardon.
Extrait de la préface  :
« Oui, la civilisation tout entière est la patrie du poète. Cette patrie n’a d’autre frontière que la ligne sombre et fatale où commence la barbarie. Un jour, espérons-le, le globe entier sera civilisé, tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l’intelligence : avoir pour patrie le monde et pour nation l’humanité. »
Cette pièce, représentée pour la première fois au Théâtre-Français le 7 mars 1843, explore les limites du théâtre. C’est un échec. Découragé, Hugo renonce au théâtre.

Exil et nouvelles écritures

Le 9 septembre 1843, il apprend par les journaux la mort de sa file Léopoldine, noyée à Villequier. Nommé Pair de France en 1845, il semble trouver une consolation à ce malheur dans la politique. En 1851, après son violent réquisitoire contre le coup d’Etat de « Napoléon-le-petit », il est expulsé. L’exil durera jusqu’en 1870, à Jersey puis à Guernesey. Pendant cette période, la représentation des ses pièces est interdite en France.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8402876k/f1.item

Représentation de la Grand’Mère au Théâtre de l’Odéon. 26-02-1902. Source : BnF/Gallica

En exil, Hugo revient au théâtre avec l’écriture de la série du Théâtre en liberté :  La Grand-mèreL’ÉpéeMangeront-ils ?,  Sur la lisière d’un boisLes Gueux,  La Forêt mouillée, Les deux trouvailles de Gallus : Margarita et Esca, l’Intervention.

En 1866, Hugo écrit Mille francs de récompense. Il refuse que la pièce soit représentée au Théâtre de l’Odéon cette année-là : « Mon drame paraîtra le jour où la liberté reviendra ». Cette pièce ne sera pas représentée du vivant de l’auteur. Quatre ans après Les Misérables, il reprend le thème de la fatalité sociale, traité avec humour grâce au très beau personnage de Glapieu, un voleur qui incarne paradoxalement la justice.

En 1869, Hugo revient au drame en vers avec  Torquemadaqui met en scène la folie du grand inquisiteur.

Retour d’exil

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387298/f1.item

Sarah Bernhardt dans Ruy Blas. Théâtre de l’Odéon en 1872. Source : BnF/Gallica

De retour en France, Victor Hugo défend les idées républicaines et récolte la moisson semée pendant les années d’exil. Sa gloire ne cesse de grandir.
Ruy Blas est repris au théâtre de l’Odéon le 24 février 1872 avec Sarah Bernhardt. La pièce fait son entrée au Répertoire de la Comédie-Française le 4 avril 1879 avec Mounet-Sully dans le rôle de Ruy Blas, Coquelin dans celui de don César et Sarah Bernhardt dans le rôle de la Reine.
Marion de Lorme est remontée au Théâtre-Français le 10 février 1873. Le rôle de Marion de Lorme est repris plus tard au Théâtre de la Porte-Saint-Martin par Sarah Bernhardt, qui jouera aussi la pièce à la Comédie-Française, avec Mounet-Sully dans le rôle de Louis XIII, en 1905.
Sarah Bernhardt jouera aussi en 1905 le rôle de la Tisbé dans Angelo, au Théâtre Sarah Bernhardt.

Après sa mort, le 22 mai 1895 à Paris, les cendres de Victor Hugo sont transférées au Panthéon.


La renaissance du théâtre de Victor Hugo

Le théâtre de Victor Hugo est remis à l’honneur par Jean Vilar qui, en 1954, monte successivement Ruy Blas et Marie Tudor. D’autres metteurs en scène font ensuite revivre Lucrèce Borgia (Bernard Jenny et récemment Denis Podalydès), Les Burgraves et Hernani (Antoine Vitez), Marie Tudor (Daniel Mesguich), Angelo (Christophe Honoré).

Les pièces du Théâtre en liberté sont enfin représentées dans les années 1960 : L’Intervention (première mise en scène de Patrice Chéreau), Mangeront-ils ainsi que  Mille Francs de récompense (Hubert Gignoux) .

Mais nous attendons toujours un metteur en scène ambitieux pour monter Cromwell

Pour en savoir plus sur Libre Théâtre :
Le Théâtre de Victor Hugo
Victor Hugo, metteur en scène de ses pièces
L’humour dans le théâtre de Victor Hugo

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Sarah Bernhardt et les auteurs de son siècle

14 juillet 2016
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Sarah Bernhardt et les auteurs de son siècle

Durant sa longue et glorieuse carrière, Sarah Bernhardt a joué de très nombreux auteurs qui lui étaient contemporains. Libre Théâtre vous propose un parcours chronologique illustré, à travers les collections de Gallica et les mémoires de Sarah Bernhardt (Ma Double vie, 1907, ouvrage disponible sur Gallica.)

Pour voir Sarah Bernhardt sur scène (!), Libre Théâtre vous recommande à Avignon, le spectacle Sarah et le cri de la langouste, pièce de John Murell, adaptée par Georges Wilson, au Verbe Fou à 16h30.  Un spectacle à la fois touchant et drôle, porté par des comédiens exceptionnels : Marthe Vandenberghe incarne une Sarah impressionnante et émouvante ;  Patrick Séminor  interprète avec talent son secrétaire Pitou, mais aussi tous les personnages marquants de sa vie : sa mère, son mari, son fils, son imprésario américain, Oscar Wilde…


Alexandre Dumas (père)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438782n/f1.item

Sarah Bernhardt dans « Kean ou Désordre et génie », comédie d’Alexandre Dumas. 1868. Source : BnF/Gallica

Les pièces d’Alexandre Dumas père jouées par Sarah Bernhardt :
1868: Kean de Dumas père (rôle d’Anna Damby);
1872 : Mademoiselle de Belle-Isle de Dumas père (rôle de Gabrielle)


George Sand

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438755r/f1.item

Sarah Bernhardt dans « L’autre », comédie de George Sand. 1870. Source : BnF/Gallica

« Je jouai tour à tour Le Marquis de Villemer, le rôle de la folle baronne, femme déjà experte âgée de trente-cinq ans j’en avais à peine vingt et un et j’avais l’air d’en avoir dix-sept; — François Le Champi, le rôle de Mariette, dans lequel j’eus un gros succès. Ces répétitions du Marquis de Villemer et de François Le Champi sont restées dans mon souvenir comme autant d’heures exquises. Mme George Sand, douce et charmante créature, était d’une timidité extrême. Elle parlait peu et fumait tout le temps. Ses grands yeux étaient toujours rêveurs. Sa bouche, un peu lourde et vulgaire, avait une grande bonté. Elle avait peut-être été d’une taille moyenne, mais elle semblait tassée. Je regardais cette femme avec une tendresse romanesque. N’avait-elle pas été l’héroïne d’un beau roman d’amour? Je m’asseyais tout près d’elle. Je lui prenais la main et la tenais le plus longtemps possible dans la mienne. Sa voix était douce et charmeuse. »

Les pièces de George Sand jouées par Sarah Bernhardt : 
1867: Le Marquis de Villemer
1867 : François le Champi
1870 : L’Autre


