Le Cachemire X. B. T. d’Eugène Labiche

Le Cachemire X. B. T. d’Eugène Labiche

26 juin 2016
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Le Cachemire X. B. T. d’Eugène Labiche et Eugène Nus

Comédie en un acte, représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Vaudeville le 24 février 1870.
Distribution : 4 hommes, 2 femmes
Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur Libre Théâtre
Lien vers la notice sur data.libretheatre.fr

L’argument

Lobligeois et Rotanger ont une belle boutique et une bonne enseigne : « Au Castor Laborieux ». Mais ils ne cessent de se disputer depuis qu’ils se sont mariés et les épouses mettent de l’huile sur le feu… la dispute se concentre sur le cachemire X.B.T. dont personne ne veut  : c’est  un joli châle pour l’un, une horreur pour l’autre…

Un extrait

Lobligeois
En vérité, M. Rotanger, je ne vous comprends pas…
Rotanger
Qu’est-ce que j’ai fait?
Lobligeois
Vous vous signalez devant nos employés par des opinions d’une violence… Vous attaquez sans cesse le pouvoir.
Rotanger
Je dis qu’on ne prend plus de barbillons… ce n’est pas attaquer le pouvoir…
Lobligeois
Enfin, vous blâmez ostensiblement le grand égout collecteur…
Rotanger
Au point de vue de la pêche… autrement, je m’en fiche pas mal ! (À part.)
Saperlotte ! j’ai des souliers neufs qui me gênent.
Lobligeois
Je comprends qu’on soit indépendant… je le suis moi-même, le soir… quand le magasin est fermé. (Rotanger piétine avec impatience pour faire ses souliers.) Vous avez beau piétiner, monsieur…
Rotanger
Mais je piétine parce que mes souliers me blessent ! Je ne peux pas piétiner, maintenant ! Vraiment vous devenez d’un caractère…
Lobligeois
Achevez, monsieur…
Rotanger
Nerveux, hargneux, impossible ! Ça ne peut pas durer comme ça !
Lobligeois
Nous avons chacun notre bureau… un travail parfaitement distinct… et, en nous tenant chacun dans nos limites, il n’y a pas de conflit possible… (S’installant au bureau de gauche.) Travaillons.
Rotangers’installant au bureau de droite
Soit!… (Il prend une plume et compte tout haut.) Trois fois neuf, vingt-sept…
Lobligeois
Mais ce n’est pas mon fauteuil, ça… Vous avez pris mon fauteuil?
Rotanger
Isidore se sera trompé…
Lobligeois
Pardon, monsieur, je suis habitué au mien…
(Ils se rapportent réciproquement leur fauteuil.)
Rotanger
Oh ! je n’y tiens pas, à votre fauteuil… (Ils font l’échange. À part.) Ils sont pareils… le plaisir de taquiner. (Il reprend son compte pendant que Lobligeois décachette le journal et lit.) Trois fois neuf, vingt-sept… (Parlé.) Tiens, il lit le journal… Ah! c’est comme ça qu’il travaille… (Comptant.) Quatre fois huit, trente-deux… sept fois cinq… (S’arrêtant.) Je suis bien bon de m’éreinter… (À Lobligeois.) Monsieur, je n’ai pas l’intention de vous être désagréable… mais je vous ferai remarquer que c’est vous qui lisez toujours le journal le premier.
Lobligeois
Eh bien ?
Rotanger
Il y aurait peut-être quelque convenance à alterner.
Lobligeois,  piqué et appelant
Isidore ! Isidore !
Isidore, entrant
Monsieur ?…
Lobligeois
Veuillez remettre ce journal à M. Rotanger.
Isidore, portant le journal à Rotanger
Voilà, monsieur.
Rotanger
Oh ! c’est inutile… il ne représente pas mes opinions.
Lobligeois
Vos opinions ! encore ! (À Isidore.) Laissez-nous ! (Isidore sort.) Je vous en supplie, modérez-vous devant nos employés.
Rotanger
Qu’est-ce que j’ai encore fait?
Lobligeois
Vous parlez sans cesse de vos opinions ! Certes, je respecte toutes les opinions… et, au besoin, je les partage…
Rotanger
Vous ne respectez pas la mienne, toujours !
Lobligeois
Comment?
Rotanger, montrant le journal
Votre nuance a seule le privilège de pénétrer ici !… cependant ce journal, j’en paye la moitié.
Lobligeois
Il suffit, monsieur ; à partir d’aujourd’hui, je prends l’abonnement à mon compte !
Rotanger
Très bien ! j’en choisirai un pour moi tout seul. (À part.) Je ne sais pas lequel, par exemple. (Se remettant à son bureau et comptant.) Trois fois neuf, vingt-sept.
Lobligeois
On gèle ici…
(Il fourre plusieurs bûches dans la cheminée.)
Rotanger
Vous mettez du bois ?… On étouffe…
Lobligeois
Je ne trouve pas…
Rotanger
Vous savez que la chaleur m’incommode… et vous bourrez la cheminée…
Lobligeois, regardant le thermomètre
Il n’y a que vingt et un degrés.
Rotanger, se levant avec colère
Mais, sacrebleu !… il n’est pas écrit dans notre acte de société qu’on me fera cuire à une température de vingt et un degrés… Vous trouverez bon que j’ouvre la fenêtre…
(Il l’ouvre.)
Lobligeois
Soit ! mais vous trouverez bon que je remette du bois.
(Il en remet.)

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