Victorien Sardou

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90121632/f1.item

Théodora. Théâtre Sarah Bernhardt : affiche de Georges Clairin, 1902. Source : BnF/Gallica.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9016308s/f1.item

Gismonda. Sarah Bernhardt. Théatre de La Renaissance. Affiche de Mucha, 1895 . Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9005267q/f1.item

La Tosca, drame de Victorien Sardou. Théatre-Sarah-Bernhardt. Affiche de Mucha, 1899. Source : BnF/Gallica

Les pièces de Victorien Sardou jouées par Sarah Bernhardt :
1882 : Fédora
1884 : Théodora
1897 : Spiritisme
1890 : Cléopâtre
1903 : La Sorcière
1887 : La Tosca
1894 : Gismonda

 

 

 

 

 

 


Victor Hugo

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387298/f5.item

Sarah Bernhardt dans « Ruy Blas », drame de Victor Hugo. Rôle de Dona Maria de Neubourg, reine d’Espagne. 1872. Source : BnF/Gallica

Récit de la représentation de Ruy Blas
« Le 26 janvier 1872 fut pour l’Odéon une fête artistique.
Le Tout-Paris des premières, le tout-vibrant de la jeunesse, s’étaient donné rendez-vous dans la large salle, solennelle et poussiéreuse.
… Ah! la splendide et émouvante représentation. Mais ce 26 janvier déchira le voile léger qui embrumait encore mon avenir, et je sentis que j’étais destinée à la célébrité. J’étais restée, jusqu’à ce jour, la petite fée des étudiants je devins l’Élue du Public.
Essoufflée, étourdie, ravie par mon succès, je ne savais à qui répondre dans le flot toujours renouvelé des admirateurs et des admiratrices.
Puis, tout à coup, je vis la foule s’écarter et se mettre en haie. Et j’aperçus Victor Hugo et Girardin qui s’avançaient vers moi. En une seconde, j’évoquai toutes les stupides pensées que j’avais eues contre cet immense génie.
J’eus le souvenir de ma première entrevue, guindée et tout juste polie avec cet homme de bonté et d’indulgence. J’aurais voulu, à cet instant où toute ma vie ouvrait ses ailes, lui crier mon repentir et lui dire ma dévotieuse gratitude.
Mais, avant que j’aie pu parler, il avait mis le genou en terre, et tenant mes deux mains sous ses lèvres, il murmura « Merci, merci. »
Ainsi, c’était lui qui disait merci: Lui, le GrandVictor Hugo, dont l’âme était si belle, dont le génie universel emplissait, le Monde. Lui, dont les mains généreuses jetaient des pardons, tels des gemmes, à tous ses insulteurs ! Ah! que j’étais petite, honteuse et heureuse. Il se releva, serrant les mains qui se tendaient vers lui, trouvant pour chacun le mot qu’il fallait. Il était si beau, ce soir-là, avec son large front auquel s’accrochait la lumière; sa toison d’argent drue, tels des foins coupés au clair de lune, ses yeux rieurs et lumineux. »

Les pièces de Victor Hugo jouées par Sarah Bernhardt :
1870 : Ruy Blas (rôle de Doña Maira de Neubourg, reine d’Espagne)
1877 : Hernani (rôle de Doña Sol)
1885 : Marion de Lorme
1911 : Lucrèce Borgia


Dumas Fils

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9016284t/f1.item

La Dame aux Camélias. Sarah Bernhardt. Théatre de La Renaissance : affiche de Mucha, 1896. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84387654/f1.item

Sarah Bernhardt dans « La dame aux camélias », pièce d’Alexandre Dumas fils, 1882. Source : BnF/Gallica

Les pièces de Dumas Fils  jouées par Sarah Bernhardt :
1876 : L’Étrangère de Dumas fils (rôle de Mrs. Clarkson);
1880 : La dame aux camélias de Dumas fils (rôle de Marguerite Gautier);
1888 : La Princesse Georges

 

 

 

 

 

 

 

 


Edmond Rostand

Samaritaine d'Edmond Rostand. Sarah Bernhardt au Théatre de La Renaissance. Affiche de Mucha 1897. Source : BnF/Gallica

Samaritaine d’Edmond Rostand. Sarah Bernhardt au Théatre de La Renaissance. Affiche de Mucha 1897. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438752h/f115.item

Sarah Bernhardt dans « L’aiglon », drame d’Edmond Rostand. 1900. Source : BnF/Gallica

Les pièces d’Edmond Rostand jouées par Sarah Bernhardt : 

1897 : La Samaritaine
1900 : L’Aiglon (rôle du duc de Reichstatdt)
1900 : Cyrano de Bergerac (Roxane)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Octave Mirbeau

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Les_mauvais_bergers.jpg

Source : Wikimedia

En 1897, Sarah Bernhardt joue dans les Mauvais Bergers d’Octave Mirbeau

 

 

 

 

 

 

 

 


Oscar Wilde

« Mais ce qui fut vraiment beau, et un spectacle inoubliable, ce fut notre débarquement à Folkestone. Il y avait là des milliers de personnes; et ce fut la première fois que j’entendis crier Vive Sarah Bernhardt! (…) Nous passions au milieu d’une haie de fleurs tendues, de mains pressées; et je vis tout de suite que j’étais plus favorisée que les autres. Cela me gênait un peu et me charmait quand même. Une camarade qui se trouvait près de moi, et qui ne m’aimait pas, me dit méchamment « Bientôt on te fera un tapis de fleurs. – Le voilà! » s’écria un jeune homme en jetant devant moi une brassée de lys. Je m’arrêtai confuse, n’osant marcher sur ces blanches fleurs, mais la foule, pressée derrière moi, me forçait d’avancer. IL fallut bien écraser les pauvres lys.
« Un Hip! Hip! Hurrah! pour Sarah Bernhardt!» » s’écria le fougueux jeune homme. Sa tête dépassait
toutes les autres têtes; ses yeux étaient lumineux; ses cheveux, longs; il avait l’air d’un étudiant allemand. C’était cependant un poète anglais, un des plus grands de ce siècle; poète plein de génie, mais hélas! tourmenté depuis et vaincu par la folie c’était Oscar Wilde. »
Oscar Wilde écrira une pièce en français, Salomé, que Sarah Bernhardt commença à répéter à Londres au Palace Theatre. La censure anglaise l’obligea à interrompre les répétitions et la pièce fut créée à Paris au Théâtre de l’Oeuvre en 1896.


Catulle Mendès

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438719w/f5.item

Sarah Bernhardt dans « Médée », tragédie de Catulle Mendès, 1898. Source : BnF/Gallica

Les pièces de Catulle Mendès jouées par Sarah Bernhardt :

1898 : Médée
1906 : La Vierge d’Avila

 

 

 

 


Maeterlinck

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438721z/f7.item

Sarah Bernhardt dans « Pelleas et Mélisande », drame de Maurice Maeterlinck, 1904. Source : BnF/Gallica

1904 : Pelléas et Mélisandre  (rôle de Pelléas);

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tristan Bernard

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8438785w/f3.item

Sarah Bernhardt et Raymond Bernard dans « Jeanne Doré », pièce de Tristan Bernard, 1913. Source : BnF/Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53104110n/f1.item

Tristan Bernard et Sarah Bernhardt / dessin de Yves Marevéry. 1913. Source : BNF/Gallica

Sarah Bernhardt joue en 1913 Jeanne Doré (rôle-titre) de Tristan Bernard

 

 

 

 

 

 


Sarah Bernhardt joua également dans les pièces de :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049857s/f1.item

Sarah Bernhardt dans « Les Bouffons » de Miguel Zamacoïs / dessin de Yves Marevéry, 1907. Source : BnF/Gallica

Eugène Scribe (1862: Valérie)
Eugène Labiche ( 1864: Un mari qui lance sa femme )
Théodore et Hippolyte Cognard (1866 : La Biche aux Bois)
François Coppée (1869: Le Passant  ; 1871  : Fais ce que dois)
André Theuriet ( 1871 : Jeanne-Marie)
Édouard Foussier et Charles Edmond (1871  : La Baronne)
Louis Bouilhet (1872 : Mademoiselle Aïssé)
Jules Sandeau (1872  : Mademoiselle de la Seiglière )
Octave Feuillet (1873 : Dalila  ; Le Sphinx )
Paul Ferrier (1873  : Chez l’Avocat )
Henri de Bornier (1875  : La Fille de Roland
Alexandre Parodi (1876  : Rome Vaincue)
Émile Augier (1880 : L’Aventurière )
Legouvé et Scribe (1880  : Adrienne Lecouvreur)
Henri Meilhac et Ludovic Halévy (1880  :Froufrou)
Jules Lemaître (1893 : Les Rois)
Miguel Zamacoïs (1907 : les Bouffons)
Émile Moreau (1911 : La reine Elizabeth)

 

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Labiche et le rire

30 juin 2016
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Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

Il est illusoire de vouloir en un article détailler l’ensemble des procédés comiques utilisés dans les pièces de Labiche : nous vous proposons quelques pistes de réflexion, à partir de la typologie proposée par Bergson dans son essai sur le Rire :  le comique de situation, le comique de caractère et le comique de mot.

Le comique de situation

Le théâtre de Labiche regorge de situations absurdes, de rencontres intempestives et de quiproquos. Quelques exemples à travers le résumé de pièces connues :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64011825

Un chapeau de paille d’Italie. Portrait de Grassot, dans le rôle de Nonancourt. Source : BnF/ Gallica

Un chapeau de paille d’Italie : le jour de ses noces, Fadinard court à la poursuite d’un chapeau de paille, suivi par son beau-père et l’ensemble de la noce.
La Cagnotte : Un groupe d’amis de La Ferté-sous-Jouarre a accumulé une cagnotte à force de jouer. Ils décident de dépenser cette cagnotte lors un voyage à Paris.  Mais ces provinciaux ne connaissent pas les usages de la grande ville et le voyage se transforme en une série de catastrophes, provoquées par leur naïveté : ils sont victimes d’une arnarque au restaurant, accusés de vol et arrêtés par la police, dépouillés de leurs achats…
Célimare le bien aimé  : Célimare est poursuivi par les maris de ses anciennes conquêtes
L’Affaire de la rue Lourcine : Lenglumé se réveille avec une gueule de bois et trouve dans son lit un homme dans le même état, Mistingue. Ils se souviennent seulement d’avoir participé la veille à un dîner arrosé. Au cours du déjeuner, la femme de Lenglumé, leur lit un article sur le meurtre d’une jeune charbonnière, retrouvée dans la rue de Lourcine. Lenglumé et Lourcine craignent d’être les meurtriers, car plusieurs détails sont troublants.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64007870

La Station Champbaudet. Portrait des acteurs / par Lhéritier 1862. Source : BnF/ Gallica

La Station Chambaudet : Paul Tacarel, architecte, se rend tous les jours chez madame Champbaudet pour élaborer les plans de la sépulture qu’elle va édifier à la mémoire de son époux. En réalité, Paul utilise ces visites comme prétexte pour se rendre chez Aglaé, qui réside à l’étage du dessus. Dès que son mari Garambois quitte son domicile, Aglaé prévient Paul en jouant au piano J’ai du bon tabac  mais celui-ci commence à avoir des soupçons…
Les Chemins de fer : un vaudeville ferroviaire qui se déroule successivement dans une administration des chemins de fer où des actionnaires attendent de percevoir leurs dividendes, un quai d’embarquement, le buffet d’une gare, une chambre d’un hôtel garni et le bureau du chef de gare… Tapiou occupe successivement les fonctions de caissier, graisseur de wagons, employé des chemins de fer, cuisinier…

Labiche, dans certaines pièces, joue avec les tabous et les transgressions. On citera notamment deux pièces où une jeune enfant figure parmi les personnages principaux : Berthe dans La Fille bien gardée et Suzanne dans Maman Sabouleux parlent vulgairement, chantent des chansons paillardes, boivent de l’alcool, fument et dansent avec des adultes…

Les objets interviennent de manière insolite : la montre qui tombe d’un parapluie dans la Cagnotte, la trompette de la Station Chambaudet, le vieux journal de L’Affaire de la rue Lourcine, le morceau de gouttière et  la tête de cerf dans Le Plus Heureux des trois

 

Le comique de caractère

Dans une lettre adressée au Figaro en 1880, Labiche écrit : «Je me suis adonné presque exclusivement à l’étude du bourgeois, du philistin ; cet animal offre des ressources sans nombre à qui sait les voir. Il est inépuisable. C’est une perle de bêtise qu’on peut monter de toutes les façons. Il n’a pas de grands vices, il n’a que des défauts, des travers, mais au fond, il est bon, et cette bonté permet de rester dans la note gaie ».

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53049836h/f1.item

Le Voyage de Monsieur Perrichon. Dessin d’acteurs de Yves Marevéry. 1906. Source : BnF/Gallica

 


Le comique de mot

Quelques exemples parmi des milliers dans le théâtre de Labiche :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64008969

La Grammaire. Portrait des acteurs par Lhéritier, 1867 : Pellerin, Fizelier, Lhéritier, Geoffroy. Source : BnF/ Gallica

  • noms des personnages :  dans la plupart des pièces de Labiche, et notamment dans la Cagnotte : Champourcy, Fadinard, Colladon, Folleville, Garambois….
  • défauts de prononciation :  le bégaiement de Vachonnet dans L’Avocat d’un grec
  • exclamations dans toutes les pièces : cristi, sapristi, saprelote, sacrebleu, vertubleu, maugre- bleu, bigre, fichtre, fi !, sacrédié…
  • déformations de mots : pipiniériste dans Un chapeau de paille d’Italie, rancuneux dans Vingt-neuf degrés à l’ombre, des nantilles dans Célimare le bien-aimé
  • injures, insultes : « gabelou ! rebut de l’humanité !… » dans Le Voyage de Monsieur Perrichon,
  • langue populaire ou argot :  dans Deux papas très bien, un père adopte l’argot du Quartier Latin,  les expressions paysannes de la jeune Suzanne mise en nourrice pendant 8 ans chez des paysans dans Maman Sabouleux,
  • jargons, accents et  expressions provinciales : marseillais dans La Perle de la Canebière, auvergnat dans le Misanthrope et l’Auvergnat, alsacien dans la Sensitive, expressions provinciales dans  la Cagnotte,
  • répétitions : » Embrassons-nous, Folleville ! », « Mon gendre tout est rompu ! » ( Un chapeau de paille d’Italie.), « Ça sent le romain »( La Grammaire)
  • jeux de mots et erreurs orthographiques dans Le Voyage de Monsieur Perrichon (la mère de glace) et dans La Grammaire
  • sous-entendus, notamment sexuels dans la Sensitive
  • la parodie : « je suis venu, j’ai fouillé, j’ai trouvé » ( La Grammaire), le monde du théâtre (La Dame aux jambes d’azur)
  • Comparaisons ou métaphores incohérentes : « Tu ignores les mystères de la vie parisienne !… Tu ne sais pas qu’il y a des tigres… qui viennent déposer leurs oeufs dans le ménage des colombes ! » (Les Trente-sept sous de M. Montaudoin),
    Extrait de  Doit-on le dire ? :
    Muserolle
    Il y avait une fois un coq qui couvait….un soi-disant ami de la maison lui fourre dans son nid un oeuf de cane ; il amène onze petits poulets… dont un canard ; il élève ce fruit d’une provenance étrangère avec ses propres poussins, il le nourrit de son lait…
    Le Marquis.
    Les coqs n’ont pas de lait, ce sont les poules.

 

Voir aussi :

Le philosophe Bergson dans l’ouvrage  Le rire : essai sur la signification du comique a consacré plusieurs pages à Labiche. A consulter sur le site de l’Université Paris-Sorbonne, LABEX OBVIL http://obvil.paris-sorbonne.fr/corpus/critique/bergson_rire/.

Emelina Jean. Labiche : le comique de vaudeville. In: Romantisme, 1991, n°74. Rire et rires. pp. 83-92. En ligne sur Persée

 

Autres chroniques concernant Labiche sur Libre Théâtre :

Le Théâtre d’Eugène Labiche
Biographie d’Eugène Labiche,
Le mariage chez Labiche

 

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Labiche et le mariage

29 juin 2016
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Labiche et le mariage

Le mariage est l’une des thématiques principales du théâtre d’Eugène Labiche. Il excelle à révéler les multiples hypocrisies du mariage bourgeois du XIXème siècle. Libre Théâtre vous propose, à travers quelques pièces, un parcours sur les thématiques suivantes  : la dot, mariages arrangés et mariages d’amour, la nuit de noces.

1. La dot

Dans de multiples pièces de Labiche, la dot constitue le sujet essentiel des tractations lors d’un projet de mariage La question de la dot est mentionnée dans 32 pièces du corpus de Libre Théâtre qui compte 83 pièces de Labiche.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b64010355/f1.item

Portrait de Lhéritier (Malingear) par Lhéritier, 1867 . Source : BnF/Gallica

C’est le sujet central de la Poudre aux yeux : les parents d’Emmeline, les Malingear, font croire aux parents de Frédéric, les Ratinois, qu’ils ont un train de vie plus élevé qu’ils n’ont en réalité. Les Ratinois jouent le même jeu. Le montant de la dot augmente tant que le mariage risque d’être rompu.

Dans Les Trente-sept Sous de M. Montaudoin, la dot de Fernande est également au centre de l’intrigue. La femme de Montaudoin désire attribuer une dot supplémentaire de 13 505 francs à sa fille, mais sans que son mari n’en connaisse la provenance. Elle confie l’argent à Penuri afin qu’il offre lui-même cette somme. Alors que celui-ci s’exécute, Montaudoin pense que son ami a eu une aventure avec son épouse et qu’il est le père de Fernande…

Dans Le Point de mire, c’est aussi la dot d’un montant d’un million qui déchaîne les passions : Duplan vient demander la main de Berthe, la fille de ses amis Carbonel pour son fils Maurice. Les Carbonel au départ peu enthousiastes sont ravis quand ils apprennent que Maurice a un million de dot. Les Pérugin, leurs meilleurs amis, sont jaloux de cette bonne fortune et Madame Pérugin va tout faire pour que Maurice s’éprenne de sa fille Lucie qui, elle, est amoureuse de l’architecte Jules Priés.

La question de la dot est simplement évoquée dans les autres pièces, mais donne lieu à des répliques savoureuses.
Ainsi, dans le Papa du Prix d’honneur, on assiste à un dialogue entre le père, Gabaille, et son fils, qui entretient une relation avec une jeune femme mariée Hermance dont il a un peu de mal à se défaire. Ses parents ont le projet de le marier à la jeune Cécile, fille de Dubichet.

Gabaille.
Écoute-moi et compare : la demoiselle que je te propose a dix-huit ans… elle est jeune.
Achille.
Naturellement.
Gabaille.
Jolie, musicienne, robuste sans être un colosse, parlant l’anglais, connaissant le ménage et apportant à son mari trois cent mille francs de dot… plus, un terrain !
Achille.
Ah ! diable !
Gabaille.
Fille unique…
Achille.
Ah ! ah !
Gabaille.
Je ne te conseillerai jamais un mariage d’argent… je méprise les richesses… comme Sénèque… mais je dis que lorsqu’un beau parti se présente, c’est une bêtise de le refuser !
Achille.
Le fait est que trois cent mille francs… Où est situé le terrain ?
Gabaille.
À La Villette… près du nouvel abattoir… ça gagne tous les jours…

Dans L’Avocat d’un grec, Monsieur Benoît, négociant hésite entre deux prétendants pour sa fille : Vachonnet est commerçant, et par ailleurs bègue, alors que Brossard est avocat. Extrait d’une scène avec Vachonnet :

Benoîtprenant le papier.
Il a raison… Quel bon comptable !… Voilà le gendre qu’il me faudrait.
Vachonnet.
J’ai vu mon, on… mon oncle… il donne les vingt… les vingt…
Benoît.
Quels vins !
Vachonnet.
Les vingt mille francs de plus… pour la do… dot.
Benoît.
Vingt mille francs de plus pour la dodot ! bigre ! (A part.) C’est drôle, comme je me refroidis pour Brossard. (Haut.) Vachonnet, espérance et confiance ! Je ne te dis que ça… Si je peux pincer l’autre… le Malvoisie !… et je le pincerai !…

Les filles n’ignorent pas ce marchandage. Ainsi dans la comédie Brûlons Voltaire, Lamblin, un notaire, essaie de vendre à Marchavant, un riche rentier un château familial, détenu par une jeune veuve qui a aussi une jeune fille à marier, Alice, qui n’a pas la langue dans sa poche…

Lamblin
Vendons d’abord l’immeuble… et une fois le contrat signé, je tombe aux genoux de madame votre mère.
Alice
Ah ! mon Dieu ! vous voulez épouser ma mère!
Lamblin
Non !… je tombe aux genoux de madame votre mère et j’ai l’honneur de lui demander votre main.
Alice
Ma main ! par exemple !
Lamblin
C’est un projet que je caresse depuis longtemps.
Alice
Ah ! ça ! quel rapport y a-t-il entre la vente du château et ma main ?
Lamblin
Eh bien ! le château vendu, vous entrez en possession de votre dot… vous devenez liquide.
Alice
Hein ?
Lamblin
Comme nous disons dans le notariat… Je vous épouse, je paie mon étude, j’achète un cheval, avec un petit panier… pour faire mes courses… et vous êtes bien heureuse!…
Alice, ironiquement
Ah ! je vous en réponds !… mais je croyais… du moins le bruit en a couru… que vous songiez à la fille du receveur particulier…
Lamblin
Oui et non… J’ai eu un moment l’idée de cette union… La petite est gentille.
Alice
Et son père très riche… il possède deux fermes dans les environs…
Lamblin
Oui, mais tout cela est grevé… chargé d’hypothèques… J’ai pris mes renseignements.
Alice
Je comprends… la fiancée n’est pas liquide.

Dans Un homme sanguin, Lardillon s’engage auprès de son ami Buchard à lui remettre le jour de son propre mariage, la dot que Marguerite, la domestique qu’il souhaite épouser, exige, soit trois cents francs.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400879s

Portrait de Leménil (Poupardin) et Grassot (Tourterot) / par Lhéritier. 1844. Source : BnF/ Gallica

Dans Deux papas très bien, Tourterot présente ainsi le mariage qu’il a arrangé dans un courrier à son fil César :

« Allons, ho ! du lest !… au reçu de la présente, file ton nœud vers le toit paternel ; j’ai levé pour toi une jeune poulette que je brûle de te conjoindre : c’est la fille d’un homme très bien, membre de l’académie d’Etampes, et qui a publié d’immenses travaux sur l’i grec et le point d’exclamation… Quant à la dot, cinquante mille balles. Ça doit t’aller, viens-y !  » .

Dans Madame est trop belle, deux familles, les Montgiscar et les Chambrelan, organisent la rencontre de deux jeunes gens, Jules et Jeanne, au Louvre afin qu’ils se connaissent et puissent décider si le mariage leur convient. Les jeunes gens s’apprécient mais les discussions autour de la dot dégénèrent :
Montgiscar.
Les négociations sont rompues.
Clercy.
Rompues ?
Montgiscar.
Oui, ce papa Chambrelan est l’indélicatesse même… Figure-toi qu’il voulait me faufiler dans la dot des phosphores à cinq cents francs… au pair.
Clercy.
Eh bien?… qu’est-ce que ça fait?
Montgiscar.
Ça fait une différence de vingt-deux mille francs… Il s’est entêté… moi aussi… et il est parti, c’est rompu.
Clercy.
Comment, rompu ! Mais vous ne voyez donc pas que je suis amoureux!…
Montgiscar.
C’est un tort… On ne doit être amoureux que lorsque tout est bien convenu.
Clercy.
C’est possible !… mais c’est fait… J’aime la demoiselle, j’en suis fou !… Je prends les phosphores au pair… et je l’épouse !
Montgiscar.
Comme tuteur, je proteste !
Clercy.
Ça m’est égal… Je cours après eux, je leur fais des excuses et je les ramène !…

Le même entêtement, mais dans une situation inverse se produit dans Un monsieur qui prend la mouche : la querelle entre Bécamel, le père de Cécile et Alexandre Beauduit concerne la dot mais paradoxalement le futur gendre ne veut pas que la dot soit trop importante.

Dans les Vivacités du Capitaine Tic, Désambois, pour provoquer le Capitaine Tic, l’accuse d’être un « croqueur de dot »

Dans Les Petites mains, Courtin reproche à son gendre Vatinelle de ne pas travailler et ajoute : « je vous ai donné ma fille, à vous qui n’aviez rien, avec une dot de cinq cent mille francs. » Vatinelle lui répond: « Pardon… Je désire seulement constater que je n’ai connu ce chiffre que le jour du contrat… Je ne savais qu’une chose… c’est que j’épousais un ange ! il s’est trouvé que l’ange était riche… cela m’a contrarié… mais je n’ai pas cru devoir le refuser pour cela. » Plus tard Courtin dira même : « vous vous êtes fourré dans la dot de ma fille comme un rat dans un fromage ».

2. Mariages arrangés et mariages d’amour

La plupart des pièces de Labiche ont pour commencement un mariage arrangé, mais il ne s’agit jamais de tragédies. Dans certaines pièces, la jeune fille tombe amoureuse du jeune homme qu’on lui destine, comme dans Madame est trop belle où une rencontre est organisée entre les deux jeunes gens. Mais dans la plupart des comédies, la jeune fille manœuvre habilement pour épouser le jeune homme qu’elle aime :

  • Embrassons-nous Folleville : Manicamp, déborde d’affection pour un ami, Folleville, qui l’a sauvé d’une situation où il risquait le déshonneur. Manicamp souhaite, pour le remercier, le marier à sa fille, Berthe. Le futur gendre, bien que n’éprouvant aucun sentiment pour Berthe, n’ose contrecarrer ces projets. De son côté, la jeune fille ne l’aime pas non plus et s’oppose violemment à ce mariage.
  • Le voyage de Monsieur Perrichon :  M. Perrichon, sa femme et sa fille Henriette, prennent pour la première fois le train, pour aller en vacances à Chamonix. Ils sont abordés par deux jeunes hommes, Armand Desroches et Daniel Savary, charmés par la fille de M. Perrichon, qu’ils ont rencontrée lors d’un bal. Une lutte loyale mais acharnée commence entre les deux jeunes hommes, chacun voulant faire route avec la famille Perrichon pour gagner sa confiance et épouser ainsi Henriette, qui aura le dernier mot.
  • Les Deux Timides : Thibeaudier n’a jamais pu vaincre sa timidité ; s’étant engagé vis-à-vis d’un certain Anatole Garadoux , qui lui a été présenté par son notaire, il ne peut se résoudre à lui retirer la main de sa fille Cécile, aimé de Jules Frémissin, le second timide. Si l’un n’ose formuler sa demande, l’autre craint à tout moment qu’il ne la fasse ; Cécile ne peut les faire rester deux minutes ensemble, et cette situation pourrait durer longtemps si la jeune fille ne s’avisait d’avouer à chacun d’eux la timidité de l’autre.
  • La Grammaire : Caboussat est nul en grammaire et en orthographe et refuse que sa fille, Blanche, se marie et le quitte car c’est elle qui corrige tous ses discours.
  • Mais aussi Le Baron de FourchevifLe Club Champenois, Le Major CravachonLes Vivacités du Capitaine TicMon Isménie

3. La nuit de noces

Autre thématique présente dans les pièces de Labiche : la nuit de noces.

C’est le sujet de la Sensitive : Onésime Bougnol et Laure Rothanger vont se marier. Gaudin, le domestique de Bougnol, voit avec inquiétude cette alliance, qui va sans doute perturber ses habitudes. Dans une atmosphère de fête, les invités arrivent, dont deux militaires, l’ancien précepteur de Laure et les parents de la mariée. Mais Onésime est un grand sensible et ne peut accomplir ses devoirs conjugaux lors de la nuit de noces à la suite de différents incidents. Les deux militaires et l’ancien précepteur courtisent alors la jeune fille. Cette pièce a été refusée par la censure et Labiche a été contraint de réécrire le deuxième acte.

Pour éviter la pression de la famille à l’issue de la nuit de noces, Ernest de la pièce Le Petit Voyage choisit d’aller à la campagne, dans une auberge à Fontainebleau pour sa nuit de noces.

Marie.
«Je ne comprends pas, vous disait-il, quand vous avez un appartement bien chaud, bien commode, bien meublé… que vous alliez faire vingt lieues, au beau milieu de la nuit, pour tomber dans une misérable chambre d’auberge…»
Ernest.
C’est l’usage… après la cérémonie… on disparait, on fait ce qu’on appelle le petit voyage, c’est consacré. On éprouve le besoin de fuir les regards indiscrets, de se soustraire aux sottes interprétations, aux questions équivoques…
Marie, vivement.
Quelles questions ? Je n’en redoute aucune !
Ernest.
Aujourd’hui… c’est possible. (À part.) Mais demain !… (Haut.) Enfin, ce que je voulais, c’était m’isoler du monde… avec vous… Nous ne nous quitterons pas, nous ferons de longues promenades à pied… dans la forêt…

 

Nous conclurons ce court article par un extrait de Mon Isménie : Vancouver, un père jaloux, ne peut se résigner à ce que sa fille Isménie se marie et trouve tous les prétextes pour éconduire les prétendants.

Vancouverseul

Heu !… je suis triste !… c’est au point que je ne connais pas dans les murs de Châteauroux un Berrichon plus triste que moi… Ma position n’est pas tenable… je me promène avec un ver dans le cœur… Pardon… avez-vous vu jouer Geneviève ou la jalousie paternelle ?… Non ?… Eh bien, voilà mon ver !… La jalousie !… Je suis père… j’ai une fille âgée de vingt-quatre printemps à peine… et ils prétendent que c’est l’âge de la marier !… À vingt-quatre ans ! Mais je ne me suis conjoint qu’à trente-huit, moi !… et j’étais précoce !… Alors, ma maison est assaillie par un tas de petits gredins en bottes vernies… qu’on intitule des prétendus, et que j’appelle, moi, la bande des habits noirs !… Car enfin, ce sont des escrocs… Je ne leur demande rien, je ne vais pas les chercher… qu’ils me laissent tranquille… avec mon Isménie !… C’est incroyable !… on se donne la peine d’élever une fleur… pour soi tout seul… On la cultive, on la protège, on l’arrose de petits soins… de gants à vingt-neuf sous, de robes à huit francs le mètre… on lui apprend l’anglais, à cette fleur !… la musique, la géographie, la cosmographie… et, un beau matin, il vous arrive par le chemin de fer une espèce de Savoyard, que vous n’avez jamais vu… Il prend votre fleur sous son bras et l’emporte en vous disant : « Monsieur, voulez-vous permettre ? Nous tâcherons de venir vous voir le dimanche !  » Et voilà !… vous étiez père, vous n’êtes plus qu’une maison de campagne… pour le dimanche ! Infamie ! brigandage !… Aussi, le premier qui a osé me demander la main d’Isménie… j’ai peut-être été un peu vif… je lui ai donné mon pied !… Malheureusement, ma fille veut se marier… elle pleure… elle grogne même… Je ne sais plus comment la distraire… Tantôt, je lui fais venir de la musique nouvelle… tantôt des prétendus difformes… auxquels je donne des poignées de main… les cosaques ! Je les examine, je les scrute, je les pénètre, je leur trouve une infinité de petits défauts… dont je fais d’horribles vices ! et, au bout de quelques jours, je leur donne du balai… poliment.

 

Autres chroniques concernant Labiche sur Libre Théâtre :

Le Théâtre d’Eugène Labiche
Biographie d’Eugène Labiche,
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

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Biographie d’Eugène Labiche

28 juin 2016
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Biographie d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530816115.

Eugène Labiche. Atelier Nadar 1910. Source : BNF/ Gallica

Eugène Labiche naît à Paris le 5 mai 1815. Son père est un riche industriel qui possède une fabrique de sucre à Rueil-Malmaison. Une fois son baccalauréat en poche en 1833, il voyage avec des amis en Suisse, dans la péninsule italienne et en Sicile. Il envoie à un journal parisien de petites scènes de vie pleines de fantaisie, qu’il publiera en 1839 sous le titre La Clé des champs. À cette époque, il rédige aussi des articles de critique théâtrale dans la Revue du théâtre.

 

 


Les débuts

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c

Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

En 1837, Eugène Labiche fonde avec Auguste Lefranc et Marc-Michel une association de production théâtrale, qu’il appelle avec humour « l’usine dramatique » et crée en collaboration avec ses deux amis sa première pièce, La Cuvette d’eau. L’année suivante, en 1838, il remporte un premier succès avec Monsieur de Coislin. Il publie ensuite régulièrement deux à trois pièces par an. Il ne retiendra aucune d’entre elles quand il éditera son Théâtre complet.

En 1842, il épouse une riche héritière âgée de dix-huit ans, Adèle Hubert. À son mariage, il promet à son beau-père d’abandonner le théâtre. Il tient son engagement pendant un an, mais s’ennuie tellement que sa femme l’encourage à se remettre à écrire.

Le succès en 1844 du Major Cravachon, au Théâtre du Palais- Royal, lui permet de devenir le collaborateur régulier de cette salle.

Eugène Labiche tente une carrière politique en 1848 et se porte candidat à Rueil-Malmaison lors des premières élections au suffrage universel masculin, pour l’Assemblée constituante  de la IIe République. C’est un échec  : il abandonne la politique jusqu’en 1868, date à laquelle il est élu maire de Souvigny-en-Sologne, commune dont dépend le château de Launoy qu’il  achète en 1853.


Le succès

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10535599b

Labiche par Nadar (entre 1854-1870). Source : BnF/ Gallica

Sa production s’accélère à partir de 1848 avec en moyenne 10 pièces par an. Il devient le principal vaudevilliste des années 1840-1860  et connait le succès avec Embrassons-nous, Folleville ! (1850), Un chapeau de paille d’Italie (1851), Le Misanthrope et l’Auvergnat (1852), Mon Isménie (1852), L’Affaire de la rue Lourcine (1857), Le Voyage de Monsieur Perrichon (1860),  Les Deux Timides (1860),  La Poudre aux yeux (1861), La Station Champbaudet (1862), La Cagnotte (1864).

Un grand nombre de ces pièces sont données au théâtre du Palais-Royal, qui accueille des comédies et des vaudevilles.

En 1849, il est élu membre de la commission de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, en qualité d’archiviste.


La reconnaissance

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marcellin-desboutin_eugene-labiche-1815-1888_huile-sur-toile

Eugène Labiche par Marcellin Desboutin. Source : RMN

En 1861, il est  fait chevalier de la Légion d’honneur. Labiche œuvre ensuite pour être représenté sur la scène de la prestigieuse Comédie-Française  :  il y parvient en 1864, avec la pièce Moi, puis en 1876, avec La Cigale chez les fourmis, écrite en collaboration avec l’académicien Ernest Legouvé. Mais le public se montre peu enthousiaste.

16 autres pièces seront données entre 1871 et 1878 dont deux comédies de caractère : Doit-on le dire ?  (1872) et Le Prix Martin (1876) qui est un échec. Après l’échec relatif de La Clé, jouée en 1877, il arrête  sa carrière d’auteur dramatique et se consacre à l’édition de ses œuvres complètes publiées en 1880. Il est élu la même année à l’Académie française, après quelques débats. Lors de son discours de réception à l’Académie, Labiche définit clairement son objectif à travers ses oeuvres : amuser le public. Alphonse Daudet, soulignera  : « Labiche n’est pas seulement un merveilleux amuseur, mais un observateur profond, un railleur qui sait toujours où va son rire. »

Le 27 janvier 1881, il préside le banquet annuel de l’Association des anciens élèves du lycée Condorcet et prononce un discours fort applaudi : «Ce qu’il vous faut promener dans le monde, c’est notre gaieté, cette gaieté qui est de vieille race française et qu’aucun peuple ne possède. Entretenez avec amour ce feu national – Riez !» .

Labiche meurt à Paris le 13 janvier 1888, à l’âge de soixante-treize ans. Il est enterré au cimetière de Montmartre.

Au total, Eugène Labiche a écrit 176 pièces dont la quasi-totalité (172) en collaboration avec d’autres auteurs  (on en compte 46). Les plus collaborateurs les plus réguliers sont  : Alfred Delacour, Marc-Michel,  Édouard Martin, Alfred Monnier, Auguste Lefranc et Alfred Choler.

Delacour décrit ainsi leur méthode de travail, « notre mode de collaboration étant le suivant : notre plan fait, j’écris la pièce entière, que Labiche récrit à son tour sur mon manuscrit ».  Il semble que le travail de révision de Labiche consistait principalement à supprimer des longueurs, à intervenir sur les répliques des personnages et l’enchaînement des situations pour renforcer les effets comiques.

Son « Théâtre complet », paru en 1879, compte 57 pièces que Labiche a lui-même sélectionnées.
Libre Théâtre vous propose 83 pièces en texte intégral et en téléchargement gratuit, accessible sur Libre Théâtre via la page Le Théâtre d’Eugène Labiche
Il est possible de faire une recherche par distribution sur ce corpus via data.libretheatre.fr

Chroniques concernant Labiche sur Libre Théâtre :
Le mariage chez Labiche
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

 

Sources:

Bassan Fernande. La comédie de boulevard au XIXe siècle. In: Cahiers de l’Association internationale des études francaises, 1991, n°43. pp. 169-181. Lien sur Persée

Emelina Jean. Labiche : le comique de vaudeville. In: Romantisme, 1991, n°74. Rire et rires. pp. 83-92. En ligne sur Persée

 

 

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Le théâtre d’Eugène Labiche

28 mars 2016
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Le théâtre d’Eugène Labiche

Labiche a écrit 176 pièces. Libre Théâtre a mis en ligne les oeuvres majeures,celles figurant dans le Théâtre complet d’Eugène Labiche édité par Calman-Lévy à partir de 1878 en 10 volumes, ainsi que quelques pièces courtes moins connues.

Pour chacune des  83 pièces traitées, le texte intégral est téléchargeable, avec un résumé, un extrait et des illustrations (affiches, décors, mises en scène…).
La liste des 83 pièces figure ci-dessous.
Vous pouvez faire des recherches par distribution sur le théâtre de Labiche à partir de data.libretheatre.fr ou explorer son oeuvre à travers :
la biographie d’Eugène Labiche,
le mariage chez Labiche,
Labiche et le rire : les procédés comiques dans le théâtre de Labiche

Labiche apparaît plus subversif qu’on pourrait le penser, tant dans la forme que dans le fond. En 1964, dans une célèbre étude consacrée à Eugène Labiche, Philippe Soupault a montré la cruauté des observations et des peintures sociales. Patrice Chéreau, Jacques Lassalle ou Jean-Pierre Vincent ont renouvelé la mise en scène de ces pièces, en proposant, au-delà du divertissement une vision satirique et cruelle de la société.


Les pièces les plus connues d’Eugène Labiche

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53066341c

Caricature d’Eugène Labiche pour le Panthéon Nadar. Source : BnF/Gallica

Célimare le bien-aimé
Doit-on le dire ?
Embrassons-nous, Folleville !
Frisette
L’Affaire de la rue Lourcine
La Cagnotte
La Cigale chez les Fourmis
La Dame aux jambes d’azur
La Dame au petit chien
La Fille bien gardée
La Grammaire
La Poudre aux yeux
La Station Champbaudet
Le Baron de Fourchevif
Le Club champenois
Le Major Cravachon
Le Mystère de la rue Rousselet
Le Plus Heureux des trois
Le Voyage de Monsieur Perrichon
Les Circonstances atténuantes
Les Deux Timides
Les Petits Moyens
Les Suites d’un premier lit
Les Trente millions de Gladiator
Les Trente-sept sous de M. Montaudoin
Les Vivacités du Capitaine Tic
Mam’zelle fait ses dents
Moi
Mon Isménie
Un chapeau de paille d’Italie
Un garçon de chez Véry
Vingt neuf degrés à l’ombre

Les pièces plus rarement représentées

Brûlons Voltaire !
Deux merles blancs

Deux papas très bien
Edgard et sa bonne
Garanti dix ans
J’ai compromis ma femme
J’invite le colonel
Je croque ma tante
L’Amour de l’art
L’Amour en sabots
L’Avocat d’un grec
L’Avocat pédicure
L’Homme de paille
La Chasse aux corbeaux
La Chasse aux jobards
La Cigale chez les Fourmis
La Dame au petit chien
La Femme qui perd ses jarretières
La Lettre Chargée
La Main leste
La Perle de la Canebière
La Sensitive
Le Baron de Fourchevif
Le Cachemire XBT
Le Club champenois
Le Chevalier des dames
Le Choix d’un gendre
Le Clou aux Maris
Le Dossier de Rosafol
Le Major Cravachon
Le Misanthrope et l’Auvergnat
Le Papa du prix d’honneur
Le Petit Voyage
Le Plus Heureux des trois
Le Prix Martin
Le Point de mire
Le Roi des Frontins
Les Chemins de fer
Les Précieux
Les Marquises de la fourchette
Les Petites Mains
Les Trente-sept sous de M. Montaudoin
Madame est trop belle
Mademoiselle ma femme
Maman Sabouleux
Permettez, Madame
Premier prix de piano
Si jamais je te pince.. !
Un ami acharné
Un bal en robe de chambre
Un jeune homme pressé
Un homme sanguin
Un mari qui lance sa femme
Un monsieur qui a brûlé une dame
Un monsieur qui prend la mouche
Un mouton à l’entresol
Un pied dans le crime
Voyage autour de ma marmite

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6400860p

Labiche, Luguet, Ravel et Lhéritier : portrait par Lhéritier 1867. Source : Bnf/Gallica

 

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26 février 2016
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Le théâtre du XXème siècle

17 janvier 2016
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Le théâtre du XXème siècle

Note : les oeuvres de la plupart des auteurs du XXème siècle ne sont pas encore entrées dans le domaine public (en général, en France, cela intervient 70 ans après la mort de l’auteur). Libre Théâtre alimente chaque année le Répertoire des oeuvres libres de droit avec les nouvelles pièces entrées dans le domaine public. 

Théâtre de boulevard et théâtre satirique

Guitry

Abel Tarride, Gabrielle Réjane et Gabriel Signoret dans « La clef » de Sacha Guitry / dessin de Yves Marevéry. 1907. Source : BnF/Gallica

L’engouement populaire pour le vaudeville et le théâtre de boulevard continue  au début du XXème siècle. De nouveaux dramaturges renouvellent le genre :  Sacha Guitry développe un humour caustique et misogyne dans des satires de la bourgeoisie, multipliant les bons mots ; Marcel Pagnol connaît le succès, en premier lieu au théâtre, avec ses pièces provençales, interprétées par Raimu, transposant vaudeville et mélodrame dans une société pittoresque et poétique.

La verve satirique de Jules Romains trouve sa meilleure expression dans Knock (1923) jouée plus de mille fois par Louis Jouvet.

Côté drame, Henri Bernstein propose des pièces psychologiques et cruelles.


Nouvelles écritures

Tirésias

Les Mamelles de Tirésias, Paris 1947. Source : BnF/Gallica

Le théâtre est également le lieu de nouvelles expériences surréalistes ou dadaïstes avec Guillaume Apollinaire (Les Mamelles de Tirésias, 1917) ou avec Roger Vitrac (Victor ou les Enfants au pouvoir, 1928).


Réécriture des mythes

Après ses premiers drames symbolistes (Tête d’Or, 1894), Paul Claudel développe des œuvres lyriques, marquées par l’empreinte profonde du christianisme et une écriture comparable à des versets bibliques  (Le Soulier de satin, 1929).

Portraits de Jean Anouilh. Source : BnF/Gallica

Portrait de Jean Anouilh. Source : BnF/Gallica

Dans des styles très différents, Jean Giraudoux, Jean Anouilh et Jean Cocteau, réécrivent les grands mythes antiques, interrogeant les notions de destinée et de responsabilité humaine à l’aune des enjeux contemporains : Giraudoux avec La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) et Électre (1937) ; Cocteau avec Œdipe-Roi (1927) ; Anouilh avec Antigone (1944). Ils modernisent les mythes, en les désacralisant, en jouant avec les  anachronismes et en mêlant le comique au tragique.

Henry de Montherlant renoue avec le drame classique dans La Reine Morte en 1942.


Le théâtre engagé

Après la Seconde Guerre mondiale, dans un monde désorienté, Albert Camus (L’État de siège, 1948, Les Justes, 1949) et Jean-Paul Sartre (Les Mains sales, 1948, Huis clos, 1945) défendent un théâtre plus engagé politiquement, illustrant leurs réflexions philosophiques sur l’action, la révolution ou la responsabilité individuelle et sociale.

Dans les années 50 et 60, Jean Genet, avec Les Bonnes (1947), Le Balcon (1956) ou Les Nègres (1958), développe un théâtre de la transgression, de nature toujours plus politique. La représentation des Paravents en 1966 qui fait allusion à la guerre d’Algérie et condamne le colonialisme et le racisme, entraîne de violentes manifestations.

Aimé Césaire fonde une poétique engagée dans La Tragédie du roi Christophe (1963) et Une saison au Congo (1966).


Le théâtre de la cruauté, le théâtre de l’absurde et le nouveau théâtre

Antonin Artaud, dans Le Théâtre et son double en 1938, condamne les causes de la décadence du langage théâtral et l’assujettissement du théâtre à la parole. S’inspirant du théâtre oriental, il propose de revenir à un spectacle intégral, engageant le corps de l’acteur et utilisant sur scène toutes les formes artistiques.

Ionesco

Rhinocéros, d’Eugène Ionesco : photographies d’Etienne Bertrand Weill, 1960. Source BNF/Gallica

Samuel Beckett, En attendant Godot (1952), Oh les beaux jours (1963) et Eugène Ionesco (La Cantatrice chauve (1950), Les Chaises (1952) le théâtre de l’absurde reflète la perte des repères et la défiance vis-à-vis du langage manipulateur. Ces auteurs renouvellent l’art dramatique, tout en mélangeant tragique, métaphysique et humour : les personnages sont réduits à des pantins, rendant impossible toute communication, l’intrigue n’a plus de cohérence, et le langage est totalement déstructuré.

Le « Nouveau Théâtre » des années 1960 met en pratique les théories d’Artaud, avec les créations collectives des acteurs du Théâtre de la Cruauté de Peter Brook  ou du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine.


Le metteur de scène et le nouveau rapport au public

La « décentralisation théâtrale » après la guerre crée de nouveaux lieux sur le territoire français, et tente de démocratiser le théâtre en cherchant à toucher tous les publics. En 1947, autour de Jean Vilar, naît l’aventure du Festival d’Avignon. Au Théâtre National Populaire à Paris, Jean Vilar crée des spectacles de qualité, accessibles au plus grand nombre, avec des comédiens de renom comme Gérard Philipe. Le rôle du metteur en scène dans la création théâtrale est désormais reconnu, avec notamment Roger Planchon, Georges Lavaudant, Patrice Chéreau…


Nouvelles formes du langage théâtral

Bernard-Marie Koltès (Combat de nègre et de chiens, 1983 et Dans la solitude des champs de coton, 1987) propose dans son théâtre une réflexion métaphysique sur le langage et les rapports humains. Cette réflexion se retrouve sous des formes variées dans le théâtre de Valère Novarina (L’Atelier volant, 1974), Jean-Luc Lagarce (Les règles du savoir-vivre dans la société moderne, 1993) et Michel Vivaver (La Demande d’emploi, 1972).

De nouvelles formes du langage théâtral apparaissent avec  Marguerite Duras (Le Square, 1955), Roland Dubillard (Les Diablogues, 1975), Nathalie Sarraute (Pour un oui ou pour un non, 1982), Yasmina Reza (Art, 1994), Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (Cuisine et dépendances, 1989).


Internet et les nouvelles formes de diffusion de la création

Comme pour la musique, Internet modifie au début des années 2000 le circuit de diffusion des oeuvres de théâtre. L’auto-édition peut ainsi être une option dans le domaine de l’édition théâtrale. En effet, en ce qui concerne le théâtre, l’auteur ne perçoit pas seulement des revenus sur la vente de ses livres, mais aussi et surtout sur les droits de représentation de ses œuvres, collectés par la SACD. Parce que le théâtre est d’abord fait pour être joué et qu’une diffusion plus large permet de multiplier les montages, certains auteurs choisissent de proposer le téléchargement gratuit de leurs textes sur Internet. Jean-Pierre Martinez, co-fondateur du site Libre Théâtre, propose ainsi dès 2001 tous les textes de ses comédies en téléchargement gratuit sur son site La Comédiathèque.

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